Chapitre 11

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Le navire s’était éloigné de Nirval et faisait voile vers Basal. Dans la matinée, il s’était amarré proche d’une île, à l’entrée de l’archipel de Thorrak. Le pont principal était animé, l’heure était à l’entrainement. Les canonniers pratiquaient le combat au corps à corps, sous la surveillance des membres de l’équipage. Earl les regardait, assis sur le bastingage. Il se souvenait du second canonnier, Wynric, plus grand que Meribi. Il était d’ailleurs plus doué que lui pour manier une lame. Le jeune canonnier peinait à se défendre contre son compagnon de tir, qui s’amusait à changer d’appui et de main à tout bout de champ.

— Seigneur Wynric ! Choisis sur quel pied dansé, bon sang !

Les hommes ricanèrent de l’énervement du jeune homme exténué par les gesticulades de son ami. Il s’acharnait sur son sabre, mais Wynric continua sa farandole, esquivant les attaques. Ses mouvements étaient fluides, comme une valse poétique. Les lames s’effleuraient dans un tintement métallique, mais Meribi finit désarmé. Son sabre glissa sur le bois du pont jusqu’aux pieds du nouveau passager. Ce dernier descendit du bastingage et prit la poignée de l’arme en main.

— Tu es d’un pénible, Wynric…

Victorieux, le concerné pouffa en regardant son camarade plié en deux, peinant à reprendre son souffle.

— Un vrai singe, ricana Syllas sur le pont supérieur.

Le plus vieux des canonniers sourit et salua ses spectateurs d’une révérence. Earl tendit le sabre à Meribi, qui se redressa et le remercia.

— Tu veux essayer ? lui demanda Wynric d’un ton malicieux.

— Certainement pas avec toi, lança Ferum, l’un des subrécargues.

— Alors je t’en prie, apprends-lui.

Le concerné se leva et rejoignit le petit groupe. Meribi laissa sa lame à Earl et se recula. Le garçon observa la chevelure blonde et bouclée de son adversaire, ainsi que ses yeux miel.

— Positionne-toi en diagonale de ton ennemi. Comme ça.

Ferum lui montra la posture à avoir et le garçon l’imita.

— Ta poignée doit toujours être au niveau de tes hanches lorsque tu es en affrontement. La pointe au niveau de ton visage.

Le jeune homme essaya d’imiter son vis-à-vis, et les membres de l’équipage furent surpris de le voir aussi assidu. Le capitaine les observait depuis le pont supérieur, et décida de les rejoindre.

— Lorsque ton ennemi avance, tu as le choix entre reculer ou riposter.

Ferum avança d’un pas et Earl recula.

— Pas comme ça, recule ton pied gauche avant le droit. Tu perds l’équilibre sinon, le conseilla Meribi.

— Même chose lorsque tu te déplaces sur le côté. Ton pied extérieur doit toujours bouger en premier.

— Pourtant tes pieds se croisent, constata le jeune homme.

— C’est parce qu’il a plus d’expérience au combat que toi, résonna la voix du capitaine.

Il se plaça dans le dos du garçon, la main gauche sur sa hanche, l’autre sur le bras d’arme d’Earl.

— Ton adversaire arrivera à percevoir tout signe de faiblesse. Il faut que tu sois sûr de toi.

— Commençons lentement, proposa le subrécargue.

Ils se décalèrent sur le côté, à sens opposé. Au fil des minutes, le capitaine relâcha sa prise sur le garçon. Arawn fut surpris de le voir assimiler rapidement les gestes, et reconnu quelques esquives des canonniers.

— Il copie très bien, marmonna Helm proche de lui.

— En effet. C’est sans doute une bonne chose pour lui.

Ils continuèrent à s’entrainer. D’abord lent, leurs gestes s’accélérèrent et Ferum se permit de tester la confiance qu’avait le garçon en lui-même. Il avança de façon intimidante, mais Earl ne se laissait pas faire. Il esquivait et attaquait sur les côtés.

— Plutôt doué pour un enfant de noble, fut surpris Asan dans le dos du capitaine.

Arawn ne pouvait qu’approuver. Ce garçon avait une capacité d’apprentissage impressionnante, il assimilait les informations rapidement et parvenait à les ressortir facilement. Ils continuèrent ainsi une partie de la matinée, jusqu’à l’heure méridionale.


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L’après-midi était chaude. Certains s’étaient abrités de la chaleur dans la cahute, assis autour de la table à jouer aux cartes. D’autres, restés sur le pont, s’affairaient à une bien étrange activité. Earl les observait depuis le gaillard d’arrière, tandis qu’Asan et Arawn discutaient avec Helm de points stratégiques ou quelque chose dans le genre. Il n’y prêtait pas vraiment attention.

Il contemplait avec une grande curiosité les gabiers se préparer sur le bord du pont. Ils avaient retiré leurs chemises et leurs bottes, et s’étiraient proche du bastingage. Puis, deux d’entre eux sautèrent par-dessus bord.

Earl écarquilla les yeux, il se précipita sur la rambarde et regarda la surface trouble de l’eau. Mannly ricana face à sa réaction et lança à l’eau deux sacs tissés que les gabiers récupérèrent avant de plonger.

— Que font-ils ?

— Ils partent pêcher dans le fond.

— Pêcher ?

— Oui, pour nous réapprovisionner, lui explique le gabier restant à bord.

— Vous ne vous réapprovisionnez pas en attaquant des navires marchands ?

Deux membres d’équipage éclatèrent de rire dans leurs dos. Badic et Ocon les regardaient en se tenant le ventre.

— Nous n’attaquons pas les marchands.

— Nous préférons marchander avec eux des ressources ou des richesses prises sur des navires du gouvernement.

— En gros… Vous faites du troc ?

— Exactement, et quand aucun navire marchand n’est en vue, nous allons chercher les ressources nous-mêmes, lui explique Mannly.

Earl était surpris. Il ne pensait pas que les pirates pouvaient faire des échanges avec des commerçants. Il se souvenait des équipages qui revenaient au port et clamait haut et fort avoir été attaqué, pillé par des forbans. Peut-être mentaient-ils pour avoir de l’aide des autorités.

— Ils remontent, les prévient Ocon.

Son regard se pencha vers la surface de l’océan qui se troubla à la remonter des deux hommes. Iter tenait le sac tissé qui avait grossi, rempli d’étranges créatures rougeâtres, aux longues pattes à pinces.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda le jeune homme.

— De gros crabes de récifs, et quelques coquilles à ce que je vois. Où est Kora ?

— Il ne devrait pas tarder, il se battait avec un poisson, je crois, répondit Iter en grimpant sur la coque du navire.

L’eau se troubla non loin de lui, et le dernier gabier remonta à la surface. Une masse visqueuse semblait accrocher à son bras, engloutissant sa main.

— Que quelqu’un m’aide à retirer cette chose !

Les hommes ne purent retenir leurs rires face à la panique du musicien qui essayait de remonter à bord avec une seule main. Earl se laissa emporter par le fou rire des pirates, tandis que Mannly essayait de retirer la pieuvre qui s’accrochait désespérément.

Cette soudaine animation attira l’attention des supérieurs. Le capitaine fut surpris d’entendre le nouveau passager rire. En fait, il fut étonné de le voir heureux ; c’était bien la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés.

— Il se détend enfin, souffla Asan en s’adossant au bastingage supérieur.

— C’est une bonne chose.

Arawn sourit en regardant l’enfant qui tentait d’aider le gabier à retirer le céphalopode. Son second l’observa un moment avant de détourner le regard vers le ciel, un sourire aux lèvres.

— Il lui ressemble, murmura-t-il proche de son camarade

Le capitaine lui lança un regard interdit.

— Tu pensais que je ne l’avais pas remarqué ? Certains d’entre nous l’ont connue, ne l’oublient pas.

— Il ne lui ressemble pas, trancha le capitaine d’un ton froid.

— C’est pourtant son fils.

Il tapa sur l’épaule de son compagnon et descendit sur le pont principal. Le phénix resta là, à observer la scène, et plus particulièrement le visage de l’enfant. Son ami avait raison, Earl ressemblait à sa mère, il n’en doutait pas.

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