Chapitre 8

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Le début du trimestre d’hiver fut une période chargée et je n’eus guère de temps libre. En plus des cours, j’avais repris mes activités au laboratoire, interrompues par la mort de Johanne. Les fins de semaine étaient consacrées à la préparation des démonstrations et à la correction des rapports, activités qui me procuraient un revenu substantiel. Je m’accordais un après-midi par week-end pour aller skier avec Eva et quelques autres moins brillants qui me tenaient compagnie tandis que la championne évoluait sur les pistes. En dehors de quelques rares longueurs de piscine, c’était mon unique exercice et ma seule occasion de me défouler.

Quelques jours après ma visite, j’appelai mon père et il me téléphona à son tour la semaine suivante. Il était prévenant et inquiet mais à aucun moment nous n’abordâmes les problèmes de fond et nos conversations demeurèrent superficielles. Il me faisait un peu l’effet d’être un vieil ami honteux de n’avoir pas donné de nouvelles depuis longtemps, plutôt qu’un père qui avait abandonné ses filles. Je téléphonai aussi en France. Si elle nota un changement d’humeur dans ma voix, ma mère n’en laissa rien paraître. Bien sûr, je ne soufflai mot de la tragédie – elle se serait fait un sang d’encre – et elle pensa sans doute que j’avais à nouveau tenté de revoir mon père et que celui-ci m’avait repoussée.

La deuxième semaine de janvier fut marquée par deux événements. Un Français, venant tout droit de Rennes, arriva dans le département de chimie. Il s’appelait Maël et était beau comme un dieu. Même si je n’avais guère l’esprit à flirter, je ne pus m’empêcher de remarquer ses traits fins et réguliers, son corps musclé et sa démarche féline. Je fus pourtant presque soulagée de savoir que ce jeune homme, dont le charme n’avait d’égal que la gentillesse, était déjà marié et père de deux enfants. Pourtant, sans le vouloir, il fascinait tout le personnel féminin du département et, même si j’en avais pris mon parti, il me faisait battre le cœur un peu plus vite à chacune de ses apparitions.

Le second temps fort fut une nouvelle visite de la police. Le caporal Couillard fit le déplacement depuis Chicoutimi, accompagné pour l’occasion de son collègue sherbrookois. Il était comme transparent devant l’imposant Jacques Delorme qui laissait dans son sillage une aura d’énergie et de détermination. Celui-ci m’était plus sympathique et m’inspirait davantage confiance car il n’était pas directement mêlé à l’enquête en cours. Une nouvelle fois, ils fouillèrent de fond en comble la chambre de Johanne. J’avais rendu les clés et ne fus pas importunée. Les enquêteurs passèrent au laboratoire pour nous demander si un détail ne nous serait pas revenu en mémoire depuis notre déposition, mais aucun d’entre nous ne fut en mesure de leur donner des renseignements supplémentaires. Après avoir discuté avec le professeur Lavigne, ils s’en allèrent sans même me jeter un regard lorsque je les croisai. Ils avaient l’air sombre et je comprenais leur inquiétude.

Contrairement à ce qu’avait prétendu Couillard, Anthony Lapointe n’avait pas avoué le meurtre de Johanne. Je n’en savais pas plus mais son entêtement à clamer son innocence me confortait dans l’idée qu’il n’était pas coupable. Je soupçonnais le policier d’avoir prétendu qu’il tenait le meurtrier pour me délier la langue et m’inciter à enfoncer davantage Anthony. Je savais aussi que la presse s’étonnait du manque de résultats et n’hésitait pas à épingler les policiers, ce qui bien sûr les rendait nerveux.

Le samedi qui suivit la visite de la police, Viviane Deschamps vint chercher les affaires de Johanne. Je l’aidai à rassembler ses effets. Je sentais qu’elle prenait sur elle pour ne pas pleurer et souvent, elle se détournait pour échapper à mon regard. Alors que nous tentions de caler un carton sur le siège arrière du Voyager, je lui confiai :

‒ Vous devez vous demander où est passé l’ordinateur portable de Johanne…

Elle m’adressa un regard surpris. Je continuai :

‒ Johanne me l’avait confié pour ne pas avoir à le ramener. Elle avait dit qu’elle craignait de l’endommager mais en fait, je crois qu’elle me l’avait prêté pour que nous puissions continuer à communiquer par Internet.

Elle sourit :

‒ En effet, Johanne craignait sans doute que je surprenne ses conversations au téléphone, c’est pour ça qu’elle préférait le courrier électronique. Elle essayait de me cacher des choses que je savais depuis longtemps. Une mère sent ces choses-là. Je savais qu’elle préférait les femmes. C’était comme ça ; je n’avais pas à la juger.

Je ne sus quoi répondre.

‒ Longtemps, j’ai cru que toi aussi… Tu sais, c’est assez fréquent, il y a déjà un exemple chez nous, une de mes sœurs qui vit avec une femme.

‒ Je ne suis pas homosexuelle, désolée, dis-je un peu froidement.

‒ Je l’ai compris quand tu es venue, l’autre jour.

‒ Cela ne change rien à l’affaire. J’aimais beaucoup Johanne, je l’aimais comme une très bonne amie.

‒ Je sais ; elle aussi t’aimait beaucoup.

Nous montâmes vers ma chambre et je la fis entrer, puis, attrapant le portable caché sous mon lit, je le lui tendis mais elle le repoussa.

‒ Je suppose que tu n’en as pas… Garde le jusqu’aux vacances, il te servira sûrement.

J’étais gênée.

‒ Vous ne comprenez pas…

‒ Comment cela ?

Résolue à lui dire toute la vérité, je lâchai d’une traite :

‒ Je ne pense pas qu’Anthony Lapointe ait tué Johanne et d’ailleurs, je sais que personne n’en est vraiment persuadé. La police tient un suspect et tout le monde se plaît à croire qu’il est coupable. Je crois plutôt que Johanne a rencontré son meurtrier sur Internet. Elle fréquentait beaucoup les salons de discussion.

Visiblement, la mère de Johanne ne comprenait pas où je voulais en venir.

‒ Vous savez, ces salons thématiques où l’on peut discuter sur le Net… Je ne sais pas qui elle fréquentait exactement mais je suis certaine qu’elle a communiqué avec quelqu’un qui lui voulait du mal.

‒ Qui pouvait vouloir du mal à Johanne ?

‒ Je ne sais pas, personne en particulier… Quelqu’un s’est peut-être montré amical pour la mettre en confiance. Elle déclarait sa véritable identité et son pseudonyme indiquait clairement qu’elle habitait Hébertville. Ce n’était peut-être que la fatalité ; elle a fait la mauvaise rencontre au mauvais moment.

Viviane Deschamps demeura un instant silencieuse puis, soudain, elle s’écria :

‒ Anthony Lapointe avait de bonnes raisons de lui vouloir du mal !

Sa voix s’étouffa dans un sanglot.

‒ Toi et ses amis voulez lui trouver de bonnes raisons de ne pas l’avoir tuée, mais il est venu la voir le soir du meurtre, j’en suis persuadée. Qu’avait-il donc à lui dire pour faire tout ce chemin ? Il n’avait qu’à lui téléphoner !

‒ Tout ce qu’on sait, c’est qu’il est allé à Québec cet après-midi-là, rétorquai-je, mais il n’était pas possible qu’il ait fait le plein à Sainte-Foy à 16 heures 32 alors qu’il était censé avoir tué Johanne à la même heure à près de trois cents kilomètres de là.

‒ La police n’est pas tout à fait certaine que Johanne ait été assassinée aussi tard.

Je me souvins que Régent Couillard avait bien fait allusion à l’incertitude sur l’heure exacte du décès, mais j’avais pensé qu’il s’agissait d’une ruse pour me dissuader de défendre Anthony.

‒ Comment cela ? demandai-je, intriguée.

‒ Je ne sais pas trop. Ils m’ont parlé de température corporelle, d’un refroidissement trop rapide et de dosage du potassium dans les yeux. Je n’ai pas bien compris…

‒ De refroidissement excessif ?

‒ Je ne sais rien, dit-elle avec impatience. La porte extérieure était ouverte et il faisait froid.

Toutes mes certitudes s’effondraient. Pourtant, j’étais certaine que les médias avaient précisé que l’heure du crime se situait aux alentours de 17 heures.

‒ Tu as dit toi-même à la police qu’Anthony avait cherché à abuser de toi. Qui sait ce qu’il se serait passé si tu avais été seule ?

‒ Non, j’ai seulement dit qu’il était ivre et qu’il m’avait importunée, rien de plus !

Viviane Deschamps me jeta un regard dur puis ses yeux fixèrent le lointain, la blancheur de la neige qui étincelait derrière les vitres ou peut-être un point plus éloigné encore. Puis son regard se reporta sur moi, avec douceur cette fois-ci.

‒ En as-tu parlé à la police ? Leur as-tu parlé de l’ordinateur ?

J’agitai la tête en signe de dénégation.

‒ Quand on m’a annoncé la mort de Johanne, au matin du 2 janvier, je n’y ai pas pensé. J’étais tellement bouleversée… J’ai d’abord cru que c’était un détail, personne ne semblait s’y intéresser. Et maintenant, j’avoue que j’ai peur qu’on me le reproche.

‒ Cela ne me ramènera pas Johanne de toute façon et je sais que la police ne trouvera jamais le meurtrier. Ils tournent en rond, le nez en l’air, mais il n’y a plus de piste depuis longtemps. Tout ça, ça a pas de bon sens !

Je raccompagnai la mère de Johanne jusqu’à sa voiture et l’aidai à charger les dernières affaires que nous venions de descendre. Nous discutâmes encore quelques minutes puis elle reprit le chemin du Nord. Une page se tournait. Bientôt, la chambre serait occupée par un nouveau locataire.

En remontant vers mon bloc, je vis Bernard Pilotte qui venait à ma rencontre. Il avait l’air agité et sa claudication n’en était que plus accentuée. Ses yeux clairs, hagards, disparaissaient derrière le givre qui frangeait les verres de ses lunettes. Il les essuya maladroitement avec ses doigts et bégaya :

‒ Je te cherchais, Anne. J’ai appris pour ton amie…

‒ Et moi, je suis au courant pour votre maman. Je suis désolée, j’espère que ce n’est pas trop grave.

‒ Elle a fait une attaque cérébrale pour le réveillon de Noël. Je comprends pas tout ce que racontent les docteurs, mais je sais que c’est sérieux, répondit-il avec des larmes dans les yeux.

J’avais appris la triste nouvelle au début du mois mais le temps avait passé sans que je revoie Bernard, remplacé par un de ses collègues. Je m’étonnais de le rencontrer sur le campus car il ne travaillait jamais le week-end. Je le lui fis remarquer mais il me regarda avec un air de conspirateur.

‒ Il y a des gens méchants icite, des mauvais esprits, me confia-t-il à la dérobée.

Il roulait des yeux affolés et je le sentais à la limite de la crise. Il poursuivit :

‒ Ils ont tué Johanne et jeté un sort à ma mère.

‒ Les gens méchants ?

‒ Oui, ces maudits calices là !

Il m’effrayait un peu et j’étais heureuse de le rencontrer dehors plutôt que devant ma porte, même si l’immeuble était à nouveau peuplé. Je tentai de le raisonner :

‒ Voyons Bernard, Johanne a été tuée à Hébertville, chez ses parents !

‒ Ils peuvent tout, ils ont des radars, ils l’ont vue à travers la TV. Ils savent comment tuer à distance !

Comme je ne disais mot, ne sachant comment réagir, il en prit ombrage

‒ Tu crois que je suis fou, hein ! C’est ce qu’ont dit les médecins. Ils ont encore dit que j’avais eu un problème d’alcool et de drogue et que ça m’avait dérangé l’esprit, mais ça n’est rien à côté de ce qu’il y avait de déjà brisé dans ma tête. Ils m’ont donné des médicaments mais ils n’y peuvent rien. Je suis habité par le Diable et je vois des choses ! Ils pourront me renvoyer à l’hôpital, ça changera pas pantoute !…

En toute autre occasion, j’aurais éclaté de rire, mais je savais que Bernard ne plaisantait pas : il avait fréquenté les services de psychiatrie à plusieurs reprises et le voir dans un pareil état ne me rassurait pas du tout. Je sentais qu’il cherchait à me dire quelque chose mais nous ne semblions pas communiquer dans la même langue.

‒ Des choses, quelles choses, Bernard ? demandai-je.

‒ Je peux pas parler, ils nous écoutent, dit-il en baissant le ton.

Il s’approcha de moi. En voyant ses yeux injectés de sang, j’aurais pu croire qu’il avait bu mais son haleine, légèrement mentholée, m’indiquait le contraire. Un peu d’écume s’échappait à la commissure de ses lèvres. Il plissa les yeux et me glissa à la dérobée :

‒ La preuve, il faut te méfier de la femme Miousse, c’est une sorcière ! Elle te voit à travers la télévision… Elle ne m’aime pas parce qu’elle a compris que je sais tout.

Cette allusion me pétrifia : je n’étais jamais entrée dans la chambre de Josée Miousse, ma voisine, mais je savais qu’elle n’avait pas la télévision car il lui arrivait de venir la regarder dans la salle de détente. Que voulait-il dire par TV ? Avait-elle un ordinateur et l’avait-il surprise en train de tchatcher ?

Je me morigénai : Tu deviens parano, ma pauvre fille ! Bernard t’a passé son mal. La folie, c’est contagieux !

J’allais lui demander des précisions, cherchant à comprendre ce qu’il avait voulu dire, mais il tourna tout à coup les talons et s’enfonça dans la neige profonde des bas-côtés. Sa démarche chaloupée le faisait ressembler au bossu de Notre-Dame et, mis à part le fait qu’il n’était pas aussi déformé que Quasimodo, il y avait indéniablement une ressemblance. A la limite de la perte d’équilibre, il se retourna vers moi :

‒ Je t’aurai prévenue ! Elle te veut du mal…

Puis il me laissa, indécise et mal à l’aise, au pied de mon immeuble.

Après quelques instants d’hésitation, je me décidai à entrer. Tout était calme. Un fond de musique provenait d’une cuisine commune dont la porte était fermée. Une machine à laver fonctionnait dans la buanderie. Je songeai que j’avais de la lessive en retard et, après avoir vérifié qu’un appareil était libre, je remontai dans ma chambre pour chercher mon linge. En descendant, je tombai nez à nez avec Josée Miousse. C’était une grosse fille revêche et mal fagotée qui conjuguait à une obésité prononcée un goût pour les tenues excentriques et mal coupées et chaussait son nez de lunettes démesurées. Toujours vêtue de couleurs sombres, elle avait une passion pour les petits chapeaux ridicules, perdus dans sa chevelure noiraude et ingrate. Elle n’avait jamais caché son antipathie à l’égard de Johanne qui l’ignorait superbement. Bien que nous soyons géographiquement proches, Josée ne m’adressait la parole que contrainte et forcée et répondait à peine à mes salutations, aussi nos plus longues conversations n’avaient guère dépassé dix mots et toutes se rapportaient à la météo. La neige la rendait pratiquement hystérique : elle geignait dès que le temps se gâtait, craignant « de se briser les membres et de finir sa vie impotente, poussée dans une carriole ». Je songeais qu’elle était née sous de bien mauvais cieux. Elle me jeta un regard triste et buté, le seul que je lui aie jamais connu.

‒ Tiens, la Française ! Il fallait que je te voie justement…

‒ A quel sujet ?

‒ Bernard Pilotte…

Je savais que Josée ne pouvait pas sentir l’homme de ménage. Il lui faisait peur et elle avait à son encontre des réactions épidermiques.

‒ Il est un peu nerveux, répondis-je. C’est normal, après ce qui est arrivé à sa mère…

‒ Nerveux ? C’est un psychopathe, oui ! Je vais le signaler à la direction. Il est fou cet’homme-là !

‒ Mais il ne fait de mal à personne…

‒ L’as-tu rencontré aujourd’hui ?

Je compris qu’elle nous avait vus discuter quelques minutes plus tôt et ne cherchai pas à me dérober.

‒ Je viens de le croiser. C’est vrai qu’il a l’air excité ; je crois que c’est parce qu’il a besoin de son traitement.

Mais je savais que, dans la situation présente, aucune drogue n’aurait pu calmer Bernard. Celle qu’il avait de plus cher au monde se mourait et j’avais compris à son regard que la fin était proche, même s’il refusait de l’avouer. Je haussai les épaules.

‒ Il ira sans doute mieux lundi…

‒ Je ne crois pas. En tout cas, je l’ai surpris en train d’essayer de rentrer dans ta chambre.

‒ Dans ma chambre ? répétai-je, incrédule.

‒ Oui, il n’y a pas dix minutes de d’ça. Il secouait ta porte et essayait de voir par l’œilleton. Je me demande même s’il n’a pas essayé d’utiliser une clé.

‒ Tu es sûre ? dis-je, tandis que je sentais mon estomac se contracter.

‒ Certaine ! Je rentrais juste et je l’ai surpris. J’ai menacé de crier et d’appeler à l’aide s’il n’arrêtait pas. Alors, il est parti en me traitant de "sorcière" et de "manipulatrice". A mon avis, tu devrais venir avec moi pour prévenir la sécurité.

Je lui répondis que j’allais réfléchir et la remerciai de m’avoir prévenue. Bien entendu, je n’avais aucune intention de témoigner contre Bernard car j’étais persuadée que le jugement de Josée à son égard était altéré par ses préjugés. C’était d’ailleurs le seul point qui la rapprochait de Johanne : toutes deux s’étaient liguées contre Bernard et je ne cachais pas mon désaccord.

Dès le début de mon séjour, Johanne m’avait mise en garde contre lui.

‒ Mais qu’est-ce que tu lui reproches exactement ? avais-je demandé.

‒ Sa tête me fait peur. Il a une face à voler les petites culottes et s’il te surprend dans ta douche…

‒ Il l’a déjà fait ou bien il a une tête à le faire ? m’étais-je exclamée vivement car je n’avais jamais aimé le délit de "sale gueule".

‒ Il paraît qu’il a eu des gestes avec certaines locataires…

‒ Ça me surprend de toi que tu prêtes l’oreille à de pareils racontars. C’est vrai que Bernard est un peu bizarre, surtout quand il attend son traitement en fin de mois, mais ce n’est pas un mauvais bougre.

J’avais renoncé à poursuivre la conversation et m’apprêtais à regagner ma chambre quand Johanne m’avait avertie :

‒ En tout cas, je t’aurai prévenue, tu prends une chance en laissant ce crasseux-là t’approcher. Demande donc à Josée Miousse, elle l’a surpris dans sa chambre !

Les choses en étaient restées là : malgré son esprit ouvert, Johanne avait ses a priori et rien n’aurait pu la faire changer d’avis.

Tandis que Josée Miousse transférait ses vêtements dans le sèche-linge, je préparai ma lessive tout en l’observant en catimini. Elle s’en aperçut et me jeta un regard torve avant de siffler entre ses dents :

‒ Sais-tu ce que je pense de tout ça ?

Sans attendre ma réponse, elle ajouta :

‒ Je crois que c’est Bernard Pilotte qui a tué ton amie. Icite, il n’osait pas se dévoiler parce que tout le monde le connaissait, mais là-bas, chez elle, il lui a réglé son compte. Ni vu, ni connu. T’as bien vu, il est complètement hystérique ! Et en plus, il est gaucher, comme l’assassin…Si tu veux pas que ton heure vienne aussi, je te conseille d’en parler à la police.

Je ne répondis pas. J’avais en effet remarqué que Bernard écrivait en se servant de sa main gauche mais je n’avais pas fait le rapprochement jusque-là parce qu’à ma connaissance, il était à Sherbrooke au chevet de sa mère. Pour troublante qu’elle soit, cette accusation me paraissait pourtant relever de la plus grande fantaisie. Pourquoi Johanne aurait-elle ouvert sa porte à Bernard Pilotte qu’elle ne pouvait pas sentir, surtout s’il était venu la harceler à Hébertville ? Bien sûr, Josée n’avait pas fait part de ses soupçons à la police, ce qui montrait bien qu’il s’agissait encore d’accusations gratuites, cependant le mal était fait : elle avait semé le doute et je savais que, désormais, je chercherais toujours la lame cachée à chaque fois que je verrais le malheureux poète armé de ses balais.

A suivre...

© Lignes Imaginaires 2017/Christophe Dugave 2003

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-Arrête. Peut-être qu'un jour a-t-il travaillé mais que sa boîte a coulé, répliqua Jean. Tu ne le connais même pas.
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Il commença à déboutonner son long manteau. La tension se fit palpable parmis les usagers. De nombreux passagers se tenaient là. Ils se demandaient tous ce qu'allait faire l'homme.
Quand il eut finit de déboutonner son manteau, les passagers découvrirent qu'il était nu.Il balaya son sexe de droite à gauche devant l'adolescente qui mit un temps à réagir. Elle pleurait pendant que le bonhomme continuait sa manoeuvre en y prenant un plaisir malsain.
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Jean se tint prêt. Il semblait sur le qui-vive. Mais Lise lut ses intentions dans son regard et saisit son bras.
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Le ton sur lequel elle prononça ces mots me glaça les veines. La banalité du quotidien avait laissé la place à une terrifiante situation d'urgence. Le genre de situation qui vous change un homme.
Je restais donc sur mon siège, et attendis de voir la suite. Le bonhomme harcelait toujours cette pauvre fille sans que personne n'eut parut l'avoir remarqué. Au bout de cinq minutes, il lui attrapa le bras. Il défit son vêtement, la courba et... ce qui arriva ensuite, je ne peux décemment pas vous le raconter.

Les policiers ont reconnu que Jeanne Gernez, quinze ans, avait subi un viol dans les transports en commun, au jour du vingt-sixième janvier deux-mille dix-huit à dix-huit heures. Ils ont également inculpé tous les passagers présents ce soir là pour non assistance à personne en danger. Jean et Lise sont concernés.
-Je mérite pas d'être en vie.
Jean et Lise songeaient dans un parc à la frontière entre le quinzième et la quartier de la tour eiffel. Ils avaient assistés au viol il y a deux semaines. Aucun des deux ne parvenaient encore à bien dormir la nuit, et, dans leurs cauchemars, chacun réentendait les cris de Jeanne.
-Ne dis pas cela, lui répondit Lise. S'il y a une responsable ici, c'est moi, et c'est moi qui devrait être à cette heure-ci dans un cercueil.
Lise rêvassait. Elle aimait bien ça, rêvasser, depuis deux semaines, adoptant quand elle s'oubliait un air profond et lointain. Soudain, elle pleura.
-hé moi, je pensais à ce que mon boss allait penser de moi, et,...et, je ne voulais pas d'histoire. On violait une fille devant mes yeux, et je n'ai fait que réfléchir à ma carrière...
Jean eut de la peine pour elle. Quoiqu'il en avait aussi pour lui-même. Certains gestes de la vie quotidienne comme de regarder son reflet dans la glace se montrèrent pénibles. Il ne pouvait plus non plus fixer ses enfants, et quand il y parvenait, il imaginait un autre lui se tortiller péniblement sur son siège pendant qu'un de ses enfants se faisait violer.

Deux ans s'écoulèrent. Lise avait fini par se faire une raison, et après quelques séances de psy, Jean se reconstruisit un amour propre. Le train train de vie avait repris, et un soir où Jean préparait la cuisine, il réussit pour la première fois à parler à sa femme de l'incident.
-Tu sais, chérie.... c'est peut-être un cliché que j'ai pu lire dans un roman à l'eau de rose , mais voilà; il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle.
Sa compagne s'appelait Carmen. Il l'avait épousé pour sa gentillesse, et elle avait toujours un mot gentil à lui adresser, ou de bons conseils à lui prodiguer.
-Ce n'est pas de ta faute. Ce qui arriva, c'est que tu as eu peur. C'est normal. Je dirais même que, parfois , ça demande du courage, d'avoir peur. Le courage de se dire qu'après cela, on se détestera pour toujours, mais qu'on reverra sa famille et qu'on continuera de s'en occuper.
Carmen était aussi très philosophe.
-Oui, mais tu ne comprends pas. Je... j'ai sincèrement eu peur. Oui, j'ai eu les jetons de ne plus vous voir, mais il y a autre chose. J'ai eu peur pour moi. Et j'ai agi comme une tapette.
-Oui, t'as vraiment agi comme un connard.
Ils ne l'avaient pas entendu entrer, à cause des plaques de cuisson. Gérard Gernez se tenait devant eux, un couteau à la main.
-Tu me reconnais, Jean? Depuis le départ, tu savais qu'un de ces jours je te rendrais une petite visite.
Jean ne joua même pas aux surpris. Il avait gardé ce secret depuis bien longtemps. L'adolescente qu'il avait laissé se faire violer s'avéra être la fille d'un ancien collègue, Gérard Gernez. Ils n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde, mais à l'époque, ils se disaient toujours bonjour et s'échangèrent deux, trois blagues sur la nouvelle performance du fc club de lens ou sur la tenue de la chanteuse Israëlienne à l'eurovision. A présent, Gérard Gernez le regardait avec les yeux d'un fou, et il menaçait sa vie, et celle de son épouse.
-Gérard, je ... je suis désolé. Je ne pense pas pouvoir effacer ce qu'il s'est passé, sinon crois moi que je l'aurais fait dans la minute. Mais tout faire en mon pouvoir pour me faire pardonner, cela me semble possible.
-Te faire pardonner,... te faire pardonner...
Gérard se répéta au moins quatre/cinq fois, et Jean crut qu'il ne s'arrêterait pas, mais il enchaina;
- Crois tu que l'on parle de choses pardonnables? que ce dont on t'accuse est pardonnable?
-Non... mais je..
- Tu n'as RIEN FAIT!
Le hurlement de Gérard retentit dans la cuisine. Le temps se figea une minute. Puis Gérard avança vers Jean.
- Tu voudrais que je t'excuse? Cela soulagerait-il ta petite conscience? Pourrais-tu te représenter tout ce que moi, j'ai du perdre dans cette histoire que tu aurais pu éviter?
Gérard avait atteint la cuisinière. Il tenait maintenant Jean par la taille, lui appuyant son couteau sur la gorge.
-Tu veux te faire pardonner? demanda-t-il.
-Oui.
-Alors pas bougé.
Gérard relâcha la pression et rangea sa lame. Il se retourna et marcha vers Carmen. Au fond, Jean sut comment ça allait se finir depuis que Gérard lui avait dit de ne pas bouger. Il avait toujours gardé sur lui le couteau qui lui avait servi à couper les tomates. Ce couteau, il l'enfonça dans le dos de Gérard, se libérant de la tension, se libérant de la peur, pour découvrir une peur et une culpabilité encore plus grande que celles qui l'habitaient depuis maintenant deux ans.
La justice condamna Jean à treize ans de prison. Il avait assassiné un homme de sang froid, n'avait pu invoquer la légitime défense. Il l'avait poignardé dans le dos. Jean était dans la force de l'âge. Il adorait sa vie, qu'il voulait heureuse et prolifique. A présent, Jean était un criminel. Et je vais vous paraître prétentieux, mais laissez moi vous dire que s'il avait eu des couilles, il serait encore dans le peloton de tête de la fameuse course au bonheur.


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Le jour où je me suis aimé pour de vrai… On peut dire qu'il est arrivé. Et qu'il n'est pas arrivé. Les deux en même temps. J'ai mis du temps à comprendre. Comprendre quoi ? Je ne serais jamais comme les autres. Ça avait été sous-jacent toute ma vie. Mais ça a fait « ding » dans ma tête en cours de sociologie. Quand tous les exemples donnés ne s'appliquaient pas à moi.

J'ai regardé autour de moi et j'ai compris.


J'ai compris que je ne serais jamais comme ces gens autour de moi. Cette différence, je me la trainais depuis des années. Ils venaient tous de grandes villes. Je viens d'un petit patelin perdu – que j'aime – dont personne ne connaît jamais le nom, même dans la région.


Et je me suis souvenu.

A mon entrée au lycée, le regard étonné du professeur principal, lorsque j'avais donné le nom et la ville de mon collège. Comme si les élèves de cet établissement ne pouvait pas réussir dans une filière générale – pis encore, avec une option scientifique !

Avant ça, au collège, on me regardait déjà comme une extraterrestre. Des bonnes notes. Pas de la ville – même là, à moins de huit kilomètres de mon village, personne n'en connaissait le nom !  Je n'aimais pas la même musique. Je n'avais pas le même genre de centres d'intérêts. Je ne fumais pas en cachette dans les WC. J'aimais  les livres plus que je ne m'intéressais aux garçons. Je m'habillais comme un mec, trouvant les jeans plus confortables que les jupes. Grande gueule. Des blagues étranges, qui attirent l'animosité – le premier degré n'est pas à la portée de tout le monde, mais je ne le savais pas encore. Mes amis, les vrais n'étaient pas dans la même classe.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Encore avant, je préférais jouer au foot, à la balle au prisonnier, grimper dans la cage à écureuils, courir avec les garçons, plutôt que de m'asseoir à discuter… Discuter de quoi ? Je n'ai jamais su. Jamais su parler pour ne rien dire. Je préférais le basket et le judo à la gymnastique. Partir explorer les environs à vélo avec mon ami d'enfance. Combattre des dragons imaginaires.

Et ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe commençait à apparaître.

Plus jeune encore, et l'anecdote semble être une des favorites dans la famille – de même que mon exploit de « monter » sur un arbre en vélo, de peur de freiner dans les graviers – cette fois où mon grand-père m'avait offert une poupée. Que j'avais jetée pour mieux jouer avec les petites voitures de mon frère.

Et déjà, je ne voulais pas entrer dans les cases faites pour moi.

Toujours au lycée, à l'internat, être enfermée avec des filles était pour moi une torture. Maquillages, garçons, tels étaient leurs sujets de conversations. J'en étais toujours à chercher des dragons à combattre, dévorant bouquin sur bouquin.
Passant le permis moto - « Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! » Et si, Mémé, moi aussi.
Premier contact avec les machines – qui devint mon seul contact avec les filles de l'internat.

Et toujours, ce sentiment de n'appartenir à aucun groupe.

Comme le dit le proverbe, il vaut mieux être seul que mal accompagné. Mais je ne traverse pas la vie sans personne autour de moi. Il y a quelques personnes qui sont incluses dans ma bulle de différence et d'indifférence.

J'ai continué mon chemin, dans un monde où mes interlocuteurs principaux prennent place derrière des machines, ordinateurs et téléphone. Dans ma promotion, c'était déjà le cas. Vous voulez savoir un secret ? Les informaticiens sont parfois pire qu'un troupeau de filles adolescentes. Là non plus je ne me sentais pas à ma place. Pas incluse dans un groupe.
J'y ai appris que certains pouvaient être vraiment cons et pour sauver leur cul, risquer de mettre toute votre carrière en danger pour simplement sauver leur année scolaire. J'y ai appris que faire des grands plans n'amenait que la déception. J'y ai appris que l'argent achetait le diplôme et qu'au final, les connaissances acquises n'étaient pas importante.

Et une fois de plus, le sentiment de ne pas faire partie du groupe.

Mais j'avais compris. J'avais compris que la réussite, ce n'était pas de faire partie d'un de ces groupes. De vouloir s'affilier à quelque chose qui ne serait pas moi. Je n'ai pas besoin de la plupart d'entre eux. Nous pouvons faire un bout de chemin ensemble, mais ils ne sont pas moi. Je ne suis pas eux. Je suis libre d'aller de mon côté. De remonter à contre-courant. D'être une fille et d'aimer la moto, l'informatique, les sports de combat, les films de science-fiction, le hard-rock et les machines.

Je suis un électron libre de sa trajectoire. Libre de gravité aléatoirement. De me perdre sur mes propres chemins.

Libre de n'appartenir à aucun groupe.

Libre de douter, la nuit, de mes choix. Libre de m'aimer et de m'accepter comme je suis. Comme les autres ne peuvent m'accepter et m'aimer.
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