Ils ne me détruiront jamais

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On parle beaucoup de harcèlement scolaire en ce moment, ce qui a fait remonter pas mal de souvenirs en moi. Comme beaucoup d'autres, j'ai été persécutée et prise pour cible pendant de nombreuses années. Enfant, j'étais timide, solitaire. Je n'avais pas d'amis et je pleurais facilement et souvent. J’étais incapable de me défendre. À la récréation j'avais mon petit coin au fond de la cour où j’allais systématiquement. Pendant que les autres s’amusaient, je les écoutais dans ce semi-refuge. Je me souviens encore de mon institutrice, qui me scrutait du regard sans jamais rien faire. En cinq ans, les adultes ne sont jamais intervenus. Seules une jeune institutrice et une dame dévouée, qui ne sont évidemment pas restés longtemps, ont fait preuve de gentillesse et ont tenté d’améliorer la situation. La jeune institutrice est même intervenue en classe, demandant aux enfants de m'inclure dans leurs jeux. Ça n'a pas duré longtemps, mais je me suis sentie incluse pour la première fois de ma vie pendant ces jeux.

Durant toutes ces années, j'étais faible et ça n'échappait à personne, surtout pas à deux gamins de l’école. Je me rappelle très bien de leur nom. Ces garçons me bousculaient, m’insultaient, me frappaient, me menaçaient. Ils me terrorisaient quotidiennement. Plus ils me faisaient du mal, plus je pleurais, et ils adoraient ça. Ils étaient malins et jouer les brutes les arrangeaient bien. J’avais la peur au ventre dès que je franchissais les grilles de l’école. Même si ma mère le voyait, regardait les hématomes s’accumuler et posait des questions, je préférais ne rien dire. Ça n’aurait pas changé grand-chose. Elle a vainement tenté de discuter avec les mères des garçons. Elles ont fini par se crier dessus en pleine rue alors que je pleurais encore au milieu d’elles. Même si les années qui ont suivi n’ont pas été plus calmes, cette période fut la pire.

Quand on est dans cette situation, on ne voit pas ça comme du harcèlement, mais comme de la persécution. Car c’est exactement ce que c’est. Bien sûr, on garde tout ça pour soi. À quoi bon le dire, autant subir et vivre avec puisque personne ne réagit ou ne semble remarquer quoi que ce soit. J'ai grandi dans un petit village, où tout le monde ou presque se connaît et où le silence est la règle première. Ce genre de choses est si courant que ça en devient banal. La moindre faiblesse devient un prétexte à la moquerie et aux brimades. Combien d’autres enfants subissent ça de nos jours ? Combien de gamins sont dans ma situation aujourd’hui dans cette même école ? Je ne cesserai jamais de me poser ces questions.

Aujourd'hui cet établissement a été détruit pour être transféré. Et c'est bien loin de me déplaire. J’ai laissé tout ça derrière moi, sans y laisser le moindre sentiment. Ils ne m’ont pas détruit et ne le pourront jamais.

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