Sécurité informatique

4 minutes de lecture

Après toutes ces récentes péripéties, j’étais finalement assez heureux de retrouver mon petit train-train du boulot. Tout seul, dans mon petit bureau, personne ne venait m’embêter et surtout, il ne risquait rien d’arriver à qui que ce soit de mon entourage. Ma thérapie avait quand même été super-efficace : je ne me sentais absolument pas coupable de quoi que ce soit. J’étais juste victime de circonstances malheureuses (surtout pour les autres, moi, ça allait bien, merci).
Je me suis replongé avec délice dans cet abrutissement total de saisie des factures de papeterie. Un travail sans aucun intérêt, mais sans prise de tête, seul. Que des chiffres, en colonnes, en lignes et tout ça de huit heures à midi et de treize heures à dix-sept heures. Même pour manger, avec cette saloperie de covid, je reste dans mon bureau, je ne vois personne. Pour occuper un peu cette heure, en plus de mon repas préparé chez moi et mis dans un Tupperware (sans faire de publicité bien sûr), je vais aussi surfer un peu sur le web.


Un jeune voisin m’avait montré il y a quelques mois, comment faire pour by-passer les sécurités informatiques de la boite et comment aller partout où je voulais sur internet, sans la moindre censure. Le pare-feu de l’entreprise empêchait normalement d’aller sur des sites marchands avec de la pub et aussi sur tous les sites pornos. Mais moi, j’aimais bien ça, les sites pornos. C’est pas que je me branlais en regardant les vidéos, mais j’emmagasinais des images qui me permettent de fantasmer chez moi et là, de me masturber régulièrement. Je sais ça fait un peu misère sexuelle, mais c’est la vie de pas mal de gens je pense. Sinon, pourquoi les sites pornos auraient-ils autant de succès si tout le monde avait une vie sexuelle épanouie ? Et puis, la masturbation et la vie fantasmatique, ce sont aussi des pans tout à fait naturels de la vie sexuelle, pas vrai ? Et donc pas forcément la misère sexuelle dont on pourrait parler…
Et puis après tout, qui peut juger qui sur la qualité de sa vie sexuelle ? Certes, ce serait plus excitant de regarder des vidéos pornos avec une femme, de s’échanger des liens, de fantasmer ensemble, de découvrir à cette occasion les fantasmes de l’autre, au travers des liens qu’il (ou elle) vous envoie. Bon, ce n’est juste pas mon cas pour le moment. Mais je ne désespère pas. Faut juste que j’arrive à trouver un moyen pour que les gens qui sont à mes côtés ne décèdent pas brutalement et rapidement. Sinon, je vais vraiment finir par passer pour un vrai serial killer. Alors que mon psy me l’a bien dit : je n’y suis pour rien !
Donc, une fois mon repas ingurgité, je me suis mis sur mon clavier et j’ai commencé à surfer : youporn, xvideos, xhamster et j’en passe… (Ne faites pas les étonnés, bande de petits cochons, je sais que vous connaissez ces sites et sûrement bien d’autres encore…). Je passais donc un assez bon moment devant quelques vidéos particulièrement excitantes quand, tout à coup, un message s’est mis à clignoter sur mon écran : « Accès interdit, site pornographique, veuillez couper immédiatement la liaison internet »
Oh putain, mais c’était quoi ça ? Sans réfléchir j’ai bien sûr tout coupé et même éteint l’ordinateur au cas où. Normalement, j’avais configuré mon navigateur pour que l’historique soit effacé à chaque fois que je le quittais (a fortiori quand j’éteins l’ordinateur, notez bien l’astuce…). Mon cœur battait la chamade. Merde, moi qui pensais que je savais bien m’affranchir des sécurités informatiques, visiblement, ils avaient mis en place une application supplémentaire. Il allait falloir que j’engueule mon neveu (peut-être pas l’engueuler, mais qu’il m’explique comment faire maintenant).


Quelqu’un pouvait-il s’en être aperçu ? Et si oui, qu’est-ce que je risquais ? Est-ce qu’on n’aurait pas dû être informés, via les représentants du personnel ou de la direction, de la mise en place d’un tel système de pistage des connexions Internet ? Il allait falloir éclaircir ça ce soir à la maison. Je voulais savoir à quoi je m’exposais et si tout ceci était bien légal de la part de mon patron. En attendant, j’avais rallumé mon PC, qui a mis au moins vingt minutes à redémarrer (il n’avait pas aimé cette « coupure sauvage ») et j’ai passé le reste de la journée à faire mon boulot, le plus discrètement possible. Je me suis même débrouillé pour ne pas aller boire un café, ni aller pisser durant toute la demi-journée restante. Je ne voulais croiser personne. J’avais l’impression que tout le monde pouvait savoir ce que je faisais pendant la pause méridienne. Et j’avais honte…


Je me suis faufilé une fois la fin de la journée arrivée, sans croiser personne si ce n’est la secrétaire du patron qui partait aussi. Mes joues sont devenues cramoisies… Et si elle savait ? Je crois que j’en mourrais de honte.

Annotations

Recommandations

Jacques IONEAU
Texte inspiré par une auteure bien mal récompensée...
67
90
38
15
Jean Zoubar


Georges était étonné que le type attende sagement son tour. Il l’avait remarqué depuis qu’il était entré dans l’agence. Un mix de chêne et d’hippopotame. Lorsqu’il s’était assis sur le seul siège libre, il y avait eu un pénible craquement comme si l’objet avait hésité à se fendre. Ses voisins s’étaient naturellement écartés, quitte à avoir une fesse exposée à la gravité terrestre. Lorsque leurs numéros étaient apparus sur le panneau lumineux, ils ne s’étaient pas tout de suite levés, respectueux de la force bestiale qui giclait du viking sans tresses. Constatant alors qu’il ne réagissait pas, ils avaient jugé bon d’aller vers le box du conseiller indiqué par une lettre. Rares les types comme ça. D’habitude, ils s’imposent direct. Ils se fichent de l’ordre d’attente comme de l’art conceptuel. Et si quelqu’un se plaint… Mais tout le monde ferme sa gueule, trop attaché à son intégrité dentaire. Et puis tout le monde est avide de sang, surtout quand ce n’est pas celui qui coule dans ses veines.
Tiens, d’ailleurs, les deux types qui ont précédé le mastard ne s’en vont pas. Ils feignent de consulter les offres de stage qui datent de l’invention du chemin de fer. Qui était chargé de leur actualisation ? Maxence ? Bernard ? Bien longtemps qu’on ne les a pas vu trainer dans cet espace. Pourquoi faire ? Ces offres ne sont que les éléments d’un décor supposé être dédié aux chercheurs d’emploi. Ils servent à convaincre ceux qui pénètrent et ceux qui travaillent à cet endroit de la volonté farouche de l’administration de remettre chacun sur le chemin émancipateur de l’activité. La Bonne Voie. Tout comme ces ordinateurs mis à disposition et qui fonctionnent une fois par semestre. Tout comme cette salle de travail dans laquelle les « longues durées » roupillent ou bouffent un casse-dalle pas cher. Mais qui est dupe, hein ? Qui est dupe ?
Maxence et Bernard, ses deux collègues qui viennent de terminer leurs entretiens, ont adopté l’attitude de l’agent consciencieux qui remet de l’ordre dans ses dossiers. En même temps, chacun lorgne à tour de rôle dans la direction de Georges. « C’est ton tour, coco » lui disent leurs regards brefs et insistants. Comme s’il ne savait pas. Le dernier à s’être tapé un vrai client avait été Bernard. Coup de bol pour lui, ça avait été un gringalet qu’un simple courant d’air aurait propulsé dans une galaxie lointaine. À se demander si le gars n’était pas maso d’ailleurs et n’avait pas voulu être humilié. Parfois, à force de subir des averses de parpaings, l’estime de soi devient comme une merde écrasée par une file de quatre-quatre. On en arrive à un stade où on n’aspire plus qu’à son propre écrabouillement
1
0
0
7
Défi
Fred Larsen
Réponse au défi de Justine For All : les homophones poétiques
Feint
Faim
Fin
8
6
0
0

Vous aimez lire Fred Larsen ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0