A Christmas Carol - partie 1.

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- Oui, mais Jordan, tu comprends que ce n’est pas normal que tu ne puisses voir ta fille qu’un weekend sur deux ? s’écrie Irene, au téléphone.

- C’est que je travaille beaucoup, je n’aurai pas le temps de m’occuper de Cameron.

- Jordan, tu n’auras qu’à engager une nounou.

- Pour travailler deux fois plus, pour la payer ? C’est hors de question, lance le beau-fils, formel.

- Megan te paiera une pension, si tu récupères ta fille !

- Ah bon ? s’interroge l’homme, étonné.

- Bien sûr. C’est normal si tu as la garde. Mais la nounou ce sera occasionnel, Jordan, tu peux me la confier, je suis sa grand-mère. Écoute, la petite n’est pas en sécurité avec Megan. Elle change d’emploi tous les quatre matins. Et chasseur de primes, c’est un métier dangereux, il faut être irresponsable, pour embarquer une enfant dans ça ! Et elles vivent chez son demi-frère ! Je ne l’ai jamais senti, ce garçon ! Toujours à tourner autour de ma fille, soi-disant qu'il aime sa sœur ! Quand leur père était encore en vie, il insistait toujours pour venir à la maison et appelait tout le temps alors qu’on vivait dans la même ville !

- Oh, mon dieu ! Moi aussi je trouve ça louche, s’exclame Jordan.

- Tu comprends pourquoi il est préférable que ce soit toi qui aies la garde ? Ajoute Irene, triomphante.

- Bien sûr. Je vais prendre un avocat.

- J’en connais une très bien, si tu veux ? Elle s’est occupée de mon divorce.

- Ah, je veux bien. Merci beaucoup Irene. Merci pour ton soutien. Depuis que maman est décédée, je n’ai plus personne à qui me confier. Ça fait beaucoup de bien. On n’a qu’une mère et vraiment je ne comprends pas Megan. Tout le monde rêverait d’avoir une mère comme toi : attentionnée et prête à tout pour le bien-être de son enfant. Ta fille est injuste !

- Oui, je sais. Moi non plus je ne comprends pas. Après tout ce que j’ai fait pour elle. Je suis triste.

- Ne t’inquiète pas Irene. La roue tourne, lance Jordan, sur un ton bienveillant.

Dans les rues de Chicago, la douce musique de Noël, enchante l’atmosphère. Un petit groupe d’enfants chante O Holy Night, sous les fenêtres.

O holy night the stars are brightly shining

It is the night of our dear Savior's birth

Long lay the world in sin and error pining

Till He appeared and the soul felt its worth

A thrill of hope the weary world rejoices

For yonder breaks a new glorious morn

Irene peste. Elle déteste la Noël.

- Tu n’es jamais contente. Tu as toujours trouvé une raison pour te plaindre. Quoiqu’il se passe, quoique les gens fassent, rien ne va. C’est fatigant.

Irene se retourne brusquement, abasourdie par la vision qui se présente devant elle.

- James ! Mais… mais, tu es mort !

- Eh oui, je bouffe les pissenlits par la racine depuis quelques années déjà, mais c’est Noël ! Tout est possible, à Noël !

Irene reste sans voix.

- Ça fait du bien quand tu la fermes. Bon. Écoute-moi attentivement. Tu as une chance, cette nuit. Une chance de changer.

- Changer ? Je n’ai pas besoin de changer, si les gens étaient moins mauvais, ils entendraient raison et se rendraient compte que c’est moi la victime. Ma mère m’a battue quand j’étais petite et elle m’a toujours méprisée !

- C’était mieux le silence. On dit qu’il est d’or. Surtout si c’est pour entendre des conneries pareilles ! Ta mère t’a frappée, une fois parce qu’elle a eu peur qu’on t’ait enlevée et assassinée, et toi tu rentres comme une fleur, à vingt-trois heures !

- Je n’avais que sept ans ! s’écrie Irene, offusquée.

- Justement, à sept ans tu rentres à vingt-trois heures, partie jouer chez ta copine, sans prévenir tes parents. Et tu trouves ça normal. Passons. Ta mère en a bavé pour vous élever et vous nourrir, toi, ton frère et ton irresponsable de père. Elle a tenu toute la famille sur ses petites épaules, alors un peu de respect ! Moi, à huit ans, je crevais la dalle dehors, personne ne s’occupait de moi ! Victime ! Laisse-moi rire ! Alors pour une fois, tu vas m’écouter et je pourrai enfin reposer en paix.

- Mais…

- Tais-toi ! Ordonne le fantôme de James Parish. Ce soir tu auras la visite de trois esprits. Celui du passé, puis du présent et enfin du futur. Après ça si tu ne changes pas, ce n’est plus mon affaire. Joyeux Noël, ma chère !

Le père de Megan et Dorian, disparaît par la fenêtre. Irene y jette un œil. Une pluie d’étoiles filantes strient le ciel. La femme hausse les épaules.

- Et je ne bois même pas.

De gros flocons de neige virevoltent dans l’atmosphère de Chicago. Le silence règne au dessus de la ville en sommeil. Irene dort à poings fermés. Soudain, une vive lumière perce l’obscurité. Une étrange silhouette, semblable à celle d'un enfant chétif, se dessine au dessus du lit.

- Je suis l’esprit des Noëls passés, clame-t-il solennellement. Je vais te montrer ce qu’est une enfance martyrisée.

Dans un appartement vétuste à peine éclairé par une ampoule de quarante watts, un homme regarde la télévision. Avachi dans un vieux canapé troué, il ouvre une canette, puis la vide aussitôt. Jetant le morceau métallique dans un tas à côté de lui, il se tourne et se retourne nerveusement.

- Casey ! Hurle le père : va me chercher des bières !

Le petit abandonne son G.I. Jo usagé, à regret et sort de sa chambre.

- Mais papa, on n’a plus d’argent.

L’homme sort des billets de la poche de son pantalon et les jette à ses pieds. L’enfant les ramasse. Le géniteur se redresse et lui assène une gifle d’une telle force que le petit s’écrase au sol.

- Et traîne pas, sale petit con !

Le gamin quitte l'appartement, tremblant de peur et de tristesse.

Irene observe la scène sans s’émouvoir. Qu’en a-t-elle à faire d’un petit garçon qu’elle ne connaît même pas.

Une fumée verdâtre embrume l’atmosphère. Une étincelle jaillit brusquement, puis se divise en une multitude d’autres. Une chambre d’adolescente se révèle doucement sous les yeux de la femme aigrie. Un homme d’une quarantaine d’années se rhabille et sort. Dans le lit, une jeune fille de douze ans se recroqueville agitée de violents soubresauts. Elle vomit.

- Mais ce n’est pas de ma faute ! Je ne savais pas que mon époux était un monstre ! hurle Irene, scandalisée.

Plusieurs tours de soleil, transportent les visiteurs deux années plus tard. La jeune fille debout sur son lit, brandit une batte de Base Ball.

- Laisse-moi tranquille !

Faisant des moulinets, elle réussit à faire reculer son assaillant. Megan ferme violemment la porte d’un coup de pied et cale une chaise sous la poignée.

- Tu es hystérique ma pauvre fille, tu devrais consulter, s’esclaffe la voix derrière le panneau de bois verni. Je vais te prendre rendez-vous.

Le spectre flotte autour d’Irène.

- Il était plus facile pour toi d’accuser ta fille de tous les maux, n’est-ce pas ?

La femme reste silencieuse. La pièce se transforme progressivement en superbe salon, à la décoration luxueuse.

- Ta mère t’as trop choyé ! Mon dieu, mais qu’ai-je fait pour mériter ça ? Mon fils est une pédale ! l’homme, fait les cents pas en grommelant des propos inintelligibles. L’adolescent de seize ans quitte la pièce.

- Ne me tourne pas le dos ! Hurle le père, excédé. Vaughn !

Carter junior prend sa valide dans sa chambre et sort de la maison. Depuis une semaine, le garçon prépare son départ. Sa grand-mère est ravie de l’accueillir, elle ne sait, cependant pas, qu’il souhaite rester vivre chez elle. Du comté de Cook, le trajet sera plus long, pour aller au lycée, mais il se débrouillera. Il tend son bras espérant trouver une bonne âme, qui veuille bien l’amener à bon port. Une Volvo s’arrête à côté de lui. Le chauffeur lui propose d’entrer. Quelques minutes plus tard, le véhicule dévie, subitement, de la route et finit sa course dans un arbre. Vaughn sort en titubant, le visage ensanglanté. Le jeune homme pleure de rage, cet homme à tenté des attouchements sur sa personne, profitant de sa détresse. Personne n’a jamais pris en compte ce qu’il ressent. Parce qu’il est homosexuel, personne ne le considère comme un être humain. Son propre père l’a toujours jugé.

Irene se tourne vers l’esprit à l’allure enfantine, une expression de dégoût sur le visage.

- Ce garçon est déviant, il n’a que ce qu’il mérite, lance-t-elle sur un ton qui fait froid dans le dos. Même le spectre n’a jamais connu un coeur aussi sec. Il disparaît. Irene sombre dans les abîmes de la nuit. Au loin, un choeur d'enfants claironne O Holy Night.

...Fall on your knees

O hear the angels' voices

O night divine

O night when Christ was born

O night divine o night

O night divine

A thrill of hope the weary world rejoices

For yonder breaks a new glorious morn

Fall on your knees

O hear the angels'…

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