L'enfance de Gilbert (interlude)

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Né deuxième fils dans une famille comprenant au final 3 enfants (un fils ainé et une fille cadette), il semble que le jour de sa naissance, une aide-soignante ait laissé tomber le placenta par terre, peu après son expulsion et que la sage-femme ait posé le pied dessus et se soit fracassé le crâne contre un des montants du siège gynécologique. Aucun autre incident n’a été rapporté durant son séjour à la maternité (qui n’a duré que cinq jours). Ah si, peut-être le décès le lendemain de cette fameuse aide-soignante quand l’ascenseur est descendu en moins d’une seconde, du cinquième étage au second sous-sol. Les deux câbles avaient lâché en même temps, ce qui est impossible.

Son frère ainé avait été malencontreusement renversé par un camion-poubelles alors qu’il était parti chercher un petit véhicule miniature que Gilbert avait involontairement fait rouler sur la route devant chez eux. Ce camion roulait lentement, mais comme Maurice (le frère aimé de Gilbert) marchait à 4 pattes pour récupérer le camion de pompier miniature, le chauffeur ne pouvait pas le voir et avait juste senti sa roue gauche avant se soulever brièvement. Quand il était descendu, il n’avait pu que constater les dégâts. C’est lourd un camion poubelles sur un enfant de 4 ans. Les os ne résistent pas…

Sa petite sœur était décédée de la mort prématurée du nourrisson à 3 mois. Ses parents l’avaient retrouvée inanimée en fin d’après-midi. Personne n’a imaginé que cela pouvait avoir un lien avec le fait que le petit Gilbert, alors âgé de 3 ans, jouait souvent sous son berceau. Il avait passé l’après-midi avec son camion de pompier récupéré (Oui, le camion poubelles ne l’avait pas écrasé, lui) autour du berceau de sa sœur Paulette.

Quelques années plus tard, sa mère était décédée alors qu’il n’avait que cinq ans, d’un cancer du poumon, elle qui n’avait jamais fumé. Elle s’était brusquement sentie épuisée, sans raison apparente. Les médecins avaient procédé à tous les examens possibles et imaginables. Hélas, il était déjà trop tard. Son cancer était métastasé et s’était répandu dans tous ses organes. Elle n’avait vécu que quelques semaines après le diagnostic.

À peine 6 mois plus tard, le père était mort de chagrin… Bon faut dire que perdre deux enfants sur trois et puis son épouse, ça faisait beaucoup pour un seul homme. De toute façon, il avait décidé d’en finir le soir des obsèques de sa femme. Mais toutes ses tentatives avaient été vaines. Comme s’il avait un ange gardien qui veillait sur lui. Mais le chagrin avait été le plus fort. Il s’endormait tous les soirs en pleurant et puis une nuit, il avait tellement pleuré et gémi qu’il ne s’était pas réveillé.

Quelqu’un, on ne saura jamais qui, avait eu la bonne idée de ne pas solliciter ses grands-parents. Quatre personnes qui doivent une longue et paisible retraite à un ou une anonyme qui a préféré le confier directement à l’Assistance Publique.

Bref, une enfance sans histoire… Aucun événement à déplorer durant sa scolarité, si ce n’est quelques accidents dans la cour de récréation, 2-3 morts par an mais pas plus.

Bon, c’est vrai, il y a bien eu l’incendie de l’école primaire alors qu’il était en CE2. Personne n’a compris ce qui avait pu déclencher le feu, ni ce que le directeur était allé faire dans les combles de l’école ce jour-là. Toujours est-il qu’il en est redescendu complètement carbonisé, enfin redescendu, façon de parler quand on est totalement brûlé… Ah oui, une autre fois, une des femmes qui servaient à la cantine quand il était en CM2 était tombée la tête la première dans l’énorme gamelle de purée et était morte (asphyxiée ou brulée, on n’avait jamais su la cause exacte de son décès).

Quelques-uns de ses camarades, garçon ou fille, avaient péri étouffés par des bonbons, des gâteaux ou d’autres objets qu’il ne faut normalement pas mettre à la bouche, comme un capuchon de stylo, une barrette d’agrafes, voire une éponge pour tableau blanc.

Le collège avait été relativement calme, sur sa scolarité de quatre ans, il n’y avait eu qu’un seul élève qui était tombé du toit. Comment avait-il pu y accéder ? Mystère… Ah si, un autre s’était noyé dans la cuvette des toilettes. Là aussi, comment avait-il pu mettre sa tête entière dans la cuvette… Personne n‘y avait rien compris.

Le lycée avait été l’occasion pour lui de découvrir vraiment la vie, de faire le plein de nouvelles expériences. Pas très futé, il avait quand même perçu qu’il ne fallait pas qu’il reste trop longtemps avec la même fille. Au bout de deux ou trois accidents, même lui avait compris. Enfin, pas vraiment compris, mais d’instinct il avait enregistré qu'une fois avec une fille, ça suffisait. Curieusement, il était devenu le Don Juan du Lycée, passant de fille en fille. C’était bref, mais intense avec lui. Elles devaient se passer le mot, sans doute.

Au final, il avait réussi une scolarité moyenne, sans étincelles, mais sans non plus trop de difficultés. Il avait juste semé quelques cadavres çà et là, sans vraiment s’en rendre compte et sans que personne ne fasse de lien direct entre eux et lui.

Son tuteur de l’Assistance Publique lui avait trouvé un petit boulot pas trop pénible, dans la papeterie Durand et Fils, où il coulait des jours heureux, une petite vie peinarde.

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