N'est pas Frankenstein qui veut

3 minutes de lecture

Si sa mort avait été dramatique, comme le terme d’une longue maladie, ou spectaculaire, genre l’explosion d'une navette spatiale dont il aurait été le pilote…

Déjà, je n’aurais pas mauvaise conscience d’avoir souri, comme quand, incrédule, j’ai appris sa chute mortelle dans un ravin…

Ne me jugez pas, c’était un réflexe ! Mais bon, qui joue encore à Pokemon Go en 2020 ? Et à 30 ans ? O.o

Passée la surprise, j’ai pleuré non-stop pendant deux jours, avant que – glandes lacrymales enfin taries – j’aie pu rassembler assez de dignité pour assister à la veillée funèbre qui précédait l’incinération. Et surtout, que j’aie cristallisé une réflexion un minimum cohérente autour d’une idée folle !

Après un petit détour au labo de biologie moléculaire où j’aide quotidiennement des couples auxquels la nature, magnanime envers l’avenir de l’humanité, ne permettait normalement pas de concevoir, et où je jouais au Dr Frankenstein, littéralement, vu les photos que les heureux parents nous envoient de leur affreux ‘petit miracle’ boudiné… Je m’égare, excusez-moi. Donc, après être passé au département analyse ADN récupérer un test salivaire qui a rejoint le tournevis dans ma poche, et j’ai retrouvé sa famille et nos amis au salon funéraire.

Le cercueil était heureusement toujours ouvert, je n’ai pas dû déclencher l’alarme-incendie pour avoir l’occasion de l’ouvrir. J’ai profité du moment où nos potes sont sortis faire tourner un bedo et une bouteille de sa tequila préférée ‘en son honneur’, et où ses parents accueillaient des visiteurs, pour procéder au prélèvement. Sauf qu’alors que, penché sur lui, je refermais le tube sur le coton-tige…

- Mais que fais-tu, Jérémie ?

- Je… Euh… Un dernier baiser, avant une longue vie de solitude, il me manquera… Oui, tellement, ai-je bafouillé.

- Je le revois encore à seize ans, m’avouer qu’il est pédé…

- Hmm-hmm…

- Soit ! a claqué sa mère. ‘’Qu’il est gay, c’est assez politiquement correct, ça ? Bref, ensuite ça m’avait rassuré qu’il sorte avec toi, un scientifique raisonnable, mon fils n’allait pas mourir du sida.’’

- Techniquement, on ne meurt pas du sida, juste de ses complications, et encore, plus maintenant, vous savez.

- Ne me snobe pas de tes grands mots et de tes connaissances, le résultat est là, mon merveilleux fils est mort, et tu n’as pas pu l’empêcher.

Enfiler une capote était dans mes cordes, mais je n’aurais jamais pu lui confisquer son smartphone ! Je pouvais supporter ses bouderies à répétition, mais la grève du sayxe qu’il m’imposait alors, à me narguer, proche mais tellement inaccessible…

***

J’ai détourné quelques ovocytes de l’une des clientes du labo, que j’ai utilisés pour cloner l’ADN de mon défunt pacsé.

Le livreur UPS, assez mignon, m’a donné des idées vraiment trop impures pendant ma période raisonnable de deuil, mais sa carrure d’athlète m’a d’abord persuadé que (1) ma pitié était déplacée, il n’avait pas trop souffert du transport des 80kg de ma commande et que (2) genre 90% de la population est straight, et me prendre un pain d’un haltérophile supposé n’était pas dans mon programme.

Une fois la structure assemblée, un cadre métallique qui contenait la poche de polyuréthane remplie de liquide amniotique artificiel, j’y ai inséré l’ovule dont le développement avait déjà commencé.

Avec les additifs et les nutriments, il a continué de manière exponentielle, après un mois il était un bébé d’un an, et après six, Kevin – je me promis directement de changer de prénom – en paraissait dix-huit. J’ai décidé de clôturer l’expérience.

J’ai crevé la poche, j’ai rattrapé son corps au vol et j’ai entrepris d’alterner la procédure de réanimation des noyés avec une variation de la procédure de Heimlich… Il a craché le liquide qui engorgeait ses poumons, a ouvert les yeux, puis la bouche…

- Make America Great Again ! Trump 2020 !

- Eh meeerde, il est idiot.

- What ? a-t-il dit

- Nothing, ai-je soupiré, me rappelant quelques sex-friends dont le QI avoisinait également la température de la pièce, sans que l’expérience soit trop désagréable au final, puis qu’en détournant légèrement l’expérience de Konrad Lorenz avec ses oies, il me prendrait éternellement pour son daddy, ça m’assurait au moins de sa fidélité absolue, cette fois…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

LuizEsc
À Monade, voir le ciel est un privilège qui se mérite. Les classes souterraines suent sang et eau pour un rayon de soleil. Il existe pourtant un moyen d’accélérer le processus : se vouer corps et âme à l’Entelechia. Mais ceux qui s’y risquent n’en gardent aucun souvenir.

Hélios, jeune acteur parvenu, brûle les planches dans sa dernière pièce. Son talent résonne jusqu’aux Nuages et conquiert même cette Aile, Kosan Manqa. À moins que son attention ne cache d’autres raisons moins honorables.
234
210
458
226
Sombre d'Ombre
Tu me manques. Toujours, sans cesse, désespérément.
Entre deux cours de rééducation, je pense à toi. Entre deux sourires, je pense à toi. Au détour d'un couloir, au croisement d'une ruelle, c'est toi que je crois voir. Mais tu n'es pas là. Tu ne l'es plus. Et il ne me reste que mes larmes pour te pleurer. Que mes larmes pour te regretter.
J'ai parfois envie de te détester. Tu m'avais promis ! Promis que nous nous reverrions tous les soirs à ce fameux café. Mais tu n'es plus là et pourtant, j'honore toujours cette promesse.
Et je t'attends. Je veux que tu reviennes. Entre deux lettres que tu ne liras jamais, entre deux sanglots qui me brûlent la poitrine, je me remémore les mots que je n'ai jamais osé te dire.
"Je t'aime".
60
133
32
24
Xenos Walker
Destins Croisés ? Un titre bien étrange non ? Dans cette histoire vous allez découvrir la vie d'un groupe de lycéen qui vont découvrir petit à petit qui ils sont vraiment, qui vont suivre et découvrir leurs destins.

Nous allons à travers cette histoire et les différents point de vue de Zach et Allan découvrir les mêmes facettes de certains événements et découvrir les destins de tous ces personnages qui se sont croisés durant une année qui changera à jamais leurs vie sur tous les point de vue.
985
241
553
495

Vous aimez lire lelivredejeremie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0