Chapitre 7

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Une peur comme je n'avais encore jamais ressentie me prend l'estomac. Les larmes me montent immédiatement aux yeux. Je tremble tellement soudainement que je m'accroche à mon bureau.

- Jack vous n'êtes pas...

- En prison ? dit-il de sa voix de détraqué. J'ai été libéré sous caution ma belle. Ça peut servir d'être beau gosse, il suffit de troncher la juge et ça passe.

- C'est le portable de Mia...

- Ben putain t'as été longue à la détente.

Mon cerveau ne fait qu'un tour, cet enfoiré lui a forcément fait du mal. Dois-je me sentir concernée cependant ? Après tout cette guenon ne fait que glousser tout le temps, elle m'a souvent gonflé ! Mais je réalise qu'elle est tout de même la sœur de mon mari, bon ok, fausse sœur, mais ça compte quand même. Malgré tout, j'ai appris à l'aimer cette godiche, à ma manière.

Le temps que mes songes s'agitent, je reçois une photo de ma belle sœur. Elle est bâillonnée et ligotée à une chaise, on pourrait presque croire que Christian est derrière ça. J'aurais pu rire de cette photo dans d'autres circonstances, car ce qui est en train de se passer est très sérieux. Mia s'est faite kidnapper. Comment ? Après tout Jack Hyde est quand même le vilain le plus naze jamais crée ! Et une fois que je lui aurai botté le cul, il sera vraiment temps que j'apprenne à Mia à ouvrir les yeux.

- Jack vous voulez quoi ?!

- Je veux récupérer ma vie pouffiasse.

Puis il me sort un discours de gamin de cinq ans qui veut un bonbon :

- Je veux être Christian Grey bou hou ! Je suis plus intelligent ! J'ai plus de couilles , elles sont énormes, tu aurais pu avoir la chance de les gober débile !

Oh pitié quelle agonie, je préfère qu'il me bute sur le champs plutôt que d'endurer ses états d'âmes une seconde de plus.

- Si tu veux revoir ton perroquet en vie, t'as intérêt de me filer cinq millions, et ça avant 13h.

CINQ MILLIONS ?! Nan mais il a vraiment craqué lui !

- Mais c'est dans moins de deux heures c'est parfaitement impossible ! dis-je tandis que mes genoux ne me supportent plus.

- T'as été assez maligne pour me piquer mon poste alors tu vas bien trouver une solution ! Ne dis rien à personne, ni à ton mari ni à ses sbires de merde. Pas même à celui qui est beau comme un Dieu !

- Laissez moi lui parler ! Jack !

Le dernier son que j'entends est un violent "splash" puis un grésillement constant. Il a du jeter le portable dans un point d'eau. Mais quel enculé, c'est moi qui ai offert ce téléphone à Mia ! Il a coûté une blinde ! Enfin c'est ce que je lui avais dis...

Je prends quelques secondes pour retrouver mes esprits, ce qu'il vient de se produire n'a aucun sens ! Ce genre de chose ne se produit que dans les films ! Et ce n'est pas un film voyons, mon histoire est bien trop chiante, personne n'en ferait un film !

Je sors du bureau tout en essayant d'adopter un visage neutre. Mon garde du corps est toujours là, parfait et immobile dans son costume splendide.

- Sawyer, nous rentrons à la maison.

Il me rattrape en une seconde et m'escorte jusqu'à l'Escala.

Une fois dans ma chambre, je me change rapidement. J'enfile des survêtements, ce qui me donne un air gangsta, ce sera plus pratique pour les scènes à venir. Tandis que je prends la peine de me coiffer (bien sûr, rien de mieux à faire dans une situation pareille), je reçois un autre appel. C'est Mia, donc Jack.

- Elle me soule cette perruche ! Même avec le bandeau sur la gueule elle arrive à dire des mots, mais c'est infernale !

Cela ne m'étonne pas d'elle, même au péril de sa vie elle continue de parler ! Je l'imagine ligotée sur cette chaise, incapable de parler clairement, mais tout de même en train de baragouiner son histoire inexistante avec le frère de Kate. Puisqu'il n'existe pas dans les films, oups !

- Jack je suis en train de faire ce que vous avez demandé !

- L'heure tourne Ana (oh non, la réplique niaise à souhait). Il faudra plusieurs sacs ahah, plusieurs millions ça ne tiendra pas dans ton soutif.

Et avant de raccrocher il me sort le fameux "tic tac". Mon Dieu ce type est tellement ringard.

Je me munis d'un sac en vrai cuire (parce que même en état de crise il faut avoir la classe) et du petit flingue de Leila. Pour une fois je suis contente que Christian n'ait pas tenu parole, il ne s'en est pas encore débarrassé et j'en suis bien contente. Je fourre le flingue dans mon slip côté cul et cours jusqu'au salon. Je contourne Sawyer en lui demandant de l'aide à la bibliothèque par appel téléphonique. Si les choses tournent mal c'est la dernière fois que je pose mes yeux sur lui. Malgré les événements graves, je prends deux secondes pour le mater une dernière fois, et tandis qu'il part en direction de la bibliothèque, j'enregistre l'image de son cul superbe dans ma mémoire. Tellement beau, j'en soupire de regret.

Mais je m'étais un peu trop attardée , car j'entends déjà ses pas rapides revenir à la charge, il venait de comprendre. Mais il est déjà trop tard, l'ascenseur se referme entre nous tandis que ses yeux bleus océan croisent les miens.

Je file à la banque. Étant rouge comme si je venais de boire deux litres de whisky, et avec mes jogging, j'essaie quand même de paraître naturelle. J'ai la sensation de revenir des mois en arrière, lorsque les gens plissaient le nez en me voyant.

Je demande à rencontrer quelqu'un immédiatement, mais je suis assez pathétique et pas convaincante sans mes habits de grande dame, du coup ces salauds me font patienter comme une personne lambda (comme vous quoi), non mais je rêve ! C'est une fois que j'ai crié qui je suis qu'on finit par m'accorder de l'attention. Une poulette prend ma demande et me plante la en me demandant de patienter. J'ai pas le temps bordel !

Mais, un mec finit enfin par venir à ma rencontre.

- Bonjour Madame Grey, je suis Monsieur Gromollard, je vais vous...

- Ouais ouais pas le temps, ou est le fric ?

Il me rend le sac, maintenant beaucoup plus lourd. Ce qui se trouvait la dedans pouvait nourrir chacun des employés pendant des années.

Le portable du banquier se met à sonner. Non mais allô il répond ce gros mollard ! Depuis quand on répond à des appels au boulot ?!

- Madame Grey, c'est votre mari, me dit-il en me filant son vieil iPhone pourri.

Ah. Je fais comprendre à cet abrutit de banquier qu'il est de trop, et je ne parle qu'une fois que je l'ai mis à la porte de son propre bureau.

- Ana tu fais quoi ? C'est à cause de ce matin ? Dis moi ce qu'il ne va pas.

- Je ne peux pas, dis-je la voix tremblante.

Olala je suis encore en train de chialer en disant "je ne peux pas" ! Ça fait quoi ? La troisième ou la quatrième fois ? Y'en à marre.

- Tu vas me quitter ?

Je ne réponds qu'avec un étranglement venant de ma gorge. Dans le livre il prend peur comme jamais que je le quitte pour de bon, mais là on dirait qu'il en a clairement rien à péter.

- Je suis la dans quinze minutes.

- Non, ne viens pas !

- Bon d'accord, repasse moi Monsieur Grolama.

Oui, décidément rien à foutre.

Je redonne son téléphone au banquier mais avant de partir comme une fusée, je vois cette fusée de Sawyer. Merde !

- Heu, je peux aller faire caca ? je demande.

Avec malaise on m'indique le couloir des toilettes. Je me cache et appelle Jack. Quand il décroche, j'entends Mia qui baragouine derrière son bandeau, encore en train de papoter au calme. J'explique la situation à Jack, mais il était déjà au courant. Il m'annonce (toujours de sa voix faussement sinistre à faire rire un babouin) qu'une voiture bleue m'attend dehors. Lorsque je lui avoue qu'on pourra sûrement tracer ma position, il réplique :

- Débarrasse toi de ton portable, tu n'en auras plus besoin. Quelqu'un t'attend au volant, tu as trois minutes.

Je me dépêche, mettant au point un dernier plan. Pour éviter de croiser Sawyer je demande au banquier de sortir par la porte de secours.

- Mais pourquoi ? demande-t-il surpris.

- J'ai bouché vos chiottes, je ne veux pas être associée à ça !

- Heu, très bien.

- Je vais aussi vous prendre votre portable pourr... je veux dire, votre téléphone.

Avec un air choqué il me le tend immédiatement. Hé oui, même avec la faucheuse derrière l'épaule, j'ai encore du pouvoir.

Une fois dehors, je vois un visage familier, piètrement grimé par une grosse paire de lunettes de soleil, et d'un vieux chapeau de grand-mère.

La DRH, celle avec la tronche de souris. Tout s'explique du début à la fin. Du flirt avec Jack jusqu'aux piques quotidiennes à mon égard. Et c'est donc elle qui nous avait pourchassé en voiture, il avait été confirmé que c'était une femme au volant. Grosse pouffiasse.

- Liz ?

- Ta gueule et monte.

- Dis donc t'es pas très gentille.

Elle m'arrache le sac des mains et le met directement dans le coffre. Une fois installées, elle exige mon téléphone, et je lui donne avec grace. M'en fou y'en a un autre dans mon soutif. Elle le prend d'une vilaine main et le jette par la fenêtre, pile dans une flaque d'eau. Ouah elle doit être contente la connasse. Elle démarre en trombe, tapant un pigeon au passage, qui tombe raide.

Après certaines minutes qui me paraissent interminables, nous finissons par nous arrêter dans un vieux garage désaffecté ou règne un chaos sans nom. Parfait endroit pour un kidnapping j'imagine. Dommage que le méchant ne suit pas lol.

Je descends au plus vite pour rejoindre Mia, qui est toujours immobile sur sa chaise. Je dois avouer que c'est comique. Avant que je puisse prendre de ses nouvelles, Jack m'écarte et plante ses griffes dans mes épaules.

- Non non non, dit-il avec un sourire. Tu es dans les temps, belle performance ma gueule !

- Tout l'argent est là Jack ! Laissez moi emmener Mia !

Si je me concentre sur les plaintes étouffées de ma belle sœur, il me semble qu'elle est en train de chantonner une chanson de Lady Gaga, bref.

Et d'un coup, la main de Jack rencontre mon visage, si violemment qu'il me retient avant que je ne tombe.

- Ça c'est pour SIP espèce de petite salope. Merci d'avoir bousillé ma vie.

Dans un excès d'adrénaline et de défiance, j'affiche un mince sourire. Voilà, l'auteur de cette parodie essaie de me rendre un peu badass parce que clairement, ça n'arrive pas pour de vrai hein.

Cela fait perdre à Jack ses derniers nerfs, et je paie mon insolence. La gifle qu'il m'inflige est tellement violente que je m'écroule au sol, j'ai la sensation que mon cerveau s'est échappé de mon crâne. Je suis assommée et ne réponds plus de rien. Ce qui me rend de nouveau alerte est le coup de pied de Jack qui me tranche les entrailles.

- Pas mon bébé, je hoquette à bout de souffle.

- Jack arrête c'est bon on a l'argent ! Laisse la on s'en fiche !

Liz est clairement apeurée. Qu'est ce qu'elle croyait cette conne ? Que Jack m'offrirait une barbe à papa ! Faut choisir ton camps ma vielle.

Il la malmène, la bousculant comme une poupée de chiffon. Je profite de ce moment pour sortir le flingue de mon slibard. Inutile de préciser que le pistolet est trempé, je me suis largement pissé dans le froc depuis.

Je tire une balle dans le genoux de Hyde, qui s'écroule tout de suite au sol tandis qu'une éclaboussure de sang se répand partout.

Je rêve ou Mia est en train de se taper une barre ?!

Bref, je sombre dans le noir tandis que la sirène des policiers résonnent dans le garage. Ils ont du tracer le téléphone de Groslama. Christian est avec eux, il les bouscule pour venir à moi.

- Poussez vous c'est moi que v'la !

Je suis incapable de le regarder, de garder les yeux ouverts. Je ne peux que l'entendre.

Je lutte pour rester avec lui. Puisque c'est ce qu'il m'ordonne. Voilà un de ses ordres que j'aimerais respecter.

Je respire. Puisque c'est ce qu'il me demande.

Je m'accroche à la vie. Puisque c'est ce qu'il me supplie.

Sa voix déchirée me dit une autre chose. Mais je ne comprend plus.

Malgré mes efforts pour tenir, je tombe, maintenant lovée dans les bras d'un ange venu pour m'accueillir.

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