Chapitre 22

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Le médecin se redressa et me jeta un regard compatissant.

‒ Il vaudrait mieux qu’on vous emmène à l’hôpital. Vous avez eu un choc terrible.

Encore secouée par les sanglots, j’agitai la tête en signe de désaccord. Il chercha dans sa mallette et me tendit une petite plaquette de comprimés.

‒ Prenez ça ce soir avant de dormir, un seul à la fois. Il faudra quand même faire un bilan de santé d’ici quelques jours et consulter si vous avez des troubles du sommeil. Les effets d’un choc psychologique ne sont pas toujours immédiats.

Folle d’inquiétude, je demandai :

‒ Avez-vous des nouvelles de Jacques Delorme ?

‒ Qui ça ?

‒ Delorme, le policier qui m’accompagnait.

‒ Ah, celui qui a été blessé ! Je ne l’ai pas examiné. Il a sans doute été évacué avant mon arrivée.

J’interrogeai alors un agent de la police municipale, l’un des premiers parvenu sur les lieux et qui m’avait aidée à me relever : il ne savait rien non plus. La seule chose dont j’étais certaine était que Delorme vivait encore quand il avait été transporté en urgence mais depuis, je n’avais plus aucune nouvelle.

Il y avait plus de trois heures que la tragédie avait eu lieu et durant tout ce temps, on n’avait cessé de m’interroger, me demandant de décrire les faits encore et encore, jusqu’à l’écœurement. Depuis, j’avais vu un premier médecin, des policiers, puis un second docteur à qui je devais raconter, encore et encore, la pire minute de mon existence. Entre-temps, j’avais assisté au départ précipité de Jacques, entouré d’une nuée d’infirmiers, disparaissant dans les cliquetis du brancard roulant à tombeau ouvert, les bruits de porte et le hululement de la sirène de l’ambulance. J’avais suivi les allées et venues des enquêteurs accompagnées par le crachotement ininterrompu des radios puis l’arrivée des policiers de l’Identification Criminelle avec leurs combinaisons blanches et leurs grosses valises métallisées. Un moment, la porte principale était restée ouverte et j’avais entendu les cris des journalistes et perçu les rafales éblouissantes des flashes.

Un officier de la SQ vint recueillir mon témoignage. Il se montra courtois et patient et m’écouta avec attention, mais il ne me renseigna pas davantage. Je parlai de l’homme que nous avions croisé en arrivant, mais mes souvenirs étaient confus, d’autant plus qu’il neigeait et que je n’avais rien vu de son visage.

‒ Un individu d’environ six pieds de haut, plutôt robuste, vêtu d’un parka rouge sombre, récapitula le policier, c’est le portrait de beaucoup d’hommes icite ! Ce n’était sans doute qu’un étudiant ou un visiteur. Enfin, si un souvenir vous revient lorsque vous irez mieux…

Ma tête était comme une piste de danse où les idées tournoyaient et télescopaient les souvenirs. L’homme entrevu n’était plus qu’une silhouette menaçante, comme une image de cauchemar à la fois effrayante et indescriptible.

‒ Et Bernard Pilotte ? demandai-je.

‒ Ne craignez rien, répondit-il. Nous l’avons intercepté à quelques centaines de mètres des Résidences alors qu’il tentait de prendre la fuite.

‒ Je n’arrive pas à croire que ce soit lui ! murmurai-je en secouant la tête.

‒ Pourtant, tout l’accuse, à commencer par vous !

‒ C’est vrai, mais je ne comprends pas sa réaction. Pourquoi n’a-t-il pas lâché son arme ? Ou alors, s’il est vraiment coupable, pourquoi m’a-t-il épargnée ?

‒ Sans doute s’est-il affolé…

‒ Il aurait pu s’emparer du pistolet…

Le policier secoua la tête.

‒ Je ne sais pas ce qui peut se passer dans la tête d’un assassin. Personne ne le sait, sinon nous pourrions anticiper bon nombre de crimes. Et je crois que personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer dans la tête de Bernard Pilotte. Une chose est certaine, il a le cadran dérangé…

‒ Que va-t-il devenir ? Il était déjà très perturbé car sa mère est hospitalisée depuis le début janvier.

‒ Sa mère est décédée hier au soir

Je compris alors ce qui s’était passé et pourquoi il avait voulu venir me voir l’autre soir. Il avait peu à peu compris que sa mère vivait ses dernières heures et que les médecins ne pouvaient ou ne voulaient plus rien faire. Il avait sans doute cherché à être rassuré auprès d’une des rares personnes en qui il avait confiance. Peut-être aurait-il suffi que je lui promette qu’elle ne souffrirait pas, qu’elle s’en irait sans heurts comme une bougie qui s’éteint. Trop perturbée par la mort de Nathalie Bombardier et d’Isabelle Landry, je n’avais su répondre à son attente et, lorsque sa mère était morte, il s’était à nouveau tourné vers moi mais je n’étais pas là. Que s’était-il passé alors ? Quelle idée avait pu lui traverser l’esprit ? Je ne le voyais guère utiliser un ordinateur pour surfer sur Internet. Avait-il voulu imiter ou reproduire les crimes ? Si oui, pourquoi avait-il fait ça ?

‒ Il a forcé votre porte parce qu’il projetait de vous supprimer, dit le policier en réponse à mon interrogation muette. Mais les choses n’ont pas tourné comme il le pensait. Josée Miousse qui partait en cours a vu la porte ouverte. Elle a dû s’en étonner et est entrée pour jeter un coup d’œil… Et il l’a tuée, comme il a tué quatre femmes avant elle.

‒ Pourquoi elle ?

‒ Il n’est pas à un cadavre près ! Et de toute façon, elle l’avait découvert. Il a sans doute réagi par réflexe. Apparemment, elle n’a pas eu le temps de crier. En tout cas, personne n’a rien entendu. Il lui a porté un coup mortel à la base du cou.

Quelque chose ne tenait pas dans son raisonnement. Je le lui fis remarquer :

‒ C’est curieux, si ce n’est pas elle qu’il visait, mais moi qu’il voulait tuer, pourquoi n’en a-t-il pas profité tout à l’heure, alors que j’étais à sa merci ?

‒ Il a peut-être paniqué !… Un policier était avec vous et, même blessé, il représentait un danger.

Je revoyais Delorme baignant dans son sang : il ne représentait plus un péril pour personne et il eut été facile de l’achever sans coup férir.

‒ Je ne crois pas que Bernard soit capable de tuer quelqu’un de sang-froid….

Mon interlocuteur hésita un moment.

‒ C’est curieux, remarqua le policier, cet homme a cherché à vous tuer, il a assassiné votre voisine et vous tentez de le défendre.

‒ Je suis certaine qu’il ne m’aurait pas fait le moindre mal…

‒ Vous ne pouvez pas nier qu’il a blessé gravement un policier ! Vous nous l’avez rapporté vous-même, dit-il sur un ton poli qui parvenait difficilement à cacher son agacement.

‒ Il n’était pas dans son état normal…

‒ Mademoiselle Doreman, vous savez bien qu’un homme comme Bernard Pilotte ne sera jamais dans son état normal. Il a eu sa chance, à plusieurs reprises. Il avait sa job, il vivait librement mais malgré ses traitements, il n’a pas su réfréner ses pulsions. Ce n’est peut-être pas sa faute mais ça n’est pas à moi d’en décider.

‒ Que va-t-il devenir ?

‒ Les médecins se prononceront sur son cas et la justice statuera en suivant leurs recommandations.

La police municipale avait été rejointe par les agents de la Sûreté du Québec. Je reconnus parmi eux la femme qui avait offert de m’apporter un café lorsque j’avais quitté précipitamment le poste. Elle me sourit et me dit :

‒ Si je vais vous chercher un café, vous m’attendrez cette fois-ci ?

J’acquiesçai. La tête me tournait un peu ; j’étais restée trop longtemps allongée. Midi approchait et je n’avais pas faim, mais j’engloutis néanmoins les beignes qu’elle me proposa, accompagnées d’un café clair et insipide.

Les urgences de l’Hôtel Dieu étaient encombrées d’une foule résignée où pointait l’irritation d’une attente excessive. Partout, l’inquiétude suintait dans ces locaux qui ne parvenaient plus à répondre aux besoins grandissants de la population. Des blessés attendaient dans les couloirs, des malades restaient prostrés en salle d’attente et des infirmières surmenées s’agitaient en tous sens, pestant contre les restrictions budgétaires et le manque de moyens et de personnel. Deux agents de la SQ faisaient les cent pas devant l’ascenseur, et je songeai que nous étions là pour les mêmes raisons.

Prévenu par un des occupants de l’immeuble, Jean Lavigne était venu me chercher un peu plus tôt et les policiers avaient accepté de me laisser partir avec lui. Incapable de penser à autre chose, je n’avais pu résister au besoin impérieux d’aller aux nouvelles et je lui avais demandé de me conduire à l’hôpital où avait été transporté Jacques Delorme. Mon chef de stage était resté avec moi et avait écouté mon récit, pétrifié par la stupeur.

Ça se peut pas ! Ça a pas de bon sens ! répétait-il sans savoir quoi ajouter d’autre.

Je le laissai un moment tandis qu’il téléphonait à son épouse et cherchai moi-même une cabine téléphonique. J’avais un furieux besoin de voir mon père, de me confier à lui, de trouver le réconfort dans ses bras et pourtant, une fois encore, rien n’était simple. J’avais oublié de me munir de son numéro de téléphone cellulaire et sans grande illusion je composai le numéro de son domicile, craignant d’être accueillie par le répondeur. Estelle Renard décrocha. Sa voix était éraillée et sa diction hésitante mais je compris qu’elle devait être grippée plutôt que saoule.

‒ Pouvez-vous demander à mon père de venir me chercher ? Je suis aux urgences de l’Hôtel-Dieu.

‒ Es-tu blessée ?

‒ Non, répondis-je, peu soucieuse de donner des détails inutiles. J’ai seulement besoin qu’il passe me prendre en voiture. C’est très important…

‒ Il travaille présentement, mais je vais essayer de le prévenir.

Peu confiante, je lui demandai :

‒ Donnez-moi plutôt le numéro, je lui expliquerai moi-même.

A l’autre bout de la ligne, elle ricana :

Tsé, j’ai pas l’habitude de manger les messages. Si t’as du trouble, je vais lui dire à Pierre que c’est le moment qu’y soit vraiment ton père !

Je raccrochai, priant le ciel pour qu’Estelle Renard tînt parole.

Désœuvrée et hagarde, je tentai d’imaginer ce qui s’était réellement passé avant que Jacques et moi ne pénétrions dans la chambre. La police avait sa théorie, mais j’envisageai un tout autre scénario dont les tenants et les aboutissants me paralysaient d’horreur. Le tueur m’avait localisée – il est vrai que, la nuit précédente, je lui avais donné toutes facilités pour cela – et il avait réussi à s’introduire dans ma chambre. Comme je laissais toujours traîner mes affaires, il avait certainement pensé que j’étais sous la douche et se préparait à m’agresser aussitôt rentrée. Mais le hasard en avait décidé autrement et, pour une raison qui m’échappait, Josée Miousse, avait éprouvé le besoin de pousser ma porte en la voyant entrouverte plutôt que de donner l’alerte. L’assassin ne lui avait laissé aucune chance, la tuant puis prenant la fuite. Avait-il cru m’avoir supprimée ? C’était probable car il ne m’avait sans doute jamais vue en compagnie de Johanne. Il m’avait confondue avec Josée Miousse, pensant qu’elle s’était créée une fausse identité comme l’avait fait Nathalie Bombardier. J’étais un peu soulagée en pensant que cette erreur tragique mettait aussi hors de cause Normand Gagné qui me connaissait personnellement, à moins que, se sentant découvert, il n’ait décidé de faire disparaître un témoin gênant… Toujours était-il que le pauvre Bernard était arrivé sur ces entrefaites. Peut-être même avait-il croisé le tueur qui s’en allait comme si de rien n’était. Le hasard avait une fois de plus servi cet être démoniaque qui hantait la Toile. J’imaginais aisément la réaction de Bernard, découvrant dans ma chambre le corps ensanglanté de Josée Miousse : déjà choqué par la mort de sa mère, son esprit avait probablement basculé dans la démence la plus totale et il avait dû s’emparer de l’arme du crime, pleurant, s’affolant, tournant en rond comme un fauve en cage, se barbouillant le visage avec le sang de mon infortunée voisine, incapable de prendre une décision jusqu’à ce que Jacques Delorme le contraigne à commettre l’irréparable.

Je fus arrachée à mes pensées par l’arrivée d’un couple qui attira mon attention. Ils étaient mal assortis mais ne manquaient cependant pas d’une certaine prestance. La femme était belle et vêtue avec goût tandis que l’homme portait un complet strict. Les policiers en faction le saluèrent avec respect et je devinai qu’il devait s’agir de leur supérieur hiérarchique. J’imaginai que la dame qui l’accompagnait était la femme de Jacques, et lorsqu’elle passa devant moi, je me levai par réflexe. Elle me remarqua et, malgré l’anxiété qui assombrissait son visage, m’adressa un sourire. Pourtant, elle passa son chemin, entraînée par le chef de la Sûreté du Québec en Estrie qui marchait d’un pas pressé. Un médecin les accueillit et ils disparurent dans l’ascenseur avant même que j’aie eu le temps de les rattraper. J’attendis ainsi près d’une heure, au milieu d’une foule chuchotante dont le murmure ininterrompu était parfois couvert par le hululement d’une ambulance. J’étais une anonyme au milieu d’un océan de petites peines et de grands désespoirs. Nul n’avait idée de ce que je venais de vivre. Chacun m’ignorait d’ailleurs à l’exception de Jean Lavigne qui me jetait des regards inquiets. Pourtant, malgré sa présence, malgré les policiers de faction, je ne me sentais pas en sécurité. Sur ma rétine et dans mon inconscient persistait une image imprécise, l’éclair d’un regard peut-être, que je cherchai à déceler quelque part dans la foule. Et dans mon esprit revenait cette question lancinante : si Bernard Pilotte était innocent, où donc était le tueur en ce moment même ?

Je finis par m’impatienter et demandai à parler à une personne susceptible de m’informer sur l’état de santé de Jacques Delorme.

‒ Qui ça ? demanda la réceptionniste sans relever la tête.

‒ Le policier qui a été transporté ici ce matin, expliquai-je.

‒ Etes-vous de la famille ? me demanda-t-elle d’un air revêche.

‒ Non, j’étais avec lui quand il a été blessé.

‒ Ah, vous êtes son équipière ! s’exclama-t-elle, me prenant pour une agente de la SQ.

Je me gardai bien de la détromper et la laissai aller aux nouvelles. Lorsqu’elle réapparut, le couple et le médecin revenaient et elle les intercepta, leur faisant part de ma visite. La femme de Jacques Delorme vint à ma rencontre. Son sourire était énigmatique. Je me présentai.

‒ Je suis désolée, tout s’est passé très vite… dis-je, le cœur battant.

‒ Je sais. On m’a informée des circonstances.

‒ Je n’ai pas réussi à obtenir de renseignements.

‒ Rassurez-vous, il se remettra. Sa blessure n’est pas trop grave mais il a perdu beaucoup de sang.

‒ J’en suis heureuse ! soupirai-je. C’est une situation si ridicule…

‒ Que voulez-vous dire ?

‒ Son agresseur, Bernard Pilotte, se trouvait là par hasard, j’en suis persuadée. Il s’est senti acculé, forcé à la fuite. C’est pour cela qu’il a réagi si violemment.

‒ C’est un homme dangereux. Mon mari s’est présenté comme un policier, dit-elle avec froideur. Il n’utilise jamais son arme sans y être obligé. Je crois qu’il aurait dû tirer avant que l’autre n’ait pu mettre sa vie et la vôtre en danger.

Je devinais qu’elle connaissait la nature de notre relation. Son ton était poli, mais je sentais bien qu’elle me jaugeait, comme on évalue une rivale.

‒ Je regrette, me dit le médecin, mais seule la famille proche peut le voir. Soyez rassurée, il s’en tirera, mais il est très affaibli.

‒ Faites-lui mes amitiés et souhaitez-lui bon rétablissement de ma part lorsque vous le reverrez, dis-je en me tournant de nouveau vers la femme de l’homme que j’avais aimé.

‒ Je lui dirai. J’y suis sensible, dit-elle en se radoucissant. Toutes ses conquêtes n’auraient pas cette délicatesse…

Incapable de relever la remarque, je la regardai bêtement s’éloigner dans le couloir, me demandant ce que Jacques me trouvait de plus qu’à son épouse légitime, submergée par le sentiment intolérable de n’avoir été que de la chair fraîche.

L’homme qui l’accompagnait dit à la femme de Delorme quelques mots puis s’approcha de moi. Il avait un visage sévère, un peu hautain, mais je n’y lisais rien de plus que l’habitude de donner des ordres et d’être obéi.

‒ Vous êtes Anne Doreman, je suppose… Je suis le capitaine Champagne de la Sûreté du Québec.

Comme je ne répondais pas, il poursuivit :

‒ On n’aurait pas dû vous laisser partir. J’ai donné des ordres pour que vous soyez mise sous protection en attendant que nous ayons fait le clair sur cette affaire.

J’objectai :

‒ Je comptais aller chez des amis…

Son visage se fit autoritaire, son ton impérieux.

‒ C’est hors de question ! Où comptiez-vous aller ? Vous êtes un témoin clé et le coroner pourrait avoir besoin de vous. Il semble que les choses ne soient pas aussi simples qu’elles paraissent.

Je ne répondis rien car lui non plus ne semblait pas être au courant de mon intention de rallier Québec. Bien sûr, je me doutais que la police finirait par connaître ma destination : je l’avais indiquée en toutes lettres sur le profil de johebert. Et retrouver Pierre Doreman, citoyen canadien d’adoption, ne poserait aucun problème. Pourtant, j’avais ainsi quelques heures d’avance et ce délai m’était précieux dans la partie serrée que je devais jouer.

Soudain, je baissai la tête : je venais d’apercevoir mon père qui me cherchait avec un air si désespéré que cela me fit chaud au cœur. Plus que les mots n’auraient pu le faire, ses traits tendus trahissaient l’inquiétude et je sus ainsi qu’il tenait à moi. Je détournai mon regard, espérant que le chef de la SQ en Estrie n’aurait pas remarqué mon manège. Il discutait avec deux de ses hommes en me désignant du menton. Visiblement, il donnait ses ordres afin que ses sbires ne me perdent pas de vue. Je m’approchai d’eux.

‒ Je vais aux toilettes. Après, j’aimerais rentrer à l’université si vous n’y voyez pas d’inconvénients. Je ne sais pas où dormir ce soir…

‒ Nous allons arranger ça avec les services administratifs, m’annonça le chef de la SQ, mais vous comprendrez que vous ne pourrez pas rester sans protection.

‒ Je croyais que… bafouillai-je. Maintenant que Bernard Pilotte est arrêté…

‒ Nous ne sommes pas encore certains que Pilotte soit coupable de tous les meurtres. Il se peut que ce soit seulement un imitateur, un de ces cinglés qui tentent de reproduire des crimes abominables, d’égaler le maître en quelque sorte. Je crois donc plus sage de vous considérer en danger.

Je me rebiffai pour la forme.

‒ Cela signifie que je ne suis pas libre de mes mouvements ?

‒ Vous pouvez vous faire tuer si cela vous chante, mais j’aimerais autant que ce ne soit pas sur le territoire dont j’ai la charge, répondit sèchement le capitaine Champagne. En revanche, je vous rappelle que le refus de témoigner est un délit. En attendant que les agents Pelletier et Colin vous mènent en lieu sûr, vous pouvez aller à la salle de bain.

Je me dirigeai vers les toilettes réservées aux femmes alors qu’un brancard, entouré d’infirmières et de médecins, roulait à tombeau ouvert en direction du bloc opératoire. Les deux policiers qui devaient me servir de chaperons aidèrent les secours à se frayer un chemin dans la foule apathique. Je profitai du brouhaha pour prendre la tangente. Papa ne m’avait toujours pas repérée si bien que je réussis à me faufiler dans sa direction sans qu’il s’en aperçoive. Lorsque je fus à sa hauteur, je l’interpellai :

‒ Va à la voiture, je te rejoins !

Il me jeta un regard furtif mais continua son chemin comme si de rien n’était avant de faire demi-tour en direction de la sortie. Je le suivis à quelque distance, m’assurant que les policiers n’avaient pas remarqué que je leur avais faussé compagnie.

Je repérai immédiatement le gros pick-up Ford bleu qui dominait la plupart des berlines. Une voiture de la police municipale entra sur le parking mais, réprimant un mouvement de fuite, je poursuivis ma route. Une fois assise aux côtés de mon père, je tombai dans ses bras.

‒ Bon sang, Anne, tu n’as rien ?

‒ Mais non, Papa, j’ai seulement eu très peur.

‒ Estelle m’a dit que tu m’avais téléphoné de l’hôpital. Elle n’a pas pu me donner davantage de détails sinon que tu allais bien. En venant, j’ai entendu le flash d’information. Je craignais que tu ne sois blessée et que tu ne veuilles pas me le dire… Tu es certaine que ça va ?

‒ Roule ! répondis-je.

Il me jeta un regard interrogateur et lâcha le volant, se calant dans son siège.

‒ Vas-tu m’expliquer à la fin ? Tu me demandes de venir te chercher d’urgence et me voilà. Et maintenant, si je comprends bien, tu es pratiquement en fuite ! me dit-il sur un ton où pointaient l’impatience et l’incompréhension.

‒ Démarre, Papa, je t’en prie ! suppliai-je en fixant les automobiles alignées devant nous.

Cette fois-ci, il n’insista pas et mit le contact. Nous nous dirigeâmes lentement vers la sortie du stationnement sans que personne ne tente de nous intercepter.

Je gardai le silence jusqu’à ce que nous quittions l’autoroute 55-Nord à Drummondville. Par deux fois nous croisâmes des véhicules de patrouille de la Sûreté du Québec mais aucun ne fit mine de nous suivre et je songeai que personne ne m’avait vue monter dans le pick-up. Au cours de mes interrogatoires, je n’avais jamais mentionné l’existence de mon père au Québec et j’imaginais que Jacques Delorme, à qui je m’étais confiée, ne pourrait pas le faire savoir avant un moment.

Alors que nous longions des bois où les conifères dominaient, je racontai mon incroyable matinée. En revivant les événements, je prenais peu à peu conscience que j’étais en grande partie la cause de cette tragédie et me mis à sangloter. Mon père passa son bras autour de mes épaules et je laissai aller la trop grande tension qui m’avait permis de tenir le coup jusque-là.

‒ Tout est de ma faute, dis-je, désespérée. Je joue au détective et à cause de moi, Josée Miousse est morte et Bernard Pilotte va être interné pour le restant de ses jours…

‒ Ne dis pas ça. Ce Pilotte n’était pas un type normal. Il était incapable de s’assumer seul et représentait un danger pour les autres. Regarde comment il s’est comporté : tu le croyais inoffensif et il a failli tuer un policier. Que se serait-il passé si tu étais rentrée seule ? Quant à Josée Miousse, que faisait-elle dans ta chambre ? En fait, le seul vrai responsable de tout ça, c’est le tueur. Tu persistes à croire que ce n’est pas Bernard Pilotte qui a assassiné toutes ces femmes mais moi je n’en suis pas certain.

‒ Papa, je ne suis pas la seule à le penser. Le chef de la police m’a clairement fait comprendre qu’il n’était pas évident que le dossier soit clos.

Mon père fit une moue dédaigneuse.

‒ La police ! Si je te suis bien, ils n’ont pas été trop inspirés jusque-là ! Et même si tu as raison, j’en conclus que tu as mis ce dingue sur ta piste et qu’il est parvenu à te localiser. Et le plus dramatique est que la SQ n’a même pas réussi à le prendre au piège alors qu’ils surveillaient tes communications.

‒ Il avait préparé son coup de longue date. Il n’attendait qu’une occasion pour passer à l’action.

Alors que nous arrivions en vue du pont Pierre Laporte, la neige refit son apparition, d’abord fine et légère, puis les flocons grossirent et le paysage disparut bientôt dans la poudrerie. La circulation avait considérablement ralenti et nous traversâmes le Saint-Laurent au pas, ne distinguant aucune des deux rives ni même la surface incertaine du fleuve, en grande partie immobilisée par les glaces. J’allumai la radio et, sans avoir entendu le début du message, je compris immédiatement qu’on parlait de moi.

« …Elle est considérée comme un témoin capital dans l’enquête sur les meurtres des étudiantes perpétrés à Hébertville, Montréal, Québec et Sherbrooke. Rappelons que les victimes sont des jeunes femmes de race blanche âgées d’une vingtaine d’années et suivant des cursus universitaires. Elles pourraient avoir rencontré le meurtrier sur Internet bien que présentement, il ne s’agisse que d’une hypothèse. Parmi elles, la fille du financier Robert Landry, Isabelle Landry-Perrault qui, comme les autres victimes, a été tuée de dix-sept coups de hache. Le porte-parole de la SQ a précisé que Anne Doreman, une Française de vingt-deux ans, n’est pas dangereuse et pourrait même être en péril si on ne lui porte pas rapidement assistance. Elle mesure cinq pieds et quatre pouces et pèse environ cent dix livres. Blonde aux yeux bleus, elle est vêtue de jeans bleu foncé, d’un parka rouge et de bottes noires. Pour une raison inconnue, elle a échappé à la protection policière qui lui était proposée et pourrait être en état de choc. On pense qu’elle se serait dirigée vers la région de Québec où elle pourrait se trouver à l’heure actuelle ».

Suivaient les coordonnées des services de police où tout un chacun pourrait donner des renseignements me concernant.

J’étais abasourdie, incapable de prendre la moindre décision. De manière évidente, les policiers avaient compris où j’allais. Mon père fit machinalement craquer sa mâchoire.

‒ Tu vois, murmurai-je, je t’ai mis dans un drôle de pétrin toi aussi…

‒ Que comptes-tu faire ? finit-il par me demander.

‒ Tu crois qu’ils vont prévenir Maman ? m’écriai-je, soudain prise de panique.

‒ Peut-être, je ne sais pas. En tout cas, ils vont certainement chercher à me contacter. Il est certain qu’ils ont prévenu le consulat à l’heure qu’il est et il ne seront pas longs à faire le rapprochement !

Je regardai mes vêtements : mon pantalon et mes après-ski passaient inaperçus, mais mon anorak et ma chevelure dorée attiraient l’attention, maintenant que mon signalement avait été diffusé sur les ondes. Sans compter mon accent français et le fait que ma destination était à présent connue de tous. Mon père devina mon embarras.

‒ Tu n’as rien d’autre à te mettre évidemment…

‒ Je n’ai pas eu le temps de faire mes bagages !

Il avança la tête pour mieux voir les panneaux verts qui défilaient au-dessus de nous.

‒ Il doit y avoir un centre commercial pas très loin d’ici. Je vais t’acheter un nouveau parka et un nécessaire de voyage.

‒ Laisse tomber le nécessaire, dis-je brusquement. Je me débrouillerai. Achète-moi plutôt une paire de ciseaux et de la teinture, ce qu’il y a de plus efficace.

Il vira en direction d’une zone d’activité. Dans l’ombre zébrée par la lueur intermittente des réverbères, son visage avait pris des reflets de bronze ; je devinai qu’il avait les mâchoires crispées. Il s’empara soudain de son téléphone cellulaire pour consulter sa messagerie mais arrêta son geste.

‒ J’espère qu’Estelle n’a pas eu la mauvaise idée de chercher à nous contacter.

‒ Tu ne vérifies pas ? demandai-je naïvement.

‒ Si je me connecte au réseau téléphonique d’une manière ou d’une autre, la police saura où je me trouvais à ce moment précis et ils pourront te retrouver.

Je me tassai dans mon siège, honteuse de tant d’imprudence. J’étais heureuse aussi : mon père me protégeait et me soutenait comme un vrai père. Je trouvais que, pour un amateur, il s’en sortait plutôt bien.

‒ Es-tu certaine de ce que tu veux faire ? Tu fuis la police alors que tu devrais craindre ce psychopathe ! Je ne sais plus quoi imaginer pour te venir en aide !

‒ Papa, je ne suis pas une criminelle en fuite tout de même ! Ils ne me tireront pas dessus.

‒ Ils peuvent t’expulser ou, pire, te faire de très gros ennuis.

‒ Je dois juste vérifier un détail, un détail important. La seule chose que tu puisses faire pour moi, c’est de me conduire quelque part où je pourrai passer la nuit et changer mon apparence.

‒ Je ne crois pas qu’aller à la maison soit une bonne idée mais il y a suffisamment de motels en bordure de Québec.

‒ Ça me convient parfaitement. De ton côté, réfléchis à une bonne excuse pour expliquer ton retard car je pense que la police t’attend de pied ferme.

‒ Pas trop difficile. Tu m’as contacté, je suis allé te chercher et je ne t’ai pas trouvée. J’ai attendu un bon moment puis je suis rentré à Saint-Augustin. Je payerai en espèces pour qu’ils ne puissent pas retracer notre parcours avec la carte de crédit.

Sans que je m’en aperçoive, nous étions arrivés sur le parking d’un grand centre commercial pompeusement baptisé "Place Fleur de Lys".

‒ Enlève ton anorak, dit mon père, il est trop voyant. Il y a souvent des patrouilles de police par ici.

Je m’exécutai. Il ajouta :

‒ J’en ai pour un petit moment. Je te laisse la clé, au cas où…

‒ Tu me vois prendre la fuite en voiture ?

‒ Non, mais au cas où tu aurais froid, démarre le moteur et mets le chauffage. Et dans tous les cas, reste enfermée et n’ouvre à personne.

Une bouffée humide et froide me gela le visage lorsqu’il ouvrit la porte. Je restai seule. Des gens se hâtaient, les bras chargés, regagnant leurs véhicules. Des phares trouaient l’obscurité. J’allumai à nouveau la radio. On y parlait encore de moi mais j’avais du mal à croire qu’il ne s’agisse pas d’une autre personne.

« D’après le Sergent Tremblay de la Sûreté du Québec de la MRC de Sherbrooke, Josée Miousse pourrait avoir été assassinée par erreur. En effet, c’est Anne Doreman, l’occupante de la chambre et principale témoin dans cette affaire, qui était probablement visée. Je vous rappelle que la jeune femme, citée comme témoin par le coroner de la ville de Sherbrooke, a disparu alors qu’on allait la placer sous protection policière. Bien qu’elle ait très certainement pris la fuite, on se doit d’être inquiet à son sujet. En effet, la jeune femme a été décrite comme psychologiquement fragile et on peut tout imaginer après les épreuves qu’elle vient d’endurer… ».

Psychologiquement fragile ! Ils ne manquent pas de toupet, pensai-je, à la fois furieuse et angoissée.

Un journaliste répéta mon signalement et j’imaginai que la télévision diffusait aussi ma photo. Il était de plus en plus urgent que je change d’aspect.

On parla également de Bernard. Il était bien plus à plaindre que moi.

« Bernard Pilotte, le seul accusé dans cette affaire, a été inculpé de violence sur agent de la force publique et de tentative de meurtre. Cependant, l’accusation de meurtre au premier degré ne devrait pas été retenue contre lui. Il semble en effet que la police ne le considère pas comme suspect dans la mort des étudiantes. Il a été interné dans le service pour malades dangereux de l’institut Philippe-Pinel de Montréal où il est soigné sous bonne garde. On peut néanmoins s’interroger sur les raisons de sa présence dans la chambre d’Anne Doreman où, je vous le rappelle, on a découvert le cadavre mutilé de Josée Miousse, une autre étudiante de l’université de Sherbrooke.

‒ En effet, reprit une journaliste à la voix suave qui donnait l’impression de vanter les mérites d’une ligne de lingerie ou de cosmétiques. On peut surtout se demander pourquoi il était armé d’une hache alors même que, jusqu’à présent, on n’a jamais retrouvé l’arme du crime. L’expertise dira s’il s’agit effectivement de la hache qui a tué Johanne Deschamps, Kathy Smith, Nathalie Bombardier et Isabelle Landry. Rappelons qu’il a gravement blessé un policier qui tentait de l’arrêter ».

Mon cœur se serra à la pensée de Jacques Delorme. Comme pour calmer mon angoisse, le journaliste déclara :

« Il s’agit du caporal Jacques Delorme de la SQ de Sherbrooke qui raccompagnait Anne Doreman à sa chambre. Les raisons exactes de la présence du policier dans les Nouvelles Résidences de l’UdS semblent d’ailleurs un peu curieuses. Certains prétendent qu’il entretenait une relation amoureuse avec la jeune femme. Ce qui paraît certain, c’est qu’il a sauvé la vie de sa protégée.

‒ A-t-on de ses nouvelles ?

‒ Oui, il aurait été blessé au bras mais ses jours ne sont pas en danger. Il a par contre perdu beaucoup de sang et devra subir une intervention chirurgicale avant de pouvoir se servir à nouveau de sa main ».

Je coupai le son, prise de vertige. La lumière des phares me faisait mal aux yeux et par moments, je voyais comme à travers un brouillard. Je songeai que j’avais peut-être besoin de lunettes et que mes longues soirées devant l’ordinateur n’avaient certainement pas amélioré ma vue.

Mon père avait raison. Une voiture de police glissait dans l’ombre et je devinai les deux policiers qui, depuis l’intérieur, scrutaient la nuit. Par réflexe, je me tassai sur mon siège. Un couple passa devant moi en riant et je sursautai. Mon père apparut enfin entre les voitures, un gros sac en plastique à la main et un sachet en papier sous le bras. Je lui ouvris et il me tendit les affaires.

‒ Manteau vert, ça te convient ?

‒ C’est pas ma couleur préférée mais c’est sans importance. En ce moment, c’est mieux que du rouge.

‒ Il y a aussi un nécessaire de voyage avec des ciseaux et de la teinture auburn. Il paraît que ça tient au moins un mois.

‒ J’espère que ça ne durera pas tout ce temps-là ! Je ne suis pas faite pour la clandestinité…

Nous quittâmes la zone commerciale sans être inquiétés. Mon père était concentré, cherchant ses repères.

‒ Pour l’hôtel, on n’a pas trop le choix. A l’heure qu’il est, mon auto est certainement recherchée. J’ai une idée : pas trop loin d’ici, il y a une zone de motels où la police n’ira pas te chercher tout de suite… Pour la voiture, je vais demander à Estelle de te prêter la sienne. Peut-être qu’ils n’y penseront pas ; elle est au nom de sa mère et elle ne l’utilise pas souvent. C’est une Chevrolet Geo Metro blanche. Elle laissera les clés dans la boîte à gants.

‒ C’est risqué, non ?

Il sourit :

‒ Ça n’intéresse pas grand-monde, c’est un modèle bas de gamme… Sinon, il faudra te débrouiller toute seule.

Il fouilla dans sa poche tout en continuant à conduire et me tendit une liasse de billets à l’effigie de la reine Elisabeth II.

‒ Tiens, voilà pour tes premiers frais. Je n’ai pas plus sur moi et retirer de l’argent ici m’aurait fait repérer.

‒ Et Estelle, que va-t-elle dire ?

Mon père émit un petit rire.

‒ Elle va certainement jurer que tu es folle et que je suis plus fou encore, mais je pense qu’elle comprendra. Quant à ta pauvre mère, je n’ose songer à sa réaction si elle nous voyait tous les deux, toi en fuite et recherchée par la police, et moi t’aidant à courir aux basques d’un fou !

Je sautai sur l’occasion : jamais il n’avait abordé le sujet de son plein gré et avait toujours donné des réponses évasives à mes questions les plus embarrassantes.

‒ Tu regrettes d’avoir quitté Maman ?

‒ Non, mais je regrette de vous avoir quittées, ta sœur et toi. Je pensais être un bon mari et je croyais que je serais un bon père. Je n’ai été ni l’un ni l’autre.

‒ Il n’est peut-être pas trop tard…

Il froissa avec hargne le paquet de chewing-gums qu’il venait de vider.

‒ Une chose est certaine : il est trop tard pour regretter.

Sa voix s’était voilée et je ne su si c’était parce qu’il songeait au passé ou parce qu’il imaginait le lendemain, lorsqu’il ne serait plus à mes côtés pour me soutenir et me protéger. Je savais qu’il était déchiré entre la peur de me voir mourir et la nécessité de me laisser assumer ma vie jusqu’au bout. Il avait déjà eu à faire un choix pour lui-même et refusait de le faire à ma place, maintenant qu’un problème se posait à moi. Ce soir-là, je lui fus reconnaissante de ne pas m’avoir menti par fierté. Il ne me cachait plus qu’il avait assumé sa décision et que le prix à payer était lourd : depuis seize années, il se demandait s’il avait fait le bon choix sans oser se retourner pour voir ce qu’il avait laissé.

A suivre...

© Lignes Imaginaires 2017/Christophe Dugave 2003

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