54. Appétences

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Nous sommes vendredi. Tout le personnel est parti, et je n’arrête pas de penser à Giulia. Clémence a été comme une friandise, mais aussi séduisante est-elle, je n’aurais jamais de sentiment pour elle. Nous ne sommes pas faites pour vivre ensemble. Même au travail, sa rigueur dépasse la mienne, ses raisonnements sont froids et précis. Le fantasme de la faire passer sous mon bureau m’habite toujours, mais une part de moi rejette l’idée de ce jeu. J’ai tant cherché l’amour depuis ma jeunesse que maintenant qu’il est dans ma vie, j’ai l’impression que je vais tout gâcher, juste parce que je veux continuer à séduire et plaire. Je suis humaine après tout. Comme mes semblables, je ne sais pas savourer ma chance, j’en veux toujours plus.

Mais je n’ai aucun regret. J’adore me remémorer son corps qui se tordait, soumis au roulement de mon pubis contre le sien. Ce visage déformé de plaisir, révèle une autre femme. Quand elle perd le contrôle, ce n’est plus la façade glacée qu’on connaît, mais la véritable Clémence qui s’y cache. C’est comme si l’instant de quelques secondes, je la libérais d’une prison invisible.

Certes, c’était sans amour, mais pas sans compassion. Et l’heure de retrouver celle que j’aime est arrivée. Je frappe à la porte du bureau de Clémence, puis pousse la porte sans attendre une réponse.

— On y va ?

Elle se lève, tendue, mais le regard déterminé. Lorsqu’elle passe à côté de moi, je hume sa peur.

— On va juste dîner.

— Giulia ne va pas le deviner ?

Comprenant que ce qui l’effraie, ce n’est pas ses agresseurs, mais ma compagne, j’esquisse un sourire amusé.

— Tu ne risques rien.

Je m’approche d’elle, dépose un baiser dans son cou et hume son odeur :

— Et je n’ai aucun regret.

Nous descendons les escaliers sans un mot, le bruit de nos talons accentuant le vide qui règne dans l’établissement, puis nous parvenons au parking. J’ai loué une voiture blanche passe-partout. Clémence s’assoit à côté de moi, puis je prends la route, juste pour changer de parking, de l’autre côté de la petite zone commerciale. Je me garde sur le parking de l’hôtel que nous avons réservé, au cas où les agresseurs de Clémence aient envie d’arriver dans la nuit. Clémence n'a pas décroché un mot du trajet. Nous traversons un espace entre la petite haie qui sépare le restaurant de l’hôtel. Sur le parking, la silhouette magnifique de Giulia se distingue à côté de des silhouettes agressives de Benji et Cyril, son proche élève, le nerveux au nez cassé. Mon instructeur esquisse un sourire en m’ouvrant ses bras :

— Kira !

Ses paumes étreignent mes épaules, il pose la joue sur mon profil intact avant de me regarder :

— Tu es magnifique !

— Merci.

— Ça te donne la classe, le costume.

— C’est pour ça que je le porte. Je te présente Clémence.

Son sourire disparaît, et ses yeux noirs de figent dans ceux de Clémence.

— On va les traquer, et on va les fumer.

Son accent plein de certitude ne permet aucune réponse. Clémence reste la gorge sèche, et le visage impassible. Giulia, tendue, s’agace du silence pesant que cela provoque et lâche :

— On briefe autour d’un verre ou on squatte le parking ?

Elle s’éloigne d’un pas impérieux. Je n’ai pas eu le temps de l’embrasser, mais peut-être ne veut-elle pas que son cousin sache pour son homosexualité nouvelle. Cyril lui emboîte le pas et Benji passe son bras autour de mon épaule.

— Comment ça va depuis ?

— Hormis l’histoire de Clémence, très bien.

— Je ne m’attendais pas à te voir.

— Clémence est mon employée.

— Ah d’accord ! Je ne savais pas que toi et Giulia vous entendiez aussi bien. Je pensais même que c’était plutôt à qui grifferait le mieux.

— Oui, mais ça nous a fait un point commun.

Il rit et nous rejoignons Cyril et mon amante favorite à l’intérieur. Un jeune homme nous place à une table ronde, et je m’assois entre mes amantes. J’observe la carte des whiskies. Le garçon revient rapidement vers nous, puis se force à ne pas regarder dans ma direction.

— Prendrez-vous un apéritif ?

— Honneur aux dames, répond Benji.

— Je vais prendre un Mojito, indique Giulia. Vous me le chargez bien.

— Un jus d’abricot, glisse timidement Clémence.

— Un Glenlivet, indiqué-je.

— La même chose, rebondit Benji.

— Pareil, ajoute Cyril.

Le garçon s’éloigne et Benji me sourit :

— Toi, tu aimes les bonnes choses.

Giulia à ma droite passe sa main dans mes cheveux et confirme en me regardant.

— C’est bien vrai.

Benji fronce les sourcils, surpris de ce geste affectueux, fait mine de rien, puis demande à sa cousine :

— Tu disais que t’avais trouvé un taf sur Rennes.

— Inséparables, souris-je gênée.

— Vous pourriez monter votre propre club de close-combat. Giulia, tu es prête pour le cursus d’instructrice.

— Je n’ai pas la patience, ni la pédagogie pour des débutants. Mais Élodie a du potentiel. Elle peut vite avoir le niveau.

— Mon travail est assez prenant comme ça. Et je n’ai pas une gueule accueillante.

— C’est le mental qui importe, pas la gueule. T’as vu la mienne ?

Je souris par obligation, car je sais qu’il essaie juste d’être sympathique. Le garçon revient sans tarder avec nos verres. Il dépose le mien sans me jeter un œil, trop mal à l’aise. Une fois qu’il est parti, nous pouvons entrechoquer nos boissons. Giulia questionne ensuite :

— Et donc, demain ?

— C’est toi la stratège, rappelle Benji. Combien on a de voiture ?

— Élodie et moi avons loué chacune une voiture. Et vous, vous êtes venus à deux voitures ?

— Exactement. Pourquoi vous avez loué ?

— Elles sont trop reconnaissables, surtout celle d’Élodie.

— Elle est bicolore, expliqué-je.

D’un geste de la main, je lui fais comprendre qu’elle est tranchée dans le sens de la longueur. Il secoue la tête d’amusement et lève son verre.

— De toute façon, on campe, et on maintient le contact, comme prévu. À quatre voitures, on devrait réussir à couvrir, même s’ils viennent à deux voitures séparées.

— Ça va bien se passer, assure Cyril.

— Y a intérêt, grince Giulia.

— Hé Cousine ! Trinque, allez !

Il entrechoque son verre avec celui de la belle Italienne. Elle boit, pose la main gauche sur ma cuisse, et se détend. Clémence seule, reste imperturbable, concentrée. Benji parle du club et quand son steak tartare arrive face à lui, il essaie d’inclure Clémence dans la conversation.

— Dis-moi Clémence. Tu fais du sport ?

— Du crossfit et des trails.

— C’est bien ça ! Ça fait longtemps ?

Clémence marmonne juste une affirmation. Benji trempe une frite dans une sauce épicée puis enchaîne :

— Qu’est-ce qui te plaît dans le crossfit ?

— Aller dans le rouge. Me dépasser jusqu’à ma dernière limite.

— Tu devrais te mettre au close-combat. Les filles n’ont pas essayé de te convertir ?

— Non, je ne suis pas trop… Ça ne m’attire pas trop.

— Y a tout un volet auto-défense, indique Cyril. Ça donne des bases pour se défendre.

— Ouais, mais on donne des coups.

— On se retient.

— C’est la peur de recevoir un coup ? demande Benji.

— Je ne suis pas douillette, mais je n’aime pas recevoir des coups.

Sentant Clémence mal à l’aise, je prends sa défense :

— On n’est pas tous faits pour faire du close-combat.

— Faut essayer quand même, dit Giulia.

— Clémence fait déjà des sports intenses. Et, ça pourrait réveiller des mauvais souvenirs.

— Kira a raison. Faut pas forcer le gens, se rétracte Benji.

Clémence saute sur l’occasion pour sortir de la conversation :

— Pourquoi vous l’appelez Kira ?

— Ah ! Ça c’est une bonne question. Je ne sais pas si ta boss veut que je raconte !

Je lui donne mon approbation d’un geste de la main. Alors il lui raconte nos premières rencontres nocturnes.

L’heure défile, plutôt sereine, faisant oublier quelques instants que nous sommes ici pour exécuter un plan. Le digestif consommé, Benji tient à payer l’ensemble du repas, se fâche presque avec Giulia à ce sujet. Giulia a un regard noir, comme si elle était capable de casser un bras à Benji pour pouvoir tout payer.

Cyril, Clémence et moi sortons sur le parking tandis qu’ils se chamaillent devant le comptoir. Le petit nerveux se sent seul et tente une conversation.

— Il fait frais.

— Oui, répond Clémence.

Un silence s’impose, le temps pour Giulia de nous rejoindre. Malgré que Benji paie, elle a un sourire amusé sur le visage. Surprise, je m’étonne :

— Je croyais que tu voulais payer.

— À charge de revanche. Et puis, il m’a bien fait rire. Il m’a dit : Tu sais, au sujet de Kira. Fais gaffe à tes gestes. Elle est lesbienne.

— Et tu lui as dit quoi ?

— Que j’étais très étonnée.

Nous pouffons de rire, Clémence ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Giulia saisit délicatement le col de ma veste et me demande d’une voix doucereuse.

— Mais il a raison, je fais gaffe.

— Ah bon ?

— T’es restée sage en mon absence ?

S’il y a bien une preuve que je l’aime, c’est que je ne peux pas lui mentir. Elle lit l’absence dans mes yeux, puis elle soupire. Elle ne marque aucun étonnement, et ne s’emporte pas. Il y a juste une blessure humide dans les yeux qui me brise le cœur. Je pince les lèvres pour me retenir de pleurer et lui dis :

— Juste une fois.

Elle esquisse un rictus amusé.

— J’aurais parié plus.

— Désolée.

L’arrivée de Benji interrompt la conversation. J’essuie discrètement mes yeux et Giulia désigne l’hôtel du menton.

— Vous voulez vous coucher maintenant ?

— On peut faire une petite sortie dans Rennes, propose Benji.

— Pas fatigué par la route ? demandé-je.

— Je ne dors que trois heures par nuit, tu sais.

— Tu peux aller tester les lits avec Clémence, me dit Giulia avec un ton acide. Je vais faire Rennes by night avec mon cousin et Cyril.

Benji croit comprendre que je suis en couple avec Clémence et opine du menton en souriant. Je dévisage Giulia sans lui répondre. Je l’ai mérité, pourtant, curieusement, ça me blesse. C’est la part indomptée de ma personnalité qui lui répond agressivement :

— Ne me tente pas.

Ma belle Italienne est surprise de mon à-plomb. Sa peur de me voir partir pour une autre prend le dessus et sa main saisit ma ceinture. Elle minaude d’un sourire gourmand.

— Je ne te lâche pas de la soirée. Et ce soir, pour te faire pardonner, tu me lècheras le cul.

Je fais une grimace, Benji a la mâchoire qui tombe, Clémence se détend, et Cyril propose :

— On prend ma voiture ?

Il ouvre le chemin. Benji dit à sa cousine :

— Et bien ! Tu me surprends !

— Tu croyais que je ne mangeais que de la saucisse ?

— Et bien… Et bien, oui, je croyais ! Une belle fille comme toi, de bonne famille ! Mais je n’ai rien contre. Je suis content pour… Vous… C’est juste pour le cul ou c’est sérieux ?

— Je vais la présenter à Maman.

Benji est encore plus décontenancé. Un demi-sourire étire sa joue, faisant comme s’il avait compris que c’était de l’humour pince sans rire. Nous arrivons à la berline de Cyril et il finit par lâcher :

— Mais t’es folle ?

— Quoi ?

— Mais ta mère, elle est bloquée sur le jour où elle te mariera. Elle va faire une crise cardiaque ! Quand elle m’a au téléphone, il n’y a pas une fois où elle ne me demande pas si t’as un mec.

Cyril nous fait signe de monter. Benji se met à la place du mort et je monte, Giulia entre moi et Clémence. Alors que Cyril démarre, Benji reprend :

— Tu vas vraiment le faire ?

— Pourquoi pas ?

— Non, mais faut être sûre avant de faire ça. Je veux dire faut attendre un peu, genre dix ans.

— La route c’est par où ? demande Cyril.

— À gauche, expliqué-je.

Cyril s’engage.

— Mais ça fait deux mois que vous vous connaissez.

— Un mois et demi, corrige Giulia.

— Tu ne vas pas présenter Kira après un mois et demi de relation ! Je veux dire, même si t’es lesbienne, t’es pas obligée de lui dire tout de suite que tu l’es. Faut que t’apprennes à connaître Kira, à être sûre de toi.

Giulia me dévisage et confie :

— Pas besoin d’attendre dix ans. Je connais déjà son seul défaut. Je prends avec.

Il fait une moue étonnée face à la certitude de Giulia. Moi-même, je suis émue d’entendre une affirmation aussi inconditionnelle. Benji sentant qu’il ne peut la convaincre, dit d’un ton amical :

— Faut que vous me racontiez comment de ça — il montre le poing. — vous êtes passés à ça.

Il fait des baisers dans le vide et éclate de rire. Giulia rit à son tour et accepte :

— Je te raconterai au bar.

— Au feu à droite, indiqué-je.

Une demi-heure plus tard, assise à une table, je regarde Giulia danser sur l’étroite piste de danse, le chemisier entrouvert sur son soutien-gorge, les cheveux détachés, faisant comme un phare au milieu du bar, éblouissant les hommes qui tournoient comme des mouches sur autour d’un lustre.

Giulia prend plaisir à être entourée, et ne regarde que moi lorsqu’elle ne se laisse pas porter par la musique. J’y lis la menace sous-jacente qui l’amuse. Elle plaît aux hommes et elle n’a qu’à battre des cils pour partir avec l’un d’eux. Malgré les sentiments certains que nous avons l’une pour l’autre, nous sommes deux louves, et il semblerait que notre relation ne puisse évoluer que dans une forme de compétition. Si je devais être juste avec elle, je devrais ne pas me formaliser qu’elle aille s’amuser une nuit avec un garçon. Mais je préfèrerais mille fois la laisser avec une autre femme. Je hais les hommes et leur façon de se rapprocher d’elle. Je ne vois en eux que des prédateurs lubriques, dépourvu de toute forme de sentiment Si je n’avais ni père ni frère, je crois que je ne les considèrerai plus comme des êtres humains. Même mon directeur m’est très agréable. Mais là, dans cette pièce, je ne vois que des pénis montés sur des corps sans âme, comme ces plantes qui imitent la forme d’insectes pour les capturer. Des charognards individualistes en recherche d’une proie vivante, prêts à l’agripper chacun de leur côté, à se battre s’il le faut pour l’emmener dans un recoin et la consommer. La niquer, la baiser, sans lui demander ce qu’elle aime, puis l’abandonner dans un coin comme on jette sa capote. Ce sont des monstres, dignes des pires films de science-fiction. Et elle est l’héroïne téméraire qui flirte avec le danger. Benji me sort de mes pensées :

— Tu ne danses pas ?

— Je n’aime pas danser.

— Y ‘en a un qui va repartir avec Giulia si tu n’y vas pas.

— Que puis-je y faire. Même quand la chatte n’a plus faim, on ne peut pas l’empêcher de jouer avec les souris.

Benji marque une réflexion avant de comprendre la métaphore, puis fait une moue étonnée de ma complaisance. Mais la vérité, c’est qu’elle est comme moi, et que c’est pour ça que nous avons autant d’atomes crochus. Agacée, fatiguée par la soirée qui s’éternise, je quitte la table puis rejoins l’extérieur.

La fin de l’été donne un bol de fraîcheur. Je me sens mieux ici, à philosopher sur ce que je suis et sur qui je suis. Je me sens un peu perdue avec Giulia. Je suis un peu effrayée à l’idée de laisser passer une occasion avec une fille qui me plaît. La seule question ai-je envie de regarder passer ces occasions par amour ? Comment peser aujourd’hui le poids des regrets de demain ?

La porte de la boîte s’ouvre, et étonnement, c’est Giulia et son chemisier ouvert qui vient à ma recherche.

— Ça va ?

— Besoin de prendre l’air, c’est tout. Les bars bruyants et la foule, ça n’a jamais été mon truc, même avant mon visage.

— Ça fait une demi-heure que j’espère te voir danser et…

— Et t’as attiré que des mâles en ruts.

— Jalouse ?

Elle est amusée, mais je ne peux jouer la malhonnêteté.

— Très jalouse. Mais je suis partiale.

— Tu crois vraiment que je partirais passer la soirée avec un homme ?

— T’es hétéro, non ?

— Je le croyais avant de te rencontrer. — Elle s’assoit sur le banc pour annoncer une longue confidence. — Je me mentais, ou j’espérais… J’espérais avoir le déclic amoureux, avoir à nouveau l’envie. Aujourd’hui, j’en ai pas du tout envie d’avoir l’envie. Ça fait plus de dix ans que je ne suis pas prête à laisser un homme me toucher… même pas une femme. Je ne comprends pas comment Clémence trouve l’envie après ce qui lui est arrivé. Je veux dire qu’à sa place… Tu ne sais pas le temps qu’il m’a fallu pour avoir à nouveau du désir.

— C’est une question de caractère, je pense.

— Avant de te rencontrer, j’avais un vide sentimental. Mais je n’ai jamais eu l’envie de faire l’amour ou faire quoi que ce soit.

— Même pas avec moi ?

— Tout est différent avec toi. C’est comme vivre en prenant conscience d’une quatrième dimension.

— Rien que ça !

Elle m’ouvre ses bras et je m’avance jusqu’entre ses genoux. Ses mains se posent sur mes hanches et elle m’observe. Ses yeux noirs imbibés d’alcool m’absorbent toute entière. Elle confie de sa voix la plus charmante :

— J’aime bien être avec toi. Je ne sais pas comment décrire cette sensation.

— J’aime être avec toi aussi, confié-je. Quand tu es là, tu es la seule qui compte. Je suis désolée de te faire de la peine. J’avais envie de Clémence…

Sans bouche m’interrompt avec un baiser. Lorsque nos lèvres se séparent, elle confie :

— Chaque jour, j’ai l’impression qu’au moindre faux pas, tu vas me quitter. J’ose à peine être jalouse tellement j’ai peur que ça t’éloigne.

— C’est juste physique et amical. Il n’y en a qu’une que j’aime.

— C’est l’essentiel.

— Même si tu veux sortir avec un garçon un soir. Ça ne changera pas mes sentiments. Donc…

— T’as envie que je faute pour que t’aies le droit de fauter ? — Son sourire amusé me tétanise. — Je t’ai déjà dit que je ne veux pas que tu changes pour moi. Si t’as une envie d’une aventure, du moment que tu ne me le caches pas, et que tu me fais la même chose après.

Elle ouvre davantage sa chemise et sous-pèse sa poitrine dans ma direction. Je glisse mes mais sur son soutien-gorge, m’assois sur ses genoux et je l’embrasse langoureusement. Sa gentillesse éperdue m’émeut, mes doigts parcourent les reliefs de ses côtes qui se lèvent au rythme de notre respiration commune.

Un adolescent ivre mort s’exclame :

— Oh putain comment ça m’excite !

Mes yeux et ceux de Giulia s’accordent, et un sourire malicieux nous rappelle notre façon commune de penser. Nous avons envie de bagarre. Nous tournons la tête vers le garçon et des deux copains hilares. Ils découvrent mon visage :

— Oh c’est dégueu !

Il s’éloigne de quatre pas et vomit dans le buisson. Je me lève pour libérer Giulia qui s’exclame :

— C’est ma copine qui te fait vomir ?!

— Non, c’est l’alcool, Madame, répond un des garçons.

Ils ont peur d’elle, car l’intention et la capacité à faire du mal se lisent dans son regard. Giulia écarquille des yeux alors qu’ils s’éloignent.

— Il m’a appelé Madame !

— Et ?

— Mais personne ne m’a jamais appelé Madame !

— Il y a un début à tout.

— Mais je n’ai pas trente ans !

Je souris calmement. Benji, Cyril et Clémence sortent du bar. Je reboutonne le haut de son chemiser, puis passe mon bras autour de sa taille. Benji s’inquiète :

— Tout va bien ?

— Parfaitement, souris-je.

— Juste des petits merdeux sans couille, explique Giulia.

Nous narrons l’incident, puis Cyril nous ramène à l’hôtel.

L’idée de l’hôtel est de Giulia. À part elle et moi, chacun à sa chambre. Et c’est agréable de me retrouver seule avec elle. Le besoin de sommeil l’emporte sur l’envie de retrouvailles. Je me réfugie sous les draps en culotte et en chemisier avant qu’elle ne sorte de la salle de bains. Lorsqu’elle me rejoint, nue, elle pose les mains sur les hanches :

— Tu t’es déshabillée ?

— En partie.

Elle retire les draps puis s’assoit sur mes cuisses.

— Règle numéro 1. T’es obligée de m’exposer ton tatouage.

— Je suis claquée, demain on se lève tôt. Mais promis, je fais ce que tu veux.

Elle déboutonne mon chemisier, puis s’allonge sur moi, brûlante. Elle éteint la lumière puis glisse son nez vers mon oreilles atrophiée.

— Tu me dois toujours un anulingus.

— Sérieusement ?

— Faut bien un gage pour chaque incartade.

— Mais t’aime vraiment ça ou c’est par méchanceté ?

— Je kiffe ça.

— Tu n’es pas normale.

— T’aimes bien aussi.

— Ce n’est pas désagréable mais ce n’est pas non plus la… la…

— La panacée ?

— Ouais.

— Moi, j’ai envie que tu me le fasses.

— Ai-je le choix ?

— En échange, je sais comment m’occuper de toi.

La promesse me tente.

— OK.

Elle glisse sur le côté, pose simplement sa main sur la mienne, et nous nous endormons dans les minutes qui suivent.

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