Une troisième mission ?

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Bon, j’aurais bien aimé garder une de ces kalachnikovs, ça aurait fait joli dans mon salon, mais non, j’ai pas pu. Les gars des forces spéciales n’ont pas voulu. Ils étaient efficaces, professionnels, mais pas spécialement sympathiques. Bon, en même temps, ils ne sont pas là pour ça. Il fallait qu’ils me fassent juste sortir très vite du pays avant que les Syriens et les Russes ne me tombent dessus. Ce qu’ils ont fait et très bien. Je ne vous dirai pas comment, c’est secret ça aussi… très secret même, mais ils sont forts nos p’tits gars.

Les Navy Seals peuvent aller se rhabiller je pense. Mais non, je ne veux pas foutre la merde entre deux corps d’élite de pays amis. Bref, me voici de retour à Paris, dans le bureau de Paul (un grand bureau pour que je sois au moins à deux mètres de lui quand même) pour me débriefer. Je lui ai tout raconté, sauf l’épisode assez intime avec la jeune Niyaz. Tout ça n’avait aucun rapport avec la sauvegarde du monde après tout, c’était juste un beau geste, mais oui, Gilbert, tu peux le dire, un très beau geste, même. Il a été soulagé de savoir que les travaux concernant ces nouveaux gaz toxiques étaient définitivement enterrés sous le sable du désert, avec son créateur et ses assistantes, jolies assistantes mais bon... Gilbert, focus mon gars, ok, ok…

Il a terminé ce débriefing en me donnant une pile de docs à lire (la vache ! j'allais en avoir pour 6 mois de lecture…). L'air satisfait de me voir un peu galérer, il me dit :

  • Gilbert, dans quelques mois, vous allez partir en Afrique, ça vous dit l’Afrique ?
  • Pourquoi pas, je ne connais pas.
  • Une fois que vous aurez lu et ingurgité tout ça, appelez-moi et je vous dirai ce qu’il en sera exactement de votre mission, ok ?
  • Ok, Paul.
  • Bonne lecture, Gilbert.

Et j’ai quitté son bureau avec une sacoche pleine de docs et un PC portable dont le disque devait être lui aussi saturé de documents concernant le contexte de cette future mission.

Et j’ai passé des journées entières, des nuits, des semaines et finalement plusieurs mois à tout éplucher. Il y en avait partout chez moi, sur les murs, sur les tables, les chaises et même au sol. J’en avais mal au crâne en me couchant, quand j’arrivais à dormir. J’en avais plein la tête de Boko Haram et des ramifications complexes des djihadistes divers et variés entre le Nigéria, le Niger et même le Cameroun. Ce qui me semblait assez compliqué à gérer, c’est que la coopération française avec le Nigéria était quasi inexistante. Pas non plus de militaires ni même de forces spéciales françaises dans ce pays, à la différence du Mali avec la présence depuis de nombreuses années de la force Barkhane. Mais au Nigéria, ça allait être vraiment sans filet. Le seul appui que je pouvais espérer avoir, serait celui des quelques militaires présents à l’Ambassade de France à Abuja au centre du pays, donc très loin de la zone d’influence de Boko Haram.

Depuis plusieurs années, ils s’étaient « spécialisés » dans les enlèvements massifs d’enfants dans les écoles. À croire que l’éducation les dérangeait… Parfois, ils avaient des visées plus « terre à terre » quand ils s’attaquaient à des écoles de jeunes filles. Là, il s’agissait plus de prévoir le « repos des guerriers ». Mais qu’est-ce que je vais aller faire dans cette galère ? Je ne voyais vraiment pas comment, moi tout seul, j’allais pouvoir faire quelque chose contre ces bandes organisées. Je ne suis pas Superman, merde. Je suis juste un petit vendeur de papeterie. Allons Gilbert, reprends-toi, c’est quoi ces larmoiements ? Tu oublies ce que tu as déjà fait pour la France ? Secoue-toi, allez !

J’ai donc appelé Paul, une fois toute cette documentation ingurgitée et il m’a fixé rendez-vous le lendemain. Il m’a prévenu que Jeanne serait là…. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vue. J’en étais secrètement amoureux. Elle pouvait me demander n’importe quoi, je crois que j’aurai tenté de décrocher la lune pour elle, Oh Gilbert, les pieds sur terre, ok ? Ok…

Arrivé au bureau du « Bureau », oui, je sais ça fait con, mais c’est comme ça, c’est pas moi qui ai choisi le nom… J’ai été accueilli par Paul qui m’a amené directement dans le bureau de Jeanne. Je ne me souviens pas vous avoir décrit l'endroit… Je sais, ça fait beaucoup de "bureaux" mais encore une fois, c'est pas moi qui ai choisi ce nom débile... C’était dans un ancien immeuble haussmannien, avec une hauteur sous plafond de près de 3 mètres, des boiseries aux murs, de grands rideaux aux fenêtres et contrastant avec le style intérieur, un mobilier très moderne et hyper-dépouillé. Un gigantesque bureau en verre avec 3 sièges à la dernière mode du design, forcément avec tous les sièges très éloignés l'un de l'autre, enfin surtout un, le mien comme je le supposais.

  • Bonjour Gilbert, contente de vous revoir.

Mon dieu… Sa voix me faisait des frissons jusque dans la moelle épinière. Elle déclenchait des réactions totalement incontrôlées au plus profond de moi. Elle pouvait me demander ce qu’elle voulait avec une telle voix.

  • Bonjour Madame, bredouillais-je.
  • Asseyez-vous, Gilbert (en me désignant le siège le plus éloigné des autres). Paul, vous lui avez expliqué la situation ?
  • Oui Madame, enfin, je lui ai donné toutes les informations que nous avions. Il n’est pas idiot et il a dû comprendre ce qu’on attendait de lui…
  • Justement, Madame, Paul… Autant j’ai bien compris qu’il fallait faire quelque chose contre cette secte, autant, je n’ai pas bien compris comment j’allais pouvoir agir…
  • Paul ne vous a pas tout dit ? Paul, enfin…
  • Désolé Madame, j’ai pensé que vous préfèreriez lui dire vous-même
  • Vous avez raison… Voilà, Gilbert, comme vous l’avez compris, la France n’entretient pas de relations très étroites avec le Nigéria, ce qui complique un peu votre séjour là-bas comme ressortissant français. C’est pourquoi, vous allez être citoyen suisse pendant votre séjour. La Suisse entretient des enseignants coopérants dans ce pays et comme j’ai un ami à la Sûreté Suisse qui me devait un service, il m’a remis un passeport suisse pour vous.
  • Suisse ? Mais pour y faire quoi ?
  • Vous allez enseigner les mathématiques aux enfants nigérians, Gilbert. Dans une zone qui jouxte la zone d’influence de Boko Haram. Nous espérons qu’ils vont venir enlever les enfants de votre école et vous avec. Ce sera ensuite à vous de jouer pour rencontrer le chef de cette secte et de faire votre œuvre.

Là, ça commençait à craindre un peu. Je ne me souvenais pas du sort qui était réservé aux enseignants quand ils envahissaient une école pour prendre des otages. Mais je n’étais pas certain qu’ils les laissaient en vie...

  • Ne vous inquiétez pas outre mesure, Gilbert, nous aurons un commando des forces spéciales en permanence en surveillance. Ils veilleront à ce qu’il ne vous arrive rien. Votre vie est plus précieuse pour nous que le succès ou l’échec de cette mission.

Voilà, elle avait dit ce qu’il fallait pour que je m’enfonce les deux pieds dans ce bourbier africain, voire même la tête la première. Elle devait savoir que je ne pouvais rien lui refuser… Gilbert, tu es là pour le boulot. Réfléchis avec ta tête et pas avec autre chose...

  • Des questions, Gilbert ?
  • Juste une Madame, je fais comment pour l’accent suisse ?
  • Vous allez avoir quelques cours avec une orthophoniste suisse qui vous attend à la sortie du bureau. Vous verrez, en quelques séances, vous parlerez plus suisse que Roger Federer.

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