Chapitre 12

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Je passais toutes mes soirées à surfer sur Internet sans résultat. J’étais d’une humeur massacrante. Je refusais les invitations, manquais pour la première fois une répétition de Lysistrata et vivais de sandwiches et de soupes, rivée à mon PC. J’avais l’impression de vivre en recluse, telle une nonne, me refusant les plaisirs de la vie pour mieux me consacrer à ce sacerdoce sans espoir. Mais à chaque fois que je pensais à Johanne, ma volonté se faisait à nouveau inflexible et je repartais explorer les arborescences de la Toile. Ma guerre à moi, elle était là et non sur les planches. Pourtant, les nuits me trouvaient vidée et amère lorsque je me couchais vers 2 ou 3 heures du matin. J’avais successivement supporté les fantasmes des Français, des Belges et des Suisses qui occupaient les salons de la tchatche francophone, attendant patiemment que les Québécois minoritaires profitent du décalage horaire pour reprendre le contrôle de Bavardage. Chaque fois, j’étais près d’abandonner et chaque fois, je repartais dans ma quête de la vérité comme d’autres étaient partis chercher le Saint Graal.

A force de multiplier les contacts, je finis par retrouver quelques habituées mais aucune ne paraissait devoir vraiment s’attacher à moi. "bombon_cherie", cependant, semblait m’apprécier particulièrement. Nous nous étions rencontrées un soir alors qu’une nouvelle fois, je m’étais résolue à tout laisser tomber :

bombon_cherie : bonsoir, Nathalie, 20, quebec

anadore : bonsoir, Anne, 22, Sherbrooke

bombon_cherie : tu es au quebec aussi ? moi montreal

anadore : etudiante ?

bombon_cherie : oui en commerce international a l’UdM

anadore : moi en chimie à l’UdS

Nous avions discuté pendant quelques minutes et elle avait fini par me demander :

bombon_cherie : je peux te mettre dans ma liste d’amis ?

J’avais accepté et elle n’avait pas manqué de me contacter dès le lendemain. Elle m’avait envoyé sa photo après quelques jours et j’avais répondu avec un vieux cliché d’identité numérisé sur lequel j’étais méconnaissable. Des liens curieux s’étaient tissés entre nous. Bien que je l’aie rencontrée dans le salon des lesbiennes, elle ne m’avait jamais parlé de sexe et, paradoxalement, cela m’avait semblé curieux. La plupart des hommes se faisant passer pour des femmes étaient directs et vulgaires mais à aucun moment Nathalie n’avait abordé de sujets scabreux ni utilisé de termes osés. Pourtant, nos conversations avaient pris peu à peu un tour plus personnel. Elle se racontait dans des monologues fleuves et dans des courriels encore plus longs. Peut-être espérait-elle que je lui répondrais à l’identique : peine perdue ! Mes réponses étaient courtes, impersonnelles, et lorsque j’étais contrainte de donner des détails sur ma vie, je les inventais. Je le faisais aussi peu que possible car je savais que mentir est un art. Ma relative réserve n’avait pas semblé la décourager.

Curieusement, ce n’était pas tant ses discours qui avaient retenu mon attention et éveillé ma méfiance que sa photo. Elle prétendait s’être photographiée avec un appareil numérique mais, contrairement à la plupart des clichés d’amateurs, le cadrage et l’éclairage étaient parfaits et la créature de rêve qui posait semblait plutôt sortir de l’énorme stock de photos de charme circulant sur le Net plutôt que d’une chambre d’étudiante montréalaise. Nathalie était blonde comme les blés de la Saskatchewan avec un visage ovale, un nez fin et des lèvres pulpeuses. Le galbe de sa poitrine et l’arrondi de ses hanches étaient soulignés par ses vêtements si ajustés qu’elle semblait avoir grandi dedans et par sa pose, pleine de grâce et de naturel. Chaque fois que je la regardais, je me demandais si Johanne avait conversé avec elle, mais j’étais troublée par le fait qu’elle n’ait pas conservé de photo sur le disque dur de son ordinateur tout comme elle l’avait fait avec ses autres correspondantes. Et si ce n’était pas le cas, se pouvait-il que bombon_cherie ait un lien quelconque avec cette histoire ?

Je repensais à Kathy et son silence me mettait mal à l’aise. S’était-elle doutée de la supercherie ? Avait-elle appris entre-temps que sa véritable correspondante était morte et enterrée ? Ou bien lui était-il arrivé quelque chose ?… La seule raison de mon inquiétude était le changement brutal de style après la longue interruption dans notre dialogue, mais n’avais-je pas rêvé ? A moins que le meurtrier ne me surveillât sans se dévoiler. Je finissais par avoir peur des bruits qui retentissaient dans le couloir ou derrière les cloisons. Je surveillais souvent l’extérieur en épiant derrière ma porte, les yeux rivés au judas. A défaut de pouvoir enregistrer les conversations sur Bavardage, je sauvegardais tous les courriels que je recevais sur une disquette soigneusement cachée au laboratoire.

Le dernier dimanche de janvier s’achevait dans une demi-clarté lugubre lorsque le téléphone sonna. J’abandonnai la tchatche à regret en songeant que mon père m’avait envoyé deux messages successifs auxquels je n’avais pas répondu et qu’il devait se faire du souci. C’était lui, en effet, anxieux et tendu. Il ne cacha pas sa joie de me savoir en bonne santé.

‒ Je ne te prenais pas trop au sérieux et puis, comme tu ne répondais pas, tu as fini par me flanquer la frousse. C’est idiot, mais plus on a de moyens de communiquer à sa disposition et moins on tolère de ne pas avoir de nouvelles.

‒ C’est ma faute, Papa, m’excusai-je. J’aurais dû te répondre, ne serait-ce que quelques mots, mais je ne l’ai pas fait par négligence.

‒ Tu as trouvé une piste ?

‒ Rien de sérieux, je pense. C’est fou ce qu’il y a comme tarés de toutes sortes et parfois, quelques personnes plus recommandables…

‒ C’est comme dans la vie, sauf qu’ici, l’anonymat lève les inhibitions.

‒ Je n’ai que faire de ceux qui viennent se défouler ! Par contre, ceux qui semblent recommandables m’intéressent.

‒ Je ne te suis pas… Tu me disais que Johanne échangeait des propos plutôt crus avec ses correspondantes.

‒ A ma connaissance, c’est Kathy qui était plutôt directe. Johanne n’était pas du genre à aborder une conversation érotique sans préambule. Il a bien fallu que l’assassin gagne sa confiance pour lui soutirer suffisamment d’informations, et il ne l’a certainement pas fait avec des plaisanteries de corps de garde !

‒ Ça se défend, mais cela signifie aussi que tu as entrepris un travail de longue haleine. As-tu songé que le type peut aussi ne plus jamais donner signe de vie ? Les salons de discussion ne manquent pas que je sache !

‒ Papa, je ne sais pas si ce fou en est à son premier coup mais je suis certaine qu’il a une envie folle de recommencer. Et à mon avis, il s’y prendra de la même manière qu’avec Johanne.

‒ J’aimerais autant que ce ne soit pas avec toi…

‒ J’aimerais que ce ne soit avec personne !

Après avoir réfléchi quelques secondes, mon père me proposa :

‒ J’ai une idée, tu ne voudrais pas venir passer quelques jours à Saint-Augustin ? Je peux m’arranger pour prendre un reliquat de vacances…

‒ Et qu’en dira Estelle ?

‒ Elle ne dira rien. Je suis certain que vous ferez bon ménage toutes les deux. Et avec nous, tu seras en sécurité. Je ne suis pas rassuré de te savoir toute seule.

‒ Papa, il y aura bien un jour où je me retrouverai toute seule. Tu ne peux pas être en permanence derrière mon dos pour veiller à ma sécurité.

‒ Tu ne crois pas que je peux essayer de rattraper le temps perdu ?

Je n’osai lui répondre que le temps perdu ne se rattrape pas et lâchai simplement :

‒ Je ne te le demande pas et de toute façon, ce n’est pas possible. J’ai mon travail au laboratoire, mes cours et un séminaire à préparer. Je ne peux le faire qu’avec une bibliothèque à proximité.

A l’autre bout de la ligne, mon père soupira.

‒ Je me doutais un peu de ta réponse mais si tu changes d’avis…

‒ Ne t’inquiète pas, je suis prudente.

‒ A propos, dit-il avec empressement, j’espère que ton pseudonyme ne dévoile rien de ton identité et que tu n’as pas inclus de photo dans ton profil…

Je mentis. C’était la première fois que je mentais à mon père et cela me faisait vraiment bizarre.

‒ Ne t’en fais pas, je ne suis pas idiote.

‒ Et… tu me réponds si tu veux, mais c’est quoi ton pseudo ?

‒ Papa, répondis-je sèchement, je n’ai aucune envie que tu viennes me fliquer sur la tchatche. C’est bien assez compliqué toute seule alors, je t’en prie, ne t’en mêle pas.

‒ OK, je change de sujet, murmura-t-il.

Il ajouta avec prudence :

‒ Bien sûr, j’imagine que ta mère ne sait pas ce que tu es en train de faire…

‒ Tu voudrais que je la fasse mourir d’inquiétude ?

‒ Il vaut  mieux que ce soit ton père, en effet, dit-il en se forçant à rire.

Je ris à mon tour. Cette voix chaude et familière, qui m’avait tout d’abord dérangée en m’arrachant à ma traque désespérée, éclairait à présent ma nuit. Je ne me sentais plus aussi seule, plus aussi vulnérable.

‒ J’ai beaucoup réfléchi à ce que tu m’as raconté, déclara mon père. C’est quand même une drôle de famille…

‒ La nôtre ?

‒ Celle de Johanne, répondit-il en feignant d’ignorer l’ironie dont je faisais preuve. J’ai un peu de mal à admettre que son père n’ait pas tenté de se venger à sa sortie de prison, lui qui l’a forcée à commettre les pires indignités et a été incarcéré sur la foi de son témoignage.

‒ Je sais, mais que puis-je y faire ? Je ne vais pas me lancer sur les routes du Canada pour tenter de le localiser ! Je ne sais même pas à quoi il ressemble…

‒ Alors, j’ai une petite longueur d’avance sur toi !

‒ Que veux-tu dire ?

‒ J’ai fait quelques recherches auprès du Quotidien du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le journal local. Je me suis procuré quelques informations ; en fait l’ensemble du dossier relatif au procès de Roméo Talon, le père de Johanne. Un prénom prédestiné, tu ne crois pas ?

Je ne répondis pas, trop excitée par cette révélation. Il poursuivit :

‒ Pas jolie, jolie, comme affaire. Ce type est une belle ordure ! En apparence, un homme très bien. Sa seule anicroche avait été d’être accusé d’attouchements sur mineure six ans avant les faits mais, curieusement, le dossier n’a jamais abouti.

‒ Comment cela ?

‒ La victime était connue pour être une petite dévergondée qui ambitionnait de mettre ses professeurs dans son lit. Le témoignage n’a pas été retenu. Maintenant, quand on y pense, ce n’était peut-être pas une vengeance mais la pure vérité. En tout cas, Roméo a juste été obligé de changer d’établissement.

‒ Papa, dis-je avec une voix qui tremblait d’énervement, tu dis qu’il était professeur ? Qu’enseignait-il ?

‒ Ah oui, j’ai oublié de te le préciser, il était professeur de français au Cégep de Roberval.

Je songeai au changement brutal de style lorsque kathymini m’avait rejointe l’autre soir. Cela m’avait choquée parce que, même si chaque internaute avait son style, la tendance générale était à la simplification abusive et à l’orthographe approximative. J’en étais certaine, aucun ne modifiait aussi radicalement son style sans raison. Ma mère, qui était elle-même professeur de lettres modernes en lycée, avait pour habitude de dire que, quel que soit le moyen de communication utilisé, le savoir écrire se reconnaissait toujours.

Comme je ne répondais pas, mon père ajouta.

‒ Je vais t’envoyer tout ce que j’ai sur la question, y compris sa photo à l’époque des faits.

Je le quittai en le remerciant avec chaleur, émue qu’il ait ainsi pris le parti de m’aider. Une dizaine de "MP" m’attendaient sur Bavardage mais parmi eux, aucun n’émanait de Nathalie ou de Kathy et je quittai la tchatche sans remords. En attendant le message de mon père, je me demandais si j’aurais autant apprécié son soutien s’il avait toujours été un père normal.

Lorsque son courriel me parvint, je ne pus m’empêcher d’ouvrir d’abord la photo en pièce jointe. Pour autant que je puisse en juger – car l’image, scannée à partir d’un portrait paru dans la presse, était de mauvaise qualité – c’était celle d’un homme encore jeune et plutôt séduisant mais il me fit horreur lorsque je songeai à ce qu’il avait fait à sa fille. Une chose était cependant certaine : je ne l’avais jamais vu et souhaitais ne le rencontrer que pour le mettre hors d’état de nuire. Je lus ensuite les coupures de presse qui relataient l’affaire et le compte-rendu du jugement, mais je ne découvris aucun détail qui puisse retenir mon attention. C’était une histoire sordide, traitée pour une fois avec retenue car il n’était pas souhaitable, aux dires du journaliste, « que la victime soit traînée dans la boue au même titre que son père ».

J’étais épuisée par mes longues nuits sur la Toile et la fatigue dessinait de grands cernes bleuâtres sous mes yeux. J’avais du mal à accommoder à force de fixer l’écran et un méchant mal de tête me taraudait les tempes. Pourtant, j’étais presque heureuse. Je me sentais moins seule malgré mon isolement forcé et ce soir-là, je m’endormis comme une masse et plongeai dans un sommeil sans rêves

Le lendemain matin, le journal de Radio Canada me réveilla au son d’un curieux discours. Tout d’abord, je ne compris pas le sens des paroles du journaliste, mais certaines expressions me tirèrent du sommeil comateux dans lequel j’avais sombré. Un étrange sentiment m’oppressa alors, un peu comme lorsqu’on avait annoncé la mort de Mitterand ou le décès de Lady Diana.

« …La jeune fille a été découverte hier soir à son domicile de Fairmount, disait le commentaire. La mort remonterait à environ une semaine. Pour le moment, la police de Montréal est chargée de l’enquête… »

Suivit un point sur la circulation rendue difficile par un accident à l’entrée du pont Champlain et deux autres accrochages sur l’autoroute Décarie. Le bulletin météo nous promit du beau temps. Tandis que je m’habillais, il y eut un nouveau flash d’information. Je montai le son du radio-réveil et m’assis sur le lit avec un pincement au cœur.

‒ …Et puis cette sombre affaire de viol et de meurtre à Montréal.

‒ Oui, reprit une seconde voix, il s’agit de Katherine Smith, une étudiante en droit à l’université McGill qui a été découverte hier au soir dans le deux et demi qu’elle louait au 1531 Fairmount. La jeune femme aurait été violée puis tuée à coups de hache. Ce sont ses voisins qui ont donné l’alerte car ils se plaignaient de mauvaises odeurs depuis plusieurs jours.

Ma bouche était sèche et je tremblais comme une feuille, à la limite de la crise de nerfs. J’écoutai la déclaration du coroner dans un état second. Celui-ci, un homme qui devait avoir plus de cinquante ans à en juger par sa voix grave et posée, se racla la gorge avant de déclarer avec un accent roulant :

‒ D’après ce que nous savons, Katherine Smith était une étudiante assidue, discrète et plutôt solitaire, originaire d’Hawkesbury, en Ontario. On situe la mort samedi soir ou dimanche matin, après qu’elle a téléphoné à sa famille le samedi vers 17 heures. Aucune trace d’effraction n’a été décelée. A priori, la victime aurait été violée puis tuée à l’aide d’un objet lourd et coupant, sans doute une hache. J’ai donc ordonné qu’une enquête soit entreprise par la police métropolitaine de Montréal afin de déterminer les circonstances exactes de la mort.

‒ Peut-on relier cette affaire à la mort de Johanne Deschamps, cette étudiante de l’université de Sherbrooke tuée dans des conditions similaires alors qu’elle se trouvait chez ses parents à Hébertville pour les vacances de fin d’année ? demanda l’un des journalistes à son collègue.

Celui-ci répondit avec une belle voix de ténor :

‒ Maître Claude-Henri Lambert, coroner de la ville de Montréal, s’est montré extrêmement discret sur ce point mais nous avons posé la question à Denis Buisson, le porte-parole de la police montréalaise et voici ce qu’il a répondu : « C’est une possibilité que nous prenons très au sérieux car les modus operandi sont très similaires et les deux femmes ont été retrouvées dans des positions identiques, étalées sur le dos, bras en croix et jambes écartées. En revanche, Johanne Deschamps n’avait pas été violée, mais il se peut que l’assassin ait été dérangé auparavant ».

S’en suivit un rappel à propos de William Fyfe, un tueur en série en instance de jugement à qui l’on attribuait plusieurs victimes tuées à la fin du siècle précédent. Mais déjà je n’écoutais plus. Mes yeux me faisaient un mal atroce au point que je pouvais croire qu’ils allaient sortir de leurs orbites. Je suffoquai et ouvris la fenêtre, me penchant dans l’aube glaciale. Aussitôt, le froid me saisit et je basculai dans ma chambre, pantelante, sentant monter la nausée comme une marée invisible. Je restai de longues minutes adossée au mur, ma tête bloquant la vitre encore ouverte, baignant dans une sueur glacée et agitée de tremblements irrépressibles. Je pensais que j’avais vu juste et je n’en étais pas fière parce que je n’avais pas su convaincre. Pire encore, j’avais laissé accuser un innocent, car il était impossible qu’Anthony soit le meurtrier de Kathy puisqu’il était incarcéré au moment des faits. Un instant, l’idée que le père de Johanne n’était pas plus impliqué dans cette affaire me traversa l’esprit puis tout se brouilla. Serrant les dents, je cherchai fébrilement les coordonnées de Jacques Delorme et trouvai finalement sa carte, coincée dans la poche arrière d’un jean sale qui traînait sur ma chaise. Je composai fébrilement le numéro de son téléphone cellulaire. Il décrocha immédiatement.

‒ Delorme ! annonça-t-il avec sa voix grave qui aurait dû me rassurer par sa chaleur.

‒ Je suis Anne Doreman, l’amie de Johanne Deschamps. Je viens d’apprendre la nouvelle. Je connaissais Kathy Smith… Je l’avais rencontrée sur Internet.

A suivre...

© Lignes Imaginaires 2017/Christophe Dugave 2003

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kitana

Alors reprenons un joure j ai voulu aller dans une ville qui s apellait mystery speel car on m avait accptée en tant que nounou d une fille qui me fait penser a ma soeur et aussi qui sapelle Lorie !! et le frere de lorie me fait penser à mon frere qui s' apellait nicolae !!!!!!!!!! mais bon je vais aller a un hotel passer 2 nuit la ba rester 4 ans ave les bartholy sa passe creme je gare ma voiture et met un portail au cas ou on veux la voler imposible ! je me rend a l aceuil un homme je vais lire dans ses penser son PERVER !!!!!!! il parle de mon beua jolie petit c... et de mes belle forme pffff je prend une chambre et j m en fous royalement de ses explication pour me matter je defait a moitier mes valise je prend une poche de sang je met ma nuissete je bois mon sang puis au lit car demain je vais me rendre la fac pour m inscrire (le matin) je me leve jette un sore sur mes valise pour ne pas voire les poche de sang et mon grimoire je me rend a la fac je serai accapeter dans 1 MOIS !!!!!!!!! QUOI ET MES ETUDE pourquoi moi!!!!!!!!!!!!!!!! se soire je me rend cher les bartoly on ma avancer d une nuit je vais recher mes valise puis je suis devant un manoire plutot filipant je tape a la porte personne puis une deuxieme je decide de partirer quand soudian .......................................................................................................................... NICOLAE on sais serrer dans le bras puis mon frere cri LORI VIEN VOIRE TA NOUNOU !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! !!!! elle me sautaire dans les bras mais je sens une personne me prendre le bras qui sais ...................... A SUIVRE !!!!!
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Défi
Elliott héducy

Ils montèrent dans le métro, Lise avant Jean. Dans la rame, il repérèrent deux places vides et s'assirent.
-J'espère que le boss a apprécié mon rapport commercial, dit Lise. J'ai sacrifié ma nuit dessus.
-Il n'y a aucune raison pour qu'il ne l'ai pas aimé, la rassura Jean. Le boss t'as à la bonne, tu sais. Il te considère comme un des moteurs de cette entreprise.
-Dis plutôt qu'il m'aimerait bien dans son lit. Tu devrais voir comment il me regarde, quand je passe devant son bureau.
Le métro avait déjà traversé quatre stations. La machine émettait maintenant son bruit de croisière et le trajet était devenu monotone.
A la cinquième station, Jean vit le premier qu'un homme suspect avait grimpé dans la rame. L'individu dégageait une odeur d'alcool. Il portait un long manteau beige, des lunettes, et l'on voyait ses jambes nues. Jean pria pour qu'il ait mis un short en dessous.
- Encore un clodo, persifla soudain Lise. Celui-là n'a même pas fait l'effort de mettre un pantalon.
-Arrête. Peut-être qu'un jour a-t-il travaillé mais que sa boîte a coulé, répliqua Jean. Tu ne le connais même pas.
A environ quatre mètres devant eux, une adolescente écoutait ses tubes. Ses écouteurs se vissaient dans ses oreilles et la coupait du bruit extérieur.
L'homme un peu suspect s'approchait d'elle. Il mouvait avec lenteur sa grande carcasse, et ne quittait pas des yeux sa tête blonde ni sa nuque rose et découverte.
Il commença à déboutonner son long manteau. La tension se fit palpable parmis les usagers. De nombreux passagers se tenaient là. Ils se demandaient tous ce qu'allait faire l'homme.
Quand il eut finit de déboutonner son manteau, les passagers découvrirent qu'il était nu.Il balaya son sexe de droite à gauche devant l'adolescente qui mit un temps à réagir. Elle pleurait pendant que le bonhomme continuait sa manoeuvre en y prenant un plaisir malsain.
Jean avait perdu tous ses repères.
- Mais c'est quoi ce bordel! s'indigna Lise. Il faut l'arrêter!
Jean regarda autour de lui. Il n'était pas bien costaud, alors il se voyait mal s'interposer entre le pervers et la jeune fille. Malheureusement,il n'y avait dans cette rame que des femmes et des vieillars et il était le seul à pouvoir agir. Jean respira un grand coup. Peut-être qu'avec une bonne droite derrière la nuque, rapide, précise, comme à la télé, il assomerait le colosse et aurait le temps d'appeler la police.
Jean se tint prêt. Il semblait sur le qui-vive. Mais Lise lut ses intentions dans son regard et saisit son bras.
-Non. N'y va pas. Tu te prendras juste un coup de couteau, et mourras bêtement.
Le ton sur lequel elle prononça ces mots me glaça les veines. La banalité du quotidien avait laissé la place à une terrifiante situation d'urgence. Le genre de situation qui vous change un homme.
Je restais donc sur mon siège, et attendis de voir la suite. Le bonhomme harcelait toujours cette pauvre fille sans que personne n'eut parut l'avoir remarqué. Au bout de cinq minutes, il lui attrapa le bras. Il défit son vêtement, la courba et... ce qui arriva ensuite, je ne peux décemment pas vous le raconter.

Les policiers ont reconnu que Jeanne Gernez, quinze ans, avait subi un viol dans les transports en commun, au jour du vingt-sixième janvier deux-mille dix-huit à dix-huit heures. Ils ont également inculpé tous les passagers présents ce soir là pour non assistance à personne en danger. Jean et Lise sont concernés.
-Je mérite pas d'être en vie.
Jean et Lise songeaient dans un parc à la frontière entre le quinzième et la quartier de la tour eiffel. Ils avaient assistés au viol il y a deux semaines. Aucun des deux ne parvenaient encore à bien dormir la nuit, et, dans leurs cauchemars, chacun réentendait les cris de Jeanne.
-Ne dis pas cela, lui répondit Lise. S'il y a une responsable ici, c'est moi, et c'est moi qui devrait être à cette heure-ci dans un cercueil.
Lise rêvassait. Elle aimait bien ça, rêvasser, depuis deux semaines, adoptant quand elle s'oubliait un air profond et lointain. Soudain, elle pleura.
-hé moi, je pensais à ce que mon boss allait penser de moi, et,...et, je ne voulais pas d'histoire. On violait une fille devant mes yeux, et je n'ai fait que réfléchir à ma carrière...
Jean eut de la peine pour elle. Quoiqu'il en avait aussi pour lui-même. Certains gestes de la vie quotidienne comme de regarder son reflet dans la glace se montrèrent pénibles. Il ne pouvait plus non plus fixer ses enfants, et quand il y parvenait, il imaginait un autre lui se tortiller péniblement sur son siège pendant qu'un de ses enfants se faisait violer.

Deux ans s'écoulèrent. Lise avait fini par se faire une raison, et après quelques séances de psy, Jean se reconstruisit un amour propre. Le train train de vie avait repris, et un soir où Jean préparait la cuisine, il réussit pour la première fois à parler à sa femme de l'incident.
-Tu sais, chérie.... c'est peut-être un cliché que j'ai pu lire dans un roman à l'eau de rose , mais voilà; il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle.
Sa compagne s'appelait Carmen. Il l'avait épousé pour sa gentillesse, et elle avait toujours un mot gentil à lui adresser, ou de bons conseils à lui prodiguer.
-Ce n'est pas de ta faute. Ce qui arriva, c'est que tu as eu peur. C'est normal. Je dirais même que, parfois , ça demande du courage, d'avoir peur. Le courage de se dire qu'après cela, on se détestera pour toujours, mais qu'on reverra sa famille et qu'on continuera de s'en occuper.
Carmen était aussi très philosophe.
-Oui, mais tu ne comprends pas. Je... j'ai sincèrement eu peur. Oui, j'ai eu les jetons de ne plus vous voir, mais il y a autre chose. J'ai eu peur pour moi. Et j'ai agi comme une tapette.
-Oui, t'as vraiment agi comme un connard.
Ils ne l'avaient pas entendu entrer, à cause des plaques de cuisson. Gérard Gernez se tenait devant eux, un couteau à la main.
-Tu me reconnais, Jean? Depuis le départ, tu savais qu'un de ces jours je te rendrais une petite visite.
Jean ne joua même pas aux surpris. Il avait gardé ce secret depuis bien longtemps. L'adolescente qu'il avait laissé se faire violer s'avéra être la fille d'un ancien collègue, Gérard Gernez. Ils n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde, mais à l'époque, ils se disaient toujours bonjour et s'échangèrent deux, trois blagues sur la nouvelle performance du fc club de lens ou sur la tenue de la chanteuse Israëlienne à l'eurovision. A présent, Gérard Gernez le regardait avec les yeux d'un fou, et il menaçait sa vie, et celle de son épouse.
-Gérard, je ... je suis désolé. Je ne pense pas pouvoir effacer ce qu'il s'est passé, sinon crois moi que je l'aurais fait dans la minute. Mais tout faire en mon pouvoir pour me faire pardonner, cela me semble possible.
-Te faire pardonner,... te faire pardonner...
Gérard se répéta au moins quatre/cinq fois, et Jean crut qu'il ne s'arrêterait pas, mais il enchaina;
- Crois tu que l'on parle de choses pardonnables? que ce dont on t'accuse est pardonnable?
-Non... mais je..
- Tu n'as RIEN FAIT!
Le hurlement de Gérard retentit dans la cuisine. Le temps se figea une minute. Puis Gérard avança vers Jean.
- Tu voudrais que je t'excuse? Cela soulagerait-il ta petite conscience? Pourrais-tu te représenter tout ce que moi, j'ai du perdre dans cette histoire que tu aurais pu éviter?
Gérard avait atteint la cuisinière. Il tenait maintenant Jean par la taille, lui appuyant son couteau sur la gorge.
-Tu veux te faire pardonner? demanda-t-il.
-Oui.
-Alors pas bougé.
Gérard relâcha la pression et rangea sa lame. Il se retourna et marcha vers Carmen. Au fond, Jean sut comment ça allait se finir depuis que Gérard lui avait dit de ne pas bouger. Il avait toujours gardé sur lui le couteau qui lui avait servi à couper les tomates. Ce couteau, il l'enfonça dans le dos de Gérard, se libérant de la tension, se libérant de la peur, pour découvrir une peur et une culpabilité encore plus grande que celles qui l'habitaient depuis maintenant deux ans.
La justice condamna Jean à treize ans de prison. Il avait assassiné un homme de sang froid, n'avait pu invoquer la légitime défense. Il l'avait poignardé dans le dos. Jean était dans la force de l'âge. Il adorait sa vie, qu'il voulait heureuse et prolifique. A présent, Jean était un criminel. Et je vais vous paraître prétentieux, mais laissez moi vous dire que s'il avait eu des couilles, il serait encore dans le peloton de tête de la fameuse course au bonheur.


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Moriarty

Du Chaos naissent les étoiles
 (« Le jour où je me suis aimé pour de vrai », écrit par Kim et Alison McMillen)

Le jour où je me suis aimé pour de vrai… On peut dire qu'il est arrivé. Et qu'il n'est pas arrivé. Les deux en même temps. J'ai mis du temps à comprendre. Comprendre quoi ? Je ne serais jamais comme les autres. Ça avait été sous-jacent toute ma vie. Mais ça a fait « ding » dans ma tête en cours de sociologie. Quand tous les exemples donnés ne s'appliquaient pas à moi.

J'ai regardé autour de moi et j'ai compris.


J'ai compris que je ne serais jamais comme ces gens autour de moi. Cette différence, je me la trainais depuis des années. Ils venaient tous de grandes villes. Je viens d'un petit patelin perdu – que j'aime – dont personne ne connaît jamais le nom, même dans la région.


Et je me suis souvenu.

A mon entrée au lycée, le regard étonné du professeur principal, lorsque j'avais donné le nom et la ville de mon collège. Comme si les élèves de cet établissement ne pouvait pas réussir dans une filière générale – pis encore, avec une option scientifique !

Avant ça, au collège, on me regardait déjà comme une extraterrestre. Des bonnes notes. Pas de la ville – même là, à moins de huit kilomètres de mon village, personne n'en connaissait le nom !  Je n'aimais pas la même musique. Je n'avais pas le même genre de centres d'intérêts. Je ne fumais pas en cachette dans les WC. J'aimais  les livres plus que je ne m'intéressais aux garçons. Je m'habillais comme un mec, trouvant les jeans plus confortables que les jupes. Grande gueule. Des blagues étranges, qui attirent l'animosité – le premier degré n'est pas à la portée de tout le monde, mais je ne le savais pas encore. Mes amis, les vrais n'étaient pas dans la même classe.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Encore avant, je préférais jouer au foot, à la balle au prisonnier, grimper dans la cage à écureuils, courir avec les garçons, plutôt que de m'asseoir à discuter… Discuter de quoi ? Je n'ai jamais su. Jamais su parler pour ne rien dire. Je préférais le basket et le judo à la gymnastique. Partir explorer les environs à vélo avec mon ami d'enfance. Combattre des dragons imaginaires.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe commençait à apparaître.

Plus jeune encore, et l'anecdote semble être une des favorites dans la famille – de même que mon exploit de « monter » sur un arbre en vélo, de peur de freiner dans les graviers – cette fois où mon grand-père m'avait offert une poupée. Que j'avais jetée pour mieux jouer avec les petites voitures de mon frère.

Et déjà, je ne voulais pas entrer dans les cases faites pour moi.

Toujours au lycée, à l'internat, être enfermée avec des filles était pour moi une torture. Maquillages, garçons, tels étaient leurs sujets de conversations. J'en étais toujours à chercher des dragons à combattre, dévorant bouquin sur bouquin.
Passant le permis moto - « Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! » Et si, Mémé, moi aussi.
Premier contact avec les machines – qui devint mon seul contact avec les filles de l'internat.

Et toujours, ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Comme le dit le proverbe, il vaut mieux être seul que mal accompagné. Mais je ne traverse pas la vie sans personne autour de moi. Il y a quelques personnes qui sont incluses dans ma bulle de différence et d'indifférence.

J'ai continué mon chemin, dans un monde où mes interlocuteurs principaux prennent place derrière des machines, ordinateurs et téléphone. Dans ma promotion, c'était déjà le cas. Vous voulez savoir un secret ? Les informaticiens sont parfois pire qu'un troupeau de filles adolescentes. Là non plus je ne me sentais pas à ma place. Pas incluse dans un groupe.
J'y ai appris que certains pouvaient être vraiment cons et pour sauver leur cul, risquer de mettre toute votre carrière en danger pour simplement sauver leur année scolaire. J'y ai appris que faire des grands plans n'amenait que la déception. J'y ai appris que l'argent achetait le diplôme et qu'au final, les connaissances acquises n'étaient pas importante.

Et une fois de plus, le sentiment de ne pas faire partie du groupe.

Mais j'avais compris. J'avais compris que la réussite, ce n'était pas de faire partie d'un de ces groupes. De vouloir s'affilier à quelque chose qui ne serait pas moi. Je n'ai pas besoin de la plupart d'entre eux. Nous pouvons faire un bout de chemin ensemble, mais ils ne sont pas moi. Je ne suis pas eux. Je suis libre d'aller de mon côté. De remonter à contre-courant. D'être une fille et d'aimer la moto, l'informatique, les sports de combat, les films de science-fiction, le hard-rock et les machines.

Je suis un électron libre de sa trajectoire. Libre de gravité aléatoirement. De me perdre sur mes propres chemins.

Libre de n'appartenir à aucun groupe.

Libre de douter, la nuit, de mes choix. Libre de m'aimer et de m'accepter comme je suis. Comme les autres ne peuvent m'accepter et m'aimer.
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