Le favori 1

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Deux ans plus tard...

Dans le lit royal, fait de bois noble et drapé de rouge, deux corps se lovaient sous le regard indiscret d’animaux empaillés.

La tête posée sur le sein d’Elestac la sanguinaire, Azur enroulait son bras autour de son épaule massive, veineuse, où quelques cicatrices et écorchures décoraient une peau claire. Il y frotta son visage avec affection, demandant ainsi des caresses. La reine s’exécuta, attendrie par son bel amant. Son favori depuis près de deux ans.

Une mèche de ses cheveux noirs enroulée et déroulée à ses doigts bagués, Azur questionna sa reine dans un murmure remplie de fausses inquiétudes :

— Majesté, m’aimez-vous ?

Il ne cherchait là qu’à se rendre plus désirable auprès d’elle. Lui prouver qu’il était entièrement à elle, dévoué jusqu’à la fin des temps. Mais dans son cœur, toute cette comédie l’écœurait. Souvent, il se haïssait de trahir sa mère et de se prostituer auprès de celle qui l‘avait sauvagement assassinée.

La femme qui avait transformé de sa vie en un enfer lancinant était devenue sa maîtresse. Oui, sa Maîtresse.

La patience, avait décrété l’esprit du miroir. La patience pour récolter plus que la vengeance.

Azur s’accrochait à ces mots comme à une arme tranchante. Attendre pour mieux régner, pensa-t-il, ça en vaut le sacrifice.

Loin de deviner ce qui se cachait dans le cœur de son amant, Elestac attrapa avec délicatesse le menton du jeune homme qu’elle dirigea vers elle.

— T’aimer ? répéta-t-elle. En doutes-tu encore, toi qui possèdes des appartements plus spacieux que ceux de mon fils ? Toi qui couches dans mon lit presque chaque soir. Toi pour qui mon cœur bat.

Elle s’approcha pour lui donner un baiser, mais il se détourna, déçu qu’elle ne lui offre pas plus.

— Que t’arrive-t-il ?

— Jamais vous ne me le dites de vous-même. J’ai la sensation de ne rien valoir à vos yeux, hormis le fait d’être votre amant.

— Qu’imagines-tu ?

Elle se redressa sur les coudes, consciente de la frustration de celui qu’elle désirait plus que quiconque. Pourquoi ce doute ? Ne lui prouvait-elle pas tous les jours qu’elle l’adorait ?

Azur ressentit toute l’attention posée sur lui et joua avec elle, comme à chaque fois :

— Vous ne saurez aimer un autre que votre défunt époux. Je vous fais honte.

— Hertos sera à jamais dans mon cœur, mais aujourd’hui celui que je veux, c’est toi. Ne te trompe pas sur mes sentiments. Ils sont sincères. Je suis reine, je décide de qui est à mes côtés.

— Alors quand est-ce que je sortirai de l’ombre ? en profita-t-il pour s’informer. Je me sens si illégitime.

— Lorsque mon fils sera plus âgé.

— Il aura bientôt onze ans, n’est-il pas déjà un grand garçon ?

Le jeune homme se redressa à son tour, dévoila son torse nu de sous les draps.

— M’aimez-vous vraiment ou suis-je un simple roturier, un jouet ?

Elestac enroula ses bras autour de sa taille fine, un poil, agacée.

— Je t’aime depuis le jour où je t’ai ramené avec moi. Je te le jure.

Azur glissa ses mains sur celle de son amante, esquissa un fin sourire, et débuta son habituel jeu de tendresse.

— Raconte-moi encore notre rencontre.

Il désirait réanimer ce sentiment d’appartenance qui régnait dans l’esprit d’Elestac. Plus il demanderait son amour, plus elle lui donnerait. Plus il s’intéresserait, plus elle lui prouverait sa loyauté. Perle par perle le collier de la vengeance se fabriquerait, jusqu’à ce qu’il se referme sur le cou de la reine et l’étrangle.

Elle mordait toujours à l’hameçon, comme aveuglée par la beauté pure de son partenaire. Le plus dévoué, le plus quémandeur de son attention et le plus doux. Que lui refuser ? Dans ses yeux bleus en amande, elle contemplait la dépendance qui se déployait en lui. Jamais, elle ne trouverait un homme meilleur que ce garçon. Ce bel éphèbe retrouvé dans le septième bois que comptait Verdoyon, près de la frontière du royaume de Flammèche. Elle était profondément touchée par son attachement, ébranlée par cet amour qu’il lui offrait. Ses égards d’attentions, comme lui voler un baiser dans l’ombre d’une colonne, une fleur posée sur sa commode lorsqu’elle se levait, un geste délicat, un mot caressant... Il la couvait d’affection. Azur était un soleil réchauffant son cœur devenu froid… Si froid.

Le menton dans le creux du cou de son amant, Elestac souffla :

— Encore ? Tu as si peur que je t’abandonne ?

— Peut-être un peu. Je ne me souviens plus de mon passé. Je n’ai que toi dans ce monde. Toi que j’adore. Raconte-moi, mon amour.

Comment résister à ses mots toujours plus suaves, remplis de faux sentiments, mais si bien maîtrisés, si bien manipulés, que tous s’y trompaient. Elle la première.

— Alors, c’est d’accord.

Elle fit basculer la tête de son compagnon. Puis, elle l’embrassa d’un baiser chaud et pénétrant. Azur se laissa faire comme à chaque fois, toutefois sa main libre se crispa sur les draps. Même si son visage restait impassible, sa haine bouillonnait dans son corps. Ce qu’il détestait la sentir contre lui ! Comme il haïssait le moment où il devait la rejoindre et où il devait l’aimer de tout son dégoût.

Elle le délivra, s’adossa à la tête de lit, le suivit du regard lorsqu’il se coucha sur l’oreiller, et replongea dans ce matin ensoleillé. Ce matin-là, où elle l’avait trouvé inanimé près d’un immense chêne. Une brume noirâtre dansait autour de lui, et s’éclipsa lorsqu’elle le rejoignit. Elle sentait au fond d’elle que ce garçon avait besoin de sa protection. Elle sentait une irrésistible envie de le toucher et de le garder auprès d’elle.

— J’étais sur la route, prête à tuer ces satanés souffleurs de givre. Ils avaient trouvé refuge dans le septième bois. Sur mon chemin, je t’ai vu endormi entre des racines, du sang sur ton front. Je t’ai cru mort, mais tu as bougé. Je suis descendue de ma monture, tout en inspectant tes habits. Je me suis demandé ce qu’un flammarien faisait sur mes terres.

Elle s’interrompit, sourit à son souvenir, puis à Azur qui ne la lâchait pas des yeux.

— Tu ressemblais à un être céleste. Ta beauté a fait chavirer mon âme. Je n’avais pas le cœur à te laisser. Tu t’es réveillé et tu as posé tes yeux bleus sur moi, puis tu as dit : Une fée sage… Ici ? Tu as froncé tes sourcils et terminé dans un murmure : suis-je mort ? Tu m’as confondu avec les plus belles créatures du ciel. Ces êtres divins qui viennent nous chercher pour nous mener sur la route du trépas. Tes premiers mots envers moi furent un compliment.

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