III - Improvisations (3/5)

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***

De l’autre côté du métroplexe, Azylis n’était pas vraiment rassurée. Assise à l’arrière de la Venturi, la jeune femme n’avait pas lâché la poignée de la portière depuis que Johnson l’avait persuadée de lui laisser le contrôle du véhicule. Derrière son masque, elle serrait les dents à chaque virage un peu trop rapide, tout en essayant de conserver une contenance de façade.

Peu à peu, ils s’étaient enfoncés dans les quartiers ouest jusqu’à atteindre Fang’s fairway, un district peu reluisant de San Archea traversé par la ligne aérienne du MagLev.

Johnson gara la Venturi à l’abri de la pluie, juste à côté d’un énorme pylône de béton soutenant la structure ferroviaire high-tech. De vieux appareils ménagers, abandonnés, désossés et tagués, s’entassaient non loin de là.

— On y est, déclara Johnson en ouvrant sa portière.

Azylis l’imita et sortit du véhicule avec un certain soulagement. Dehors, la pluie tombait de plus en plus fort. Un filet d’eau ruisselait le long du pylône et de grandes flaques s’étaient déjà formées ici et là sur la route défoncée. La jeune femme frissonna et emboita le pas à Johnson.

Elle prit soin de rester sous la charpente métallique – espérant ainsi échapper aux intempéries – mais l’homme traversa la rue au bout de quelques mètres. Sous son masque, Azylis fit la moue, gonfla les joues, puis le rejoignit.

Ils s’arrêtèrent devant la porte renforcée d’un immeuble miteux. Johnson appuya sur le bouton du visiophone et attendit. Une minute plus tard, la porte s’ouvrait sur un barbu vêtu d’une blouse blanche usée porté par-dessus un pull à col roulé.

— Mais qu’est-ce que vous faites là ? s’étonna-t-il. Je croyais que vous…

— Que j’étais sous protection policière ? le coupa Johnson. Disons que celle-ci a lamentablement échoué.

— Ah ! Typique… lâcha le barbu avant froncer les sourcils. Mais pourquoi venir me voir ?

— J’ai besoin de votre aide, Doc. Les hommes de Riley m’ont implanté un traceur dans le bras. Il faut que vous me le retiriez.

— Et vous débarquez ici, comme ça, la bouche en cœur ?! s’énerva le médecin. Vous savez dans quel pétrin vous me mettez en venant ici ? Ah ! Bien sûr que vous savez…

— Je suis vraiment désolé, mais je n’avais pas le choix, répondit calmement Johnson. Le mieux que vous puissiez faire, maintenant, c’est de m’aider. Après ça, vous pourrez toujours faire profil bas le temps que je fasse enfermer Riley. Ah, et je vous promets de vous renvoyer l’ascenseur plus tard.

— Tss… et comment comptez-vous vous y prendre depuis votre cellule ?

— Ça, c’est un détail dont vous n’avez pas à vous soucier, répondit Johnson toujours aussi calme.

— Typique… se contenta de répéter le barbu après un instant d’hésitation.

L’homme se décala à contrecœur pour laisser Johnson entrer. Celui-ci posa sa main sur l’épaule du doc en signe de gratitude, puis s’avança d’un pas avant de se retourner vers Azylis.

— Je vous fais signe dès que c’est terminé, déclara-t-il. En attendant, ouvrez l’œil. Les hommes de Riley peuvent débarquer à tout moment. Je compte sur vous.

Azylis acquiesça sans un mot et la porte de ce qu’il convenait d’appeler une clinique des ombres se referma. Elle était désormais seule, dehors, à devoir attendre sous la pluie…

— Où est-ce que je me suis fait avoir ? se demanda-t-elle à voix haute.

Je ne sais pas précisément, mais tu devrais trouver un abri, répondit Nillee. Autrement tu risques de tomber malade.

— Ah ça va, hein !

Plus qu’un abri, elle devait trouver un coin discret où elle pourrait observer la rue sans être vue. Elle regarda autour d’elle et finit par repérer l’endroit idéal : un échafaudage bâché et à moitié démonté, accolé à un pylône.

L’escalader ne fut pas un problème. Elle s’y installa du mieux qu’elle put et une longue attente commença, uniquement rythmée par le passage régulier des trains à lévitation magnétique au-dessus de sa tête.

— Je t’ai bien demandé de me préparer le nouvel épisode du Sang d’Arger ? se renseigna la spectre pour passer le temps.

Oui, confirma Nillee. Il doit sortir sur l’infosphère dans moins de trois heures et sera immédiatement ajouté à ta bibliothèque.

— Cool…

Elle continua de discuter avec son IR jusqu’à ce qu’une voiture vienne s’immobiliser à côté de la Venturi. Deux hommes en sortirent, les mêmes qu’Azylis avait pris pour des chasseurs de prime un peu plus tôt. Armés de pistolets cinétiques lourds, ils s’approchèrent lentement de leur ancien véhicule et jetèrent un œil à l’intérieur pour s’assurer qu’il n’y avait personne dedans. Ils consultèrent ensuite vraisemblablement leur ERA, puis se dirigèrent prudemment vers la porte renforcée de la clinique.

Rah ! pesta Azylis. Si seulement je savais viser, je pourrais faire un carton, là !

La spectre se laissa glisser silencieusement au pied de son échafaudage, sortit son FWT Phazer et s’approcha furtivement dans le dos des deux hommes. Encore quelques mètres et elle pourrait les neutraliser à bout portant.

Elle y était presque lorsque l’un des mafieux – le plus petit des deux – se retourna pour vérifier les alentours.

— Encore toi ?! s’exclama-t-il en la voyant plantée au milieu de la route.

Prise de panique, Azylis tira précipitamment vers les deux hommes. Le grand fut – miraculeusement – touché au pied et s’écroula, tandis que le second brandissait déjà le canon d’un Hades Defender dans sa direction. Sans réfléchir, la spectre se rua sur lui et fit voler l’arme d’un coup de manchette. Malheureusement, il se décala au même moment et, emportée dans son élan, la jeune femme perdit l’équilibre. Elle s’affala au beau milieu d’une grande flaque d’eau, tandis que son neutraliseur glissait deux mètres plus loin.

Elle se releva, complètement trempée, sous le regard amusé de son adversaire. Le vent et la pluie lui glaçaient les os. Elle serra les dents et s’élança à nouveau vers le mafieux.

Encouragé par sa petite victoire, celui-ci commit l’erreur d’attendre la furie qui lui fonçait dessus avant de réagir. La spectre sentit venir son attaque à des kilomètres. Elle l’esquiva sans difficulté, passa habilement sous sa garde, et le frappa au visage. L’homme fit un pas en arrière, incrédule. Si Azylis ne savait incontestablement pas viser, en revanche, elle savait se battre !

Du coin de l’œil, elle vit le premier mafieux – qui s’était relevé malgré sa jambe engourdie – se jeter sur elle en boitant. Elle fit volte-face et l’accueillit avec un violent coup de pied à la tête qui le laissa groggy.

Le petit en profita pour attaquer en traitre. Azylis n’eut pas le temps d’esquiver. Le choc fut brutal et une vive douleur à l’abdomen lui coupa immédiatement la respiration. Elle recula en grognant, bloqua in extremis un crochet, en évita un second et contre-attaqua. Ce fut alors au tour de son adversaire de perdre du terrain sous ses assauts.

Elle l’enchaîna avec une série de coups de poing rapides et de coups de genoux, bien décidée à ne pas lui donner l’occasion de reprendre l’avantage. Elle ne lui laissait pas le temps de souffler et l’homme se retrouva vite au tapis, recroquevillé sur lui-même pour se protéger.

Profitant de la situation, Azylis se dépêcha d’aller ramasser son neutraliseur, mais le premier mafieux tenta à nouveau de s’interposer. La spectre eut tout juste le temps de lever le canon de son Phazer et de faire feu à trois reprises. Presque à bout portant. Elle toucha – correctement, pour une fois – sa cible, qui s’effondra mollement au sol. Essoufflée, elle retourna près du second mafieux et le neutralisa à son tour. À bout portant, lui aussi, pour ne prendre aucun risque.

Elle resta ainsi sans bouger, seule, debout sous la pluie, à reprendre sa respiration tandis qu’un vent glacial s’infiltrait de plus en plus sournoisement sous sa combinaison mouillée.

— Aaaah… gémit-elle au bout d’un moment. J’ai froiiiid !!!

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