Gilbert commence à comprendre

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  • Vous avez l’air déçu, Gilbert ?
  • Je ne vois pas ce que ce fameux « bureau » peut bien avoir à faire avec moi… Et au final, qu’est-ce que je fais là ?
  • Nous allons vous expliquer, Gilbert, toutes vos questions trouveront des réponses, allez-y lancez-vous, toutes les questions que vous voulez. Il n’y a aucune question idiote.
  • Ok, vous êtes vraiment des services secrets français ?
  • Oui, bien sûr.
  • C’est qui votre chef ?
  • C’est moi, me répondit Jeanne et je prends mes ordres directement du Président de la République.
  • Oh…
  • Donc vous êtes au-dessus de la DGSE et de la DGSI ?
  • On est… différents…
  • C’est-à-dire ?
  • On se charge de missions qui ne sont pas officielles.
  • Genre la CIA en Amérique latine ?
  • Oui si on veut, mais pas tout à fait, on n’arme pas les dictatures… enfin, pas nous en tout cas.
  • Vous faites quoi alors ?
  • On se charge des missions spéciales.
  • C’est de moins en moins clair, je croyais que vous alliez répondre à mes questions, fis-je un peu énervé.
  • Je réponds à vos questions, Gilbert, mais vous ne les posez pas forcément très bien, me dit-elle avec un sourire qui calma immédiatement mon état de nerfs. Je vais vous expliquer plus clairement : voilà, comme vous devez vous en douter, le monde est une gigantesque guerre économique et politique et dans ce monde agressif, nous avons quelques amis, quelques alliés mais aussi beaucoup d’ennemis…
  • À ce point-là ?
  • Plus que ça encore, vous ne pouvez pas imaginer… Et nous sommes là pour nous occuper de ces ennemis de la France.
  • Et je suppose que vous vous en occupez … « définitivement » ?
  • Oui, c’est ça, de façon définitive mais aussi la plus discrète possible. Il ne faut pas qu’on puisse remonter jusqu’à nous et encore moins jusqu’à la France.
  • Vous êtes un genre d’agence de tueur pour la France si je comprends bien ?
  • Si on veut, mais je ne crois pas que le Président apprécierait qu’on nous appelle comme ça, mais si vous voulez, oui.
  • Et qu’est-ce que je viens faire là-dedans ?
  • Ah…Vas-y Paul, explique-lui, fit-elle en s’adressant à Tchéky (il s’appelle Paul en fait, mais bon, je vais continuer à l’appeler Tchéky, moi, je préfère).
  • Il me semble qu’il vous est arrivé quelques mésaventures récemment, Gilbert, je me trompe ?
  • Euh... non, en effet… Mais j’ai été innocenté de tout, vous savez !
  • Oui, on sait… Mais...
  • Mais quoi ?
  • Mais rien n’est jamais définitif, vous savez Gilbert et puis, on en est quand même à 11 si je ne me trompe pas…
  • Onze quoi ?
  • Ne faites pas l’innocent, Gilbert, onze morts bien sûr, sans compter ceux que l’on ne connait pas. Ça vous fait quand même un sacré palmarès… Ah oui, vos deux voisins de cellule sont décédés aussi. Je sais, vous n’y êtes pour rien. Vous êtes quand même le champion du monde du « C’est pas de ma faute, j’y suis pour rien ». Vous ne semez pas des petits cailloux sur votre chemin, mais des cadavres…

Que dire ? Il avait raison… Comment me sortir de tout ça. Et pourtant je ne faisais rien pour, je n’y étais vraiment pour rien, enfin pas consciemment. Non, même inconsciemment, je n’avais jamais souhaité la mort de personne.

  • Je ne vois toujours pas le rapport entre vous et moi...
  • Réfléchissez un peu, Gilbert. Vous semez des cadavres, sans y être pour rien et nous avons pour mission de « faire du ménage » parmi les ennemis de notre pays… Vous saisissez un peu mieux ?
  • Ça veut dire que vous pensez à moi pour « éliminer » des gens ? Mais je ne sais pas faire ça moi, je ne suis pas un tueur !
  • Enfin, Gilbert, onze quand même, me répondit Jeanne avec un sourire désarmant.

Oui, onze… Sans compter tous ceux dont je ne me suis sans doute pas rendu compte avant. Je portais vraiment la poisse. En fait, visiblement, ils attendaient de moi que je porte malchance à des gens qui étaient nuisibles pour la France… Après tout pourquoi pas ? C’était sans doute la seule façon de me sortir de tout ça… le faire « officiellement ».

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Tiens, d’ailleurs, les deux types qui ont précédé le mastard ne s’en vont pas. Ils feignent de consulter les offres de stage qui datent de l’invention du chemin de fer. Qui était chargé de leur actualisation ? Maxence ? Bernard ? Bien longtemps qu’on ne les a pas vu trainer dans cet espace. Pourquoi faire ? Ces offres ne sont que les éléments d’un décor supposé être dédié aux chercheurs d’emploi. Ils servent à convaincre ceux qui pénètrent et ceux qui travaillent à cet endroit de la volonté farouche de l’administration de remettre chacun sur le chemin émancipateur de l’activité. La Bonne Voie. Tout comme ces ordinateurs mis à disposition et qui fonctionnent une fois par semestre. Tout comme cette salle de travail dans laquelle les « longues durées » roupillent ou bouffent un casse-dalle pas cher. Mais qui est dupe, hein ? Qui est dupe ?
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