19.2 Un sourire est une clef secrète.

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Axel ne semblait pas rassuré, mais au fond de cette faille ou de l'autre côté nous attendait peut-être notre billet de retour. Christophe repéra un chemin qui descendait. Nous nous dirigeâmes vers le sentier qui longeait la paroi de pierre abrupte. Il était si étroit qu’une seule personne à la fois pouvait l'emprunter. Axel s'arrêta net, les jambes tremblantes.

— Après la corniche de la grotte, ce sera du gâteau pour toi, l’encouragea Pierre.

Axel acquiesça d’un sourire fier et s'engagea sur le sentier, suivi par les autres. Quant à moi, je fermais la marche. Je commençais une lente descente sur le chemin escarpé en évitant de regarder le vide. Je me concentrais sur l’endroit exact où je mettais chacun de mes pieds afin de ne pas glisser.

Tout s’assombrit d'un coup, comme si une chape de plomb s'installait. De gros nuages obscurs et menaçants s’amoncelaient rapidement au-dessus de nous. Les éclairs déchiraient le ciel pendant que le tonnerre grondait et se répercutait contre la paroi du canyon. Un vent violent se mit à souffler, projetant des trombes d’eau. Nous nous étions tous plaqués contre la roche. La pénombre et la pluie qui ruisselait en grande quantité sur mon visage m’empêchaient de voir ceux qui me précédaient. De temps en temps, j’apercevais leurs ombres, illuminées par la foudre. Les poils de mon corps se hérissaient à chaque éclair et à chaque fracas assourdissant du tonnerre qui percutait la falaise et la faisait vibrer. Le déluge semblait ne jamais vouloir s'arrêter.

Tout à coup, j'entendis un grondement différent. Je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Le flanc du canyon s’effondra. Entraîné vers le bas, je tentai désespérément de m’accrocher à n’importe qu’elle prise. Après quelques mètres de chutes, je m’arrêtai net sur une sorte de promontoire. Me collant à nouveau contre la paroi, je sentis une main m’enserrer la cheville droite. Je l’agrippai de toutes mes forces. Dans un long râle, je puisai dans mes forces pour hisser celui qui pendait dans le vide. Après l'avoir remonté, je découvrais le visage de Pierre.

— Une chance que tu sois toujours là ! cria-t-il dans le vacarme.

Nous nous blottîmes contre la paroi. La pluie et le vent cessèrent aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Le soleil nous illumina tout à coup, une douce chaleur m’envahit. J’aperçus à notre côté, quelques mètres au-dessus, le reste de l’équipe. Christophe, Axel, Aimé et Bertrand étaient juchés sur un gros caillou.

— Ça va ? lançai-je.

— On a connu mieux ! répondit Aimé.

Je fus soulagé de les voir. Mais soudain, la pierre qui leur servait de refuge commença à glisser, les entraînant peu à peu vers le fond.

— Ce n’est pas vrai ! Quand est-ce que ça s’arrête ? s’écria Axel.

— Sautez ! On vous rattrape, cria Pierre.

Bertrand et Christophe se jetèrent sur notre promontoire. Axel demeurait immobile.

— Saute ! hurla Aimé.

Mais Axel, tétanisé, ne bougea pas d'un pouce. Le rocher continuait à descendre inexorablement, par à-coups. Il se trouvait quasiment à notre hauteur. Aimé, voyant qu'il restait peu de temps avant qu'ils ne puissent plus s'élancer pour nous rejoindre, souleva Axel et le projeta dans les airs. Nous l’attrapâmes au vol. Aimé se jeta à son tour et s'agrippa à une prise environ un mètre en dessous du promontoire. Christophe se plaqua au sol et tenta d’atteindre Aimé. Bertrand le saisit par les jambes, pour éviter qu’il bascule.

— On est trop court ! s’écria-t-il. Essaye de tendre le bras Aimé.

Je me penchai et découvris Aimé suspendu dans le vide. Il manquait une cinquantaine de centimètres pour pouvoir l’atteindre.

— Enlevez ma ceinture scoute et filez-la-moi, ordonna Christophe.

Je la détachais tant bien que mal et la sortis d’autour de sa taille. Puis je la lui tendis.

— La ceinture ! s’exclama Christophe, en la laissant pendre.

Aimé l’agrippa, puis en se hissant avec difficulté il réussit d'une main à saisir Christophe. Ce dernier lâcha le ceinturon pour attraper Aimé avec ses deux mains.

— L’autre main ! s’écria Christophe.

Aimé regarda un instant la ceinture qu’il tenait encore de l’autre main. Lorsqu’il resserra son étreinte sur celle-ci, je compris qu’il venait de se souvenir de son importance pour Christophe.

À maintes reprises, Christophe avait évoqué que celle-ci lui avait été offerte par son père, un accessoire qui avait accompagné ce dernier pendant ses jeunes années dans le scoutisme.

— Lâche cette satanée ceinture ! grogna Christophe.

— Pas question !

— Je ne vais pas pouvoir te remonter, espèce d’idiot ! Lâche-la !

— Tu te débrouilles !

Christophe puisa dans ces ultimes forces et réussit à le soulever jusqu’à lui. Il l’agrippa par la taille. Bertrand commença à les hisser, mais Aimé glissa au dernier moment. Christophe eut juste le temps de le rattraper par ses rastas. Un grand cri s’ensuivit jusqu’à ce que nous réussîmes à les mettre tous les deux hors de danger.

— T’es un malade ! lâcha Christophe.

— Surtout, ne me remercie pas pour ta ceinture, répondit Aimé en la lui tendant.

— Je devrais te la faire bouffer ! Si je n'avais pas pu te remonter, c’est toi que j'aurai perdu.

— Tranquille man… J’avais mes rastas comme option de secours. La vache ! Tu m’as fait mal !

— Tant mieux ! grommela Christophe en remettant sa ceinture.

Après avoir repris nos esprits, nous constatâmes que nous étions dans une position très délicate. Il nous était impossible de descendre ou de monter pour rejoindre le chemin.

— J’espère que les filles s’en sortent mieux que nous, soupira Axel.

— Oh hé ! Les filles ! appela Pierre.

— Nous sommes là ! héla Angelines, dont la voix semblait provenir d'au-dessus. Vous allez bien ?

— Oui !

— Mais, pourquoi tu réponds ça ? s’offusqua Axel. Nous n’allons pas bien du tout ! Tu as vu dans quelle situation nous nous trouvons…

— Écoute, la situation est quand même meilleure que celle d’être aplatis comme une crêpe au fond du ravin, répliqua Pierre.

— Pour l’instant…

— Jeannot, c’est quand tu veux ! s’exclama Bertrand.

— Quoi ? répondis-je.

— Et bien, tu sais ! C’est le moment où tu dois dire : « Allez, on se calme les gars. Et trouvons les bonnes solutions ».

Je n’eus pas le temps de prononcer un seul mot que nous entendîmes la voix d’Angelines.

— Vous la voyez ?

— Qu’est-ce qu’on doit voir ? cria Pierre.

— La corde !

— Là ! s’exclama Bertrand, en l’apercevant à une dizaine de mètres de notre position.

— Dix mètres à droite ! guida Pierre.

Après quelques instants, elle pendait à notre niveau.

— Les plus légers d’abord, suggéra Bertrand en la tendant à Axel.

— Et pourquoi ? s’offusqua ce dernier.

— Et bien une fois que je serais suspendu, il vaut mieux qu’il y ait du monde pour tirer là-haut.

Christophe commença à attacher Axel. Il passa la corde autour de sa taille et la noua, l'engagea une première fois à l’entrejambe puis une seconde fois. Après plusieurs nœuds effectués, Axel était équipé d’un harnais fait maison.

— OK, mets les pieds en avant. Et pendant quelles te hissent, tu fais comme si tu marchais sur la paroi. Tu as compris ?

— Euh… dit comme ça, cela a l’air facile.

— C’est bon ! Tirez ! cria Pierre.

La corde se tendit, et Axel commença doucement à grimper.

— Tes pieds ! s’exclama Christophe.

Axel se repositionna en plaquant les chaussures bien à plat contre la paroi.

Au bout de quelques instants, elles nous renvoyèrent la corde. Christophe me prépara à mon tour. Même si l’ascension semblait assez facile, je m’appliquais quand même à m’appuyer sur le flanc de la falaise pour soulager les filles. Une fois en haut, l'une d'elles me détacha. Je me plaçai en fin de file pour aider à hisser le suivant. Après quelques minutes, nous étions tous en sécurités.

— Qui a eu la brillante idée d’apporter une corde ? s’exclama Pierre.

— C’est elle ! répondit Angelines en désignant une des filles.

— Tu la remercieras alors, bredouilla Pierre.

— Ah ben non, c'est le bisou. Obligé !

Pierre s’exécuta, sous les regards moqueurs.

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