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Une minute de lecture

19 ans après, Luc se souvient du livre marqué au fer rouge, ce livre qu'il avait ouvert avec délectation et qu'il a refermé sur la douleur.

– Triste présage n'est ce pas ? Ma famille disparaît quand mon monde s'écroule.

Il embrasse du regard l'ensemble des ouvrages encore alignés dans les rayons de la bibliothèque. Il est triste.

– Je vous aime tous mes chéris. Je suis un vieillard, pire l'un des derniers survivants de l'époque Gutenberg. Au rencard l'ancien monde, au rencard Luc. J'ai plus rien à espérer. Et pourtant je ne peux pas disparaître comme ça. Lucie je te dois bien ça, ma petite fille. Ta main dans la mienne jusqu'à mon dernier souffle. Je voudrais bien t'accompagner dans ton nouveau monde mais on veut pas de vieillards là bas à la cité et encore moins des farfelus dépassés par leur époque. On ne pratique pas la reconversion pour les gars de mon âge. Mais ne croyez pas qu'on va se laisser faire hein mes amis de papier. On va résister. Comme on pourra. Et tant que je serai en vie je vous protégerai.

Machinalement, le vieil homme retire l'ouvrage de son logement. Il est rangé à la lettre R. Un sourire nostalgique éclaire faiblement son visage. Hasard ou choix inconscient ? Luc respire profondément l'odeur âcre du papier vieilli, se régale du bruit tant aimé de la page qu'on tourne. Caresse. Une larme s'échappe discrètement de sa paupière et vient mouiller la couverture.


Rabelais, mon cher Rabelais. Tu étais plein d'espoir et d'enthousiasme parce qu'une nouvelle ère s'ouvrait devant toi. Moi je n'ai pas ta chance. J'ai le dos tourné au futur. Malgré moi.


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Accord écrit

Là où elle repose, je m'évaderai dans un cri en courant
Avec dans le coeur la légèreté de l'espoir des jours meilleurs

Venez dans ma vallée aux poumons verts
Aux gorges profondes et aux cascades puissantes
Les bois s'y enfoncent vers mille merveilles naturelles
Laissant les méandres des rivières irriguer ses chenaux
Elle est belle ma vallée, oubliée des citadins présomptueux,
Elle respire l'indifférence du temps qui passe,

De la cacophonie des fausses urgences de la vie.
Et dans ce décor intimiste, cet écrin végétal

Le milan royal majestueux caresse de ses ailes
Allongée sur le dos, les courbes d'une femme endormie

Dans ses rivières déambulent,
Ombres, truites et saumons dans de souples mouvements aquatiques,
Réagissant seulement aux clapotements de galets qui accompagnent la danse du courant.
Dans les entrailles de ta terre, le bruit assourdissant d'une cascade
Ou la myriade de sons de ses poumons
Grondent et enchantent mes oreilles, ils m'appellent...
Ne t'endors pas profondément belle endormie, j'arrive
Et je reprendrai le goût de tes chemins de pierres randonnant encore de mystères en mystères

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Défi
enialrev

« Qui te dis que je te demande de m'aimer, Erell ? Tu crois que je parle que de l'amour, ici ? L'amour c'est de la merde. C'est pour les gens dans les films, les beaux dans les livres. Moi, j'suis pas belle. Je ne sais pas chanter, j'suis même pas drôle. Rien. J'sors pas d'un film. Je ne te demande pas de m'aimer, Erell. Je te demande autre chose. Cet autre chose qu'on a toutes les deux. C'est plus fort que ce truc – l'amour. C'est pas l'amour. C'est plus. Plus que les mots. Plus que les guillemets et les virgules. Peut être que oui, Erell. Peut être que je t'aime, oui. » Une pause. « En fait, il n'y a pas de peut-être. Je t'aime. C'est certain. Mais ce n'est pas que ça. Ce ne sont pas que ces trois mots et puis tant pis, Erell. C'est notre vie. Notre nous. Tout ça. Je pourrais en faire un roman, Erell. Et encore... Je ne sais pas si je pourrais l'achever. Tu ne veux pas m'aimer alors je t'aimerai pour deux. Tu ne veux pas avoir peur, alors j'aurai peur pour nous deux.
C'est de nous que je parle Erell.
De notre amour.
Mais qui bat, qui ne parle pas. Qui ne dit pas je t'aime. Qui dit juste, ça. Cet éclat... Là. »

[...]
« Tu vois c'est pour ça que je ne suis pas restée depuis le début, Erell. »
Ma voix pleure. Elle pleure. Des larmes coulent entre les mots. Sans assonances ni allitérations. Pas besoin d'artifices. Juste quelques tremblements et les émotions au bord de l'âme. Au fond de moi se trouve un gouffre ; il déborde d'une amertume dégueulasse. Ma logorrhée n'est rien comparée à mon désespoir ; mais on sent battre au fond de ma gorge toute la déréliction de mon cœur.

« Je savais que si je ne fuyais pas, alors c'était toi qui allait te casser. Je le savais. Depuis le début. Depuis que tes lèvres m'avaient dit bonjour, depuis que tes bras m'avaient dit viens là, depuis que mon cœur m'avait dit aime la. »

Je m'arrête quelques secondes. J'ai envie de pleurer. Chialer. Geindre. Crever. M'isoler. Disparaître. Jamais revenir.

« Erell. La différence entre toi et moi, c'est que toi tu ne m'aimes qu'à moitié, alors que moi je t'aime complètement. Toi, tu peux compter sur tes doigts les raisons pour lesquelles rester avec moi te feras du bien ; moi, je ne sais pas compter jusqu'à l'infini. Toi, tu peux passer quelques secondes sans que mon prénom ne vienne crier à ta gueule combien je te manques, moi, même si l'on arriverait à arrêter le temps, j'entendrai toujours ce cri. Toi, tu peux aller dans les bras de tous sans fermer les yeux et m'imaginer moi à leur place. Moi, personne n'est dans mes draps à part les maigres souvenirs que j'ai emporté de toi. Toi, tu m'aimes seulement. Comme ça. Un soir. Devant la télévision. Puis demain, il se réveillera et tu te diras « qu'est-ce que j'ai fait » tu te diras qu'il y aura quelqu'un en trop ici. Et cette personne, c'est moi. Tu as toujours fait partie de ma vie même lorsque tu n'étais plus là, Erell. Moi, tu m'as rayée avant même que je n'y rentre ; dans ta vie. »
Je n'ai jamais autant parlé. Jamais autant souffert entre deux syllabes. Jamais autant mutilé mon âme en la poussant à dire ce qui la tiraillait.
« Tu ne peux pas me demander de rester si toi demain tu comptes partir ; ou en tout cas me laisser la porte grande ouverte. »
Puis un dernier sentiment qui s'échappe.
Pur.
Et qui s'évanouit contre ses lèvres.
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Yin'Lughul
Qui aurait pu prédire que cette soirée de fin d'année tournerait aussi mal ? Luc ne s'attendait pas à subir la pire nuit de sa vie, et encore moins sa dernière nuit. Il ne s'attendait pas à être humilié avant d'être jeté dans un fleuve pour s'y noyer, sous l'hilarité de ses bourreaux. Mais il ne s'attendait pas non plus à se réveiller. Et désormais, hantant l'école dont il est prisonnier, il ne sera plus animé que par un profond désir de vengeance, épaulé par d'improbables alliés.
Un désir de vengeance dépassant le cadre de l'école, de Luc et de ses futures victimes.
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