Chapitre XI : Libérée

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À l’heure où Celâl bey quittait la salle à manger accompagné de Midhat Pacha afin de se rendre au bureau de ce dernier, une tout autre scène avait lieu. Servetseza, en bonne servante, s’empressa de débarrasser la table du petit-déjeuner une fois que son maître l’eut quittée. Elle emporta la vaisselle sale dans la cuisine, où Giuseppe le cuisinier était affairé à ranger et à nettoyer. La voyant arriver, il l’observa travailler un moment puis se retourna vers elle :

« Je te trouve plutôt pensive aujourd’hui, commença-t-il »

Servetseza ne répondit pas et continua à essuyer le plat qu’elle tenait dans ses fines mains.

« Ah Dio mio ! s’exclama le cuisinier de sa voix grasse en passant ses mains dans ses cheveux poivre et sel. C’est vraiment dommage qu’une si charmante fille soit si mal élevée ! T’as pourtant servi à la cour non ? On ne t’as  pas inculqué les bonnes manières là-bas ? »

La servante ne montrait visiblement aucun intérêt aux paroles de son collègue. 

« Basta ! s’écria le cinquantenaire agacé par le comportement de la jeune femme, J’essaye de me montrer aimable envers toi et tout ce que j’ai en retour c’est ton insolente indifférence ! Peu importe ce que t’as pu vivre auparavant, ça ne justifie pas ton attitude méprisante. Et je suis pas le seul à m’en plaindre ! Tous les autres membres du personnel servant se plaignent de toi ! T’as juste la chance d’être la petite favorite du maître et la confidente de sa fille. Je sais pas ce que tu fais pour ça, et je veux pas savoir, mais ça durera pas si tu continues comme ça. Crois-moi ! Pourtant... t’es une belle fille, élégante et instruite, si tu travailles encore un peu de temps et que t’y mets du tiens, je suis sûr que le maître pourrait facilement te trouver un bon parti et tu pourras vivre ta propre vie. Tu comptes quand même pas t’accroupir et t’abrutir comme une servante anglaise qui a le calus du scrobage aux genoux pour le restant de tes jours ? »

Servetseza, qui semblait cette fois-ci avoir écouté son interlocuteur, posa son éponge avant d’essuyer ses mains sur son tablier blanc. Elle se retourna et se rapprocha du vieil homme. 

« Giuseppe... dit-elle en détournant légèrement le regard avec un semblant de sourire aux lèvres, merci, merci de vous soucier de moi. Mais... ne vous donnez pas cette peine je vous en prie. Il y a longtemps déjà que j’ai moi-même arrêté d’aspirer à un avenir meilleur. La seule chose que j’espère encore est de pouvoir un jour revoir mon pays natal, le Caucase... »

Puis elle posa sa main sur l’épaule du cuisinier qui était bien plus grand qu’elle. L’Italien, étonné d’une si soudaine familiarité sursauta légèrement à son contact.

« Vous êtes un homme bon Giuseppe... mais évitez de vous faire du soucis pour autrui. Tout le monde n’a pas la même bonté d’âme que vous et vous risqueriez d’être blessé, poursuivit la servante.

– Servetseza... je... essaya de reprendre le chef

– Bien maintenant si vous me permettez, je dois aller faire quelques courses. Nous sommes à court de café et notre hôte en est un grand buveur ! coupa Servetseza en ignorant totalement son interlocuteur. »

Ainsi sur ces quelques paroles, la servante quitta la cuisine. Elle enfila un long pardessus terne qui tombait jusqu’aux pans de sa jupe noire et rectifia son nœud de coiffe blanc. Ainsi vêtue modestement, elle quitta la maison. Une fois à l’extérieur le froid se saisit aussitôt de ses joues rosées. Se retournant, elle contempla la somptueuse bâtisse. Bien qu’elle dit sortir pour acheter du café, Servetseza, elle, savait que ce n’était qu’un prétexte pour quitter la maison, que c’était un mensonge. Encore un, un énième mensonge de plus. Peut-être était-ce le dernier ? Elle se le demanda. En tout cas ç’en était fini de cette vie de servante chez le vizir. Fini de ce rôle de petite servante docile qui cède à tous les caprices d’un vieux ministre dont la simple vue l’horripile au plus haut point. Peut-être allait-elle pouvoir être enfin elle-même désormais ? Mais... qui était-elle réellement ? Au milieu de tout ces masques, qui était la vraie Servetseza ? Ça aussi elle se le demandait.

Debout, seule dans la cour de la propriété donnant sur la rue encore déserte, le visage mordu par le froid, la jeune femme promena son regard sur toutes les fenêtres une à une, comme si elle s’attendait à en voir surgir quelqu’un. Non, personne ne s’y présenta... Alors, elle serra sa main contre sa poitrine dans un geste d’amertume et tournant définitivement le dos à cette partie de sa vie qu’avait représenté le konak, elle quitta les lieux tel un fantôme dans la brume hivernale.

« C’est donc définitivement terminé... pensa-t-elle tout en marchant, J’ai accomplie ma mission. J’ai fait tomber Midhat Pacha, le "grand Midhat Pacha". Feu le sultan Abdülaziz sera vengé et... et... l’honneur de Hasan lavé. Je n’ai plus qu’à faire mon dernier rapport à Sa Majesté et... et... et puis quoi ensuite ? Je serai libre ? Mais libre de quoi au juste ? J’ai été esclave pendant près de quinze ans avant d’être au service de Sa Majesté... Est-ce que la liberté a encore un sens après tant de temps ? »

Ces dernières pensées la travaillaient fortement et en même temps qu’elle continuait sa marche, elle leva ses yeux au ciel en fronçant ses sourcils arqués, comme si elle attendait une quelconque réponse céleste à ses tourments. La seule chose qu’elle vit cependant, fut ce dôme de grisaille au travers duquel aucun rayon ne pouvait percer. Puis elle s’arrêta subitement, comme sous le coup d’une épiphanie.

« Mais qu’est-ce que je dis ? Est-ce que je divague complètement ? songea-t’elle en portant sa main à sa tête, J’ai tant attendu ce jour, j’ai tant fait pour en arriver là ! Ce n’est pas le moment de douter ! Je ne dois pas douter ! Le doute c’est la mort... celui qui doute est faible, celui qui doute a déjà perdu avant même de livrer bataille. Je ne connais pas le doute. Je ne doute pas ! J’ai promis ! Je ne dois pas perdre de vue mon objectif ! Père, mère ! »

En ce début de mois de février, un fin manteau de neige avait recouvert Constantinople et Servetseza reprit son chemin d’un pas plus décidé que jamais à travers la ville en train de se réveiller sous cet écrin blanc. 

« Même la neige n’a aucun charme ici... soupira-t’elle en ayant marché dans une flaque de neige en  train de fondre »

Elle continua ainsi sa marche durant une bonne dizaine de minutes sur la perspective principale avant de déboucher sur la place Beyazit. Là, la jeune servante se trouva face à la magistrale entrée de l’Université Impériale, le Darülfünûn. Un établissement supérieur, un haut lieu du savoir où les jeunes gens étaient formés pour devenir les futurs élites de l’Empire. Bien qu’elle resta un instant contemplative, c’était d’avantage pour l’aspect architectural du monument que pour ce qu’il représentait : un monde bien éloigné du sien. Les premiers élèves s’engouffraient dans la cour sous les auspices de la tour de Beyazit dont l’horloge affichait huit heures. 

« J’ose espérer que Mahmud Pacha sera à l’heure... se dit alors  Servetseza »

Semblant chercher quelque chose du regard, la jeune femme ne put s’empêcher d’observer ce curieux ballet qu’offrait une ville en plein éveil, mêlant étudiants en stambouline*, marchands ambulants apprêtants leurs charrettes et pigeons en robe cendrée.

L’exclamation d’un petit crieur de journaux vint alors la tirer de ses songes :

« C’est écrit ! C’est écrit noir sur blanc ! Le commandant du Tabur-ı Mahsusa a été assassiné ! »

Ces mots firent l’effet d’une bombe dans l’esprit de Servetseza. Tout son corps frissonna jusqu’au plus profond de son âme. Écarquillant ses grands yeux bleus elle se retourna vers le petit vendeur de rue :

« Qu’est-ce que tu viens de dire ?! demanda t-elle de sa voix tranchante

– La gazette coûte quinze para* abla*, répondit le jeune garçon en tendant sa main tâchée d’encre.

– Attend un peu ! reprit-elle en s’avançant vers son interlocuteur, Tu es sûr de ce que tu viens de dire ? C’est vraiment ce qui y est écrit ? 

– Peut-être bien ! Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir abla ! enchérit le gamin en tirant ses journaux vers lui, Quinze para seulement ! »

Cette nouvelle semblait fort peu réjouir Servetseza qui, dans un réflexe de contrariété qui lui était propre, porta sa main à son cou afin de jouer avec l’encolure de son vêtement.

« Impossible ! pensait-elle, Comment ont-il pu être au courant de la mort de Vehib Pacha ?! L’information a donc fuité ? Mais qui ? Comment ? Il y a donc des traitres au sein même du Tabur-ı Mahsusa ? Je dois en informer au plus vite Sa Majesté ! »

« Bon alors abla ? Tu me l’achètes ou pas ce journal ? dit le petit crieur de rue en tirant les pans du manteau de la servante, J’peux pas rester ici à attendre que tu te décides à l’acheter ! J’ai une famille à nourrir moi ! Mon père se tue à la tâche dans une usine et ma mère...

– C’est bon ! Je te l’achètes ! Prends ton argent et va-t’en ! coupa Servetseza irritée de s’être faite interrompre dans ses pensées. »

La première chose qu’elle remarqua une fois le journal en main fut son nom.

« Le Tasfir-i Efkâr* ! Tiens donc quel hasard ! se dit-elle en affichant son mépris, N’est-ce pas là le journal tenu par Namık Kemal ? Ça confirme bien ce que je pensais... les Jeunes-Ottomans... »

Elle lut ensuite le reste de la première page qui contenait l’article relatant l’assassinat du commandant. Voici entre-autres le titre de l’article et un extrait :

« L’Empire sous le choc : Le commandant du Tabur-ı Mahsusa Vehib Pacha assassiné à Kars !

[...] Le héro d’Eupatoria, nommé à la tête du Tabur-ı Mahsusa afin de coordonner les défenses de l’Empire contre la Grande Peste par Sa Majesté Impériale le Sultan Abdülaziz, a été abattu d’une balle en pleine tête devant ses hommes [...] L’auteur de cet acte odieux ayant réussi à fuir, une commission d’enquête a été mobilisée [...] De nombreuses pistes portent à croire que l’assassinat a été commandité par l’Empire Russe [...] »

À la lecture de cet article, Servetseza se remémora les paroles de Midhat Pacha à  Celâl bey :

« Car tout porte à croire, à notre avis, que se sont les Russes qui en sont à l'origine. »

« Ah le sale vieillard ! Vous avez bien préparé votre coup toi et tes conspirateurs ! pensa-t-elle en froissant le journal dans ces petites mains. »

Tandis que la jeune femme était absorbée par ses pensées, elle ne remarqua pas le vieil homme qui vint à sa rencontre pour l’interpeller. Se présentant comme un cocher, il l’invita à le suivre en désignant un belle berline noire attelée à deux grands chevaux hongrois. Comprenant aussitôt, elle le suivit. Arrivés devant la voiture qui était stationnée en bordure de la place, l’homme aida la jeune femme à monter, avant de prendre les rennes. Une fois à l’intérieur Servetseza s’installa sur une confortable banquette en cuir bordeaux. Ainsi, elle faisait face à un autre passager, un homme d’une  vingtaine d’années, qui bien que fort bien habillé, était en train d’engloutir un sandwich au pastirma de la manière la plus impudente possible.

« Ah ! Mmm... Chervetchéza ! fit le jeune homme en tentant d’articuler malgré sa bouche pleine.

– Mahmud éfendi... déclara Servetseza en détournant son regard plein de dégoût. »

Sur ces mots le jeune homme tira une petite serviette de soie brodée depuis la poche de son élégante redingote anthracite. Il s’y essuya soigneusement les mains et sa bouche surmontée d’une petite moustache brune. Une fois seulement qu’il eut fini son petit rituel, il reprit la parole. Servetseza elle, contemplait la rue qui défilait, totalement indifférente au maniérisme de son interlocuteur.

« Je te souhaite un bon retour parmi nous ma bien chère Servetseza et te prie de m’excuser pour le spectacle peu élégant que je t’ai offert ! Je... je n’ai pas eu le temps de véritablement déjeuner ce matin avec l’affaire de la destitution de Midhat Pacha et tout ce qui suit... Par ailleurs, je te prierais de bien vouloir m’appeler “Mahmud Pacha” désormais !

– Il n’y a pas de problème mon pacha, je comprend tout à fait qu’un homme comme vous ai fort à faire, dit-elle d’un ton monotone. "Pas besoin de chercher d’excuses, je sais déjà quel grossier personnage tu es ! Comme si le travail que tu faisais était indispensable... Et en plus tu prend pour un pacha maintenant ?" pensa-t-elle

– Ah ma chère Servetseza ! Tu es si aimable ! s’exclama le pacha, J’aimerai aussi te féliciter pour le travail remarquable que tu as mené durant ces longs mois en infiltration chez Midhat Pacha ! Sans toi jamais nous n’aurions pu recueillir autant d’éléments sur lui et les Jeunes-Ottomans. Surtout sa conversation avec le fils de l’ambassadeur en France, ce Celâl Celâleddin bey. 

– Merci... j’ai simplement suivi les ordres... répondit modestement l’espionne.

– Ah ! Nul besoin de faire preuve d’humilité devant moi ma chère ! Tu peux être toi-même désormais ! Relâche-toi un peu ! déclara le pacha en s’installant confortablement sur la banquette épaisse, Moi, Mahmud Celâleddin Pacha, Je te le permet ! Je suis pacha et fiancé de la princesse Seniha et toi simple kalfa mais... ah ! À bas les rangs ! Ne pouvons-nous pas outrepasser ces convenances et converser normalement comme deux jeunes gens du même âge ? Tu sais... dès le premier instant où je t’ai vue au palais de Dolmabahçe en compagnie de Sa Majesté qui n’était alors que prince impérial, je me suis tout de suite intéressé à toi. Enfin ! Par "intéressé" je ne veux pas dire seulement par tes charmes naturels mais aussi et surtout par ton histoire et par ta dévotion absolue à Sa Majesté. Cela fait donc un moment que j’attends l’occasion de pouvoir discuter seul à seul avec toi ! »

" Seul avec moi ? Qu’est-ce que tu me veux sale bouffon ? Toi aussi tu veux profiter de moi ?" pensa Servetseza méfiante.

« Je ne vois pas trop pourquoi vous voudriez discuter personnellement avec moi... Mon histoire n’a rien d’intéressante ni de romanesque. Je ne suis pas un personnage de roman dont vous pourriez vous délecter des aventures confortablement assis dans votre siège. Non, mon histoire, si vous voulez savoir mon pacha, est triste et sale. Elle est la réalité la plus crue et il ne siérait point aux oreilles d’un homme de votre rang d’entendre de telles obscénités, rétorqua Servetseza les yeux baissés et serrant sa jupe de ses mains. »

Ces dernières paroles firent un certain effet sur Mahmud Pacha qui voulant se raviser, remonta ses petites lunettes avant de reprendre la parole :

« Sa Majesté à fort bien fait en vous prenant à son service. Je comprends pourquoi tu Lui es si dévouée.

– Oui...

– Et sinon... comment s’est passé ton "séjour" chez Midhat Pacha ? demanda le jeune homme en essayant de changer de sujet.

– Ma mission s’est passée sans aucune embuche. À aucun moment Midhat Pacha ne s’est douté de mon objectif, expliqua la jeune femme.

– Ah ! Cet abruti de Midhat Pacha ! Il n’y a vu que du feu lorsque Sa Majesté t’a offerte en cadeau à lui. Enfin... Ce vieux pervers devait être aux anges de recevoir une telle servante ! Jeune, jolie, cultivée, tout ce qu’on peut attendre d’une femme ! Et si en plus elle est à notre entière disposition !

– Certes Midhat Pacha m’appréciait beaucoup mais il ne m’a jamais manqué de respect, bien qu’il était parfois assez... tactile... clarifia Servetseza dont seules les mains trahissaient une certaine gêne.

– Tactile ? répéta le pacha

– Sinon c’est un homme très instruit et posé, de même que sa famille, seul son fils est turbulent mais ce n’est qu’un enfant... poursuivit Servetseza ignorant son interlocuteur, Sa fille Vesîme hanım est une très charmante jeune femme d’à peu près mon âge. Elle est très bien élevée et intelligente. Elle parle couramment français et anglais. C’est probablement une des personnes les plus aimables qu’il m’ai été donné de rencontrer. Fait intéressant : elle est une très bonne amie de votre fiancée la princesse Seniha...

– Quoi ? Elle connait Seniha ? Pourquoi diable ne suis-je pas au courant ?! protesta Mahmud Pacha sous le regard ennuyé de son interlocutrice. 

– Et surtout... elle aime Celâl Celâleddin bey. Un amour partagé d’après mes observations, enchérit Servetseza.

– Intéressant ! dit le pacha, D’ailleurs tu as donc pu rencontrer le fameux Celâl Celâleddin bey ! Qu’en as-tu pensé ? »

Servetseza prit le temps de réfléchir avant de répondre à cette dernière question.

« C’est... comment dirais-je... un homme tout aussi instruit que Vesîme hanım, mais comme beaucoup de jeunes officiers de bonne famille, il est quelque peu déconnecté de la réalité. Il croit savoir beaucoup de choses et mieux que les autres. Il est naïf et facilement influençable... surtout par Midhat Pacha qu’il considère comme son mentor. Il a eu d’ailleurs beaucoup de mal à accepter sa trahison. Et je doute encore aujourd’hui sur sa fidélité. Ce qui est dangereux, car il pourrait facilement être retourné par les Jeunes-Ottomans. Croyez-moi il ne fera pas long feu dans l’Est. Si Sa Majesté ne m’en avait pas intimé l’ordre, je l’aurais tué. 

– Ah je vois ! Quoi de pire que ces personnes qui se croient supérieures à tous juste parce que leur famille a du pouvoir et de l’argent ! J’avais eu l’occasion de le rencontrer quelques années auparavant lorsque j’étais en stage à l’ambassade ottomane à Paris. C’est vrai qu’il est très cultivé mais si ce que tu dis est vrai cela risque d’être problématique... Je ne sais pourquoi Sa Majesté a décidé de placer sa confiance en lui pour mener à bien cette mission... »

Servetseza écoutait d’une oreille sans grand intérêt en ne montrant aucune réaction.

« Si tels sont les volontés de Sa Majesté, je m’y plierai. Je ne suis que son outil, ce n’est pas à moi de décider ce qui est bon ou mauvais, déclara-t-elle soudainement. 

– Certes... Oui... Enfin... tout cela pour dire que grâce à toi ce traitre de Midhat Pacha va recevoir le châtiment qu’il mérite. Ce qui veut aussi dire que... le poste de grand vizir va être vacant... Et ! Qui d’autre mieux que moi, futur beau-frère de Sa Majesté, pourrait assumer ce poste ? Après cette affaire de complot, Sa Majesté aura besoin d’hommes de confiance et si possible des proches. Je Lui ai montré un soutien sans faille depuis que nous nous connaissons. De plus, étant l’époux de sa chère sœur cadette, je suis le candidat parfait au grand vizirat ! Ce qui ferait de moi... l’homme le plus puissant de tout l’Empire Ottoman ! Après Sa Majesté Impériale bien entendu ! conclu-t’il en se frottant avidement les mains.

– Vous avez de l’ambition Mahmud Pacha, répondit Servetseza regardant par la fenêtre, " Tu critiques Celâl bey mais tu es bien pire ! Tu es un pitoyable personnage ! À croire que tu épouses la princesse Seniha uniquement pour le titre de damat pacha ! Au moins l’amour de Celâl bey envers Vesîme hanım est sincère ! J’aimerais que ton avarice, ta gourmandise, ton goût du luxe et ta soif sans fin de pouvoir te perde. Mais malheureusement, ce sont toujours les viles personnes comme toi qui triomphent dans ce monde injuste... 

Le jeune pacha éclata de rire.

« De l’ambition ? Bien sûr que j’ai de l’ambition ! De l’ambition et de l’audace ! C’est cela qu’il faut ! Si Mehmed II n’avait pas eut tout cela comment penses-tu qu’il aurait conquit Constantinople ? Et Napoléon alors ? s’exclama Mahmud Pacha en souriant jusqu’aux oreilles, Tu comprend cela ma chère Servetseza ? »

La servante ne répondit pas et continuait de regarder impassiblement par la vitre. 

" Notre pays traverse la plus grave crise de toute son histoire, nous sommes assiégés par une horde d’abominables créatures, un complot menace de renverser notre empire, le monde a les yeux rivés sur nous et les Russes sont probablement en marche ! Malgré ça, tu n’aspires qu’à obtenir le poste de grand vizir... À quoi te servira le titre grand vizir quand les Pestiférés déferlerons sur Constantinople ? Ou que les Russes nous déclarerons la guerre ? Tu crois que tu te sentiras capable de mener un gouvernement dans de telles conditions ? Tu te compares à Mehmed le conquérant et à Napoléon mais dans une telle situation, tu te ferais dessus et tu prendrais le premier train pour Paris ! Sa Majesté n’a absolument pas besoin d’un boulet comme toi !" pensa la blondinette en affichant un très léger sourire suffisant.

Comme la voiture approchait de la destination, elle ralentit sensiblement la marche.

« Ah nous voilà arrivés ! dit soudain Mahmud éfendi en brisant le silence. »

Servetseza intriguée scruta l’extérieur par la vitre. Le cocher ouvrit la portière et fit descendre les passagers. Ils se trouvaient désormais sur un quai au bord du Bosphore. Au milieu de l’épaisse brume, transitaient des bateaux en tous genres. Les petits voiliers côtoyaient d’immenses navires à vapeur, les transporteurs de marchandises, de lourds cuirassés. Tous ainsi réunis, bâtants tour à tour pavillon ottoman, français, britannique, allemand, dans ce curieux ballet rythmé par un orchestre mêlant la corne de brume au chant des mouettes. 

Mahmud Pacha invita la servante à le suivre jusqu’au devant d’un grand yacht à voile gardé par deux soldats en uniforme ottoman fusil à l’épaule.

« Soldats ! Laissez donc passer Mahmud Celâleddin Pacha ! ordonna le jeune homme d’un ton magistral en agitant les bras. »

Les gardes s’exécutèrent aussitôt laissant les deux jeunes gens embarquer sur le navire. Une fois à bord un valet en uniforme blanc les prit en charge. Ils saluèrent le capitaine avant de se diriger vers l’intérieur du bâtiment. Arrivés devant la porte d’une cabine, le domestique s’arrêta et annonça d’une voix claire et forte : 

« Âsaf Mahmud Celâleddin Pacha et la kalfa Servetseza !

– Qu’ils entrent ! ordonna une voix grave et profonde de l’autre côté de la porte. »

Le valet ouvrit alors la porte, donnant ainsi sur une somptueuse cabine toute habillée de bois précieux. Là, au fond, une main posée sur le bureau en acajou, se tenait un homme d’une trentaine d’années coiffé d’un fez. Simplement vêtu d’une stambouline sombre non boutonnée de façon à laisser paraître son gilet, il scrutait ses deux invités de ses grands yeux d’azur qui illuminaient un visage pâle tirant sur le rosé. Ses sourcils ni fins ni épais, son nez aquilin et sa soigneuse moustache châtain lui conféraient un certain air de noblesse. C’était lui, le tout puissant souverain de l’Empire Ottoman, Abdülhamid deuxième du nom.

——

*stambouline : Redingote au col Mao portée par les officiels et les fonctionnaires de l’Empire Ottoman tout le long de l’ère des Tanzimat (1839-1876)

*para : subdivision monétaire ottomane, 1/40ème du kuruş (piastre) et 1/100ème de la livre ottomane. Elle est encore en usage de nos jours en Serbie et au Monténégro.

*abla : Littéralement "grande sœur" en turc, est un titre de respect informel utilisé pour s’adresser à une femme un peu plus âgée que soit (dont l’âge  pourrait correspondre à une sœur aînée).

*Tasfîr-i Efkâr : "L’image des Idées"

*damat pacha : Littéralement "pacha gendre" (damat : "gendre" en turc), désigne un titre honorifique donné à l’époux d’une membre de la famille impériale. Était donc considéré comme gendre impérial tout conjoint d’une princesse ottomane et non exclusivement les gendres, au sens propre du terme, du sultan.

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Défi
Chanel Lackaday

Le tix déribe un stépagor. Enfin, c'est ce qu'on dit. Mais le nonday épitérait un deparatic, dès avant-hier, alors, la question est, d'une manière évidente, vous en conviendrez : pourquoi donc, hier soir, le comissan volutait les deux farcatices ? Selon une source que je ne nommerais pas, pour raison d'avail (excusez-m'en du peu) : "La vorteen, qui contralait le televant, le generallet et l'intific, provoque aussi parfois la regendance des sériods, des alongers et des darliams, ainsi que des companices, alors la question ne se pose même pas."
MAIS, parce qu'il y a un MAIS : la sériance du darliam n'était pas prémédie, tout comme le jourd, qui était, lui, absolument contrent, et ce qu'il est primordial d'ajouter, c'est tout simplement que la sainsi (et la borise, ainsi que le gémin et le vallement), n'était plus exclamentés hier. Le problème, c'est que si malgré tout le milenche martise parfois le gally, ce qui est rare, il est tout à fait important là aussi de se souvenir que le milenche est aussi parfois partené par l'investime, ce qui signifie que, même si la source citée plus haut prétend que la vorteen provoque parfois la regendance des sériods, alongers et darliams, il n'a pas tout à fait raison.
Voici une nouvelle question, tout aussi cruciale pour comprendre toute cette affaire assez compliquée : si la lective et l'écher appressent en tout temps l'écouvelle, comment se fait-il, messieur-dames, que la volone garcialise et aupartisse la milose ? J'ai la réponse : eh bien, c'est tout simplement que, d'une manière tout à fait subsidique, combie et lifferente, les aspects primordiaux de la nocidée estinienne résident dans l'impossibilité d'aranter la condisse de la mouvée. C'est tout, rien de plus, et ce n'est pas si grave qu'on le prétend quand on dit que le tix déribe un stépagor depuis quelques jours.
Je veux dire, écoutez, c'est bien évident ! Combien de preuves vous faut-il encore ? Bon, d'accord, je vais vous les lister, puisque vous en avez tant envie que cela !
-L'incide chaquait la jourde il y a quelques semaines déjà.
-Pas plus tard qu'il y a quelques jours, on a appris que les inquiétudes étaient inutiles, dans la mesure où la froncite allamendait, de manière normale, le garetto.
-Pour ce qui est de Mme J., une simple rencorée est parvenue à prouver qu'elle n'avait rien à voir avec l'ankara, et, par extension, qu'elle n'avait rien à voir non plus avec le distre.
-Le tix était agentenu au nouvent de l'aventi lorsqu'on l'a inspecté.
-Malgré les rumeurs stupides, NON, l'hommande n'était PAS lanchie, elle n'a JAMAIS été lanchie, c'est scientifiquement IMPOSSIBLE, et pour ceux qui prétendent que le sécrase de l'écondat était évenu dans les interveaux du bosniaquet de la védrique (oui, oui, certains disent vraiment cela !), c'est impossible AUSSI, puisqu'ils ne sont ABSOLUMENT PAS liés ENTRE EUX. Retournez à l'ECOLE, ou bien documentez-vous, par PITIE !
-Les experts s'accordent tous (je dis bien, TOUS !) pour dire que, non, l'auding (anglicisme utilisé par les experts pour évoquer ce que nous appelerions plus communément l'autrianée, ou encore l'hospin) n'a pas provoqué l'intent de la delaine.
-Et, enfin, argument ultime s'il en est : en 2008 (entre 2008 et 2010, plus précisemment), une telle affaire avait déjà eu lieu : en effet, le 27 Novembre 2008, le tix avait commencé à dériber un stépagor, ce qui avait effrayé tout le village, puisque le tix était censé seulement grabonner les zurices poursées par la Genvie. Je suis d'accord avec vous, lorsque l'on voit un stépagor pour la toute première fois, c'est effrayant, dans la mesure où l'auraite dudit stépagor donne l'illusion d'être dangereuse. Pourtant, il n'en est rien : c'est ce que les experts (notamment Clément Verlier, éminent expert s'il en est) avaient admis à la fin de leur enquête, le 12 Mai 2009. Pendant un an, un mois et six jours, jusqu'à l'arrêt total du stépagor, les rumeurs et les théories du complots plurent. Certains affirmaient même que le stépagor provoquerait la fin du monde. Les experts tentèrent de faire taire ces rumeurs stupides, mais toujours, d'autres naissaient. Le pire, c'est que beaucoup de personnes demandaient qu'on fasse quelque chose à propos du stépagor, mais impossible : le stépagor est naturel, l'Humain n'y est pour rien dans sa création, et tenter de le supprimer complètement le rendrait beaucoup plus dangereux que si on le laissait naturellement exister. C'est notamment ce qui se passa pour 10% des quarante experts qui tentèrent de faire disparaître le stépagor sans savoir ce que le stépagor était vraiment. Les défunts étaient des scientifiques réputés : Jean-Marie Raffaé, trépassé le 12 Janvier 2008, Damien Jezza, décédé le 9 Mars 2008, May-Lee Aubard, défunte le 16 Avril 2008, et Sébastien Meuraut, emporté le 12 Mai 2008. C'est à ce moment-là que les autres experts restants, notamment le très réputé Clément Verlier, réalisèrent que, en laissant le stépagor exister de lui-même, il n'y avait aucun danger supplémentaire. On ramenta donc les ausses des estinctes, ce qui provoqua bien évidemment le rivalent du biscal. Les experts continuèrent (bien entendu) de surveiller le stépagor de très prêt, et un jour, surprise : l'intes de l'estion que les scientifiques utilisaient afin de moncer l'accalmée et le voisiron du stépagor, ainsi que le rocain, l'implican et le willion du tix (anglicisme souvent utilisé pour parler de l'inzaine, en langage non-scientifique) se mirent à ne plus donner signe de "vie". Et, sept semaines plus tard, le 27 Juin 2010, le stépagor disparut, laissant sa place à l'iningie que l'on connait maintenant.
Nous ignorons pour l'instant pourquoi le stépagor est de retour aujourd'hui (et ce, depuis environ deux mois), mais ce qui est certain, selon Clément Verlier, qui pratique toujours : "Le stépagor est exactement comme les colices qu'on trouve sur les vallemands de gardarites. Les colices existent, elles sont là. Alors, oui, bien sûr, elles sont bellionelles, stantes, assadeuses, connates et écondes, mais franchement, cela vous viendrait-il à l'idée de bakhrober les colices ? Non, je ne crois pas, car, bien qu'elles soient tout à fait complises, les colices, comme le stépagor, sont, malgré tout, deux choses parfaitement debreuses et essaires."
Et là, Clément Verlier a un bon argument : le stépagor est debreux. Tout simplement. Un autre expert, Geoffrey Whang, a complété l'affirmation de son collègue Clément Verlier : "Loin d'être dangereux, il est fort probable que le stépagor soit en réalité tout à fait utile à la vie humaine. Si on en croit les nombreuses expériences, le stépagor serait dôté de minuscules liques. Bien sûr, une lique seule ne sert à rien du tout, mais plusieurs liques pourraient recembrer les macies des appressites conferies. Alors, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve que c'est une super bonne nouvelle. Vous imaginez, le nombre de gabricans qui pourraient être londés grace aux dictimes des liques ?! C'est une révolution !"
Cependant, tout le monde ne partage pas cette vision des choses. Jean-Philippe Dusquenes, aujourd'hui en instance d'être radié de l'Ordre des Médecins, a déclaré dans une interview : "Le stépagore ! Le stépagore, c'est quelque chose de très dangereux. N'écoutez surtout pas les pseudo-experts qui prétendent que le stépagore est une bonne chose. Ils sont payés par le Gouvernment, c'est bien certain. Prétendre que le stépagore, que j'appelle moi-même la "cavanette" [rires] est favorable à la vie humaine est tout simplement stupide. J'ai fait mes recherches dans mon propre laboratoire, figurez-vous, et voici ce que j'y ai trouvé : en réalité, le stépagore est dangereux pour les humains. Lorsque j'ai étudié la chose, j'ai réalisé, après trois heures de recherche, que le marsenat du municat (marsenatum municatum) était totallement citaire, c'est-à-dire que même la resse du stépagore était parave et adminique. Répétez cette phrase dans votre tête : l'achateaux du stépagore peut provoquer l'électue du servatoire de la sécution du tix. La sécution du tix ! Vous réalisez ?! Ces imbéciles veulent provoquer la fin du monde ! Si on leur fait confiance, ce sont les coalites abonales (coalites abonalum) qui autaireront les marasifs du stépagore, ce qui causera, à coup sûr, la mort !"
Si nous apprenons de nouvelles choses au sujet du stépagore, nous vous en informerons rapidement. N'ayez pas peur du stépagore que le tix déribe, il n'est pas dangereux. Cessez de nourrir les théories du complot et de faire naître des rumeurs.
Merci bien.
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Beatrice Aubeterre
Quand les humains ont colonisé Cyrga, ils jugeaient que cette planète à l'écosystème unique deviendrait une colonie parfaite. Jusqu'au jour où ils ont découvert qu'elle altérait les gènes terriens. Presqu'un siècle plus tard, une partie des élites vit dans des enclaves protégées, sans contact avec l'extérieur. C'est le cas du jeune Lukas, qui mène une vie confortable dans la ville de Stellae. Un jour, il reçoit une terrible nouvelle : ruiné et endetté, il doit quitter sa ville natale et affronter le monde extérieur...
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Serenya
Nicolas est un Administratif heureux : il a enfin décroché sa mutation au bureau de l'Ouest et s'apprête à devenir Forgeur ! Mais l'étrange aura de ce département de l'Ordre, qui l'a attiré ici, ne renferme-t-elle pas plus de problèmes que de curiosité ?

Voici donc la troisième partie des aventures de Paulinette !
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