La formation de Gilbert

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Il y a eu ensuite près de 6 mois de formation. Cela a couvert des domaines vraiment très étendus, du maintien, aux mathématiques, en passant par la physique, l’art de passer inaperçu, l’expression orale, l’anglais, l’espagnol, le savoir vivre et l’art du déguisement. J’ai dû en oublier certainement. Je me suis couché quasiment tous les soirs avec un mal de crâne pas possible. Mais, miracle (ou alors dopage ou « drogage ») je me réveillais tous les matins en pleine forme.

J’ai aussi fait énormément d’exercice physique. L’idée n’était pas de faire de moi un « monsieur muscles » mais il me fallait un corps souple, mince, mais suffisamment robuste pour pouvoir me sortir de n’importe quelle situation. J’ai appris à sauter en parachute, à atterrir dans des conteneurs de poubelles en sautant du 4ème étage, à escalader une façade d’immeuble (au moins jusqu’au 10ème étage), …

Par contre, je n’ai jamais appris à tirer. Je me rappelais de la réplique de Nikita : "vous avez déjà tiré ? lui demande l’instructeur de tir. Jamais sur du carton répond Anne Parillaud". Et ben, j’ai même pas pu la placer celle-là. J’aurais bien voulu pourtant.

Ces six mois ont été particulièrement difficiles pour mon cerveau. On lui a fait ingurgiter plus de choses en quelques mois que durant toutes les années précédentes. Moi qui n’avais réussi mon bac que péniblement, je me retrouvais avec un niveau master dans à peu près toutes les disciplines.

Bon, après, il ne fallait sans doute pas trop creuser : je pouvais tenir une conversation, mais pas faire des recherches en physique ou en mathématiques. De la même façon, j’avais appris à me débrouiller en anglais, espagnol, allemand, russe et chinois mais je n’aurai sans doute pas pu tenir une conversation de plusieurs minutes dans ces langues. En même temps, c’est vrai ce qui est dit : une fois qu’on se débrouille en 3 ou 4 langues, en ajouter une ou deux, c’est très facile. C’est juste un système d’adresses ou de tiroirs. Bon je dis ça, j’en sais rien, c’est ce que m’a dit le prof de chinois. Il me reste encore le portugais à apprendre et puis, si ça passe dans le timing, sans doute les rudiments du japonais.

Je pensais, en intégrant les services secrets devenir un pro en sports de combat. Que nenni… Je n’ai appris que le jiu-jitsu et puis toutes les façons possibles et imaginables de tomber au judo sans se faire mal. À la fin de la formation de judo, je pouvais tomber d’une hauteur de deux mètres sur une dalle béton sans me faire mal. Bon, ok, j’avais des bleus, mais aucune douleur. J’étais quasiment devenu un ninja (qui ne savait pas trop se battre, mais qui ne ressentait quasiment plus la douleur, c’est déjà pas mal).

Comme Tchéky (enfin Paul) me l’avait expliqué au début de cette formation, ils n’avaient pas besoin de m’apprendre les techniques pour éliminer quelqu’un. À la limite, c’est moi qu’ils auraient bien aimé analyser pour savoir comment je faisais. Mais moi-même je n’en avais aucune idée. Durant toute cette formation, les professeurs ont fait attention de ne pas m’approcher trop (il ne fallait pas que je fasse une hécatombe dans leurs rangs quand même) et il n’y en a eu qu’une seule (le prof d’espagnol) qui a fait un malaise. Mais heureusement, les secours étaient présents (en fait, il y avait un médecin urgentiste avec moi en permanence durant mes cours et un hélico prêt à décoller en cas d’urgence pour évacuer un blessé ou une victime de malaise) et donc ils ont pu l’évacuer et le traiter avant que son aorte n’explose totalement.

Ah si, j’oubliais, le premier jour, le prof de savoir-vivre a voulu me montrer de trop près comment me tenir à table et ça lui a été fatal. Il a fait un malaise cardiaque avec explosion de l’artère coronaire du ventricule gauche. Personne n’a rien pu faire. En fait, c’est depuis ce moment-là qu'un médecin urgentiste était présent à mes côtés. Pas pour moi, pour les autres… Et pas trop près de moi non plus... Depuis, ça se passe plutôt bien. Ils ont dû avoir des consignes les profs, ils restent loin de moi, le plus possible.

Oups, j’oubliais le prof de karaté. Lui aussi, il a voulu faire le malin et me faire peur, mais c’est son foie qui a explosé. Son sang s’est vidé à l’intérieur de lui-même. J’avais jamais vu ça. Les médecins du SAMU non plus. Après cet épisode, ils me regardaient avec méfiance, voire même avec un peu d’angoisse, se demandant sans doute ce que j’allais inventer la prochaine fois. Comme si j’y pouvais quelque chose. C'est sans doute aussi pour ça qu'ils ont limité ma formation aux sports de combat. C'était pas très utile et puis ça limitait les risques de décès dans leurs profs.

Donc finalement le rythme avait bien diminué, seulement deux décès et un malaise (comme je vous le disais, le gars – le prof d’espagnol - avait pu être sauvé) en six mois. Les choses se normalisaient presque pour moi.

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