La tension monte

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Réveil le lendemain matin avec la sensation que mes cheveux poussent à la fois sur ma langue et vers l’intérieur de mon crâne. La vache, terrible ce bourbon… Je me suis levé et en arrivant dans la salle à manger où un petit déjeuner pantagruélique était servi, j’ai croisé à nouveau "mon indienne".

  • Good morning, Gilbert, m’a-t-elle dit en prenant encore ma main droite dans les siennes.
  • Good morning, Lii Dahit’een.

Yessss j’avais réussi, malgré la gueule de bois, à dire son nom correctement, j’étais pas peu fier de moi. Elle m’a souri, sans me lâcher. Putain, mais elle est pressée de mourir elle ? Cela a été moins long que la première fois, mais, normalement suffisamment long pour qu’elle s’effondre, victime d’un AVC ou d’une crise cardiaque… Et là, rien. Elle a tourné les talons avec un « have a nice day » sonore.

Je n’avais pas fait attention la première fois, mais sa voix, bien que moins rauque que celle de Jeanne, me faisait aussi des frissons le long de la colonne vertébrale. Et la sensation d’avoir ma main dans les siennes, comme si elle berçait tendrement mon cœur à l’intérieur… incroyable. Oh Gilbert, tu es amoureux ?

  • Viens nous rejoindre, Gilbert, me dit Jean, déjà attablé avec toute la famille de notre hôte.
  • Good morning everyone, dis-je à la cantonade, ayant repris mes esprits et venant m’asseoir avec eux.
  • Pas trop mal aux cheveux, ce matin ? me demanda Jean avec un clin d’œil.
  • Oh si, pas toi ?
  • Si, je ne bois quasiment pas d’alcool et là, hier soir, j’ai bu autant que les six derniers mois réunis !

Je n’étais pas le seul, c’était rassurant. À voir la tête de John, c’était pareil. Seul le père, Pete, semblait vraiment n’avoir aucune séquelle, suite à notre bain de bourbon de la veille au soir. Ce liquide devait couler dans ses veines…

  • Dis donc Jean, faudrait peut-être qu’on se trouve un autre logement, non ? lui dis-je en aparté.
  • Tu as raison Gilbert, on ne va pas rester 107 ans chez Pete…

Et comme s’il nous avait entendus :

  • So guys, you’re my guests for Christmas too, nous dit Pete, as long as you need to rester aux States, all along your mission.

Confus et touchés, nous nous sommes confondus en remerciements, qu’il a balayés d’un geste de la main en disant :

  • You’re here to save our democracy, it deserves my hospitality, at least. It deserves help from all the real American people, guys !

Que dire après ça ? Rien... Juste faire honneur à son hospitalité et à ce gigantesque petit déjeuner. Les jours se sont écoulés à une vitesse folle, entre les préparatifs de Noël, les rencontres avec nos « soldats hawaïens » et les fois où je croisais ma belle indienne. J’arrivais à la croiser deux ou trois fois par jour et à chaque fois, le contact devenait plus doux, plus chaud, plus tendre. Elle occupait mes pensées de plus en plus. J’avais peur d’oublier la raison de notre présence ici. Je devais vraiment faire un effort quand Jean me parlait, pour ne pas laisser mes pensées rejoindre celles de Lii Dahit’een. Jamais je n’avais ressenti ce sentiment de plénitude, cet apaisement, la sensation d’être vraiment là où je devais être, avec qui je devais être. La boule que j’avais au ventre depuis le décollage de Roissy s’était évaporée depuis notre première rencontre. Incroyable… C’est ça l’amour Gilbert, tout simplement…

Et elle ne manifestait toujours pas le moindre signe de fatigue, de maladie ou autre. Pourtant, elle prenait ma main dans les siennes à chacune de nos rencontres. Cela commençait à m’inquiéter au sujet de mon « pouvoir ». Je décidai de m’en ouvrir à Jean. C’était le matin du 25 décembre, juste après le petit-déjeuner :

  • Jean, tu as vu ce qui se passe avec Lii Dahit’een ?
  • Qui ça ?
  • La comptable indienne de Pete…
  • Ah oui, et ben ?
  • Plusieurs fois par jour, elle me prend la main dans les siennes et me regarde en souriant...
  • C’est cool ça, et où est le problème ?
  • Ben, elle devrait être décédée depuis longtemps normalement. C’est la seule qui me touche dans cette maison et elle m’a l’air de plus en plus resplendissante chaque jour.
  • Ça, c’est parce que tu es amoureux, Gilbert, me dit-il avec un clin d’œil.
  • Euh, oui, peut-être, sans doute, bredouillais-je en rougissant, mais c’est pas le problème !
  • Il est où le problème ?
  • Et si je ne marchais plus ?
  • … Mince, ce serait con en effet… Mais comment le savoir ? Tu ne vas pas essayer avec un membre de la famille de Pete quand même ?
  • Non, ça jamais !
  • Ni avec un Boogaloo’s, sinon, on serait grillés….
  • Non plus !
  • Eh ben écoute, Gilbert, y a plus qu’à croiser les doigts et on verra bien. De toute façon, on ne peut rien vérifier avant l’instant fatidique, Inch Allah !
  • Oui, c’est ça, Inch Allah comme tu dis, lui répondis-je, pas vraiment rassuré quant à mes capacités…
  • Et puis si ça se trouve, c’est tout simplement une chamane apache ?
  • Tu y crois toi, à ces conneries ?
  • Tu sais, j’ai vu des trucs bizarres, plus étonnants que ça, encore ! Du coup, elle aurait un genre d’immunité contre les « effets Gilbert » ?
  • Oui, peut-être…

Je n’étais vraiment pas convaincu. La boule au ventre revenait… Merde, si je faisais tout foirer ?

Et puis le repas de Noël est arrivé, gargantuesque comme tous les repas de fête dans la famille de Pete, plein de rires, de cris, de chants, de … Bourbon aussi… Avec le corollaire du lendemain matin : des marteaux-piqueurs dans le crâne et une langue recouverte de plâtre. Mais tout ceci fut bientôt oublié avec la perspective qui se précisait sur l’action d’envergure qui allait se produire. Le président battu multipliait les discours disant qu’on lui avait volé cette élection, qu’elle avait été volée aux américains. De plus en plus de manifestations avaient lieu un peu partout aux Etats-Unis, avec leurs contre-manifestations. Souvent cela dégénérait en bataille rangée. Le pays n’avait jamais été aussi divisé, sauf peut-être durant la guerre de Sécession…

  • Mais où va notre pays ? se lamentait Pete, effondré du comportement d’un président pourtant issu de son parti. It’s the first time that a defeated president calls into question the results when it is obvious to all… Even the republican Chairman at the Capitole admit the defeat…
  • What have we done to make this crazy man our President ? renchérissait son fils.

La tension dans le pays, dans le moindre magasin ou la moindre rue devenait palpable. On sentait que quelque chose se préparait, qu’il allait arriver un évènement inimaginable jusqu’à maintenant. Les Boogaloo Bois devenaient nerveux, mais en même temps, on les sentait joyeux, comme si ce qu’ils attendaient depuis longtemps allait enfin survenir. J’avais pu rencontrer leur « logistics manager » et, sans qu’il me dise exactement comment ils étaient organisés, il m’avait abreuvé de conseils sur comment nous devions faire en France, pour nous préparer au déclenchement d'une guerre civile.

J’avais bien compris le cheminement des armes : les caches d’armes étaient disposées (à leur insu) chez des personnes qu’on ne pouvait soupçonner d’être pro-armes. En cas de besoin, chacun savait exactement quoi aller chercher où et à qui les amener. Ensuite, lui, le « LOMA » se chargeait de l’acheminement final, sur le lieu du besoin. C’était à ses basques qu’il fallait que je me colle en cas d’évènement grave, cet événement que tous attendaient, certains avec crainte et d’autres avec enthousiasme.

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