Le Panthéon moderne

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Les anciens l'avaient théorisé, les générations suivantes l'ont assimilé - autrement dit, oublié, la puissance même d'un dieu repose dans la foi qui s'y rapporte. Les non-croyants ont injustement pensé qu'il n'y avait pas de dieu et qu'en tant que tel, il ne pouvait pas provoquer de conséquences directes sur notre bas monde. Ils se trompaient lourdement.

Il n'y avait pas un dieu, mais plusieurs. Et ils se sont simplement adaptés, comme toute espèce vivante n'ayant pas - ou n'étant pas en voie de - disparition, à la montée croissante de l'humanité. L'arrivée du rationnalisme sonna simplement en leurs oreilles comme les nouvelles réformes d'un gouvernement peu attendu. Autrement dit, ça a fait couler de l'encre. De l'encre et des lettres.

Le plan était simple ; survivraient ceux qui seraient suffisament puissants pour être acceptés comme une loi de la physique. Entropie, bordel à génération spontanée pour les intimes, exploita profondément la nature humaine et s'en tira très bien. Ses actions créèrent par un concours de circonstances un peu surprenant Management, le dieu des espaces ouverts, des promesses à la Todd Howard et des bureaux de travail. Le tout semblait difficile à concilier, mais il se débrouilla très bien. Gravité était l'un des dieux les moins puissants, plus des trois quarts de Univers déclarant "n'avoir rien à faire de ce bourgeois parvenu", Impesanteur faisant preuve de plus de "spontanéité". Univers était un peu particulier. Techniquement, il englobait tous les autres, mais on n'avait pas toujours cru en lui, ou du moins dans les proportions actuelles, et l'ensemble disparate qu'il formait avait un peu de mal à se mettre d'accord sur des sujets tels que la dette d'Alpha du Centaure et les législations sur le trafic d'H2G2, guide du voyageur intergalactique qui était en passe de reformer le monde d'une manière un peu particulière. La distance facilitait les relations diplomatiques, d'autant plus qu'elle allait croissante depuis quelques centaines d'années (unité arbitraire humaine).

La Terre. La Terre était la clé. La Terre était le terrain de jeu préféré des dieux, enfin leur lieu d'emploi. La Terre était beaucoup de choses. Ou du moins le croyait-elle. Ce qui faisait qu'elle l'était. Ces mécaniques un peu complexes sont résumées dans de nombreux livres de science-fiction, malheureusement, chercher à définir une loi qui ne tient qu'en la foi que les gens lui accordent revient à faire soit de l'économie, soit de la politique. Et aucun des deux n'est facile d'accès.

De plus, les dieux ne tenaient pas à révéler leur existence aux terriens. Pour la bonne et simple raison qu'ils étaient déjà au courant. Et aussi que l'humanité avait toujours tendance à remettre en question ce qui lui était prouvé, mais pas ce qui se tenait simplement sous ses yeux, juste au-delà de la limite de la compréhension. Mais le rationnalisme n'avait pas fait autant de chemin pour s'arrêter à la première aire d'autoroute, ou du moins les gens le pensaient-ils, et ce qui était loi fut une fois de plus remis en question. Les auteurs même, créant une oeuvre de fiction, finissaient par altérer la réalité et leurs propres souvenirs. Ainsi, des mythes et des nations furent créés du néant, des océans recouvrirent les terres et les terres émergèrent des océans, et la mort apparut à la suite d'une série de nouvelles de Lovecraft, qui s'était un peu trop inspiré de son voisin Orphée (porté disparu).

Mais l'homme n'arrivait plus à créer de dieu. Ou du moins, aucun qui existe réellement. Sans doute parce que la majorité de la population était désormais sceptique, et que leur constante remise en question empêchait une création aussi gigantesque qu'un être transcendant.

Il était ainsi l'un des derniers dieux existants. De ceux qui suivraient l'humanité partout, où qu'elle se trouve. L'homme avait déjà pensé et repensé les grands concepts, des univers imaginaires, des espaces infinis où 2 et 2 font 5. Mais en étant malin, en s'adaptant, et en se cachant juste sous leur nez, un dieu pouvait encore s'en tirer.

Il semblait si stupide, si absurdemment impossible, qu'il y eut un dieu des cuillères qui tombent systématiquement dans les plats, que le reni massif des êtres vivants conscients de ce monde forma une puissance hors du commun, basée sur les ressources restantes d'un être supérieur, le dieu de l'esprit de contradiction. Dans l'univers, il y eut des changements minimes. Un grain de sable qui n'était pas à sa place. Un nuage absent, une pluie qui n'eut pas lieu. Une rivière qui, un court instant, envoya ce qui lui restait de défi et de fierté, et suivit un sens contraire à ce que la pente lui commandait. Et, dans le Panthéon, une nouvelle étoile. La dernière.

Malgré tout, il se sentait seul. Il avait lu le roman d'un autre dieu, appelé la Bible, et ça lui avait donné des idées. Sa principale erreur fut de le lire à l'envers. Les cuillères possédaient une dextérité relativement limitée. Mais il avait tout de même compris une histoire d'apôtre qui empêchait l'eau de tomber à la seule force de ses pieds. Autrement dit, l'essentiel. Et il s'apprêtait à mettre son plan à exécution.

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