Chapitre 11 : Qui as-tu perdu ?

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Le week-end passe trop lentement à bon goût. Je me suis plongée dans mes cours mais la concentration n'est pas vraiment là. Des tas de feuilles et de cahiers sont éparpillés sur la table à manger de Ryan. Ce dernier est occupé à régler quelques factures. J'ai rapidement compris qu'il était le seul à vivre ici. Je n'ai pas osé lui demander s'il avait encore de la famille.
Des mains pressent mes épaules torturées par les heures passées dans la même position. Ryan me masse lentement, déliant les noeuds formés. Je pose mon stylo et respire profondément.

- Tu devrais faire une petite pause, murmure-t-il.

- Je n'ai pas le temps, j'ai encore des tonnes d'exercices à faire et...

- Je te regarde depuis un quart d'heure et tout ce que tu essayes de faire ne sert à rien. Tu as besoin de faire une pause, insiste-t-il.

Le fait de savoir qu'il me regarde depuis un moment me fait frissonner. Que fait-il d'autre dans mon dos ? Me surveille-t-il lorsque je dors ?
Il tire ma chaise pour que j'arrête d'être penchée sur mes feuilles. Il rabaisse la capuche sur ma tête en riant.

- Allez, profite de ma bonne compagnie pour sortir un peu.

- Ta bonne compagnie ? dis-je en haussant les sourcils.

- Tu ne peux pas dire qu'elle est merdique...

Je me lève pour lui faire face. Ses yeux bruns clairs me dévisagent. Sans crier garde, il m'attire à lui et m'emprisonne dans ses bras. Ma tête se pose contre son torse.
Machinalement, je passe mes bras autour de sa taille. Le savoir près de moi me fait du bien. Pour la première fois, je peux compter sur quelqu'un d'autre pour m'aider sans avoir besoin d'encaisser ses jugements.

- Y a un skatepark pas très loin, on peut y aller ?

- Tu skates ? me questionne-t-il étonné.

- Je n'en ai pas la carrure ? m'exclamé-je en montrant mes muscles.

- Tu as la carrure pour des choses que je n'avais pas supçonné.

Je glisse sur ma planche doucement, évitant encore de faire de grands sauts. Il ne faut pas que j'oublie que ma cheville me tire encore. J'observe Ryan avachi sur un banc.
Cet endroit me rappelle ma dernière discussion avec Max. D'ailleurs, il n'a pas essayé de me rappeler. Je me demande si Sarah l'a mis au courant. Peut-être qu'il s'est dit qu'il n'allait pas prendre la peine de m'appeler si c'était pour qu'il s'en prenne plein la figure.
J'aperçois à quelques mètres de moi une petite rampe. Prenant mon courage à deux mains, j'accélère et saute. J'ai l'impression de planer pendant quelques secondes avant de redescendre. Mes genoux fléchissent lorsque j'atterris mais tiennent bon, tout comme ma cheville.

Je reviens en roulant jusqu'à Ryan qui me laisse une place à côté de lui. Je masse un peu ma cheville et me redresse.
J'attrape une bouteille qu'il me tend. Je le remercie avant d'en boire la moitié.

- Tu te débrouilles bien.

- Je ne suis pas à mon maximum, répondis-je en désignant ma cheville.

- Oh, donc madame est meilleure que ce qu'elle me montre ?

Il lève les bras en l'air en signe d'excuse. J'observe son tatouage sur son biceps gauche. Il suit mon regard et comprend. Ryan s'approche de moi, je hume son odeur. Il sent le parfum.

- Celui-ci, commence-t-il en montrant les deux bandes noires, représente le deuil.

- Qui as-tu perdu ?

Les mots m'échappent mais cela lui importe peu. Il est sur le ton de la confidence, son visage trahit la douleur et le soulagement d'en parler à quelqu'un.

- Beaucoup trop de personnes.

Voilà pourquoi il semble tout naturel de me voir en lui. Il sait ce que cela fait de perdre quelqu'un.

- Jared était mon frère. Il est mort lorsque j'avais quinze ans. C'est le jour où j'ai compris que personne ne pouvait réellement dicter sa vie comme bon lui semblait. Qu'il y aurait toujours des embûches sur la route.

Est-ce que cela aurait un rapport avec le fait qu'il m'a dit de ne jamais juger mon frère pour ce qu'il fait ?

- Ma soeur, Tanya, a décidé de partir en France avec Lara. Ma petite soeur n'avait, quant à elle, pas son mot à dire. Elle n'avait que dix ans.

- Et toi ? Pourquoi t'es resté ?

Je le vois hésiter. Il ne semble pas vouloir me dire ce qu'il le concerne.

- Trop longue histoire.

Sa réponse ne me satisfait pas. Je sais qu'il esquive ma question. Il y a sans doute quelque chose de beaucoup plus profond dans ses paroles, ses choix, sa vie.

- Et si on parlait de toi plutôt un peu ?

Je ne m'attendais pas à ce que la situation se retourne contre moi. De plus, j'ai retenu qu'il avait deux tatouages. Or, il m'a expliqué la signification que d'un seul.

- Je sais que tu as un autre tatouage. Pourquoi ton horloge n'a pas d'aiguilles ?

- Laisse du suspense un peu...

- Donne-moi juste un indice alors, insisté-je.

- Pourquoi, tu vas faire des recherches ?

- Peut-être, je ne sais pas encore.

- Très bien, si tu insistes tant. Je l'ai fait récemment à vrai dire parce que je ne voulais pas oublier.

- Oublier quoi ? m'exclamé-je.

- Tu as eu ton indice, maintenant on parle de toi.

Le débat est clos. Je devrais faire avec ce maigre indice. Si on peut dire que s'en est un.
J'attrape la bouteille que je finis de vider. Toute cette conversation assez intime m'a donnée soif. Je sais qu'à présent, c'est à moi de me confier. Mais, il n'a pas dit spécialement de quoi, n'est-ce-pas ?

Je lui raconte l'histoire de ces mots en espagnol. Je lui explique que mon correspondant m'intrigue. Il est si mystérieux, si attirant.
Ryan me fixe sans ciller un instant. Ça lui donne un certain côté inhumain, très perturbant. Il m'écoute attentivement.

- Tu crois que ça va me mener où toute cette histoire ?

- Je ne sais pas. Peut-être que ça peut t'apporter quelque chose de bénéfique. Après tout, tu n'as rien à perdre. Tu n'es pas obligée de te confier à lui mais, il peut te permettre de te vider la tête.

- T'as sûrement raison. J'aime lui parler même si nous n'avons pas vraiment encore eu le temps de le faire. C'est compliqué par papier. A la fois, ça laisse cette impatience nous ronger mais j'aimerais en apprendre plus sur lui. Ne pas attendre chaque cours d'espagnol pour avoir une réponse.

- Je vois, toute cette histoire est intriguante. En tout cas, ton mystérieux correspondant a de la chance.

- C'est plutôt moi qui est de la chance ! Comment j'aurai pu prédire que quelqu'un d'assez... je ne sais pas. D'assez fou, aurait pu mettre la main là-dedans.

- Peut-être que c'était tout simplement le destin.

- Tu crois à ces conneries ?

- Pas toi ? répond-il, un sourire en coin.

Mes yeux se ferment lorsque les dernières notes de piano s'envolent. Je me suis lamentablement écroulée sur le canapé en rentrant. Faire de la planche et discuter m'ont vidé de mes forces.
J'entends Ryan m'appeler mais je n'ai plus le courage de répondre. Je le sens se pencher sur moi. Une de ses mains passent une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Ses doigts frôlent à peine ma peau.
Je le sens faire le tour du canapé. Quelques secondes après je m'envole dans les airs et m'endors.

- Je serai toujours là.

J'entends à peine les mots que prononcent Ryan. Ils me semblent tellement lointains que je me demande si je ne les ai pas inventés.

Mon réveil sonne. J'ouvre les yeux et l'éteins. Lorsque j'étire mes muscles, je constate une chose. C'est la première fois depuis bien longtemps que j'ai bien dormi. Pas de cauchemars, pas de réveil en pleine. Une nuit complète et réparatrice. Et je ne suis plus sur le canapé, mais dans le lit défait de Ryan.

Je me prépare rapidement. Lorsque j'arrive dans la cuisine, mon déjeuner m'attend. Si je pouvais avoir ce genre de réveil plus souvent... Je m'attable et avale une gorgée du jus de fruits. J'allume mon téléphone et remarque que j'ai un nouveau message. Ryan.

"Chère West, je t'ai préparé un bon petit déjeuner pour bien commencer la journée. Matt passe te chercher comme promis. Moi, je pars en cours ce matin et après je file régler quelques affaires. On se voit ce soir."

Ces quelques mots me rendent encore plus légère. Il est au petit soin pour moi. Ils sont là pour moi.
Au même moment où je commence à me perdre dans mes pensées, la sonnerie retentit dans tout le loft. Je me précipie de manger un morceau de mon déjeuner avant de me diriger vers la porte.

- Bonjour ! s'exclame Matthieu souriant lorsque j'ouvre la porte.

Il me prend dans ses bras et referme la porte. Son sac posé à côté du mien, il s'avance vers le bar. Il attrape une tranche de pain dans laquelle il croque.

- Si tu veux un déjeuner, demande à Ryan la prochaine fois !

- C'est clair que demain je viens plus tôt !

La matinée est passée vite. Je n'ai pas croisé Sarah. A vrai dire, ça m'arrange un peu. Je ne sais pas comment je l'aurais abordée. Je me demande même si elle ne m'évite pas.
A l'heure du repas, comme à mon habitude, je me suis dirigée vers notre table. Elle n'y était pas. Elle n'était nulle part. A croire qu'elle avait déserté en même temps que Max.
A lieu de voir sa silhouette, c'était celle de Matt qui m'attendait. Il me faisait de grands signes en souriant de toutes ses dents. Cela aurait pu être gênant mais rien ne me donnait l'envie de l'être avec lui.
Nous avons rapidement mangé. Matt n'avait pas eu les mêmes cours que moi, ce matin. Il avait eu deux heures de littérature française et une heure d'anglais. Oui, monsieur aime le français. Il aime le son des mots lorsqu'on les prononce. Il a essayé de m'en apprendre quelques uns mais j'avoue que c'était trop compliqué. Je ne pensais qu'à une seule chose: manger.
Il m'a expliqué tout joyeux qu'il commençait ce soir l'écriture de son premier article pour le journal. J'espère qu'il saura lui redonner vie. Le journal du lycée a été laissé un peu à l'abandon par les élèves qui n'avaient pas vraiment l'âme d'artistes.

Treize heures arrive plus rapidement que je voulais. Nous nous dirigeons tous les deux en classe d'espagnol. Il s'assoie à côté de moi et écoute pour nous deux. Nous sommes toujours sur le tableau Guernica apparemment.
Moi, j'attends juste cette heure pour lire mon message qui m'attend.

Les mots entre mes mains me font de l'oeil. Je l'ouvre. Le message est le plus long de tout ce qu'il a pu déjà écrire.

"Chère artiste, j'ai l'impression qu'on se comprend. Mais je suis à chaque fois trop impatient d'attendre. Alors, si ça te dit, envoie-moi un message à ce numéro..."

C'est un garçon.

KL.Pheonix

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