28. Médisances

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Ce soir, c’est avec une certaine fierté que mes deux profils s’observent dans le miroir. L’escapade sexuelle avec Lydie m’affirme dans mon vœu de ne plus m’éprendre d’une fille, juste profiter de celles qui me plaisent. C’est ça la vie que je veux !

Avant de devenir le monstre, je n’ai connu aucun amour, aucune douceur si ce n’est un bref instant la bouche de Mylène. Depuis j’ai eu Marion, Élisa et Lydie, trois aventures qui ne peuvent avoir de lendemain. Autrefois, mon corps en rêvait tant de sentir la peau d’une autre contre la sienne. Aujourd’hui, mon sexe goûte enfin à mes fantasmes d’adolescentes.

Je me sens épanouie, je me sens bien. Ou alors ma cyprine est désormais un aphrodisiaque ou alors c’est un simple hasard. Si je n’avais pas été défigurée, aurais-je parlé de mon passé amoureux avec Marion ? Élisa aurait-elle été séduite par celle que je suis devenue ? Aurais-je simplement rencontré Lydie ?

Sans ce profil monstrueux, je serais restée une fille moyenne, une lesbienne qui ne s’assume pas et qui vieillit toute seule dans son appartement, sans même un animal de compagnie. Là, en prime, j’ai obtenu un poste à Rennes. Ce visage hideux a des airs de porte-bonheur.

On frappe à la porte. Mes deux frères sont présents. Les deux avec une bouteille de whisky. Lucas me lance :

— Une pour ce soir, une pour ta collection personnelle !

— Entrez !

Élisa n’est pas là, comme prévu. Mon cœur est déçu mais ma tête est rassurée. Une gêne trop grande se serait imposée, et le malaise n’est pas le thème de notre petit apéritif dinatoire entre frères et sœur.

— Tu as l’air radieux, me dit Lucas.

— Oui. Je vais plutôt bien en ce moment.

Nous nous installons. Tristan remplit les verres tandis que je pose les canapés sur la table. Lucas constate sa bonne humeur :

— Toi aussi, tu es radieux. Ça roule toujours avec Élisa ou tu en as trouvé une deuxième ?

— Mais arrêtez de penser que je suis chaud de la bite ! Et avec Elisa, en ce moment, c’est tous les soirs ! On essaie plein de nouveaux trucs !

Mon corps s’en fout, ma tête est heureuse pour lui, mon cœur se serre de jalousie.

— Et toi ? questionné-je. Des nouvelles de Marion ?

— Oui, on doit se voir bientôt. Si ça le fait, je chercherai un taf sur Rennes.

— Et vous n’allez pas me laisser tout seul à Paris ! lâche Tristan.

— Tu as Élisa.

— Ouais, c’est vrai. Vous ne savez pas ce que j’ai appris ? Vous ne le répétez pas, hein ?

— Bien sûr que nous, répondons-nous tous en chœur.

— Élisa a déjà eu une relation avec une fille !

Je garde mon whisky en bouche et le fais descendre tout doucement. Tristan poursuit son histoire :

— Je lui fais sa petite toilette intime, si vous voyez ce que je veux dire. Enfin, elle me donnait des conseils, un peu plus comme ça, et comme-ci. Bref, je la fais jouir. Et là, elle me sort : tu lèches mieux qu’une lesbienne. Du coup, je suis choqué, quoi ! Je lui demande : Genre, tu t’es déjà fait lécher par une gonzesse. Elle me dit oui. Je lui demande si elle l’a léchée aussi. Franco, elle me répond : oui, et t’imagines même pas ce qu’on a fait après.

— Elle est bi, en fait, conclut Lucas.

— J’ai demandé, mais elle m’a dit qu’elle ne l’a fait qu’une fois. Elle galochait des copines au collège, mais ça je le savais. Mais lécher et baiser, une seule.

— Ça ne te donne pas envie d’un plan à trois ? se moque Lucas.

— Arrête ! Rien que de l’imaginer avec une autre fille ! C’est comme moi si je suçais un mec. C’est dégueu !

— Enfin c’est complètement différent deux filles et deux mecs. Comment tu peux trouver ça dégueu ? C’est à moitié excitant.

— Ouais, mais je m’imagine à sa place. Tiens, Élodie, tu t’imaginerais faire ça à une meuf ?

Il agite la langue en dehors de sa bouche et je réponds honnêtement :

— Oui.

— Non mais Elisa, okay ! Mais toi, t’es ma sœur. On est du même sang.

— Et ?

— Non !

— Ben quoi, tu dis qu’on est du même sang, donc on doit aimer les mêmes choses.

— Mais arrête d’être sérieuse comme ça, tu me fais flipper.

— Je suis peut-être lesbienne, tu n’en sais rien.

Il me regarde, hésitant, et j'insiste :

— Je lui boufferais bien le cul, à Élisa.

Tristan sourit puis rit :

— Tu déconnes ! Putain t’es conne !

Je ne peux m’empêcher de sourire alors je ne réponds pas et mon silence le rassure. Mon regard croise celui de Lucas qui me dévisage sans jovialité. Je fuis vers la cuisine puis ramène des saucisses cocktails. Tristan pique dans une et dit :

— On dirait des gros clitos. Il paraît que la plus grande partie est cachée.

— Change un peu de disque, lui dit Lucas.

— Dis-toi que c’est celui de Marion.

Je le regarde fixement et lui dis :

— Si c’est celui d’Élisa, ne mets pas de moutarde dessus.

Ils éclatent de rire tous les deux, les larmes de gaité coulent, provoquant les miennes. Impossible de nous arrêter.

La soirée se déroule bien, abordée de sujets moins sensibles. Ils repartent tous les deux, et alors que je commence à ranger, je vois les clés de voitures de Lucas restée sur le canapé.

Sans trop de surprise, il frappe à la porte sans Tristan. Je lui tends ses clés et il m’avoue :

— J’ai fait exprès de les oublier.

— Pourquoi ?

— T’es lesbienne ?

— Pourquoi tu demandes ça ?

— Je n’ai jamais vu un mec avec toi.

Même s’il le saura bien un jour, j’ai peur de dire oui. Qui ne dit mot consent, paraît-il. Je détourne les yeux et sa gifle éclair me cingle la joue gauche.

— Je m’en fous que tu sois lesbienne, ou bi. Ça c’est pour avoir menti à Maman.

— Tu veux que je lui dise quoi ? m’emporté-je. Tu sais très bien comment elle parle ! Des gouinasses, des brouteuses de minou, des mal-baisées !

Tout l’immeuble a dû m’entendre, alors pourvu que Tristan attende loin dehors. Lucas baisse les yeux car je viens de lui donner tort.

— Désolé pour la gifle. On dira que c’est pour avoir menti à Papa.

J’écarquille les yeux et il dit :

— Vas-y, gifles-moi. Je te reproche d’être impulsive depuis ton agression et je suis pareil.

— Non, je risquerai de te faire tomber les dents.

Il sourit, pince les lèvres puis dit :

— Je n’aurais jamais douté que… C’est évident quand on le sait pourtant.

— J’ai bien fait en sorte qu’on ne le soupçonne pas.

— Et alors Élisa, tu lui boufferais bien le cul ?

— Elle a du charme. Mais je ne ferais pas ça à Tristan.

— T’as couché avec Élisa !

— Non ! T’es con !

— Attends t’aurais jamais dit ça si t’avais pas de vue sur elle. Et t’es toute guillerette depuis que tu nous as accueillis, comme quelqu’un qui a trouvé l’amour.

— Ben oui, elle me plaît ! Mais je n’ai jamais rien fait avec elle. T’es con. Je ne savais même pas qu’elle était bi !

Le mensonge est tout trouvé. Je ne veux pas qu’il répète à Tristan que je l’ai cocufié. Car si Lucas accepte mon homosexualité, je sais très bien, fleur bleue comme il est, qu’il me reprochera mes aventures.

Je l’embellis avec un peu de réalité :

— Et j’ai le smile parce que ce matin, j’étais avec une fille.

— Elle s’appelle comment ?

— Lydie, mais on s’en fout. C’est juste un coup comme ça, pas une histoire d’amour.

— Raconte-un peu.

— De quoi ?

— Comment tu l’as rencontrée, tout ça…

— Va voir Tristan, il t’attend ! Et tu ne lui répètes rien. Je dirai la vérité à tout le monde cet été, vers la fin, quand je me sentirai prête.

— D’acc. Prends soin de toi sœurette.

Il me fait une bise puis disparaît. Mes épaules retombent et mes poumons se vident. Ça s’est mieux passé que prévu. Au moins, quand je l’annoncerai aux parents, je pourrais compter sur lui pour me défendre.

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