49. Latence (partie 3)

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Nous sommes vendredi soir. Giulia ne devrait plus tarder. Les bureaux se sont vidés. Le directeur vient de partir. Le squelette de Clémence ne bouge plus depuis dix minutes. Je me lève puis rejoint son bureau. Elle lève des yeux vagues et fatigués vers moi. Je passe à côté d’elle, regarde son écran de veille qui défile, alors prise de compassion, je passe ma main dans ses cheveux.

— Ça te tiraille les neurones ? C’est moi ou c’est tes agresseurs ?

Elle opine du menton à la mention de ces derniers. Je descends sur sa nuque et la masse doucement.

— Tu n’as pas de la famille à voir ? Moi c’est mes frères qui m’ont sortie de… du fond du fond.

— Je… Je ne veux pas les voir. Pas tant que je ais qu’il y a un risque qu’ils reçoivent les vidéos.

— Quand bien même, ce ne sont pas des collègues. Ce sont des vidéos où tu te fais agresser. Ce n’est pas comme si tu leurs annonçais ouvertement que tu aimes le SM ou que tu es lesbienne. Je veux dire, jamais ils ne changeront leur avis sur toi.

Elle ne répond pas. Il faut absolument que je la sorte de cet état.

— Si tu veux te reposer plutôt que de venir chez Marion, tu…

— Je ne veux pas rester toute seule.

J’opine du menton, hésitant à lui ôter son chemisier pour lui rendre le massage de la veille. Avant que je n’ai pu me décider, la talons de Giulia claquent dans le couloir. J’ôte ma main de la nuque de Clémence pour ne pas provoquer de crise de jalousie et frappe la souris pour enlever la veille. Clémence tape son mot de passe pour déverrouiller l’écran au moment où ma belle Italienne entre, vêtue d’une robe noire au décolleté bordé de dentelle. Avec le sourire mais une pointe de venin, elle dit :

— Je pensais bien vous trouver l’une avec l’autre.

— Je pense qu’on peut dire que la journée est finie, dis-je d’une voix douce modulée par le soulagement. Ferme-moi ça. On va boire l’apéro. — J’avance vers Giulia. — Quelle jolie robe !

— Ça te plaît ?

— Je crois que tu as un corps à faire vendre n’importe quel vêtement.

Mes mains trouvent ses hanches et nos bouches se rencontrent deux secondes. Tout mon être vibre à l’unisson de la retrouver. Je réalise à quel point je peux la considérer comme mon âme sœur. J’emmène par la main en indiquant à Clémence :

— Je vais ramasser mes affaires.

Giulia me suit jusqu’à mon bureau et je ne lui lâche les doigts qu’une fois arrivée à mon ordinateur. Je l’éteins puis lève un regard vers Giulia pour lui confier :

— Tu m’as beaucoup manquée.

— C’est réciproque. J’ai eu peur de te retrouver en train de tenir Clémence en laisse.

— Pour tout t’avouer, j’ai songé à lui mettre des œillères, un harnais et des menottes dans le dos, pour te l’offrir pour ton retour. Mais je me suis dit que ça aurait fait plus plaisir à elle qu’à toi.

— Ce n’est pas elle que je veux. Je préfère quand c’est fougueux, avec un peu de résistance et de caractère.

Elle m’adosse au bureau et plaque sa main sur mon entrecuisse. Ses yeux me dévisagent alors que ses doigts pressent doucement mon entrecuisse. Elle lit dans mes yeux l’attente de ses quatre jours. Je la laisse ouvrir la braguette et elle se faufile sur mon tanga. J’écarte les genoux en avançant le bassin sur sa main et un sourire cruel dévoile ses canines.

— Ça a l’air brûlant, là-dedans.

— Ça fait quatre jours que ça brûle.

Elle pose sa bouche près de mon oreille

— Ce soir, tu n’imagines pas ce que je vais te faire.

Elle pose un baiser sur ma joue, retire sa main, ferme ma braguette, puis s’éloigne vers la porte en ajoutant :

— Après le dîner.

— T’es une vraie salope !

Elle soulève sa robe jusqu’à la taille, dévoilant l’absence de sous-vêtements et tourne sur elle-même en riant :

— Tu vas y penser toute la soirée.

— C’est de la torture.

La robe retombe, Clémence avance à la porte, je range mes affaires. Quand je suis prête, nous descendons les escaliers. Giulia minaude :

— Je me torture autant que je te torture. Mais j’ai envie que ça dure des heures et des heures. Clémence, tu nous conduis ? J’ai envie de boire, ce soir.

— Pas de problème.

Giulia et moi, assises à l’arrière, laissons nos doigts jouer ensemble sans nous provoquer davantage. Je suis heureuse de retrouver la Giulia aguicheuse. Elle lève nos mains entremêlées brutalement et demande :

— Devine qui est revenu au club ?

— Je n’en sais rien. Quelqu’un était parti ?

— Je lui ai pété la gueule.

— Un mec ?

— Ouais. Tu l’adores.

Prenant son indice au premier degré, je demande :

— Mickaël ?

— Tamir !

— Ah ! Gargamel ! Tu lui as pété la gueule ? Pourquoi ?

— Ben en fait, il est resté sur l’idée que je ne peux pas te blairer. Du coup, il m’a pris pour une confidente. Il est arrivé direct et il a demandé : « Elle n’est pas là la folle-dingue ? » J’ai rien dit, genre, je ne comprenais pas et là, il a commencé à parler de toi, que t’étais tarée. J’ai commencé à regarder et je hochais la tête en le regardant avec un regard noir du genre continue et je te t’éventre. Et le mec est tellement con qu’il ne comprenait pas. Et là, il a osé dire que tu méritais ce qui t’es arrivé.

— T’as fait quoi ?

— Je lui ai mis un bourre-pif et j’ai chopé sa grosse tête et j’ai enfoncé mes pouces dans ses yeux. Il a hurlé comme un goret ! Je te jure, on aurait dit un porc ! Oh le kif ! Je le tenais comme ça par les orbites, à genoux devant moi. Benji m’a poussée et puis il a annulé le cours.

— Au moins, Benji qui voulait se débarrasser de lui, il ne le reverra pas de sitôt.

— Je ne sais pas. Il est assez con pour revenir. Il n’imprime rien, ce gars.

— Il devrait imprimer que s’il repart avec une ambulance chaque fois qu’il parle à une fille, c’est qu’il a un problème.

Giulia hausse les épaules. Clémence questionne :

— Du coup, tu lui as crevé les yeux ? Il est aveugle ?

— Non, répond Giulia. J’ai juste enfoncé. Ça fait ultra mal, mais les yeux se replacent.

— Ah !

Clémence que je guide, s’enfonce dans les rues étroites, puis dégote une petite place dans la rue de Marion. En descendant, j’écoute les talons de mes accompagnatrices sur le bitume. Cela fait bizarre d’arriver à trois. Je sais bien que Marion ne sera pas du genre à me juger, mais ça reste atypique d’amener un plan cul à une réunion de famille. Le soleil est déjà très bas, la fin août semble déjà se rafraîchir. Je pousse la porte et entend la voix d’Élisa. Giulia referme la porte et nous longeons le couloir. Marion entend nos pas et s’approche avec le sourire.

— Salut, les filles !

Elle fait la bise puis me laisse continuer dans le salon.

— Marion, enchantée.

— Clémence…

M’éloignant des présentations, c’est la discussion de Lucas que j’entends. Il discute au sujet de Tristan. Si Élisa est venue seule, ce n’est pas bon signe. Je tousse pour qu’ils remarquent ma présence. Élisa se dandine de joie et m’étreint contre elle.

— Comment tu vas, ma belle ?

— Tu parles au mauvais côté, lui dis-je.

Elle rit, un peu confuse et caresse ma joue décharnée.

— Moi, ça ne me gêne pas.

Ses grands yeux bleus brillent autant qu’à l’époque où je cherchais à la séduire. Elle semble regretter cette époque et retire sa main en baissant les yeux. Je n’ai pas à me retourner pour savoir que Giulia l’a torpillée du regard. Je fais la bise à mon frère.

— Tristan n’est pas là ? T’es le coq de la soirée ?

— Et encore, Maelys est chez son père, souligne mon Lucas.

— Pour moi ce n’est pas toi le coq, sourit Giulia d’une voix doucereuse en lui faisant la bise. Après tout, tu n’as que Marion, alors qu’Élodie, elle s’est déjà fait lécher la minette par toutes les filles qui sont ici.

Sa voix s’est voulue assez forte pour que toutes l’entendent. Lucas rougit, les filles ne disent plus un mot. Je cherche mes mots, puis réplique avec à-plomb.

— Et aujourd’hui, c’est toi qui possèdes mon cœur. Donc la femelle alpha, ce soir, c’est toi.

Élisa sourit. J’échange un baiser avec Giulia et nos regards s’affrontent. Ils pétillent car elle adore cette joute qui nous oppose. Je plonge mon nez dans ses cheveux longs et mes mains sur sa robe. Je lui murmure :

— T’es si jalouse, qu’un jour, je finirais par te tromper rien que pour te donner raison.

— Si tu fais ça, je tuerais ton amante et je jetterai son corps aux cochons.

— S’il n’y avait pas mon frère, je pourrais faire un gang-bang.

— Ce soir, je te ferais tellement jouir que t’auras l’impression d’un gang-bang.

— Allez, ça suffit les mots doux ! lance Marion. On passe à l’apéritif ?

J’éloigne Giulia de moi et m’assois à côté d’Élisa.

— Ça va toi ?

Elle pince les lèvres :

— J’ai plaqué Tristan.

— Désolée. — Elle hausse les épaules. — Je me sens un peu responsable.

— Il a plein de côtés biens, mais… Je pensais qu’il changerait d’avis sur toi. Et on s’est beaucoup disputés. Il n’y aurait pas ta mère, je suis sûre qu’il aurait fini par ravaler ses mots. Mais comme elle lui téléphone souvent en ce moment, ils ne peuvent pas s’empêcher de se monter la tête.

— Ah…

— Les entendre te critiquer, tu ne peux pas savoir comme c’est désagréable. Surtout que toi et moi, c’était génial, donc je ne comprends pas ce qui les rebute autant. À cause de tout ça, j’avais besoin de me vider la tête, je suis sortie avec une copine de promo et…

Elle pince les lèvres, mais cette fois-ci avec une rougeur gourmande sur les pomettes. Je lève les sourcils amusés :

— Et ?

— Et du coup ben je lui ai fait un cunni, ça l’a scotchée. J’ai terminé par petit pompe-clito, elle n’a jamais eu d’orgasme comme ça.

— Je n’ai pas oublié ton petit savoir-faire, glissé-je d’une voix suave.

Giulia qui entend fronce des sourcils mécontents. Élisa poursuit :

— Bref, j’ai dit à Tristan que je l’avais trompé avec une fille. Juste pour voir sa réaction, et il m’a dit de dégager. Je lui ai répondu que c’était moi qui me cassais et qu’il pouvait me rappeler quand il serait moins con.

— Ça a beau être mon frère, je suis contente que tu l’ai fait.

— J’ai dit pareil, surenchérit Lucas.

Je suis attristé pour Élisa. Même si je trouve que mon frère agit comme un con avec moi, je suis ennuyée que leur couple se soit brisé. Elisa ne cache pas son amertume. Elle l’aime encore, la déception est d’autant plus grande. Je réponds en regardant Giulia pour faire passer un message.

— C’est dommage, dis-je. Qui que soit cette fille, c’est lui que tu aimes.

Élisa regarde dans le vague, hésitant à confirmer ou non mes dires. L’ambiance qui tiédit saisit Marion, l’obligeant à prendre un ton enjoué :

— Alors ! Et si vous nous racontiez comment vous en êtes arrivées à un ménage à trois ?

— Non, me défends-je. Clémence m’héberge, c’est tout. On a eu une occasion d’un soir, une sorte d’expérience.

— Ça ne vous a pas plu ?

— Si, ça a été super plaisant.

— Si vous vivez chez elle. Qu’est-ce que vous empêche de recommencer ?

— C’est sans sentiment. J’aime Giulia, Giulia m’aime…

— Et ?

— Et… Et c’est juste que ça pourrait devenir conflictuel, ou ambigu.

— C’est mieux comme ça, indique Giulia.

Marion est surprise car je me doute qu’elle s’imaginerait bien à la place de Clémence. Et s’il n’y avait pas eu Giulia, je sais qu’elle aurait fait fi régulièrement de sa relation avec Lucas pour s’amuser avec moi. Sentant qu’il est inutile d’insister, elle pousse le bol de biscuits apéro vers moi, et s’adresse à Clémence à lui tendant les tomates-cerises.

— C’était ta première fois avec des filles ? — Clémence opine. — À nous aussi. Élodie nous a toutes dépucelées. Enfin façon de parler.

Giulia m’observe sans afficher de colère. Je fais passer ma pièce d’une phalange à l’autre pour cacher ma nervosité et reste adossée sans lâcher ses yeux ses belles iris sombres. Je cherche à comprendre ce qui lui passe par le cœur pour la mettre à bout de nerfs comme ça. Je repense à notre dernier week-end si détendu et érotique que je peine à comprendre ce qui a changé. Ce que nous avions partagé avec Clémence n’avait fait que nous rendre plus proche, plus complice. C’est après la découverte de l’agression qu’elle a changée. Elle s’était mise en colère de découvrir que je lui avais caché mon pouvoir, puis ensuite, elle a eu sa première crise de jalousie. J’essaie de démêler les phéromones des unes et des autres qui composent la pièce. Mon œil regarde à travers chacun et essaie de recomposer avec les odeurs et les comportements, ce que chacun ressent. Mon frère est stressé par l’idée de commettre un impair qui lui fasse perdre Marion. Marion est détendue, heureuse de nous avoir autour d’elle. Elisa malgré sa présence souriante, est intérieurement brisée et perdue. Elle se raccroche aux sentiments qu’elle a pour moi. Clémence est absente, l’esprit loin mais nullement engluée dans la mélancolie. Giulia dégage une aura de louve alpha. Elle est submergée par la haine. Elle réagit comme si sa vie s’effritait sous ses pieds, comme si les choses lui échappaient, comme si chaque chose était noire. Son passé la dévore. Même si elle n’affiche aucune animosité à l’instant, j’ai peur de la voir changer. Je n’ai pas envie d’attendre que Clémence soit vengée pour retrouver ma pétulante amante.

Deux options s’offrent à moi. Soit avoir une discussion douce et délicate, soit lui montrer que c’est moi la louve alpha et qu’elle est ma proie de choix. Il faut que je la surprenne, comme à notre rencontre dans les vestiaires. Je fais sauter ma pièce, et celle-ci me conseille de prendre le dessus sur elle. J’esquisse un sourire gourmand à Giulia. Elle plisse les yeux en se demandant qu’elle idée lubrique ma pièce a tranché. Sa curiosité attisée, elle sourit, comme si elle lisait dans mes pensées. Elle vérifie que personne ne la regarde, et inverse le croisement de ses jambes pour me lutiner. Je trempe mes lèvres dans mon verre sans la lâcher du regard. Lucas s’éclipse vers l’étroite cuisine puis revient :

— Ce sera prêt dans dix minutes.

— C’est exactement le temps dont j’ai besoin. Je reviens.

Je me lève et faisant signe à Giulia de me suivre. Elle pose son verre, m’emboîte le pas et sitôt dans notre chambre, je ferme la porte et la plaque contre. Elle se laisse embrasser puis j’exagère avec vulgarité mes envies :

— Toutes ces chattes réunies, ça me donne envie de toi.

Comme je l’espérais, elle sourit de se sentir unique, ses murs de jalousie abattus. Son doux accent ronronne dans un murmure suave :

— Dix minutes, ce n’est pas assez pour ce que j’ai envie de te faire.

Sa langue glisse sur mon cou, provocatrice, obscène. La surprise me fait frissonner toute entière. Mes doigts longent ses bras nus, s’entremêlent à ses phalanges, puis je lui dis :

— Tu vas voir ce que moi je peux faire en dix minutes.

Je descends mes baisers depuis son visage vers son décolleté, puis je caresse sa robe de mon nez, jusqu’à parvenir sur ses cuisses. Elle rit lorsque je remonte mon visage sous le tissu. Mon nez caresse sa fente brulante, je dépose un baiser délicat et l’invite à m’ouvrir un peu ses jambes. Elle observe le radio-réveil et me dit :

— Il te reste huit minutes.

Elle est déjà fiévreuse, je vais à l’essentiel. Ma langue écarte ses chairs, y trouve le nectar saumâtre déjà prêt à couler. Mon menton s’écrase, gueule bée. Désireuse de stimuler le moindre nerf de sa vulve, j’aspire, je fouille, je lèche comme si je pouvais y étancher une soif. Son nez échappe des couinements plus tôt que prévu. Sa hanche vibre de délice. Je relève la jupe pour caresser sa peau et plaquer bruyamment ses fesses contre la porte. Elle essaie de se frotter sur ma langue et je la plaque à nouveau. L’appel du désir provoque une cadence qui fait bouger le pêne de la porte. Tant pis si les autres devinent ce que nous faisons. Au contraire, les imaginer mouiller leur culotte par leur imaginaire me donne envie.

Giulia se cramponne à ma tête, m’écrase contre son pubis tandis que les spasmes de l’orgasme lui échappent. Elle vibre contre mon visage, puis se détend. Je me relève, la jupe redescend et je me pourlèche avec un sourire :

— Première manche. 1-0.

Elle me retourne brutalement et je me retrouve dos à la porte. Estomaquée, je ris malgré moi :

— En une minute, tu n’y arriveras pas.

Sa main descend sur mon pantalon de costume et me caresse fermement. Je ferme les yeux et inspire profondément. Sa bouche se promène sur mon profil défiguré. Elle me confie d’un ton doucereux :

— Je n’ai pas envie de te faire jouir. J’ai juste envie que tu deviennes folle d’envie toute la soirée.

— Si je deviens trop mouillée, je vais devoir demander à Clémence de passer sous la table.

Un rire silencieux fait vibrer sa gorge et son regard France me transperce de provocation.

— Chiche ! Ça peut m’exciter. Je te propose un marché. Si tu craques, elle te lèche sous la table, devant tout le monde. Mais dans ce cas, pas de seconde manche avec moi. Si tu résistes, je te fais jouir toute la nuit.

Son massage s’affermit, un peu. J’échappe un soupir, mon ventre papillonnant. Je me fiche de tremper mon pantalon, j’ai un change dans cette pièce, alors je m’abandonne complètement. Aussitôt qu’une première contraction involontaire m’échappe, Giulia s’arrête. Elle me pousse délicatement sur le côté, m’embrasse sur la bouche, et ouvre la porte en me provoquant :

— Chiche ?

Finalement, j’ai l’impression que c’est elle qui gagne la première manche. Je ferme la porte, enlève mon pantalon et change le tanga avant de le renfiler. Je rejoins les autres qui me regardent avec des sourires en coin. Croiser le regard envieux d’Élisa me pince le cœur. Giulia réveille en moi un démon qui n’a envie que de ça. Mes souvenirs d’avec mes belles-sœurs se confondent avec les possibilités que j’imagine. Giulia a raison sur un point, les filles me regardent, et je sais que je n’ai qu’à demander pour me retrouver dans un lit avec l’une d’elles. J’ignore toujours si les cristaux décuplent mes hormones ou si c’est les expériences qui m’ont rendue plus sûre de moi.

Marion me sourit avec amusement.

— Alors ? C’était bon ?

— C’est à Giulia qu’il faut demander.

Je m’assois à la table à côté entre mon amante légitime et Clémence. J’essuie les commissures de mes lèvres du bout de l’index pour faire comprendre ce qui s’est passé. Giulia répond à Marion :

— Je ne déballe pas ces choses en grand public.

— De toute façon, tu n’as pas besoin de me le dire.

Lucas dissimule mal sa gêne et son regard croisant le mien, il me dit en s’asseyant face à moi.

— Ta réputation ferait de toi le Raspoutine féminin.

— C’est de famille, souris-je.

Marion passe sa main sur la nuque de mon frère.

— Vous avez un charme familial… sauf peut-être Tristan.

— À ton goût, réplique Élisa.

Marion ravale son rire. Avant que le malaise ne pointe, Giulia dit :

— Y en a une qui met tout le monde d’accord.

Je laisse mes doigts glisser sur la cuisse nue de ma chérie qui fait mine de ne rien ressentir. Ses jambes croisées ferment l’accès à son intimité. Marion indique :

— Cela prouve que les cicatrices n’enlèvent rien à la personnalité ou au sex-appeal.

— Je n’avais pas entendu ce mot depuis le collège, glisse Clémence.

— Le costume y est pour beaucoup, confié-je. Je ressemble à une femme de pouvoir, ça aiguise l’intérêt. Il faut remercier Élisa qui en a eu l’idée. Et je suppose un peu Tristan.

La petite blonde acquiesce, ravie d’entendre un mot positif au sujet de celui qu’elle aime. J’aimerais trouver un moyen de les réconcilier. Giulia souligne :

— Élodie est une femme de pouvoir. Mais il n’y a pas que le costume. C’est une battante, une combattante, une femme sûre d’elle, libre de ses décisions, même s’il lui faut une pièce. Je veux dire si la pièce lui dit : OK. Elle se fiche des regards, elle le fait. Et je pense que son visage lui a appris à passer outre les regards…

J’écoute son discours, et même si je n’ai pas le même regard sur moi qu’elle, j’entends toute la déclaration d’amour qui se cache dans ses mots. Tandis qu’elle expose son cœur, ma main quitte sa cuisse, joue dans son dos et remonte vers sa nuque nonchalamment. Sa robe est légère, trop fine pour protéger sa peau. Je me satisfais des regards qui s’accrochent à sa poitrine. Même à Lucas, le relief du tissu tendu par les tétons, n’a pas échappé. Si je parviens à humer son excitation sexuelle, les autres la devinent inconsciemment, accrochés à ses mots et à son rire.

La discussion vire sur les définitions de chacun de ce que doit être une femme, ou de ce qui définit le charme d’une femme. Giulia est volubile dans le repas, échange avec passion. J’en serai presque jalouse que Marion la dévisage ainsi. Le vin coule, mais malgré l’envie de voir le visage de mes belles-sœurs se métamorphoser si je demandais à Clémence de passer sous la table, je n’en ai plus l’envie. C’est Giulia qui domine mon cœur par ses mots. Ne m’imaginant pas faire l’amour avec Clémence à côté dans le lit, je me tourne vers cette dernière :

— Si tu veux, tu peux boire, tu pourras dormir dans la chambre de Maëlys.

— Tout à fait ! surenchérit Marion.

— Je ne veux pas déranger.

Je me penche et murmure :

— C’est un ordre.

— D’accord, répond Clémence à Marion.

La soirée se termine sagement autour d’un jeu de société. Au fur et à mesure des heures, nos esprits plongent pleinement dans l’ambiance. A deux heures du matin, le vin me tourne un peu la tête, la fatigue m’a ôté toute envie charnelle.

De retour de la salle de bain, le dentifrice se mêlant au raisin sur mes papilles, je soupire :

— Je suis claquée.

Giulia se glisse dans mon dos, et remonte ses mains sous ma chemise.

— Claquée comment ?

— Claquée, claquée.

— On remet notre nuit à demain ?

— Ça ne te dérange pas ?

— Je suis à toi pour tout le week-end. Tu fais ce que tu veux.

Je déboutonne mon chemisier puis me tourne vers elle, alors qu’elle s’étend complètement nue sur le matelas. Je me dévêts jusqu’à être en tenue d’Êve également, puis je me glisse près d’elle sous son regard captif. Je veux juste être peau contre peau et m’endormir avec elle.

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