Première mission - préparation

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Finalement, au bout de cette formation intensive, on m’a confié ma première mission. Je ne sais pas si elle était importante, mais c’était aussi un moyen, pour mes deux responsables (Jeanne et Paul) de se rassurer sur le fait que j’avais toujours ces compétences rares de provoquer la mort de ceux qui étaient trop près de moi. En effet, le fait que cela se soit calmé durant ma formation pouvait montrer plusieurs choses : soit les gens se méfiaient et prenaient des distances avec moi, soit que mon « don » faiblissait (là, ça devenait embêtant pour la France) soit que je commençais à le maîtriser (ce qui n’était absolument pas le cas, je vous assure).

Il fallait donc me tester rapidement. Ils avaient choisi un personnage jugé comme extrêmement nuisible pour notre pays et pour l’Europe en général. C’était un type qui travaillait dans l’ombre à créer une sorte de « convergence » des extrêmes droites et à ce titre, travaillait en sous-main à organiser une internationale fasciste sur le vieux continent. Il était devenu notoire qu'il fût sans doute le seul à pouvoir créer une telle coalition, du fait de son parcours. Et donc, si on parvenait à l'éliminer, le problème serait éloigné pour plusieurs années .

L’homme n’était pas facile à suivre. Il se déplaçait fréquemment d’un pays à l’autre, participant à des réunions « secrètes » et ne se montrant que très rarement dans des assemblées publiques et des meetings. C’était vraiment un homme de l’ombre. Tous les services secrets européens étaient intéressés par la réussite de ma « mission » même s’ils n’en avaient aucun détail. Ils avaient juste eu l’information que la France devait se charger « d’éliminer proprement et discrètement » ce triste individu. Seule la Hongrie n’avait pas été associée… et pour cause puisque ma « cible » était aussi un des intimes de Viktor Orban.

Ces différents services avaient coopéré suffisamment pour établir le plan de ses déplacements sur les quinze jours suivants : deux jours en Allemagne, trois jours en Angleterre, deux jours en Belgique, deux jours aux Pays-Bas, deux jours en Autriche, deux jours en France et pour finir, deux journées en Italie. Il avait été calé avec Paul, que je devais essayer en Belgique, et, si cela ne fonctionnait pas au « premier coup », je devais réessayer en France. Dans ces deux pays, c’était plus simple pour moi. Les relations avec les autres services de renseignements étaient plus difficiles (surtout pour une intervention visant à éliminer quelqu’un dans un pays étranger). D’autant plus que mes responsables s’étaient bien gardés d’expliquer le modus operandi. J’étais un secret bien gardé. Autant pour préserver ma propre sécurité que pour améliorer encore mon efficacité (qui restait toutefois à prouver).

J’avais eu un dossier très complet concernant ses habitudes, ses qualités, ses défauts : il mangeait relativement peu, toujours à heures très régulières (7h le matin, 12h30 et 19h) tous les jours, quel que soit le pays dans lequel il se trouvait. Il mangeait généralement seul dans sa chambre et évitait les restaurants. Il se déplaçait en voiture avec un chauffeur (qui devait aussi être son garde du corps et qui se chargeait systématiquement de lui monter ses repas en chambre dans les différents hôtels où il résidait) et ne prenait quasiment jamais le train. Bref, ça n’allait pas être simple pour que je l’approche, sauf durant les meetings publics (auxquels il n’allait quasiment pas, préférant travailler dans l’ombre). Il allait falloir l’obliger (de façon anodine et discrète bien entendu) à se trouver un peu plus dans des endroits publics où je pourrais le côtoyer.

Là, dans ce domaine, nous (enfin mes responsables mais aussi moi, au final) comptions sur l’appui d’autres services.

La première idée avait été de me faire embaucher dans les cuisines d’un hôtel dans lequel il allait séjourner. Mais cette idée a été vite abandonnée : il ne s’agissait nullement de l’empoisonner par une « méthode classique ».

Ensuite était venue l’idée de me glisser parmi le personnel des hôtels où il tenait ses réunions. Mais ces réunions étaient secrètes et, là aussi, c’était son chauffeur qui faisait le lien entre l’hôtel (et la partie restauration) et la salle dans laquelle avait lieu la réunion.

Finalement, c’est moi qui avait eu l’illumination (oui, n’ayons pas peur des mots) qui allait me permettre de l’approcher de près, durant assez longtemps pour que « je » puisse lui faire "l’effet recherché", bref, qu'il crève... Et qu'il ne puisse pas mener son funeste projet à terme.

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