Home, sweet Home

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En plein cœur d'une ville très peuplée, se dressait une grosse maison bourgeoise. Le couple de propriétaires, des commerçants, avait fait fortune il y a des années. Ils avaient profité de l'essor de nouvelles formes d'avancées scientifiques dans le domaine maritime pour se lancer dans le commerce maritime. Dès lors, de nombreuses matières premières issues des quatre coins du monde avaient pu être acheminés jusque dans leur royaume. Le couple avait misé toutes leurs économies sur l'achat d'une flotte navale et leur exploration fut une vraie réussite. Ils avaient engrangé une immense fortune dès le premier voyage. Ils avaient alors atteint les plus hautes classes sociales, et avait attiré les faveurs du roi, qui leur permis de frôler la noblesse qui se pavanait à la cour.

Quelques années plus tard, la femme tomba enceinte et un jeune garçon naquit. Ses parents le prénommèrent Nathan.

Le jeune garçon grandit parmi l'élite du royaume. On lui donna accès à la meilleure éducation possible et aux meilleurs professeurs. Il avait la chance d'étudier tout ce qu'il voulait, d'avoir accès à tous les savoirs dont regorgeaient le monde.

Ses parents tentèrent d'avoir un second enfant, mais on découvrit que sa mère était devenue stérile après la naissance de son enfant. Cette annonce anéantit le couple. Alors, ils placèrent tous leurs espoirs sur leur fils unique. Il reçut tout l'amour débordant de ses parents, et il était comblé de bonheur. Ses moindres caprices lui étaient cédés, faisant malgré ses parents, un enfant-roi.

En grandissant, il comprit beaucoup de choses. Primo, ses parents l'aimaient de tout leur cœur. Ils l’idolâtraient. Secundo, il était riche. Enfin, ses parents étaient riches. Mais puisqu’il était enfant unique, il allait hériter de leur fortune, tôt ou tard. Tertio, il n'aimait pas étudier. Cela l'ennuyait profondément.

De toute façon, à quoi bon apprendre toutes ces choses alors que ses parents étaient pleins aux as ? Ils n'allaient très certainement jamais travailler de sa vie, alors il n'avait que faire de tout ça.

Très vite, il persuada ses parents d'arrêter de se ruiner à tenter de trouver des précepteurs qui sauraient lui inculquer quelque chose. Cela ne l'intéressait pas, il était nul et il comptait bien le rester.

Mais alors, à quoi occupait-il ses journées ? On pouvait penser qu'un adolescent de son âge voulait profiter de la vie, sortir avec ses amis, boire, faire l'amour, dépenser la richesse de ses parents. Mais ce n'était pas le cas de Nathan, loin de là.

Le jeune garçon avait très peu d'amis. N'ayant jamais fréquenté d'autres enfants de son âge car il n'était pas allé à l'école longtemps, il ne connaissait quasiment personne. Ses seuls « amis » étaient deux autres garçons. Mais très vite, il avait fini par les voir de moins en moins. Devoir faire la conversation à quelqu'un, faire semblant de s'intéresser à ce que disait l'autre, à ses passions, tout ça le fatiguait. Il n'en avait cure. Il n'avait pas besoin d'amis. Apprendre à connaître quelqu'un alors que cette personne resterait quelques mois, voire années tout au plus, à ses côtés ne l'intéressait pas. Il n'avait pas envie de se donner toute cette peine.

Alors, Nathan restait chez lui, toute la journée. Plus précisément, il restait dans sa chambre, toute la journée. Il ne la quittait que très rarement. Ses parents travaillaient toute la journée et jusque très tard le soir. Et quand ils étaient libres, ils allaient dans des bals, des dîners mondains et autres broutilles inintéressantes pour Nathan.

Il préférait rester dormir dans son lit douillet. Il se réveillait tard dans l'après-midi et se couchait très tôt. Il n'avait que cela à faire, dormir.

Il n'avait aucune visite – de toute façon, il ne voulait pas en avoir – et aucune passion. Un rien l'ennuyait très rapidement. Il avait essayé d'apprendre à dessiner, à jouer d'un instrument, à danser même. Mais cela l'avait amusé respectivement un jour, deux jours et trois heures.

Nathan n'avait envie de rien faire. Et il se complaisait dans cet ennui permanent.

Très vite, les domestiques de la maison l'affublèrent d'un nom moqueur, qui se répandit dans toute la ville, faisant de lui quelqu'un de tristement célèbre. Il devint Nathan le fainéant.

Au fil des années, Nathan se coupa de plus en plus du monde. Il ne se levait de son lit que pour les besoins vitaux, mais ne s'occupait nullement de son hygiène corporelle. Se laver le fatiguait. Il se nourrit de moins en moins, devenant de plus en plus maigre. Manger l'ennuyait.

Ses parents se rendirent bien compte que leur fils se négligeait de plus en plus. Ils le poussèrent à sortir de sa chambre, à s'intéresser au monde extérieur, sans succès.

Un soir, pourtant, ils y parvinrent. Ses deux anciens amis passaient dans le quartier étaient venus prendre de ses nouvelles. Sous l'insistance de ses parents, mais surtout pour qu'ils lui fichent enfin la paix, Nathan accepta de sortir avec les deux garçons. Il ne se changea pas, ne mangea pas même un quignon de pain avant de les rejoindre. Plus vite, il ferait cette virée, plus vite, il sera de retour chez lui.

Les trois garçons descendirent en ville et entrèrent dans un bar. Là, comme tout adolescent de leur âge, ils commandèrent des boissons. Nathan restait en retrait, écoutant d'une oreille distraite leurs babillages. Il se contentait de boire les verres que les deux autres lui servaient. À force, ils allaient bien se rendre compte qu'il s'en foutait royalement. Nathan n'était même pas curieux de regarder le monde autour de lui. À quoi bon, il ne les reverrait jamais de sa vie. Il se contenait de fixer le mur en face de lui d'un regard vide. Peut-être que le temps passerait plus vite ainsi.

Le jeune garçon continua de boire, encore et encore. Il voyait bien que ses amis tentaient de lui délier langue en s'aidant de l'alcool. Mais Nathan ne répondait rien, ne les regardait même pas. Il ne faisait que boire, s'alcoolisant de plus en plus, tout en continuant de regarder le mur.

Soudain, il tourna la tête. Cela faisait un moment qu'il n'écoutait plus leurs voix. En regardant à côté de lui, il comprit que les deux autres étaient partis, l'abandonnant ici. Nathan ne broncha pas, ne fronça pas même les sourcils. Il allait pouvoir rentrer chez lui. Alors, le jeune homme quitta le bar et traversa la ville d'un pas rapide. Les passants qui le reconnaissaient écarquillèrent les yeux. On n'avait jamais vu Nathan le fainéant se hâter d'aller quelque part. Enfin, le verbe était relatif.

Nathan tentait tant bien que mal de ne pas se perdre. La tête lui tournait, il voyait tout flou et ne marchait plus très droit. Par miracle, il réussit à retrouver sa maison. Il entra, et monta les escaliers, lentement. Gravir les marches lui donnait la nausée. Tout se balançait devant ses yeux, aggravant son malaise.

Il ouvrit enfin la porte de sa chambre après de longues minutes à la chercher dans le noir. Il n'avait pas eu le courage de s'éclairer avec une bougie. L'allumer lui demandait trop de forces.

Il s'écroula tout habillé sur son lit et ferma les yeux. Même le néant bougeait. Il se força à respirer fortement. Il était chez lui, dans son lit. Tout allait mieux. Il se promit de ne plus jamais sortir. Il ne s'était jamais autant ennuyé de toute sa vie. Il finit par sombrer dans le sommeil.

Il se réveilla quelques minutes plus tard, nauséeux. Soudain, il se pencha et vomit une partie de son estomac, soit : un morceau de pain qui datait de ce matin et une partie de l'alcool ingurgitée.

Il se mit sur le dos et fixa le plafond, haletant. Se vider lui avait demandé toutes ses forces restantes. Il se sentait à bout, vidé de toute énergie. Il n'avait même plus la force de fermer les yeux et d'essayer de se rendormir. Il n'en pouvait plus. Respirer lui faisait mal, battre des paupières le fatiguait, et transpirer à grosses gouttes l'ennuyait. Lorsqu'une nouvelle crampe lui saisit les entrailles, il n'avait plus le courage de se pencher par-dessus le lit. Il ferma une dernière fois les yeux, épuisé.

Dans la grande salle rouge où se tenaient sept trônes, le dernier trône inoccupé se mit à briller. Un jeune homme apparut alors. Avachi sur son siège, les pieds posés sur l'accoudoir le coude appuyé sur l'autre, il fixait le vide devant lui, d'un regard blasé. Il portait un t-shirt et un pantalon simples, de couleur bleue tous les deux. Il ne tenait rien entre ses mains.

Paresse était née.

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