19.3 Un sourire est une clef secrète.

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Nous poursuivimes vers le fond du canyon jusqu'à atteindre la végétation. Le chemin se faisait de moins en moins escarpé. Nous nous arrêtâmes devant un grand ruisseau. Fatigué, les cuisses endolories par la descente, je m’asseyai difficilement sur un rocher. Nous avions convenu, avec les autres équipes, de revenir après quatre heures d'exploration. Les éléments qui s'étaient déchaînés au-dessus de nos têtes nous avaient retardés, nous ne devions donc pas tarder à nous remettre en route.

— On va par où ? demanda Pierre.

— Soit nous traversons et nous essayons de sortir de ce canyon, soit nous suivons ce ruisseau vers l'aval ou l'amont, énonça Axel.

— Vu l’heure qu’il est… Si nous grimpons de l'autre côté, une fois arrivés, il sera déjà l'heure de repartir, expliqua Angelines.

— OK, répondit Pierre. Donc, aval ou amont ?

— Descendons le courant, se risqua-t-elle.

— Allez, on va dire qu’on va faire confiance à l’intuition féminine.

— Tant qu’on ne fait pas confiance au sens de l’orientation féminine... lâcha Christophe.

— Il y a deux ou trois choses qu’il ne faut pas évoquer avec les demoiselles, si tu ne veux pas finir éternel célibataire, lui murmura à l’oreille Aimé.

Angelines pouffa de rire.

La végétation dense nous obligea à progresser par le lit du ruisseau, sans précipitation, car les rochers polis par l'eau étaient particulièrement glissants. Axel fut, bien sûr, le premier à riper et tomber la tête la première en lâchant son fameux : « C'est trop inzuste ». Mais d’autres, tout comme moi, se firent aussi surprendre à plusieurs reprises. Après une demi-heure de marche, le ruisseau disparut de son lit. Nous observions au fur et à mesure les parois du canyon se refermer sur nous, jusqu’à ce qu’une falaise nous barre la route.

— Un cul-de-sac ! s’exclama Bertrand.

Axel s’affala sur une pierre.

— Tout ça pour rien, soupira-t-il.

— Il faudra trouver un autre chemin pour ressortir du canyon, ajouta Christophe.

— J’ai besoin d’une longue pause, alors.

— On ne va pas non plus se mettre la pression et risquer de se blesser, répondis-je pour le rassurer tout en m’asseyant à ses côtés.

— Désolé de vous avoir amené dans un cul-de-sac, regretta Angelines.

— Peut-être pas ! nous cria Bertrand faisant face à la paroi.

— Euh… tu as vu la hauteur ! Bon courage, si tu as l’intention de grimper, lui répondit Christophe.

— Grimper non, mais passer à travers sûrement. Regardez !

En m’approchant de l’endroit qu'indiquait Bertrand, je distinguais une petite saignée, comme une porte dans la paroi. Bertrand et Christophe essayèrent de pousser de toutes leurs forces, mais l'accès ne bougea pas d’un pouce.

— Ça ne vient pas, finit-il par lâcher. Il doit y avoir un mécanisme ou une clef secrète quelque part. Comme à l'ermitage.

— Un sourire, s’exclama Aimé.

— Tu veux dire une serrure, rectifia Christophe.

— Mais non... ce que dit Francis : « Un sourire est une clef secrète qui ouvre bien des cœurs ».

— Quelqu'un d'autre à une idée aussi fumeuse ?

— Venez voir ! Le même symbole qu’à l’ermitage ! s’écria tout à coup Bertrand.

Nous observâmes ce qu’il nous désignait de l’index. Effectivement, une double spirale inversée en « S » était gravée sur la paroi.

— Sauf qu’à Susin, c'était deux cercles alors que là ce sont deux fleurs de lys, rétorqua Axel.

— Cela semble plus profond au niveau des lys, fit remarquer Angelines en l'effleurant du doigt.

— Des trous de serrures ? suggéra Bertrand.

— Sauf que nous n’avons pas la clef, répondit Axel.

— Les clefs, rectifia Bertrand. Il y a deux trous.

J'effleurai de la main les reliefs, ne décelant aucun mécanisme. Quand la bague à mon annulaire passa dans mon champ de vision, je percutai.

— C’est la même taille ! m’exclamai-je.

— Donne-la-moi ! demanda Axel.

Je la lui tendis. Il tenta pendant quelques instants de la manipuler. Il poussa fortement sur une des fleurs de lys avec son ongle. Celles-ci, reliées par une tige, étaient en effet une pièce emboîtée dans la bague. Il la déclipsa et me la donna.

— Et voilà la première clef, lança-t-il.

Angelines fit de même avec l’autre.

Je pris une grande respiration et l'introduisis avec précaution dans le trou de la paroi. Je tentai de la faire pivoter dans le sens des aiguilles d’une montre. Elle semblait ne pas vouloir bouger. Je changeai de sens et après une petite résistance, la pièce se mit à tourner jusqu’à ce que j'entende un clic et que j'atteigne la butée. J'attrapai celle de la bague d’Angelines et exécutai la même opération. Tout mon être se tendit dans l’attente d’une éventuelle réaction au nouveau bruit sec, en vain.

— Il faut peut-être les actionner en même temps, proposa Axel.

Il saisit l'une d'elles. Je refis marche arrière avec l'autre en tournant dans le sens horaire. Axel fit de même.

— À trois, lançai-je. Un, deux...

— Attends ! Attends ! me coupa-t-il. Un, deux, trois et on tourne, ou on tourne à trois, demanda-t-il

— Lorsque je dis trois on tourne.

— OK, je suis prêt, conclut-il

— Un... deux et trois, comptai-je tout en actionnant la clef au dernier chiffre.

— Non ! Non ! je me suis trompé de sens, s’écria-t-il.

— Axel concentre toi, bon sang ! hurla Bertrand

— C’est bon ! C’est bon ! Vers la gauche à trois, marmonna-t-il en soufflant comme s’il se préparait à courir un cent mètres.

— Un... deux et trois, comptai-je, en pivotant la clef.

Un silence s’installa. Bertrand jeta un regard noir à Axel devant l’absence de réaction à la suite à notre manipulation.

— Ah non ! Promis ! J’ai tourné à gauche à trois.

À peine avait-il fini sa phrase qu'un léger tremblement anima la pièce que je tenais en main. Rapidement, c’est toute la paroi qui était secouée et qui tout à coup se souleva. Je me reculai et faillis tomber à la renverse. La roche laissa apparaître un passage.

— Un tunnel, s’exclama Axel. Pourvu qu'il nous mène à l’ermitage de Suzin.

— Oh... Que ça sent bon le retour, tout ça, se réjouit Aimé.

« — Allez ! C’est parti. », lançai-je, espérant que nous allions enfin faire la lumière sur toute cette histoire.

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