Comment "marche" Gilbert ? (Interlude)

4 minutes de lecture

Après mon succès dans le train Vienne-Linz, j’ai été soumis à une batterie d’examens. Ce que j’ai compris après, c’est que plusieurs personnes au sein du « bureau » étaient franchement sceptiques à mon sujet. Jeanne (pardon, Madame) avait été obligée de mettre tout son poids dans la balance pour que je sois chargé d’une mission expérimentale. Car c’est de cela qu’il s’agissait : ma mission dans le train en Autriche était une expérimentation.

Avec les résultats dont on se rappelle, je leur avais cloué le bec à ces incrédules. Ils avaient bien été forcés d’admettre que Jeanne (enfin, Madame, ou le « Bureau ») avait finalement misé sur le bon cheval, c’est-à-dire moi, Gilbert. Malgré tout, certains restaient dubitatifs (les sots !). Ils voulaient comprendre, scientifiquement découvrir quel phénomène étrange je pouvais déclencher sur mes victimes, pourquoi elles, quel rayon d’action j’avais, comment j’arrivais à déclencher des morts qui semblaient aussi naturelles sur des personnes en bonne santé quelques minutes auparavant.

Je ne peux malheureusement pas tout vous révéler. En effet, une grande majorité de ces informations sont classifiées Secret Défense, voire même Très Secret Défense. Je n’ai aucune envie de finir en prison, voire pire, simplement pour avoir fait le beau en vous révélant toutes mes qualités. Il suffit que vous sachiez que j’ai été examiné sous toutes les coutures, et même à l’intérieur. Ce qui n’est pas franchement agréable, croyez-moi.

Tout, ils m’ont tout fait : radio, scanner, IRM, scintigraphie, bilan sanguin sans parler des examens spécifiques : tels qu'angiographie pulmonaire (des fois que ça se passe là), artériographie (si jamais cela venait de mes cellules sanguines), biopsie (dès fois que j’envoie un cancer foudroyant sur mes victimes, qui serait inoffensif pour moi), capillaroscopie (comme ça cela se passait au niveau des capillaires sanguins de ma peau), caryotype (si j’avais un quatrième ou cinquième chromosome spécial quelque part), coloscopie (oui, c’est ça l’examen interne pas franchement agréable. Tu dormais Gilbert, arrête de faire ta chochotte), coronarographie puis Doppler (toujours pour examiner à la loupe mes vaisseaux sanguins), électrocardiogramme bien sûr (j’ai un cœur de jeune homme, mais de jeune homme banal, même pas de grand sportif – j’étais déçu…), électroencéphalographie (j’ai un cerveau normal, tout ce qu’il y a de plus normal et même pas un QI exceptionnel. Juste 115 ou 120, déçu, je vous dis…), un ionogramme dans mon sang et les différents fluides de mon corps (chou blanc) et même un spermogramme (si si, je vous assure, il a fallu que j’aille me masturber dans une éprouvette… terrible et ben là aussi... Des spermatozoïdes tout ce qu’il y a de plus quelconques, normaux quoi).

Bon, tout ça pour dire qu’ils n’ont rien trouvé, rien, que dalle, nib, peau de balle. Je restais une énigme pour la science. Ça tombait bien, je n’avais pas envie finalement de savoir ce qui se passait en moi. J’avais découvert que je pouvais avoir une certaine utilité, et cela me suffisait. Je n’aurais pas voulu être un monstre, une sorte d’Elephant Man qui passe inaperçu mais qui fait fuir tout le monde. Bon, en même temps, il ne valait mieux pas me fréquenter de trop près, trop longtemps, à moins d’être fatigué de vivre. Oh merde ! Je pourrais me reconvertir comme ça, quand les services secrets n’auront plus besoin de moi... assistant pour ceux qui veulent mourir dans la dignité… Bon, ok, je n’arrive pas encore à choisir la cause de la mort et quand on étouffe dans son vomi, on ne peut pas dire que ça soit décéder dans la dignité. Mais faut que je creuse cette idée... Gilbert, tu as trouvé ta voie, mon gars, pour ta reconversion en fin de carrière d'espion !

Bref, une fois ce fait posé (je restais et demeurerais un mystère), il fallait déterminer de façon pratique mon rayon d’action, le temps de contact nécessaire, le nombre de morts différentes que je pouvais provoquer, bref... faire des expérimentations pratiques. Pas la peine que je vous dise que cette phase a été classée « Très Secret défense ». Je peux juste vous dire que forcément, ça a été une hécatombe. En même temps, c’était pour identifier et préciser mes capacités à provoquer la mort... difficile de le faire sans victime, non ?

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai réglé à moi tout seul les problèmes de surpopulation carcérale mais je pense que j’y ai bien contribué. Plus de problèmes non plus concernant les gens qu’on n’arrivait pas à dé-radicaliser… maintenant, ils le sont, croyez-moi. Par contre, j’ai refusé d’essayer mon « pouvoir » sur des femmes. Ça non, je ne le pouvais pas. Déjà que je n’arrive pas à avoir de l’intimité avec une femme (à moins qu’elle ne soit suicidaire), c’est pas pour en avoir qui meurent dans mes bras. On a sa dignité quand même. Ce qui fait qu’ils ne savent pas comment agit mon pouvoir (ou plutôt mon « don », je préfère en fait…) avec les femmes. Ça restera un mystère. Pourvu qu’on ne me confie pas de mission de ce genre-là. Ou alors il faudrait vraiment que la femme soit une folle dangereuse…

Dorénavant, le Bureau savait à peu près tout de moi. J’étais une arme qu’ils avaient réussi à mesurer, calibrer et ils avaient désormais les moyens de m’utiliser de la façon la plus efficace possible. Pour servir les intérêts supérieurs de la France, bien entendu. Il n’était pas question de se servir de moi pour de minables intérêts particuliers. J’étais destiné à promouvoir la grandeur de notre beau pays (on entend presque la Marseillaise en fond sonore, non ?).

Annotations

Recommandations

Jacques IONEAU
Texte inspiré par une auteure bien mal récompensée...
67
90
38
15
Jean Zoubar


Georges était étonné que le type attende sagement son tour. Il l’avait remarqué depuis qu’il était entré dans l’agence. Un mix de chêne et d’hippopotame. Lorsqu’il s’était assis sur le seul siège libre, il y avait eu un pénible craquement comme si l’objet avait hésité à se fendre. Ses voisins s’étaient naturellement écartés, quitte à avoir une fesse exposée à la gravité terrestre. Lorsque leurs numéros étaient apparus sur le panneau lumineux, ils ne s’étaient pas tout de suite levés, respectueux de la force bestiale qui giclait du viking sans tresses. Constatant alors qu’il ne réagissait pas, ils avaient jugé bon d’aller vers le box du conseiller indiqué par une lettre. Rares les types comme ça. D’habitude, ils s’imposent direct. Ils se fichent de l’ordre d’attente comme de l’art conceptuel. Et si quelqu’un se plaint… Mais tout le monde ferme sa gueule, trop attaché à son intégrité dentaire. Et puis tout le monde est avide de sang, surtout quand ce n’est pas celui qui coule dans ses veines.
Tiens, d’ailleurs, les deux types qui ont précédé le mastard ne s’en vont pas. Ils feignent de consulter les offres de stage qui datent de l’invention du chemin de fer. Qui était chargé de leur actualisation ? Maxence ? Bernard ? Bien longtemps qu’on ne les a pas vu trainer dans cet espace. Pourquoi faire ? Ces offres ne sont que les éléments d’un décor supposé être dédié aux chercheurs d’emploi. Ils servent à convaincre ceux qui pénètrent et ceux qui travaillent à cet endroit de la volonté farouche de l’administration de remettre chacun sur le chemin émancipateur de l’activité. La Bonne Voie. Tout comme ces ordinateurs mis à disposition et qui fonctionnent une fois par semestre. Tout comme cette salle de travail dans laquelle les « longues durées » roupillent ou bouffent un casse-dalle pas cher. Mais qui est dupe, hein ? Qui est dupe ?
Maxence et Bernard, ses deux collègues qui viennent de terminer leurs entretiens, ont adopté l’attitude de l’agent consciencieux qui remet de l’ordre dans ses dossiers. En même temps, chacun lorgne à tour de rôle dans la direction de Georges. « C’est ton tour, coco » lui disent leurs regards brefs et insistants. Comme s’il ne savait pas. Le dernier à s’être tapé un vrai client avait été Bernard. Coup de bol pour lui, ça avait été un gringalet qu’un simple courant d’air aurait propulsé dans une galaxie lointaine. À se demander si le gars n’était pas maso d’ailleurs et n’avait pas voulu être humilié. Parfois, à force de subir des averses de parpaings, l’estime de soi devient comme une merde écrasée par une file de quatre-quatre. On en arrive à un stade où on n’aspire plus qu’à son propre écrabouillement
1
0
0
7
Défi
Fred Larsen
Réponse au défi de Justine For All : les homophones poétiques
Feint
Faim
Fin
8
6
0
0

Vous aimez lire Fred Larsen ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0