Chapitre 7

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La nuit était tombée. Le brick était amarré à un port animé. Earl attendait patiemment dans sa cage. Il écoutait les ordres donnés par le capitaine sur le pont principal, les pas des pirates, puis le silence. Une grande partie de l’équipage avait dû quitter le navire pour se réapprovisionner en vivre. Il devait en rester à bord pour le surveiller.

Earl n’avait que très peu dormi depuis qu’il était retourné dans les cales. Il n’avait rien mangé non plus. Son corps était faible, il devait tenir tête à la fatigue s’il voulait s’en sortir. Il ne savait pas sur quelle île ils avaient accosté, mais il lui fallait trouver de l’aide.

Ce fut de longues minutes après le départ des mercenaires que le prisonnier se décida à agir. Il s’approcha de la grille en sortant les épingles de fer qu’il avait dérobé au canonnier. Il glissa les bouts dans la serrure et écouta attentivement le chuchotement du métal. Ce n’était pas la première fois qu’il forçait la fermeture d’une porte ; une activité qu’il avait mise en place durant son enfance pour sortir de toutes les pièces dans lesquelles ont l’enfermait lorsque sa présence dérangeait.

Un déclic retentit jusqu’à ses oreilles le fit sourire. Le jeune homme se redressa, poussa la porte de sa geôle. Il était presque libre, il ne lui restait plus qu’à monter les escaliers et mettre pied à terre. Mais comment s’assurer que personne ne surveillait le pont ?

Il secoua la tête. Le seul moyen de le savoir était de tenter sa chance. Ses pas le menèrent au pied des marches, qu’il regarda longuement avec hésitation. S’il franchissait cette limite, il ne pourrait pas revenir en arrière, il en était conscient. On avait choisi pour lui une vie enchainée, le temps était venu de changer ça.

Le garçon grimpa les marches jusqu’à la trappe du pont et glissa un œil sur l’extérieur. Il ne vit personne, il entrouvrit la porte pour se glisser dehors. La pleine lune lui permit de distinguer facilement les éléments qui l’entouraient. Le captif commença à avancer vers le bastingage, ses pieds nus étouffaient le son de ses pas sur bois rude du navire.

— Qu’est-ce que tu fais dehors ?

Earl se figea.

— Comment as-tu réussi à sortir ?

Le jeune homme ne savait pas à qui appartenait la voix dans son dos, mais son instinct lui hurla de fuir. Il se mit à courir aussi vite que possible, passa le bastingage et accosta sur le port. Mais il ne s’arrêta pas, il entendait l’homme le poursuivre.

— Reviens ici gamin !

Le prisonnier n’écouta pas et s’enfuit dans la ville. Les rues étaient animées, les pubs grouillaient d’ivrognes et de femmes de joie. Une ambiance inhabituelle pour Earl, qui se fit remarquer auprès de certains. Le fugitif chercha du regard un poste d’avant-garde militaire, mais rien de tout cela ne semblait se trouver sur cette île.

Il se faufila dans une ruelle sombre entre deux bâtisses dans l’espoir d’échapper au pirate du Phoenix. L’adrénaline le maintenait debout. Le fugueur regarda l’avenue principale avec attention, son souffle se coupa lorsqu’il reconnut le forban le poursuivant passé devant lui. Il attendit quelques longues secondes avant de respirer calmement.

Earl se permit d’observer les alentours pour comprendre où il se trouvait. Les bâtiments étaient faits de bois et de planches délabrés. Les lumières se balançaient proches des portes, éclairant le passage des vagabonds. Une musique forte résonnait tandis que femmes et hommes dansaient, chantaient, se touchaient ou s’embrassaient. Ça ne rassurait pas le jeune homme ; ce n’était pas des gestes affectueux, ils ressemblaient plutôt à des bêtes, guidés par leurs instincts. L’odeur de la liqueur lui monta rapidement au nez, le rendant nauséeux.

Le fugitif sortit de la ruelle, il devait continuer à chercher de l’aide. Un homme de grande carrure qui sentait aussi fort qu’un porc le bouscula en chemin. Earl le regarda un instant, avant d’examiner les alentours. La ville portuaire dans laquelle il se trouvait avait été construite par des pirates. Que des petits mercenaires ou des pêcheurs bien entendu, mais leurs réputations les précédaient.

L’angoisse le gagna tandis qu’il essaya de retrouver son chemin. Il avait fait une grosse erreur en descendant du navire, car, bien que l’équipage fût celui d’un pirate, jamais aucun d’eux ne lui avait fait du mal. Avec ceux-là, rien n’était moins certain…

Le fugueur tenta de se rappeler la direction qu’il avait empruntée pour retourner au port. Mais avant qu’il n’ait le temps de faire un pas en avant, une paire de mains lui attrapèrent les bras. Sa bouche fut couverte d'une paume rugueuse et sale ; plus aucun bruit n'en sortit. On le tira en arrière, dans une ruelle à l’écart. Il fut jeté à terre, maintenu par un homme à l’odeur nauséabonde.

— Regardez-moi ça les gars. C’est une belle prise.

L’homme ricana en s’accroupissant, et vint prendre les joues du garçon entre ses doigts. Ce dernier était pétrifié de peur, incapable de bouger, la seule chose qu’il pouvait faire fut de détailler ses assaillants. Celui qui tenait son visage était recouvert de cicatrice, la main qui tenait ses joues n’avait que quatre doigts.

Earl frissonna.

— Tu es sûre qu’il est descendu du Phoenix ?

Cette nouvelle voix parvenait d’un coin où se trouvait une femme adossée. Elle les regardait d’un mauvais œil, le seul qu'il lui restait encore, l'autre était couvert par un bandana. Ses bras nus croisés sur son torse laissaient à découvert les nombreux tatouages qui parsemaient sa peau.

— Certain.

Le ton de celui qui le maintenant au sol était sec, il ne semblait pas apprécier son interlocutrice. C’était le plus effrayant des trois. Une balafre traversait la moitié de son visage, l’un de ses yeux était couvert d’un voile blanc. La force qu’il possédait laissa une grimace amère sur le visage du prisonnier, qui sentit l’articulation de ses épaules se tordre.

— Apportons-le au patron, il le fera parler.

— Ou hurler.

L’homme qui se trouvait dans son dos se releva et prit les mains du garçon pour les enfermer dans sa poigne de fer. Earl rechigna face à la force démesurée de ce barbare, mais écarquilla les yeux lorsque le groupe se révéla à la lumière des torches de l’allée principale.

Ce trio faisait partie d’un équipage de pirate, sans aucun doute. Leurs accoutrements le prouvaient. À en juger par leurs langages et le peu de respect qu’ils avaient entre eux, ce ne devait pas être un équipage comme celui du Phoenix.

Le groupe entama sa marche vers une destination inconnue qui ne le rassurait pas. Earl tenta plusieurs fois de s’échapper en gigotant pour que son ravisseur lâche prise. Ce dernier le ramenait toujours proche de lui en grognant pour lui faire comprendre de ne pas recommencer. Mais le prisonnier n’en démentit pas et réessaya.

Earl regarda autour de lui à la recherche d’une aide quelconque. Quelqu’un. Quelque chose. Pour le sortir de cette situation. Pour le sauver. Il crut halluciner lorsqu’il reconnut le second du Phoenix au bout d’une ruelle, discutant avec un autre homme. Il était sa seule chance de s’en sortir. Il hurla à s’en déchirer les poumons d’en l’espoir d’être sauvée.

— ASAN !

Le balafré abattit son poing sur le visage du garçon pour le faire taire immédiatement, s’attirant par la même occasion les aboiements colériques de sa supérieure. Il ne perdit pas de temps à lui répondre, il balança le corps à demi-inconscient du jeune homme sur son épaule comme un vulgaire sac.

Les yeux mi-clos, Earl parvint vaguement à discerner la silhouette d’Asan se tourner vers eux, avant de disparaitre de son champ de vision. Il ouvrit la bouche pour crier de nouveau, mais aucun son n’en sortit. Il ne savait pas où il était emmené, mais ils s’éloignaient de la rue principale et du port. Il entendit une porte s’ouvrir puis se fermer, des pas résonner dans une grande pièce, quelques voix graves.

Son kidnappeur le jeta violemment au sol. Le prisonnier resta couché, sonné par tant de violence. Ses bras étaient douloureux, sa tête avait durement heurté le sol terreux, et resta appuyée contre celle-ci. Son corps braillait de mal, mais il ne pouvait rien y faire pour changer cela.

Après un moment de silence pesant, des pas retentirent à ses oreilles. On attrapa ses cheveux pour examiner sa figure. Il se força à ouvrir les yeux malgré sa souffrance, et tomba sur un visage froid aux yeux verdâtres. Des cheveux corbeaux en pagaille, la peau blanchâtre, une cicatrice sur les lèvres. Le détenu reconnut cet homme comme le capitaine du Sparrow, Thassafer. Un homme calculateur qui cherchait des ennuis à chaque pirate qui croisaient sa route. Un homme qu’il avait déjà croisé dans le passé.

— Attachez-le à une chaise.

Ses hommes obéirent à ses ordres. Ils ligotèrent les poignets et les chevilles du garçon, puis le firent s’asseoir sur un siège. Ainsi, il put discerner l’endroit dans lequel il se trouvait. Cela ressemblait à un entrepôt, loin de la mer et de la ville, car il ne perçut ni le bruit de l’eau ni le son de l’agitation humaine.

— Alors, mon cher ami.

Earl sursauta lorsqu’une main se posa sur son épaule. Il en connaissait son propriétaire.

— J’aimerais que tu répondes à certaines de mes questions.

— Je n’ai rien à vous dire.

— Mais oui, mais oui.

Thassafer prit place sur un tabouret face à son détenu, un rictus trônait sur son visage.

— L’un de mes hommes t’a vu descendre du Phoenix alors, j’aimerais avoir quelques informations sur cet équipage.

— Je ne sais rien d’eux. Je suis leur prisonnier.

— Un prisonnier qui se balade librement à Nirval, plutôt étrange ; vous ne trouvez pas les gars ?

Des rires éclatèrent dans l’immense salle. Le jeune homme ne répondit rien de plus.

— Bien, je recommence. Donne-moi des informations sur le Phoenix et son équipage. Tu as le choix, ça peut être sur ces hommes, leur destination, leur mission. À toi de choisir.

— Je vous l’ai dit, je ne sais rien de tout ça. J’étais leur prisonnier.

Le pirate perdit son sourire. Il fit signe à l’un de ses hommes, qui s’approcha du captif. Le mercenaire asséna un puissant coup contre l’estomac d’Earl, qui se plia, les yeux exorbités, le souffle coupé.

— Tu subiras la même punition tant que je n’aurais pas obtenu de réponse.

— Je ne sais rien ! Je vous le jure ! se justifia-t-il en suffoquant.

L’homme frappa son visage, le faisant cracher. Les larmes coulaient silencieusement sur ses joues, ses sanglots vinrent s’échouer sur ses lèvres qu’il mordit en fermant les yeux. Il regrettait ses actes. S’il n’avait pas été stupide et téméraire, il serait encore sur le Phoenix à l’heure actuelle. Enfermé certes, mais en sécurité.

— Je sens que la nuit va être longue.

Bien que la peur l’eût rattrapé, il ne souhaitait qu’une chose désormais. Retourner auprès du capitaine Rackham.

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