Semeru.

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Ce week-end, Dorian accueille les premiers rayons de soleil un mug de café à la main, debout devant la baie vitrée de son amant. Vaughn se faufile derrière lui et glisse doucement ses bras autour de sa taille.

- Tu fais quoi cet après-midi ?

- Je passe la journée avec Cameron et Megan. Elles ont prévu un pique nique à la plage.

- Je peux venir ? chuchote amoureusement Carter.

- Bien sûr, excellente idée ! Ce sera l'occasion de vous présenter enfin, depuis le temps qu'elles me bassinent avec Vaughn par ci, Vaughn par là, alors quand est-ce que tu nous présentes ton prince charmant ? Et bla et bla et bla. J'en ai marre de toi, en fait.

Le jeune homme lui caresse l'avant bras. Son apollon d'ébène l'embrasse dans le cou. Parish finit son café et se retourne.

- Petit déjeuner en terrasse ?

- Je prépare les pancakes, lance l'afro-américain, guilleret, en prenant la tasse afin de la laver et la ranger. Le consultant a horreur du désordre. Il n'a pourtant pas grandi dans un milieu bohème, mais depuis sa plus tendre enfance il aime l'ordre, la discipline et la propreté.

- Et non, je n'ai pas été traumatisé par des gens à l'hygiène douteuse, mais j'aime quand c'est carré, lance-t-il, espérant ne pas agacer son bel Irlandais avec ses manies obsessionnelles. Dorian s'assoit sur la banquette, l'air amusé.

- J'aime assez. Monsieur parfait, n'est pas si parfait. Et ça me plaît. Je me sens moins... son regard s'assombrit : fracassé.

- Viens m'aider à faire les pancakes, au lieu de dire des conneries !

- Ah bon, je pensais me faire servir ?

Parish s'étale dans le petit canapé japonais, feignant un air de noble engraissé. Il se lève brusquement.

- Je vais mettre la table sur le balcon. Tu ne m'en veux pas de ne pas vouloir être ton commis ? J'aime trop comme tu cuisines, je risque de tout gâcher.

- Tu te sous-estimes, mon amour, lance Vaughn en plaçant la poêle à frire sur le feu.

- Non. Je connais mes limites, mon amour, ajoute Dorian en sortant plateau, couverts et mugs des meubles, puis l'embrassant sur l'épaule, avant de tout apporter en terrasse.

Dorian s'installe pour observer le panorama, profitant des rayons de soleil. Lové dans un fauteuil de jardin, années soixante, il repense à ce que sa sœur a dû endurer toute sa vie. Le cauchemar semblait interminable. Une larme coule le long de sa joue.

- Que t'arrive-t-il, mon amour ?

Vaughn pose sur la table en bois ovale, l'assiette de pancakes et la cafetière remplie du breuvage noir, que le jeune homme affectionne tant. Il s'agenouille près de son compagnon. Parish plonge son regard dans celui de son bien-aimé.

- J'ai parfois l'impression que toute cette merde ne finira jamais.

Dorian observe l'horizon et se souvient. À seize ans, il travaillait pour une société de travaux en bâtiment après l'école. Il voulait mettre assez d'argent de côté, afin de partir aux États-Unis. À dix-huit ans il s'était engagé dans l'U. S. Army[1] et avait patiemment attendu sa green card. Envoyé en Afghanistan, son seul soutien moral avait été sa correspondance avec sa petite sœur. Bon tireur, il avait fait une formation de sniper.

- Tuer te change, à vie. Même un ennemi. Et puis c'est quoi un ennemi ? Un mec qui n'est pas d'accord avec ton gouvernent ? Et si toi tu n'es pas d'accord avec les idées politiques de ton pays, toi aussi, alors, tu es l'ennemi à abattre ? Tout ça c'est de la merde. C'est du terrorisme. Et c'est exactement ce que la mère de Megan lui fait subir. J'aimerais que tu viennes, cet après midi.

Vaughn se relève pour s'asseoir sur une petite banquette de jardin arrondie, recouverte de petits coussins couleur vert de gris. Il tend le bras vers son amant, l'invitant à venir près de lui. Dorian se blottit contre le beau mâle.

- Cameron aime les fruits ?

- C'est une grande fan de fruits exotiques, lance le jeune homme en souriant.

- Alors finissons vite le petit déjeuner. Je t'amène au quartier chinois, ils ont un marché superbe, on se croirait au pays.

Carter prend un pancake et l'approche de la bouche de Parish, qui l'engouffre avec ses doigts. L'Apollon d'ébène dépose un tendre baiser sur le front de son amoureux.

Megan consulte son cellulaire, qui affiche dix-sept heures. Elle traverse la salle d'accueil de maître O'Mara et frappe à la porte de son bureau. L'homme ouvre.

- Laissez ouvert, lance-t-il retirant ses lunettes et se frottant l'arête nasale. J'étais en train de bosser sur un dossier de recours collectif. Des parents de victimes qui attaquent les responsables du décès de trois jeunes filles. Approchez. Lisez ça et dites moi ce que vous en pensez. Raisonnez comme un avocat, mettez vos émotions de côté.

"Mettre ses émotions de côté", la jeune femme est passée professionnelle dans ce domaine. Elle prend les documents et s'atable. Après une lecture appliquée et une analyse minutieuse, Megan lui expose les atouts et les faiblesses juridiques de la défense, ainsi que de la partie adverse. L'avocat l'écoute attentivement, surpris par la perspicacité dont fait preuve la jeune néophyte. Il la corrige sur quelques détails insignifiants et conclut par de vifs encouragements.

- Vous pourriez, aisément plaider votre cause. Vous avez cette acuité incroyable qui vous permet de déduire une loi, même si vous ne la connaissez pas. Vous pourriez faire des études de droit pour passer votre barreau.

- Je n'ai pas envie d'être avocat. Je ne veux pas m'impliquer dans la vie des gens. Enquêter c'est autre chose. Comme chasser la prime. On livre le colis, on prend l'argent et on rentre chez soi. Je ne sais pas comment vous faites pour supporter, quand vous perdez une affaire.

- Je fais avec. Parfois le client fait appel et là, je gagne.

- Imaginez. Vous perdez le procès. Pour ce dossier. Vous accepteriez ? Ces pauvres filles ont été prostituées, alors qu'on leur avait promis un avenir. Elle ont été traitées comme de la viande, certaines d'entre elles avaient à peine douze ans ! Si elle ne se pliaient pas aux désirs des clients, elles se faisaient tuer. Je parie qu'il reste encore des cadavres à déterrer ! Non, je ne pourrais pas supporter un échec. Moi, les enfoirés, je les attrape et la police les enferme.

- Je comprends.

Maître O'Mara range, son bureau, puis sort le code civil et le code pénal de sa bibliothèque.

- Tenez. N'hésitez pas à les consulter. Comme une bible, gardez-les sur votre table de chevet.

La jeune femme lance un regard empli de gratitude à son nouveau mentor.

- Merci beaucoup ! Ça ne vous fait pas bizarre d'être mon maître de stage et mon avocat.

- Il m'est arrivé de défendre des collègues, mais que des clients deviennent des collègues, c'est une première. Non, ça ne me gêne pas. Et les bouquins, je vous les prête, bien sûr.

- Ça va de soi. Merci.

Maître O'Mara se dirige vers la sortie. Tous deux se saluent.

- Vous prenez le taxi ? Demande l'homme.

- Le métro.

- Je vous dépose. Je veux dire que le taxi que je vais prendre, fera bien un crochet par chez vous, ça ne devrait pas me ruiner.

En temps normal, la jeune femme aurait refusé, mais elle avait hâte de retrouver sa petite famille.

[1] U. S. Army : Armée de terre Américaine.

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