Brubaker.

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- Vous avez tué ce jeune homme et quand j'en aurai la preuve, monsieur Keane, je viendrai vous arrêter personnellement ! En attendant l'équipe vous a à l'œil. Le moindre faux pas et c'est la garde à vue.

L'homme sortit du commissariat, dédaigneux. Karen se passa les mains dans les cheveux.

- L'infiltration me manque, murmura-t-elle.

- Bonjour Karen.

Un grand brun d'une quarantaine d'années se tenait devant elle.

- Je ne veux pas vous déranger, je sais que vous avez beaucoup de boulot. Je passais seulement vous inviter à dîner samedi soir, si vous êtes disponible ?

- Si je suis disponible ? Euh... Oui. Oui bien sûr je suis disponible. Bredouilla-t-elle, surprise.

- Super. Alors à samedi. Ah, oui. Au King's, vous connaissez ?

- Oui.

- À dix-neuf heures, ça vous convient ?

- Parfait, s'esclaffa-t-elle, empourprée.

- Bon je vous laisse. Bonne journée, Karen.

- Pareillement, Nick.

Tandis que Berenton le regardait s'en aller, sa collègue s'approcha furtivement et lui chantonna à l'oreille.

- Karen a un amoureux...

L'inspectrice pouffa d'un rire nerveux et s'éclipsa à son bureau, gênée, mais ravie de ce rendez-vous galant.

Buvant son noir breuvage, l'ex-policière regarde le tableau où sont épinglées les victimes. Toujours célibataire, à bientôt cinquante ans, elle se questionne sur le sens de sa vie. Aaron apparaît dans la salle avec un épais dossier sous le bras.

- Je connais ce regard.

Il jette la pochette sur la table et la prend dans ses bras.

- Arrête de cogiter. Notre métier a un sens. Ce n'est pas pour rien que l'on fait tous ces sacrifices.

- Tous les soirs, je rentre dans un appartement vide. Je me fais à manger et je regarde un film ou une série. Je viens ici chaque jour et je mets les criminels sous les verrous, pendant que les gens normaux ont une vie normale. Je veux une vie normale.

Levar la serre plus fort. Il ne sait quoi dire. Même s'il a divorcé, il a eu Alison et il en est fier. Sa fille est une adorable jeune femme, qui paie ses études d'arts en gardant des enfants, en donnant des cours de dessin et de mathématiques. Karen se libère afin de se verser un autre café. Elle remplit aussi le mug d'Aaron.

- Les autres arrivent quand ?

Il regarde sa montre.

- Il ne vont pas tarder.

Berenton fait équipe avec Casey. C'est une affaire vieille de dix ans, classée et oubliée. Des adolescentes disparues alors qu'elles étaient incarcérées à Brubaker, une maison de correction.

- Une taule qui se donne des allures d'école privée, moi je dis ça pue.

- J'en avais entendu parler. On les soupçonnait de faire du trafic humain, mais on n'a jamais pu avoir aucune preuve.

- Tu aurais pu les infiltrer, ma vieille !

- Je sortais avec un dealer à ce moment-là.

- J'adore ton humour ! Comme le mien.

- On est fait pour s'entendre, mon garçon.

Karen apprécie de travailler avec Casey. Chaque enquête est menée sous le signe de la légèreté sarcastique, dont l'ex-marine, seul, a le secret. La voiture s'arrête devant le commissariat du quartier Englewood, au coeur du Southside de Chicago. Les deux agents sont accueillis par un policier qui les oriente vers la morgue.

- Rendez-vous avec les morts. Ça ferait un bon titre de film, non ?

Karen étouffe son rire.

- Je parie que tu aimes les films de zombies !

- Bah, quoi ? Ouais ! Comme ma cop...

L'homme déglutit instantanément, espérant que sa collègue n'a pas entendu. Elle se tourne vers lui, ses yeux bleus, grand ouverts.

- L'homme de glace a une copine !

- Non... Non... C'est pas... C'est pas ce que tu crois.

- Détends-toi mon petit, je suis contente pour toi, fait-elle avec un sourire radieux.

Si elle n'arrive pas à trouver l'amour à cause de sa profession, Karen se satisfait de savoir qu'une personne comme Casey se laisse une chance d'avoir autre chose dans sa vie que les tournées au pub entre collègues et les visites à la morgue.

- On ne sort pas ensemble.

- Mais tu aimerais, lance-t-elle, comme une évidence. C'est ce qui compte.

Tous deux traversent un long couloir, froid. Dand le silence, il semble interminable interminable.

- Si je risque de finir seule avec des chats, c'est parce que je vis, je respire, je mange ce boulot. Ne fais pas la même erreur que moi.

Ice Man pose la main sur l'épaule de cette femme qu'il admire tant, sans jamais avoir osé le lui dire. Ils entrent dans une pièce glaciale. Le légiste les salue. Trois corps fraîchement déterrés gisent sur des tables de métal. Finir dans le froid, exposé dans un endroit inhumain, oublié de tous. Karen et Casey savent clairement pourquoi ils ont choisi ce métier. Ils se jettent un regard complice. Le médecin leur explique les circonstances de la mort de chaque victime. Onika présente les séquelles d'une chute de près de cinq étages, sans bris de verre incrusté dans la peau : sans doute, d'un toit. Deborah a été écrasée par un véhicule de type 4x4, le chauffeur ayant roulé plusieurs fois sur le corps, après le choc sur le capot. Marryanne a été noyée.

- Mais ses poumons contenant des traces de chlore, il est judicieux de présumer que la jeune fille n'est pas morte dans le lac, ajoute le légiste.

À cet instant le cellulaire de Karen vibre. Elle sort l'appareil.

- Il n'y a pas de réseau ici. C'est le sous-sol, s'exclame le maître des lieux.

- Vous n'avez rien de plus, docteur Leung ? demande Casey.

- Non. Tenez, je vous ai fait une copie du rapport.

L'agent le prend en le remerciant d'un mouvement de tête. À la sortie du commissariat Berenton consulte le message.

- Dorian est sur une piste. Des jeunes gens d'un lycée privé semblent être impliqués. Il a trouvé plusieurs connexions. Je l'appelle.

Hartman acquiesce.

- Apparemment les petits bourgeois aimaient faire la fête avec des gamines, pense-t-il tout haut. Dix ans bordel.

- Ne t'inquiète pas, ils vont payer, lance la collègue en raccrochant.

La maison de correction pour jeunes filles était présentée comme un projet novateur, où les délinquantes recevraient une éducation d'élite et pourraient ainsi espérer une réinsertion sans échec. Le directeur Pierson avait perçu des subventions et levé des fonds auprès de quelques nantis de Chicago, dont le promoteur Alan Rayborn. En entrant dans la voiture, Casey reste un instant assis, les mains posées sur le volant.

- Ils ont monté un bordel avec des gosses ! Et les victimes se recrutaient d'elles-mêmes.

Karen pose sa main sur l'épaule de son ami. Ice Man démarre.

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