Chapitre 15

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Les deux journées qui précédèrent mon rendez-vous avec Jacques Delorme me parurent interminables. J’étais à la fois heureuse de ce flirt inattendu et angoissée par cette situation ambiguë. A aucun moment je n’avais pu prévoir la tournure étrange qu’avaient pris les événements et je savais, sans pouvoir ni vouloir rien y faire, que je me plaçais dans une situation embarrassante. J’étais à la veille de débuter une relation sentimentale avec un policier qui participait à une enquête dans laquelle je témoignais et, même si je n’étais pas au fait des règlements, j’imaginais bien que Jacques Delorme prenait le risque de se faire blâmer par ses supérieurs. D’une certaine manière, j’étais flattée qu’un homme mette ainsi sa carrière en péril pour me conquérir mais en même temps, je me rendais bien compte que cela avait de fortes chances de ne nous mener nulle part. Pourtant, j’avais beau me sermonner et me traiter d’idiote, j’attendais beaucoup de cette soirée, et tellement plus encore du beau et fringuant policier. Sans oublier Johanne, Internet et la traque du tueur, qui était encore la première de mes préoccupations, j’avais décidé de penser à moi – ou plutôt à nous – ne serait-ce que quelques heures. Je ne regardais plus les gens et les choses de la même manière. J’avais soudain cessé de voir en chacun un ennemi potentiel et presque oublié que quelqu’un pouvait m’en vouloir. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en arrivant le jeudi matin, je croisai Anthony qui sortait du bureau d’Andrej Bukovski, son responsable de stage. Il avait l’air tendu et sa nervosité transparaissait davantage du fait de sa mauvaise mine. Il était amaigri et semblait se traîner dans un état second. Il répondit à peine à mon salut et continua son chemin de la même démarche lymphatique. J’imaginais qu’il était encore sous l’emprise des calmants et je comprenais aisément pourquoi : malgré la découverte du corps de Kathy Smith, c’était un suspect bien utile sur lequel la police pouvait s’acharner à défaut d’une autre piste. Après avoir été incarcéré à Chicoutimi jusqu’à ce que l’avocat engagé par ses parents le fasse finalement libérer, il avait été interrogé à maintes reprises par la Sûreté du Québec au point de ne pouvoir remettre les pieds au département de chimie. Ainsi, malgré la création d’un collectif qui avait réuni professeurs et étudiants pour réclamer l’arrêt des poursuites dirigées contre Anthony Lapointe, son retour à l’université avait eu lieu dans la plus grande discrétion. Il n’était pas ici question de victoire et je me doutais que cette épreuve, conjuguée à la mort de Johanne, avait été pour lui une expérience très traumatisante.

Je ne revis pas Anthony de la journée et en vins presque à l’oublier alors que je voyais défiler avec lenteur les heures qui me séparaient de mon rendez-vous avec Jacques. Nous devions nous retrouver chez moi mais je n’avais aucune envie de tourner en rond dans ma chambre, aussi étais-je restée au laboratoire jusqu’à 6 heures passées. A cette heure, Jean Lavigne et Pierre-André étaient déjà rentrés dans leurs foyers et Eva travaillait à son bureau. J’étais donc seule dans le laboratoire, retraitant sur ordinateur les premiers résultats encourageants obtenus depuis un mois. Le sentiment d’une présence dans mon dos m’interrompit et je me retournai si brusquement que je faillis tomber de ma chaise. Anthony, qui s’était approché à pas comptés, esquissa une retraite prudente.

Excuse, murmura-t-il d’un air gêné, je voulais pas te faire peur…

‒ Décidément, tout le monde s’est passé le mot pour me coller une crise cardiaque ! répondis-je en plaisantant.

‒ Tout le monde, ah bon, qui d’autre ?

‒ Laisse tomber, c’est sans importance. Tu voulais me parler ?

‒ Oui, dit-il en se dandinant d’un pied sur l’autre. Je sais c’que tu as faite pour moi… Je voulais te remercier.

‒ Je n’ai rien fait de plus que les autres. Je ne trouvais pas ça normal que la police s’en prenne à toi.

Je faillis ajouter que je me sentais un peu responsable de cet état de fait mais je m’abstins. Il balaya ma mauvaise conscience en m’annonçant :

‒ C’était un peu de ma faute. J’ai tout fait pour avoir du trouble.

‒ Comment cela ? Tu n’y étais pour rien !

‒ Non, mais j’ai pas été ben clean avec les policiers.

‒ Comment ça ? demandai-je, intriguée.

‒ J’aurais pas dû chercher à leur compter des jokes. Y voulaient me coincer et ça a pas été trop difficile !

‒ Explique-toi !

Il semblait vouloir m’avouer quelque chose sans oser vraiment se lancer.

‒ Ben, voilà, je voulais que tu saches. J’ai pas tué Johanne.

‒ Je ne l’ai jamais pensé…

‒ Je suis désolé pour le réveillon, j’avais trop bu, je savais plus ce que je disais.

‒ Il y avait une bonne raison pour que tu vides tes bières les unes après les autres ?

‒ Je revenais d’Hébertville.

La nouvelle me cloua sur ma chaise. Je le regardais, ne sachant que répondre. Finalement, je trouvai la force d’articuler :

‒ Tu étais allé voir Johanne…

‒ Oui, je voulais lui parler.

‒ Comment est-ce possible ? Elle a été tuée vers 17 heures et toi, tu as fait le plein à Québec trente minutes plus tôt. Et je t’ai vu moi-même à 19 heures au Kudsak. Tous ceux qui étaient avec moi ont témoigné en ta faveur.

‒ Johanne avait été tuée avant.

‒ Quoi ! m’écriai-je. Comment le sais-tu ?

Tout à coup je compris et mon cœur sembla s’arrêter sous l’effet de l’émotion.

‒ Tu l’a vue… morte ?

Sa pomme d’Adam s’affola quelque part sous son menton. Il évita désespérément de me regarder en face.

Tsé, mes parents étaient pas à maison, alors j’suis parti le matin vers 9 heures. La route était dégagée et je suis arrivé chez elle à 2 heures de l’après-midi, un peu après.

‒ Et ?…

La porte était pas barrée. Je l’ai vue tout de suite, étalée les bras en croix dans la cuisine. Il y avait du sang partout. J’ai compris qu’elle était morte, qu’il n’y avait plus rien à faire. J’ai voulu appeler à l’aide mais personne ne m’avait vu arriver et je savais qu’on me soupçonnerait. Je ne suis pas rentré mais j’ai juste poussé la porte. J’ai effacé mes traces de pas dans la neige et je me suis éloigné en essayant de ne pas perdre la tête.

‒ C’est de ça que parlait la police, de l’incertitude sur l’heure exacte de la mort parce que tu avais suffisamment ouvert la porte pour que le thermostat se déclenche.

‒ Tu veux dire quoi, exactement ?

‒ Rien, répondis-je, je me parlais à moi-même.

Je savais que l’on déterminait l’heure de la mort en prenant la température corporelle du cadavre et en la comparant à celle de son environnement. Mais je me doutais que les choses avaient été compliquées par le fait qu’Anthony avait laissé la porte entrouverte avant de prendre la fuite, déclenchant probablement le thermostat qui était situé à proximité. Par la suite, il avait été bien difficile pour la police d’évaluer le refroidissement du corps pour dater le décès et les journalistes s’étaient chargés de rendre certaine une information très hypothétique.

Anthony reprit son explication :

‒ J’ai dit à la police que je voulais voir Johanne parce qu’elle refusait de me parler au téléphone et que j’avais rebroussé chemin à Québec.

‒ Et ils n’ont pas voulu te croire, n’est-ce pas ?

‒ Non, parce que la voiture de mon père, c’est un Ford Explorer, un gros quatre par quatre qui laisse des traces plutôt voyantes.

‒ Et ils t’ont demandé où tu étais ce jour-là, ce que tu avais fait et quelle était la voiture de tes parents.

‒ C’est ça. Je leur ai dit que j’étais allé à Québec mais ils ont compris que je m’y étais arrêté en revenant du Lac Saint-Jean.

‒ Tu leur as avoué ?

‒ Non bien sûr, mais tu sais comment sont les chiens. Ils ont senti que quelque chose était croche, alors ils m’ont achalé.

‒ Ils avaient un peu de quoi, non ?

Il avoua tout penaud :

Pi, en allant voir Johanne, j’ai croisé quelqu’un…

‒ Quelqu’un ? Un homme ?

‒ J’sais pas. Tsé, j’ai pas fait attention… Une femme, je crois. Ensuite, j’ai eu peur qu’elle vienne témoigner. J’savais plus quoi dire à la police !

Je me tassai sur ma chaise, déçue de cette fausse piste. Je me demandais bien si ce qu’il me racontait était la vérité. Il me regarda droit dans les yeux :

‒ Je savais que je n’avais aucune chance avec Jo mais j’te jure, j’aurais jamais pu lui faire du mal.

‒ Même sous l’emprise de l’alcool ? demandai-je, troublée.

Je regrettai aussitôt ma question, mais il était trop tard.

‒ J’avais pas bu une goutte avant d’aller au Kudsak, dit-il avec des sanglots dans la voix. J’ai pas mis quatre heures pour rentrer, ça te dit à quelle vitesse j’ai roulé.

J’imaginais volontiers la performance. Par le plus court chemin, quatre cent cinquante kilomètres environ séparent Hébertville de Sherbrooke et, sur la neige, couvrir cette distance en quatre heures tenait du record.

Anthony ajouta d’un air découragé :

Tabarnak ! Tu me croyais avant que j’ouvre la bouche et maintenant que je me suis justifié, tu me soupçonnes !

Il tourna les talons et disparut dans le couloir. Je l’entendis claquer une porte avec tant de force que les vitres tremblèrent dans tout l’étage. Je regardai machinalement ma montre et me rendis compte qu’il était presque l’heure du rendez-vous. Je rentrai en trombe, pris une douche express et abandonnai mon sweat-shirt et mes éternels blue jeans pour une tenue plus habillée. J’avais choisi un petit haut ajusté qui mettait bien en évidence le galbe de ma poitrine sans trop la dévoiler ainsi qu’une jupe rouge fantaisie et une paire de collants noirs censés me protéger du froid. Je savais qu’ils étaient trop fins et que je gèlerais dès que je mettrais un pied dehors mais le désir de plaire était si fort que je me moquais bien de la météo. N’ayant pas d’escarpins, j’avais enfilé mes chaussures les plus fines, espérant qu’elles seraient épargnées par la neige et le sel car je n’en avais pas d’autres. Suprême raffinement, je m’étais maquillée et mon manque de maîtrise de la chose m’avait incitée à la prudence. Aussi m’étais-je contentée de souligner mes yeux et de dessiner le contour de ma bouche avec un rouge à lèvres à moitié desséché.

Jacques Delorme arriva à l’heure convenue. Il n’avait pas fait d’effort vestimentaire particulier mais il sentait bon le gel douche et l’après-rasage et la peau de ses joues semblait aussi veloutée que celle d’un enfant. Il m’exhiba avec fierté une bouteille de vin d’Alsace qu’il sortit du sachet anonyme fourni par la "Société des Alcools".

‒ J’ai pensé que tu préférerais un vin blanc. J’ai hésité avec du Chardonnay californien et puis je me suis décidé pour un Gewurztraminer.

Je souris en me demandant quel plat pourrait bien se marier avec ce vin sucré.

‒ Il faudra songer à le mettre à refroidir, dis-je. Ça se boit frais.

‒ Connais-tu le "Choux de Bruxelles" ? me demanda-t-il.

‒ Je vois où c’est mais je n’y ai jamais mangé. C’est un peu au-dessus de mes moyens.

Le Choux de Bruxelles était un restaurant qui servait une excellente cuisine d’inspiration belge et l’épouse de Jean Lavigne m’en avait fait l’éloge sans se rendre compte que ma bourse n’avait pas les dimensions requises pour satisfaire ma gourmandise.

Alors que nous descendions vers le stationnement, je lui posai la question qui me brûlait les lèvres et m’avait empêchée de dormir une partie de la nuit précédente. Il avait abandonné le vouvoiement officiel et cette familiarité m’enhardit.

‒ Jacques, avant d’aller plus loin, je voudrais te poser une question…

‒ Une question, une seule, dit-il d’un ton léger. Ça va, tu n’es pas trop curieuse.

Il m’ouvrit la portière et le geste me surprit car je n’étais guère habituée à cette marque de courtoisie. En général, personne ne tenait les portes à personne et j’en faisais autant. Une fois dans l’habitacle, nous restâmes silencieux un moment. J’évitai son regard.

‒ Je voudrais savoir si tu as quelqu’un dans ta vie, demandai-je d’une voix tendue. Je n’ai pas envie de me faire des illusions.

Il m’adressa un sourire énigmatique.

‒ Ma vie est à la fois très vide et trop bien remplie. Ce n’est pas facile d’être la femme d’un policier, déclara-t-il, surtout si ce policier aime son métier.

‒ Et tu aimes ton métier…

‒ C’est toute ma vie. Ne me demande pas pourquoi. J’ai des amis, des passions et puis j’ai ma job.

‒ Tu ne doutes jamais ?

‒ Tout le temps ! Il ne se passe pas un jour sans que je me demande ce que je fais là, en planque dans mon char, planté devant le téléphone ou collé à ma maudite paperasse, mais le soir quand je me couche, j’ai la réponse et elle me suffit : je sais que ce que je fais est bien et j’essaye de bien le faire.

‒ J’ignorais qu’il existait encore des hommes aussi idéalistes, dis-je en riant.

Il ne répondit rien, démarra et, se retournant pour reculer, déposa un baiser sur mes lèvres sans que j’esquisse le moindre geste de défiance. J’en ressentis une brûlure tellement enivrante que j’aurais voulu qu’il ne s’arrête pas. Mais déjà, il s’était redressé pour surveiller la manœuvre. L’Oldsmobile patina dans la neige fraîche avant d’accrocher enfin le goudron déblayé. Nous quittâmes le campus, longeant les pentes du mont Bellevue en direction de l’Est. En contrebas, le long des entrepôts qui bordaient les rives gelées de la rivière Magog, la glace saupoudrée de neige brillait dans le halo des réverbères. Je m’efforçai de ne pas penser à Anthony, ni à ce qu’il venait de m’apprendre.

Le trajet ne dura que quelques minutes et nous trouvâmes une place de stationnement sans la moindre difficulté car, en ce dernier mercredi de janvier, chacun se hâtait de rentrer chez soi pour échapper au froid et à l’humidité. A l’image du parking, le restaurant était presque vide. L’ambiance y était feutrée et intime et cela me convenait parfaitement : je n’étais pas très démonstrative et je n’aimais pas les débordements amoureux en public. Nous nous décidâmes pour une place près de la fenêtre. La serveuse vint nous servir des verres d’eau glacée et Jacques en profita pour lui demander de faire refroidir sa bouteille de Gewurztraminer. En effet, le Choux de Bruxelles ne possédait pas la licence pour servir des alcools et il était permis d’y amener son vin.

Alors qu’on venait d’enregistrer notre commande, je demandai à mon compagnon :

‒ Jacques, il y a quelque chose que j’aurais aimé savoir…

Delorme me jeta un regard interrogateur.

‒ Aviez-vous une bonne raison de vous acharner sur Anthony Lapointe ? Que lui reprochiez-vous que la presse n’a pas divulgué ?

Il leva les mains en signe d’impuissance.

‒ Apparemment, Couillard et Chiasson avaient des arguments sérieux, mais je n’en sais guère plus.

Je compris qu’il savait quelque chose mais ne voulait rien me dire. Comme j’insistai, il posa son doigt sur mes lèvres pour m’imposer le silence.

‒ Je sais que c’est important pour toi mais je n’ai pas envie de discuter de ça toute la soirée. Pas ce soir en tout cas.

Je renonçai, provisoirement, et ne lui parlai pas de la confession d’Anthony.

La réputation de l’établissement n’était pas surfaite : la cuisine était raffinée et le service efficace et discret. Ce fut une merveilleuse soirée qui m’arracha à mon quotidien et me fit oublier, pour un temps, l’angoissante réalité. J’étais un peu frustrée de ne pouvoir parler de l’affaire mais, maintenant qu’il s’était débarrassé de son masque rigide d’enquêteur et moi de ma condition de témoin, je réalisais que j’avais cessé de voir en lui le policier pour découvrir l’homme charmant que j’avais envie de conquérir.

Jacques avait tout juste dix ans de plus que moi et sa maturité me rassurait, moi qui n’avais jamais connu que des hommes de mon âge. Il me raconta sa jeunesse à Longueuil, dans la banlieue de Montréal où travaillait son père. Il lui vouait une admiration sans bornes qui s’était transformée en véritable culte lorsque celui-ci, agent de la Police Métropolitaine, était mort en service alors qu’il n’avait que douze ans. La disparition du héros familial avait été plus tragique que glorieuse car le malheureux avait heurté un camion de plein fouet tandis qu’il tentait d’intercepter un chauffard, mais les circonstances avaient marqué le petit Jacques au point de faire de son entrée dans la police sa priorité numéro un. En revanche, il ne me parla guère de sa mère et je compris, à certaines de ses réflexions, que sa conduite était plus que légère et qu’elle aurait très bien pu mettre les voiles, comme l’avait fait mon propre père, sans que sa sensibilité d’enfant en fût affectée le moins du monde. Dans un certain sens, nous avions eu la même enfance, marquée par le vide qu’avait creusé l’absence d’un père. La sienne avait été encore plus sombre et le fait qu’il s’en soit sorti sans véritable soutien le rendait plus cher à mes yeux. Je pensai aussi au hasard qui avait fait se rapprocher quatre cœurs vides : tout autour de moi, l’histoire semblait se répéter avec quelques variantes tragiques ou cyniques telles que la vie sait les concocter. Johanne n’avait que trop connu son père, et celui-ci s’était montré indigne de sa fille en assassinant son innocence, tandis que Bernard s’était senti rejeté pour toujours en comprenant que son père avait préféré fuir plutôt que d’accepter son handicap. Jacques, au contraire, avait eu un père formidable mais la fatalité et la bêtise des hommes le lui avaient ravi. Restait ma propre expérience que j’avais autrefois crue la pire de toutes et que je découvrais tellement plus légère, maintenant que j’avais retrouvé celui qui était parti…

Bien sûr, je racontai à Jacques Delorme mon enfance, mes douleurs et mes souffrances, les lettres sans réponse et les coups de téléphone qui ne venaient jamais. Pourtant, sans vraiment l’avoir prémédité, j’omis de lui parler des retrouvailles avec mon père et il ne me posa aucune question à son sujet. Il ne m’interrogea d’ailleurs pas beaucoup et je lui en fis la remarque.

‒ C’est parce que je ne veux pas que tu croies que c’est mon métier qui déteint sur moi. Parfois, je sais oublier la police…

Et petit à petit, alors que la soirée s’avançait, je franchissais chacune des murailles que la vie avait dressées devant son cœur. Aussi, lorsque nous sortîmes du restaurant, je lui pris la main et lui proposai de venir boire un dernier verre dans ma chambre.

‒ Je n’ai que de la bière à te proposer et encore, elle n’est pas fraîche, murmurai-je alors que nous venions de nous installer dans l’habitacle glacial où nos souffles se matérialisaient en volutes de vapeur paresseuse qui dessinaient des tableaux de givre sur le pare-brise.

‒ Je veux bien aller chez vous, répondit-il, mais je ne crois pas que j’aie envie d’une bière.

Puis il déposa sur ma bouche un baiser encore plus brûlant que le précédent qui enflamma mon désir.

A suivre...

© Lignes Imaginaires 2017/Christophe Dugave 2003

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Je restais donc sur mon siège, et attendis de voir la suite. Le bonhomme harcelait toujours cette pauvre fille sans que personne n'eut parut l'avoir remarqué. Au bout de cinq minutes, il lui attrapa le bras. Il défit son vêtement, la courba et... ce qui arriva ensuite, je ne peux décemment pas vous le raconter.

Les policiers ont reconnu que Jeanne Gernez, quinze ans, avait subi un viol dans les transports en commun, au jour du vingt-sixième janvier deux-mille dix-huit à dix-huit heures. Ils ont également inculpé tous les passagers présents ce soir là pour non assistance à personne en danger. Jean et Lise sont concernés.
-Je mérite pas d'être en vie.
Jean et Lise songeaient dans un parc à la frontière entre le quinzième et la quartier de la tour eiffel. Ils avaient assistés au viol il y a deux semaines. Aucun des deux ne parvenaient encore à bien dormir la nuit, et, dans leurs cauchemars, chacun réentendait les cris de Jeanne.
-Ne dis pas cela, lui répondit Lise. S'il y a une responsable ici, c'est moi, et c'est moi qui devrait être à cette heure-ci dans un cercueil.
Lise rêvassait. Elle aimait bien ça, rêvasser, depuis deux semaines, adoptant quand elle s'oubliait un air profond et lointain. Soudain, elle pleura.
-hé moi, je pensais à ce que mon boss allait penser de moi, et,...et, je ne voulais pas d'histoire. On violait une fille devant mes yeux, et je n'ai fait que réfléchir à ma carrière...
Jean eut de la peine pour elle. Quoiqu'il en avait aussi pour lui-même. Certains gestes de la vie quotidienne comme de regarder son reflet dans la glace se montrèrent pénibles. Il ne pouvait plus non plus fixer ses enfants, et quand il y parvenait, il imaginait un autre lui se tortiller péniblement sur son siège pendant qu'un de ses enfants se faisait violer.

Deux ans s'écoulèrent. Lise avait fini par se faire une raison, et après quelques séances de psy, Jean se reconstruisit un amour propre. Le train train de vie avait repris, et un soir où Jean préparait la cuisine, il réussit pour la première fois à parler à sa femme de l'incident.
-Tu sais, chérie.... c'est peut-être un cliché que j'ai pu lire dans un roman à l'eau de rose , mais voilà; il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle.
Sa compagne s'appelait Carmen. Il l'avait épousé pour sa gentillesse, et elle avait toujours un mot gentil à lui adresser, ou de bons conseils à lui prodiguer.
-Ce n'est pas de ta faute. Ce qui arriva, c'est que tu as eu peur. C'est normal. Je dirais même que, parfois , ça demande du courage, d'avoir peur. Le courage de se dire qu'après cela, on se détestera pour toujours, mais qu'on reverra sa famille et qu'on continuera de s'en occuper.
Carmen était aussi très philosophe.
-Oui, mais tu ne comprends pas. Je... j'ai sincèrement eu peur. Oui, j'ai eu les jetons de ne plus vous voir, mais il y a autre chose. J'ai eu peur pour moi. Et j'ai agi comme une tapette.
-Oui, t'as vraiment agi comme un connard.
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-Tu me reconnais, Jean? Depuis le départ, tu savais qu'un de ces jours je te rendrais une petite visite.
Jean ne joua même pas aux surpris. Il avait gardé ce secret depuis bien longtemps. L'adolescente qu'il avait laissé se faire violer s'avéra être la fille d'un ancien collègue, Gérard Gernez. Ils n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde, mais à l'époque, ils se disaient toujours bonjour et s'échangèrent deux, trois blagues sur la nouvelle performance du fc club de lens ou sur la tenue de la chanteuse Israëlienne à l'eurovision. A présent, Gérard Gernez le regardait avec les yeux d'un fou, et il menaçait sa vie, et celle de son épouse.
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-Te faire pardonner,... te faire pardonner...
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- Crois tu que l'on parle de choses pardonnables? que ce dont on t'accuse est pardonnable?
-Non... mais je..
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La justice condamna Jean à treize ans de prison. Il avait assassiné un homme de sang froid, n'avait pu invoquer la légitime défense. Il l'avait poignardé dans le dos. Jean était dans la force de l'âge. Il adorait sa vie, qu'il voulait heureuse et prolifique. A présent, Jean était un criminel. Et je vais vous paraître prétentieux, mais laissez moi vous dire que s'il avait eu des couilles, il serait encore dans le peloton de tête de la fameuse course au bonheur.


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Du Chaos naissent les étoiles
 (« Le jour où je me suis aimé pour de vrai », écrit par Kim et Alison McMillen)

Le jour où je me suis aimé pour de vrai… On peut dire qu'il est arrivé. Et qu'il n'est pas arrivé. Les deux en même temps. J'ai mis du temps à comprendre. Comprendre quoi ? Je ne serais jamais comme les autres. Ça avait été sous-jacent toute ma vie. Mais ça a fait « ding » dans ma tête en cours de sociologie. Quand tous les exemples donnés ne s'appliquaient pas à moi.

J'ai regardé autour de moi et j'ai compris.


J'ai compris que je ne serais jamais comme ces gens autour de moi. Cette différence, je me la trainais depuis des années. Ils venaient tous de grandes villes. Je viens d'un petit patelin perdu – que j'aime – dont personne ne connaît jamais le nom, même dans la région.


Et je me suis souvenu.

A mon entrée au lycée, le regard étonné du professeur principal, lorsque j'avais donné le nom et la ville de mon collège. Comme si les élèves de cet établissement ne pouvait pas réussir dans une filière générale – pis encore, avec une option scientifique !

Avant ça, au collège, on me regardait déjà comme une extraterrestre. Des bonnes notes. Pas de la ville – même là, à moins de huit kilomètres de mon village, personne n'en connaissait le nom !  Je n'aimais pas la même musique. Je n'avais pas le même genre de centres d'intérêts. Je ne fumais pas en cachette dans les WC. J'aimais  les livres plus que je ne m'intéressais aux garçons. Je m'habillais comme un mec, trouvant les jeans plus confortables que les jupes. Grande gueule. Des blagues étranges, qui attirent l'animosité – le premier degré n'est pas à la portée de tout le monde, mais je ne le savais pas encore. Mes amis, les vrais n'étaient pas dans la même classe.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Encore avant, je préférais jouer au foot, à la balle au prisonnier, grimper dans la cage à écureuils, courir avec les garçons, plutôt que de m'asseoir à discuter… Discuter de quoi ? Je n'ai jamais su. Jamais su parler pour ne rien dire. Je préférais le basket et le judo à la gymnastique. Partir explorer les environs à vélo avec mon ami d'enfance. Combattre des dragons imaginaires.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe commençait à apparaître.

Plus jeune encore, et l'anecdote semble être une des favorites dans la famille – de même que mon exploit de « monter » sur un arbre en vélo, de peur de freiner dans les graviers – cette fois où mon grand-père m'avait offert une poupée. Que j'avais jetée pour mieux jouer avec les petites voitures de mon frère.

Et déjà, je ne voulais pas entrer dans les cases faites pour moi.

Toujours au lycée, à l'internat, être enfermée avec des filles était pour moi une torture. Maquillages, garçons, tels étaient leurs sujets de conversations. J'en étais toujours à chercher des dragons à combattre, dévorant bouquin sur bouquin.
Passant le permis moto - « Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! » Et si, Mémé, moi aussi.
Premier contact avec les machines – qui devint mon seul contact avec les filles de l'internat.

Et toujours, ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Comme le dit le proverbe, il vaut mieux être seul que mal accompagné. Mais je ne traverse pas la vie sans personne autour de moi. Il y a quelques personnes qui sont incluses dans ma bulle de différence et d'indifférence.

J'ai continué mon chemin, dans un monde où mes interlocuteurs principaux prennent place derrière des machines, ordinateurs et téléphone. Dans ma promotion, c'était déjà le cas. Vous voulez savoir un secret ? Les informaticiens sont parfois pire qu'un troupeau de filles adolescentes. Là non plus je ne me sentais pas à ma place. Pas incluse dans un groupe.
J'y ai appris que certains pouvaient être vraiment cons et pour sauver leur cul, risquer de mettre toute votre carrière en danger pour simplement sauver leur année scolaire. J'y ai appris que faire des grands plans n'amenait que la déception. J'y ai appris que l'argent achetait le diplôme et qu'au final, les connaissances acquises n'étaient pas importante.

Et une fois de plus, le sentiment de ne pas faire partie du groupe.

Mais j'avais compris. J'avais compris que la réussite, ce n'était pas de faire partie d'un de ces groupes. De vouloir s'affilier à quelque chose qui ne serait pas moi. Je n'ai pas besoin de la plupart d'entre eux. Nous pouvons faire un bout de chemin ensemble, mais ils ne sont pas moi. Je ne suis pas eux. Je suis libre d'aller de mon côté. De remonter à contre-courant. D'être une fille et d'aimer la moto, l'informatique, les sports de combat, les films de science-fiction, le hard-rock et les machines.

Je suis un électron libre de sa trajectoire. Libre de gravité aléatoirement. De me perdre sur mes propres chemins.

Libre de n'appartenir à aucun groupe.

Libre de douter, la nuit, de mes choix. Libre de m'aimer et de m'accepter comme je suis. Comme les autres ne peuvent m'accepter et m'aimer.
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