Chapitre 1

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Juste un visage
© Rose P. Katell (tous droits réservés)
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L’alarme s’enclencha et brisa la quiétude de la chambre.

Comme toujours lorsqu’un individu pénétrait dans son appartement, Eder vit son plafond blanc se tacher de mots rouges, juste en face de ses iris ; ils lui annonçaient qu’il avait de la visite et si celle-ci était cruciale pour lui. Un soupir se faufila entre ses lèvres quand il lut la mention « très important » en lettres capitales. Il ne pouvait s’agir que de son manager…

Eder écarta l’alerte d’un geste de la main, puis se gorgea du calme qui regagnait la pièce. Il s’assit sur son lit, posa sur sa table de nuit la balle en mousse qu’il s’amusait à lancer en l’air avant d’être interrompu, et tapota le meuble du doigt pour qu’il affiche l’heure. Ses yeux s’écarquillèrent devant les quatre chiffres qu’il lui révéla. Midi et quart !

Il se mit debout, lissa un pli sur son pull en cachemire, puis se rendit au salon, où son invité leur versait déjà un verre – Eder ne s’était pas trompé sur son identité.

— Je t’en prie, Anthelme, fais à ton aise, grogna-t-il.

Un rire lui répondit.

— Tu serais contre un verre ?

— En général, c’est moi qui me charge de le servir.

Anthelme sourit.

— Cesse de râler et profite. Nous avons quelque chose à fêter !

Eder eut besoin de plusieurs secondes afin d’assimiler ses propos.

— Je suis… pris ? demanda-t-il d’un ton neutre.

— Cache ta joie !

Il s’excusa :

— Pardon, j’ai du mal à y croire. Être sélectionné sur une base de photos, sans avoir à passer de casting…

— C’est le progrès ! Grâce à ta gueule d’ange, nos comptes en banque vont grossir et tu vas jouer dans un blockbuster. D’ailleurs, ça ne m’étonnerait pas que tu deviennes le favori des sociétés de production d’ici un ou deux ans. Tu es une véritable coqueluche !

Eder ne se focalisa pas sur les compliments, qu’il n’entendit qu’à moitié. Son être s’était figé sur un mot.

— Pas sûr qu’on puisse vraiment affirmer que je vais jouer dans le film, puisque…

Anthelme l’interrompit :

— Oh oh ! J’en connais un qui s’est levé du pied gauche. Eder, ce rôle va propulser ta carrière vers les sommets, inutile de cracher dessus. Nous ne sommes pas arrivés ici pour nous arrêter en si bon chemin. Où est l’adolescent qui m’assurait qu’être acteur était le rêve de sa vie ?

— Il est encore dans son lit, à dormir.

La plaisanterie apaisa le manager, qui sourit.

— La fête d’hier soir ?

— Oui. Tu as eu raison de me la conseiller.

— Je t’avais dit que tu étais trop tendu.

Eder opina.

— J’aurais été plus avisé d’avoir confiance en toi, je l’avoue, mais j’ai toujours envoyé une vidéo avec mes photos avant de décrocher un rôle. S’en abstenir, c’était… Je ne sais pas de quelle façon te l’expliquer.

— Question d’habitude. Les vidéos en ligne, les monologues déclamés avec passion, les acrobaties, c’est du passé !

Sans parvenir à réduire son scepticisme au silence, Eder acquiesça. Anthelme maîtrisait le sujet mieux que lui.

Il accepta le verre qu’il lui offrait.



Eder tomba sur son lit et se massa les tempes. Pourquoi l’alcool, même en quantité légère, lui filait-il chaque fois une migraine ? Il baissa ses paupières ; hélas, elle perdura. Il devina qu’avec ou sans repos, il en avait au moins pour deux heures.

Il se redressa et utilisa l’un de ses oreillers comme dossier. Puis il fixa le mur qui lui faisait face, aussi immaculé que son plafond.

— Films récents, commanda-t-il.

Un écran s’afficha et lui proposa une flopée de titres, certains dont il avait entendu parler, d’autres non. Après une courte hésitation, Eder opta pour un thriller et le lança. Il tenta de se focaliser sur le jeu des différents acteurs, cependant, leurs similitudes l’énervèrent vite.

Depuis que la technologie avait évolué au point que tout soit créé numériquement, l’unique rôle des gens du métier consistait à avoir un profil flatteur. Leur physique était photographié, mémorisé, puis implanté sur des modèles 3D. Un technicien se chargeait ensuite d’animer le « personnage » derrière son bureau en fonction des gestes et expressions que le public appréciait le plus.

Eder soupira… Était-ce ça être acteur ? S’employer à paraître à son avantage afin d’être repéré, participer à des shootings réguliers et laisser un inconnu gérer vos apparitions dans les diverses productions pour lesquelles on vous embauchait ? Une telle vérité le déprimait.

Cette façon de procéder n’était pas récente, mais durant ses années de théâtre – un luxe inutile de l’avis d’Anthelme –, Eder avait espéré que tous les réalisateurs ne l’appliquaient pas. Il se sentait si vivant lorsqu’il interprétait un rôle ! L’aspect pratique de sa profession lui manquait. Il avait souvent l’impression de n’être qu’un visage attirant, une marchandise que son manager vendait au plus offrant et que des spectateurs vénéraient.

Il s’en voulait de penser de la sorte, car Anthelme l’épaulait et agissait pour son bien. En un tour de main, il avait contacté les bonnes personnes et lui avait déroché des rôles intéressants. L’ascension fulgurante de sa carrière, Eder la lui devait, il en avait parfaitement conscience. Malgré tout, l’obsession de la beauté lui déclenchait des sueurs froides. Posséder un faciès avenant ne signifiait pas être un comédien doué. Eder aurait donné cher afin d’être jugé sur ses capacités, dont il doutait chaque jour davantage.

Comment être légitime lorsque rien ne prouvait vos compétences, quand ce que les autres voyaient de vous était artificiel ?

Démotivé et dans l’impossibilité de se concentrer sur le divertissement, Eder le coupa, puis s’extirpa de sa chambre. Migraine ou non, il ne refuserait pas un nouveau verre.

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