Chapitre 6 : Rien ne peut durer éternellement

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Je cours à toute vitesse. Mon coeur cogne dans ma cage thoracique. Ma respiration est saccadée. J'ai l'impression que je vais mourir. Pourtant, je suis juste en plein match de basketball...
J'arrive à prendre la balle à l'adversaire qui a une bonne tête de plus que moi. Puis, avec le peu de force qu'il me reste, je remonte le terrain en quelques secondes et marque le dernier panier avant la mi-temps.
Je n'ai jamais été très douée en sport il faut se le dire. Mais, Ander m'a fait lancer tellement de ballons dans le panier accroché sur un mur de notre salon, que mes bras ont enregistré tous les bons gestes à force. Je me débrouille en dribbles et en passes. Les trois points sont un peu moins catastrophiques qu'avant mais il faut encore que je m'entraîne. Enfin, seulement lorsque j'aurai retrouvé mon entraîneur parti je ne sais où.
Nous sommes vendredi, cela fait presque deux semaines qu'il a totalement déserté l'appartement. Lucas ne cesse de me poser des questions. Pourquoi ne rentre-t-il plus ? Où est-il ? Comment allons-nous faire sans Ander ? Tant de questions qui me serrent le coeur. Je me demande chaque jour s'il a commencé à toucher à cette merde qu'il vend. S'il est allongé quelque part dans une rue, une overdose en vue. Peut-être qu'elle est déjà arrivée, qui sait. Mais, je ne peux pas avouer mes plus sombres pensées à Lucas. Malgré tout ce qu'on a traversé, il n'a que quinze ans. Je n'ai pas le droit de polluer sa tête avec tout cela.

- Bien joué Andy !

Je me redresse, encore essoufflée par cette course. Sarah me regarde, enjouée et toute rouge. Je lui tends ma main dans laquelle elle tape toute joyeuse. Notre équipe mène de six points, mais il ne faut pas se relâcher.
On se dirige vers les gradins pour boire un coup. Puis, je m'éclipse rapidement aux toilettes. J'asperge mon visage d'eau froide puis referme le robinet. Mon téléphone vibre.

"T'es partie où ?"

Je soupire et sors des toilettes. Au même moment, j'aperçois Sarah qui se dirige vers moi en trottinant. Rassurée de me voir, on part se replacer. Mais la professeure, Madame Bart, demande aux capitaines d'équipe de faire tourner les joueurs. Sarah se dirige donc sur le banc ainsi qu'un gars de notre équipe pour laisser place à deux autres gars.

Il reste cinq minutes avant le coup de sifflet final. L'équipe adverse est largement derrière nous. J'ai arrêté de compter depuis longtemps, mais je sais que nous avons gagné. Le capitaine de l'autre équipe s'énerve constamment contre ses coéquipiers. Mon équipe se relâche un peu pendant ces dernières minutes. Mais, on s'en fiche, ce n'est qu'un jeu.
Un garçon, Mickaël, me fait une passe en l'air. Je saute pour attraper la balle mais je me réceptionne mal. Ma cheville se plie comme un accordéon. Je tombe à la renverse, laissant le ballon filer. L'arbitre siffle mais je fais signe que je vais bien. Je tente de me redresser une première fois. Ma cheville me fait mal. Je fais deux pas, elle ne supporte pas le poids. Je tombe à nouveau. Quelqu'un arrive en courant et passe ses bras autour de ma taille pour m'aider à me relever. Pendant quelques secondes, je crois que c'est Maxence avant de me rendre compte que c'est Mickaël.

- Excuse-moi, c'est de ma faute si t'es tombée.

- Ne t'en fais pas, je me suis juste foulée la cheville.

Son regard n'arrête pas de s'excuser. Je lui fais un sourire se voulant rassurant. Je crois qu'il ressemble plus à une grimace vu sa tête. Ses cheveux noirs sont plaqués contre son crâne et des perles de sueur s'agrippent à sa peau.
Madame Bart arrive, tâte ma cheville et demande à Mickaël de m'accompagner à l'infirmerie.

- Je peux y aller avec eux, demande Sarah peu rassurée.

La professeure acquiesce puis je m'appuie sur le garçon pour marcher. Sarah part chercher nos sacs dans les vestiaires. Nous partons aussi vite que ma cheville le permet.

- Bon, il va vous falloir reposer votre cheville. C'est une belle entorse que vous avez là, m'explique l'infirmier.

Il finit de me faire un bandage pour maintenir ma cheville en place. Mickaël et Sarah attendent depuis quelques minutes dans la salle attenante au bureau de l'infirmier. J'ai insisté plusieurs fois pour qu'ils partent mais l'un comme l'autre ont refusé.
L'infirmier se dirige vers le congélateur, pose de la glace sur mon bandage et m'ordonne de rester assise. Puis, il appelle mes deux sauveurs qui se bousculent pour entrer.

- Encore mille fois désolée, Andy.

- Comment va ta cheville ?

Les deux parlent en même temps, d'une voix un peu trop forte et tremblante. Ils sont inquiets et ça me touche. Je rigole devant leur réaction.

- Je vais bien ! Arrêtez moi ce cirque s'il vous plaît. Mickaël, je te pardonne. Ce n'est pas de ta faute si je ne sais pas me réceptionner quand je saute.

A mes mots, je le vois automatiquement se détendre. Il me sourit, passe une main dans ses cheveux, presse légèrement mon épaule et quitte le bureau.
Sarah s'assoit sur le siège en face de moi.

- Tu veux que je l'appelle ?

- Non, ça ne sert à rien.

- Ça ne peut pas durer Andy.

- Rien ne peut durer éternellement, je sais. Mais là, c'est différent.

- Ah oui ? Explique-moi en quoi ça l'est ? Ton frère est censé vous protéger, et au lieu de cela, il préfère passer ses journées et ses nuits à faire du trafic et je ne sais quoi d'autre !

Ses derniers mots ne sont pas à peine qu'un murmure mais je les ai très bien entendus. Sa voix trahit sa colère et son incompréhension.
Sarah sait tout des magouilles de mon frère. Je lui en ai parlé le jour même où j'ai commencé à avoir des soupçons. Puis, lorsqu'ils se sont confirmés, il n'a pas fallu bien longtemps pour que mes amis arrivent à une simple conclusion. Sarah était du même avis que Max. Il fallait dénoncer Ander. Mais cela impliquait que Lucas et moi soyons placés en famille d'accueil. Je n'étais pas encore majeure. J'ai tout de suite refusé même après les solutions que mes deux meilleurs amis me proposaient. Il était hors de question que l'on soit séparés Sarah m'a proposé d'en parler à ses parents, plus ouverts d'esprit que ceux de Max. Elle et son frère ont tous les deux étaient adoptés. Ils auraient sûrement accepté de nous donner un toit et des vêtements propres pendant quelques temps mais jusqu'à quand ? C'est pour cela que j'ai mis rapidement fin à toute discussion à propos de ce sujet. S'ils le dénonçaient, ils détruisaient ma vie. Et cela impliquait que je ne les pardonnerai pas.

- Andy...

- Non, ne recommence pas ! dis-je en serrant les dents.

- Il faut qu'on en parle. Pourquoi tu te braques autant maintenant ?

- Il n'y a rien d'autre à dire. Ce sujet est clôt depuis bien longtemps.

Je lui demande de m'aider à aller en espagnol avant qu'elle réplique autre chose pour essayer de me convaincre.
Je sais que Sarah va retrouver Maxence à l'aéroport pour lui dire au revoir. Elle lui parlera sûrement de cet incident mais après tout, je ne reverrai pas ses yeux me faire la morale.

Lorsque j'arrive, Mr Sullivan regarde ma cheville. L'une de ses mains tient une craie blanche. Je marche maladroitement jusqu'à ma place, en grimaçant.
Sarah est partie lorsque nous sommes arrivées devant la porte. Je ne voulais pas qu'elle assiste à la marche sinistre et magique que j'allais offrir.

- Vous avez fait quoi pour mériter cela ? s'exclame-t-il en me regardant droit dans les yeux.

Si je n'avais pas aussi mal, je me lèverai pour partir avant que son cours ne commence. Mais je ne peux pas, je suis piégée avec cet ignoble professeur.

- Quand je vous parle, j'aimerais que vous me répondiez, grince-t-il.

- Qu'est-ce que ça peut vous faire, monsieur ? raillé-je en insistant sur le dernier mot.

- Vous pouvez répéter.

Le ton monte. La craie qu'il tient se casse en deux sous la force qu'exerce sa main dessus.

- Je disais...

Je n'ai pas le temps de finir qu'on toque à la porte. Je lâche l'air que je retenais dans mes poumons. Le sang cogne dans ma tête. Il faut que je me calme. Sinon, je vais finir par être collée.

Quelqu'un ouvre la porte et passe sa tête. La principale cherche le professeur du regard, ouvre la porte en grand et s'exclame toute guillerette:

- ¡ Holà !

Le professeur répond de sa voix rauque et nous fait signe de nous lever. Ironie du sort, je ne peux pas. A croire que se foutre de lui est devenu plus qu'un passe-temps: une vocation. Il me jette un coup d'oeil mais retourne toute son attention sur la proviseure.

- Que nous vaut cette visite, Mme Williams ?

- Je vous amène un nouvel élève !

Elle fait signe à l'élève caché derrière la porte de se montrer. Un garçon assez grand se positionne à côté de Mme Williams. Il porte un tee-shirt blanc à manches longues et un pantalon cintré kaki auquel est accroché des bretelles beiges. A ses pieds, des chaussures en cuir montantes noirs. Enfin, à son épaule droite pendouille un sac en toile claire.
Le nouveau jette un coup d'oeil vers nous, me laissant le temps de le dévisager un peu. Ses cheveux blonds foncés semblent ramenés légèrement en arrière mais trop désordonnés pour tenir totalement en place. Ses yeux semblent clairs. Peut-être bleus ou gris. Sa peau halée est couverte de grains de beauté et un large sourire se dessine sur son visage.

La proviseure lui fait signe de se présenter. Il pose alors son sac à ses pieds et se tourne vers nous. Il s'éclaircit la voix et sans perdre son sourire, parle.

- Bonjour, moi c'est Matthieu Thompson. J'ai dix-huit ans et je vais essayer de faire ma petite vie tranquille parmi vous, s'exclame-t-il d'une voix claire et posée.

Les mains dans les poches, il attend un signe de la part de n'importe qui. J'aurais sûrement trouvé ça gênant à sa place. Je crois que j'aurais même rougi mais, lui ne semble pas le moins du monde avoir honte de quoi que ce soit. On lui a demandé de se présenter devant toute une classe d'inconnus, il l'a fait.

- Bien Monsieur Thompson, si vous avez fini vous pouvez aller prendre place à côté de Mademoiselle García.

Quelques minutes après cette interruption, Mr Sullivan reprend son cours. Il semble avoir oublié, ou du moins mis de côté, notre petit accrochage quotidien.
A côté de moi, le nouveau prend un stylo et une feuille. Il ne me jette pas de regard. J'en profite pour plonger ma main dans les chewing-gums afin de prendre le nouveau papier qui m'attend. Cela devient une routine maintenant.
Je vérifie que ni le nouveau ni le professeur ne m'observent puis déplie le papier vert.

"Est-ce que j'aurais à faire à un poète pour écrire des phrases aussi vraies ? ;)"

Je retiens un gloussement. Il n'en est pas loin à vrai dire si on peut dire que le dessin est la poésie des lignes.
Je déchire un bout de mon bloc de feuilles et lui répond:

"Une poète non, mais je suis une artiste."

En plus de lui avoir laissée sous-entendre que j'étais une fille, maintenant il sait aussi que je suis une artiste. Deux indices en une seule phrase. J'espère que ce quelqu'un me donnera à son tour un indice digne de ce nom.
Je sais qu'un jeu s'est installé entre nous. Un jeu dangereux. On s'est sûrement croisés, peut-être même déjà parlé. Mais qui arrivera à trouver l'identité de l'autre en premier ? Et que se passera-t-il lorsque ça arrivera ?

- Tu devrais ranger ce que tu as dans tes mains si tu ne veux pas que le professeur le lise, chuchote le nouveau.

Je lève la tête en même temps que je plie le papier. A-t-il lu le mot ? Mon visage traduit-il quelque chose ? Je ne sais pas. En tout cas, le sien semble toujours aussi solaire et son sourire n'a pas disparu. Il semble même sourire davantage. Comment peut-on être aussi heureux dans la vie ?

KL.Phoenix

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