12.3 - Chercher à progresser

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— C’est une lampe torche ! s’exclama Pierre.

À ces mots, j’ouvris les yeux et vis le faisceau s’échapper d’une ouverture au-dessus de nous. Ce rayon de clarté nous donna un coup de fouet et nous hurlâmes à en perdre la voix. Axel passa la tête par une fissure.

— Oh ! C’est bon, arrêtez de gueuler, on n’est pas sourd !

— Axel ? s’étonna Bertrand.

— Tu t’attendais à qui ?

— Comment as-tu fait ?

— Ben, je vous ai cherchés, pardi !

— Non… Comment tu as fait pour arriver jusqu’à la grotte avec ton vertige ? rectifia Bertrand.

— Francis n’arrête pas de dire qu’il faut essayer de faire de son mieux pour progresser, alors j’ai laissé mon vertige de côté.

— Je me les gèle ! Si on pouvait reporter les remises de badges à plus tard et sortir enfin de ce frigo, bredouilla Aimé.

— Angelines, envoie la corde ! s’écria Axel.

Elle nous la lança et chacun notre tour, nous nous hissâmes jusqu’à l’ouverture.

— Alors, vous vous étiez perdus ! railla-t-elle.

— N… non… Un scout ne se perd pas, il explore, répondit Aimé en claquant des dents.

— Allez, suivez-moi, lâcha Axel.

Il se retourna, fit quelques pas et s’étala de tout son long par terre. L'air penaud, il dégagea ses pieds du fil d'Ariane qu'ils avaient déroulé pour retrouver la sortie et se remit en marche. Arrivée à un carrefour, Angelines ramassa une cordelette qui filait dans une autre direction, elle la rembobina jusqu’à ce qu’elle soit tendue et tira trois coups secs afin d’informer une équipe partie explorer ce boyau. Nous continuâmes notre progression et elle répéta la même opération à d'autres bifurcations. Au croisement suivant, nous rencontrâmes Paul.

— Il faut que vous veniez voir, nous sommes tombés sur quelque chose de vraiment bizarre, lança-t-il.

Après quelques mètres à nous faufiler dans un boyau étroit, nous entrâmes dans une cavité en forme de demi-sphère. En haut, des points illuminaient le plafond. Sur les côtés, une inscription parcourait toute la salle : « Paladins, ce qui peut être vu n’est peut-être plus et ce qui ne peut être vu l’est peut-être. »

— Regardez ! Ces points lumineux, ce sont des constellations, fit remarquer Axel.

— Ça y ressemble, répondis-je.

— Ça ne ressemble pas... Ce sont effectivement des étoiles. La grande en forme de W, c’est Cassiopée. Celle-ci est la Petite Ourse, désigna-t-il de la main.

— Que veut dire le mot « paladin » ? coupa Bertrand.

— C’était un chevalier errant défenseur de la veuve et de l’orphelin, répondit Axel.

— Et la suite de la phrase : « Ce qui peut être vu n’est peut-être plus et ce qui ne peut être vu l’est peut-être », ça n’a aucun sens, lança Paul.

— C’est sûrement une autre énigme, suggérai-je.

Axel avait beau relire à plusieurs reprises l'inscription, cela le laissait perplexe.

— Vu qu'il y a des constellations au plafond, ça doit parler des étoiles, se risqua Bertrand.

— Mais oui, tu as raison ! Tu peux observer une étoile alors qu'elle n'existe plus et ne pas voir une autre pourtant bien réelle, répondit Axel.

— Qu’est-ce que tu racontes ? On ne peut pas voir des étoiles si elles n'existent plus.

— Mais si bien sûr ! Dans l’espace, on mesure la distance en année-lumière et non en kilomètre. On calcule le temps que met la lumière pour parvenir jusqu’à nous. Par exemple lorsque nous observons une étoile à une année-lumière, nous voyons l’éclat qu’elle faisait il y a une année.

— Et ?

— Imagine qu’une étoile à des milliers d’années de la terre s’éteigne. On pourra continuer à regarder sa lumière pendant des milliers d’années.

— Macarel ! Tu veux dire par là que quand je contemple le ciel, j'observe le passé ?

— Tu as tout compris.

— Mais lorsque tu dis que je ne peux pas voir celles qui existent... Désolé, mais moi, je suis comme Saint Thomas : je crois seulement ce que je vois.

— Imagine qu’une étoile soit née il y deux cents ans. Si elle se trouve à trois cents années-lumière, tu ne la vois pas parce que la lumière ne nous est pas encore parvenue.

— OK, donc la phrase : « Ce qui peut être vu n’est peut-être plus et ce qui ne peut être vu l’est peut-être. » fait référence aux étoiles, récapitula Paul.

— Ou au temps passé et futur, répliqua Axel

— Quel est le rapport avec les paladins ? questionna Angelines.

— Je ne sais pas, mais apparemment, cette citation s’adresse à eux, déduisit Axel.

— Comme un avertissement ?

— Peut-être.

— Qu'est-ce que cela a à voir avec l’énigme du rocher ? demanda Paul.

Axel leva les sourcils sans répondre.

— Bon les gars ! Si on pouvait réfléchir ailleurs, lança Aimé, grelottant.

Moi aussi, j’étais impatient de ressortir de cette cavité et de revoir la lumière du jour. Nous fîmes demi-tour et après quelques minutes, nous débouchâmes enfin à l’entrée de la grotte baignée par la clarté qui nous avait tant fait défaut. De nombreux scouts y étaient rassemblés. D'autres groupes partis à notre recherche dans différentes galeries revenaient peu à peu.

— C’est bon, tout le monde est là. Nous pouvons y aller, lança Angelines.

Je commençai à gravir le tas de rochers pour accéder à la sortie. À chacun de mes pas, des paumes chaleureuses se tendaient vers moi pour m'aider à m'extraire de cette cavité. Une fois à l'extérieur, je restai quelques secondes debout sur la corniche à me délecter de la chaleur me caressant la figure. Une main bienveillante se posa sur mon épaule et m’accompagna sur le chemin. Je me laissai guider, le visage braqué vers les rayons de soleil. Arrivé sur la plage, je me retournai et vis tous ces scouts venus à notre secours. Un long frisson parcourut mon corps.

Lorsqu'Aimé me rejoignit, il commença à déboutonner sa chemise et la retira.

— Brrr… Elle est encore toute trempée, dit-il en grelottant.

— Quítate ! Quítate la camisa, dit une des filles à Pierre alors qu'elle tentait de lui faire enlever la sienne.

Pierre eut un moment de recul gêné.

— Pour une fois qu’une jolie demoiselle te demande de te déshabiller, railla Angelines.

— Ouais ben, juste la chemise, répondit Pierre.

— Alors BG ! Toi qui es toujours le premier à… glissa Aimé.

— À quoi ? s’empressa d'interroger Angelines avec un large sourire.

J’ôtai moi aussi la mienne. Je ressentis immédiatement la chaleur du soleil sur mes épaules.

— Elles sont vraiment dans un sale état, fit remarquer Angelines. Nous avions prévu de faire une lessive cet après-midi. On s’en occupe.

Aimé commença à lui tendre la sienne, mais Pierre le stoppa net.

— Oh ! Ce ne sont pas nos bonniches, s’exclama-t-il.

— Des quoi ? demanda Angelines.

— On ne va pas faire laver nos chemises par des filles sous prétexte que ce sont des filles !

— Mais personne n’a dit ça ! Je proposais juste pour que vous puissiez vous reposer et qu’on puisse continuer à vous côtoyer sans être asphyxier par l’odeur.

— T’inquiète Pierre, je leur filerai un coup de main, précisa Axel.

Après être revenu au campement, mes compagnons d’infortune et moi allâmes directement nous coucher pour récupérer.

Après une bonne heure et demie de sieste, je m'éveillai. Nos chemises étaient alignées sur un fil tendu entre la tente matériel et la nôtre. Malgré la ressemblance de nos tenues, je reconnus la mienne au premier coup d'oeil et l'enfilai.

— Au fait, et Christophe ? demandai-je.

— On ne l’a pas revu depuis ce matin, répondit Axel, et personne ne l’a aperçu au camp.

— J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, lâcha Aimé.

— Je suis sûr que cet idiot est parti rejoindre les exclus, suggéra Pierre.

— Vu leur comportement ce matin, je ne suis pas certain qu'il reçoive un accueil chaleureux, lança Bertrand.

— Il n’a pas voulu nous écouter, qu’il s’en débrouille maintenant.

— Il ne nous reste plus qu’à aller le chercher, conclus-je.

— Pourquoi ? interrogea Pierre.

— Parce qu’il est dans l’équipe, et que j’en suis responsable.

— Qui est contre aller le récupérer ? demanda Pierre en levant le bras.

— Ah non ! On ne vote pas, lui répondis-je sèchement. On ne le laisse pas tomber. Fin de la discussion !

— Mais enfin, Il nous a laissé tomber !

— Oh écoute, ça arrive à tout le monde de faire des conneries, lui lança Aimé. Toi qui es toujours le premier à nous faire la morale avec ce que dit Francis. Tu la fous mal. C’est aussi ça l’esprit d’équipe : laisser une chance à celui qui part sur le mauvais chemin. Comportons-nous en scouts et allons le chercher.

— OK, je me rends, répondit Pierre, tout en mimant le geste.

Me frotter aux exclus ne m'enchantait guère, surtout sur leur terrain. Je lançais alors pour me donner du courage le traditionnel :

— Allez ! C'est parti !

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