Réel d’ailleur

Une minute de lecture

Sa chute, dans cet espace d’un noir opaque, lui parut sans fin. Des images, des mots, des aperceptions, des pleurs et des joies se succédaient en lui. L’homme accidenté resurgit dans ses pensées. Une grande terreur le transperça suivie d’une effroyable sensation d’un milliard d’atomes qui s’agitaient frénétiquement en lui. Une boule de lumière, accompagnée d’un vertige cosmique, jaillit des entrailles de son être et le submergea dans sa totalité. Il se sentit fondre dans l’immensité de l’univers. Les visages de Myriam et de Joe lui apparurent.

Une succession d’images provenant de sa bipartite traversa son esprit. Des doigts accusateurs, un regard fixe le pénétrant, un jeune homme attristé par la perte de son premier job, la honte sur la figure de ses parents à son encontre. L’agoraphobie d’un gars cloîtré dans son appartement, des vitres cassées, des maisons avec ses occupants en pleurs, des ouvriers sans travail. Son double emportait avec lui tout le poids de leurs désespoirs, de leurs peines, et leurs colères.

Une autre vision s’imposa. Deux personnes en état d’ébriété roulant à toute allure sur une route déserte. Un dérapage, suivi du plongeon dans un ravin. Des témoins appelant les secours. Le décès de l’un d’eux. La conscience de Sam cria de douleur à la vue de ce drame.


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Ce matin une voix féminine vint me réveiller. Sans doute une infirmière. Elle m’annonça que j’aillais pouvoir retirer mes bandages. J’aillais enfin recouvrer la vue. Me levant de mon lit d’hôpital quelque peu spartiate, je me mis en position assise, face à la femme qui me parlais. Ses douces mains effleurants mon visage, elle défit les bandes de tissus qui me cachaient la vue. D’abord éblouit, mes yeux qui n’avaient pourtant pas vu la lumière pendant des mois durant, s’accoutumèrent peu à peu. Pouvant désormais voir mon interlocutrice, je me trouvais nez à nez avec une ravissante jeune femme qui me fixait d’un regard gêné tout en affichant un léger sourire.
« M. Wimpfen, dit-elle d’une voix hésitante, vous... je... J’ai le plaisir de vous annoncer que vous allez enfin pouvoir retourner chez vous. Votre convalescence étant désormais terminée.
– Mais... et la guerre ? Est-ce donc vrai ? interrogeai-je tout en me levant en prenant appuis sur mon lit.
– Oui M. Wimpfen, répondit-elle d’une voix emprunte de joie, la guerre est terminée ! Les allemands demandent l’armistice. Vous n’avons donc pas besoin de retourner sur le front. Vous allez pouvoir retrouver votre famille ! »
Ces mots raisonnèrent longuement en moi. J’aillais enfin pouvoir rentrer chez moi. Ma mère, mon père, mes frères, tous devaient m’attendre avec impatience ! D’ailleurs, mes frères... étaient-ils vivant au moins ? Ont-ils déjà été démobilisé ? Me pensent-ils mort ? Adrien notre voisin est mort sous mes yeux, déchiré en deux par une mitrailleuse allemande. Le gouvernement censurait sévèrement nos lettres envoyées depuis le front. Il était donc inutile que je songeasse même à essayer de leur dire que j’avais faillit perdre la vue pour toujours après mettre fait gazé à l’ypérite dans la Marne.
Toute ces pensées traversant mon esprit, j’avais quitté l’hôpital après avoir récupéré mes effets personnels. Ayant revêtit mon uniforme "bleu horizon" comme on disait je faisait mon chemin vers la gare. Comme on m’avait indiqué à l’hôpital, c’est par là que je pourrais regagner mon petit village lorrain. D’ailleurs... existait-il encore ? Qui me dit qu’il n’a pas été rasé par l’artillerie allemande ? Qu’il a été évacué ? En fait... la guerre même est-elle réellement terminée ? N’y a-t-il pas encore quelque régiments boche qui continuent les combats ? Enfin... ce qui bien réel en tout cas, c’est que ça a été une vraie boucherie... Tant de gens morts sous mes yeux. Brûlés par les lance-flammes, empalés par les baïonnettes, découpés par les mitrailleuses, explosés par les obus... Arriverai-je un jour à m’enlever ses images de la tête ? Quand je serai rentré chez moi, pourrai-je trouver le sommeil alors que j’entendrais encore et toujours le sifflet des officiers nous ordonnant de courir sous le feu ennemi sous peine de se faire abattre pour mutinerie ? C’est comme ça qu’était mort Adrien, mon ami d’enfance et voisin. Comment allai-je annoncer cela à son grand-père, sa seule famille ? La dernière chose qu’il me reste de lui est son vieux couteau de chasse qu’il avait emporté au front. Où l’avais-je mis d’ailleurs ? Je plongea ma main dans la poche de ma capote. Il était bien là. Rassuré j’entra dans la petite gare de campagne où attendaient d’autres soldats. Eux aussi aller rentrer chez eux. Eux aussi avaient connu le même enfer que moi. Eux aussi partageaient mes craintes sans doutes. Eux aussi avaient sans doute eut à commettre les même atrocités que moi. Comme lorsque j’ai explosé le crâne de ce pauvre homme à coup de pelle alors même qu’il se rendait... enfin je crois. Mais... mais ce n’était pas de ma faute. Les ordres... les ordres étaient les ordres. C’étaient eux ou moi ! Je voyais l’ennemi je tirais. L’officier ordonnait j’exécutais. L’officier sifflait... Je tuais !
A cet instant le train entrant en gare se mit à siffler bruyamment. Machinalement, possédé par mon conditionnement, au mépris même de la raison, je sorti le couteau de chasse et m’élança en hurlant « Chargez ! » et me rua sur les pauvres soldats. J’empala le plus proche de moi avec une telle force qu’il s’écroula à terre. Me trouvant désormais à califourchon sur son corps je l’assaillait inlassablement de coups de couteau. La lame s’enfonçait profondément dans sa chair et en ressortait teinte de sang.
Voyant cette scène d’épouvante, les autres soldats se jetèrent sur moi afin de m’arrêter dans ma folie. Deux hommes se saisirent de moi et m’écartèrent de ma malheureuse victime qui agonisait dans d’atroces souffrances. Un troisième homme s’approcha de moi avant de m’infliger un violant coup de poing.
« Soldat ! Soldat ! s’écria-t’il de sa voix puissante, Qu’as-tu fais ? As-tu perdu la raison ? »
Puis s’adressant à ses camarades qui me tenaient fermement.
« Il faut appeler un médecin ! Un officier ! Vite ! Cet homme est atteint d’obusite ! Je vais aller chercher quelqu’un ! Ne le lâchez surtout pas ! »
Un des deux soldats qui me maîtrisaient approcha son visage de moi.
« La guerre est terminé ! T’entends ? On est dans ton camps ! On est français ! Les boches se sont rendu ! Tout est finit ! Tu entends ? »
Le train arrivant à quai, siffla une seconde fois.
« Il siffle ! Il siffle ! m’écriai-je à m’en arracher les cordes vocales, L’officier siffle ! Je ne veux pas finir comme Adrien ! Lâchez-moi ! Je dois charger ! Je ne veux pas finir comme Adrien ! »
Me défaisant de mes gardes-fous, je sautais au cou de l’un deux et commençais à l’étrangler quand deux tirs de revolver résonnèrent. Une des balles ayant perforée ma trachée, je lâcha prise et entama une longue et douloureuse agonie. Moi qui avait survécu à l’enfer des tranchées je trouvais ainsi pitoyablement la mort dans une petite gare de campagne abattu comme un animal.
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Jean-Paul Issemick
Une nouvelle réservée aux adultes, écrite au temps de ma jeunesse.
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FREDERIC GHELFI


J'ai eu une semaine difficile. J'ai rencontré mon premier critique littéraire – et pas des moindres. Ça c'est passé dans l'usine à colis dans laquelle je travaille. Avant qu'il m'attaque, j'étais bien, tout beau tout frais. C'était en début de semaine. Des dizaines de collègues m'interpellaient, ils avaient lu mes textes et avaient des gentilles choses à me dire, du genre : « Elles sont vraies tes histoires ? »
- Bah oui ! Tout ce qui est écrit est vrai, n'est-ce pas ?
Après cette première salve d'amour, je me promenais tranquillement dans l'usine pour digérer cet intérêt pour le grand écrivain que je suis en train de devenir. J'avais comptabilisé – exactement - le nombre de mes lecteurs. Ils étaient 57 à ce jour à suivre mes tribulations.
J'écris le week-end et comptabilise mes lecteurs pendant la semaine. Ça occupe mon esprit décadent car je suis trop fatigué la semaine pour écrire : je bosse dans une entreprise énergivore. Je gagne 5 lecteurs par semaine. J'en perds 3.
Malgré ces statistiques fluctuantes, je suis persuadé que la célébrité, l'argent et les chiottes en or vont bientôt débarquer. Pour ce qui concerne les chiottes en or, j'ajouterai une pointe de bling-bling avec un petit confort en poils de cul sur la cuvette. Avoir froid au cul n'est jamais agréable. Avoir chaud au cul non plus, me direz-vous aussi.
Dans l'usine où je gagne – et perd – ma vie, il y a une structure pyramidale comme dans toutes les usines dignes de la dénomination d'usine. Il y a ceux qui bossent vraiment, ceux qui bossent un peu et ceux qui bossent vraiment pas.
Moi je fais partie des 95 % qui bossent comme des tarés. Plus tu bosses moins t'es emmerdé par les gros culs. Les gros culs sont les managers toujours assis à regarder des écrans qui font office de cerveaux numériques. Après une longue et minutieuse enquête de 27 secondes, j'ai découvert que les principales activités des gros culs sont d'appuyer sur la fonction refresh de leurs claviers et d'aller emmerder les bosseurs pour qu'ils bossent plus vite pour qu'eux - les gros culs - mangent plus et obtiennent la récompense finale : avoir un plus gros cul.
Évidemment, le job de gros culs est très envié et admiré. Certains ouvriers vendent leurs âmes pour devenir comme eux. Nous autres ouvriers sommes tellement maigres que les gros culs nous appellent les petits culs. La première étape pour un ouvrier ambitieux est d'atteindre le statut de quart cul, puis de tiers cul, de moyen cul et enfin de trois quarts cul. Car l'ouvrier - il faut le savoir - ne deviendra jamais gros cul.
Je vous passe les étapes navrantes des collègues ouvriers qui souffrent tellement de leur statut d'ouvriers qu'ils abandonnent toute fierté pour devenir des animaux de compagnie rémunérés. Je vois des gars et des filles très sympas se diluer, se transvaser, se transformer et devenir plus sympas du tout. Certains abandonnent et démissionnent de l'entreprise au bout de deux mois de quart cul. Les plus costauds arrivent au moyen cul et y restent. Mais des fois il se passe un événement considérable : un ouvrier devient trois quart cul.
Cela provoque des drames dans la confrérie des ambitieux : pourquoi lui et pas moi ?
C'est là que j'ai été victime de ma première critique littéraire d'un type très informé en littérature : un moyen cul recalé du poste de trois quarts cul. Le désarroi, la solitude et la colère de cet homme sont palpables. J'allais en faire les frais.
La journée se termine et je le croise un quart d'heure avant la libération. Il est avec un autre gars qui est bourré de pellicules. Il en a plein la gueule et les oreilles. Ça me donne envie de me lancer dans la photographie. Il m'interpelle et déclare à pleins poumons : « eh toi ! J'ai lu tes trucs »
Là je me dis que je suis foutu. Ce mec a analysé mes écrits. Il a vu que je suis nul en orthographe et en grammaire. Je veux le cacher mais quand tu écris c'est difficile de cacher que t'es nul en orthographe et en grammaire !
Je dis : « cool. Et alors ? »
- A mon avis tes textes sautent du coq à l'âne – enfin pas vraiment – mais du coq à l'âne quand même !
Il est énervé mais je sais pas pourquoi. C'est la fin de journée. J'ai reçu plein de compliments mais lui décide de m'attaquer sur ma méthode d'écriture. Je suis tout de même soulagé qu'il n'ait pas vu mes petits soucis. Du coup je me dis qu'il n'a rien dans la ciboulette et lui répond : « Tu veux parler de mes digressions ? »
Il ne voulut pas me répondre. Je senti une forte colère et une grande fatigue en lui. J'ai eu de la peine pour ce collègue ambitieux déçu dans ses ambitions.
Je n'ai pas eu le courage de lui dire que je suis libre et que j'écris comme je veux. Dans le sens que je veux. Si j'écrivais en actes, je ferais concurrence à Shakespeare mais j'ai pas assez de place sur mes étagères.
Les événements quotidiens ne sont pas vraiment intéressants, sauf quand tu pratiques la dérision, l'introspection, l'analyse, l'humour, un petit peu d'empathie et la contraction de tout ça. Enfin ce n'est que mon avis.
Le lendemain j'ai recroisé le moyen cul, il avait pas l'air en forme. Mon esprit parfois belliqueux m'avait ordonné de lui balancer : « et mec ! J'ai rencontré un coq et un âne dans la même journée. Tu veux que j'te raconte ? »
Pas eu le temps : il a fini par prendre un arrêt maladie.
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