1. Violence

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Le carrelage blanc et noir claque sous mes talons. Tous mes proches savent que j’ai horreur de porter des talons. Néanmoins, à vingt-sept ans, on commence à réaliser que si l’apparence ne change pas qui on est au fond de nous, elle modifie toute la perception qu’en ont les autres. À vingt-sept ans, l’adage : il faut m’aimer pour ce que je suis, ne tient plus.

J’ai mis une charlotte blanche sur mes cheveux châtains, et une blouse blanche, comme le veut le règlement sanitaire du laboratoire, mais je n’ai fermé qu’un bouton, et alourdi la poche côté badge avec des stylos. Ce stratagème a pour but de laisser apparent le décolleté de mon chemisier. Le petit pendentif attrape-regard en argent prouve son efficacité quand mes formes se reflètent dans les yeux de mes collègues masculins.

Je pénètre dans le sas du laboratoire, puis ouvre la porte une fois celle dans mon dos fermée. Elle est là, Mylène, la petite laborantine aux cheveux courts et noirs, toute nouvelle dans le service. J’ai toujours adoré les garçons manqués, toujours kiffé les styles un peu à part, et lorsqu’elle est arrivée dans mon équipe, toute menue et novice, j’ai tout de suite su que je n’en dormirais plus la nuit.

Lorsqu’elle entend mes talons, elle lève un œil avec un éclat de malice. Je me penche par-dessus son épaule et murmure d’une voix suave :

— Alors ?

— On dirait qu’ils aiment la chaleur.

Elle ouvre le couvercle du récipient posé au-dessus du bec bunsen. Les cristaux verts que nous avons obtenus il y a une semaine sont luminescents. Elle sourit pour ajouter :

— Ils résistent et réagissent.

— Ton but était de trouver comment les empêcher de cristalliser. Nous ne soignerons pas la vieillesse avec des cristaux.

Elle hausse les épaules, alors je souligne :

— Tu sais à quel point ce projet me tient à cœur.

— Vous avez peur de vieillir ?

— Comme beaucoup de femmes et d’hommes. Naître, vivre puis mourir n’a pas de sens pour moi.

— Mais vous avez peur de mourir ou de perdre votre beauté ?

Je garde le silence, le temps de choisir judicieusement les mots qu’elle m’offre de prononcer. Finalement, c’est par une autre question que je lui réponds :

— Tu me trouves belle ?

Sa voix se noue :

— Grave.

Son visage s’empourpre. Je n’ose y croire. Afin de mesurer l’intensité de ses mots, je passe mon doigt délicatement de sa tempe à sa joue avant de lui murmurer :

— Toi, tu es belle. Si je pouvais te faire résister aux ravages du temps…

— Tant qu’on ne peut pas, il faut profiter de l’instant présent.

Sa bouche est pleine de philosophie, pourtant je n’ose pas prendre cela comme une invitation, trop habituée aux déconvenues. C’est elle qui avance son visage vers le mien. Nos lèvres se capturent délicatement, et sa langue vient prudemment effleurer la mienne. Me croyez-vous si je vous dis qu’il s’agit de mon premier baiser ? J’ai l’impression d’avoir une machine à laver qui bat entre mes côtes.

Soudain, nous sommes alors brutalement séparées.

— Putain de gouines !

Il me faut deux secondes pour que j’émerge de mon nuage et comprenne que trois collègues étaient présents au fond du laboratoire, et qu’ils viennent de nous séparer. Mylène est éjectée contre le mur, et Aymerick me dit :

— Tu ne perds rien au change, l’allumeuse.

Je frappe avec mon genou dans le but d’écraser son usine à hormones, mais je heurte sa cuisse, et il recule à peine. Ses deux aides de laboratoire agrippent mes bras, me plaquant dos à la paillasse, et le laissant libre d’arracher mon chemisier à deux cent euros.

— Laissez-la ! hurle Mylène.

— La ferme, le moustique !

Aymerick passe sa langue sur mon visage, tout en remontant ma jupe. Lorsqu’il descend ses immondes lèvres sur ma poitrine, Mylène se jette sur lui. Il l’agrippe sans mal et la met à genoux :

— Vas-y bouffe lui la chatte !

Il plaque le visage de Mylène entre mes cuisses, tout en sortant son immonde chibre.

— Lèche, je te dis !

Il écarte ma culotte de dentelle et maintient ma laborantine par les cheveux. Sa langue glisse sur mes nymphes, puis après un rire salace, il lui dit :

— À mon tour maintenant !

Aussitôt qu’il glisse son sexe sous le nez de Mylène, elle le mord à pleines dents. Il se dégage en hurlant, laissant un lambeau de chair entre les incisives. Son sang se répand sur ses jambes. Ses doigts tenant toujours fermement la tignasse brune, il lui éclate le visage sur le tabouret. Je hurle d’horreur en la voyant tomber au sol laissant son sang sur le bois. Ceux qui me tiennent paniquent à leur tour. L’un d’eux s’exclame en libérant mon bras :

— Putain, merde ! Tu l’as butée !

Libre d’un bras, les doigts recourbés comme des serres, je lance ma main vers la gorge d’Aymerick, occupé à éponger son sexe au creux de sa blouse. Comme s’il s’y attendait, il me bloque le bras, avec force, et de l’autre main, m’agrippe le visage. Sans aucun effort, dans un grognement de colère, il me plaque dans les cristaux brûlants. Je hurle tout ce que je veux, tandis que tout mon profil droit s’enfonce. Les hommes me lâchent.

— Arrête ! Aymerick, arrête !

Les deux aides-laborantins sont les premiers à fuir, lorsqu’il relâche la pression. Je pleure toutes comme si j’avais deux ans, incapable de calmer le feu qui m’arrache la chair. Aymerick reste tétanisé, se rendant compte de jusqu’où ça a dérapé. Il recule, trébuche. Torturée mais lucide, Je me tourne face au lavabo et ouvre le robinet en grand. Un nuage âcre envahit toute la pièce et me fait suffoquer. Je tombe, en toussant, mes chairs me tirent, ma mâchoire crépite, alors je cherche à plaquer mon visage sur le froid du carrelage. Rien n’y fait, j’ai mal ! Trop mal ! Et je perds conscience.

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