Saison 2 - chapitre 01

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Sept ans se sont écoulés. Je continue à voir chaque semaine ce cher Arsène, mais je suis tellement prise par mon exploitation à Ankh-Morprok que j’ai un peu délaissé les autres. Nos aventures avaient été hors normes. Nous avions sauvé le Disque-Monde. Mais le quotidien était venu tourner la page. Bien sûr, le meilleur rappel quotidien de tout cela est mon magnifique Gervais, mon fils qui a bientôt sept et rêve de devenir écuyer comme son père avant lui. Pourtant… Il a clairement d’autres aptitudes, mais il veut trouver grâce aux yeux de son père aimant et bon, mais bien trop absent depuis qu’il est chevalier.

Sept ans qui me donnaient l’impression que tout cela était définitivement terminé. Et pourtant. C’est pour cela que je reprends ce journal, qui n’avait plus de raison d’être. Tout a commencé par un ressenti clair de ma seconde vision sur les troubles qui commençait à se faire un peu trop sentir pour les ignorer. Mais je ne voyais pas, à ce moment, l’intérêt de m’impliquer. Des histoires de voleurs et des soucis concernant les mages de l’Université. Sauf que mon cher ami Arsène est lui-même un des princes voleurs à la tête de la guilde. Et quand il m’a laissé ce mot sur la table de ma cuisine, je n’imaginais pas où j’allais fourrer mon nez. Ni qu’on allait enlever mon fils, la chair de ma chair.

Mais reprenons au commencement de tout cela. Comme je sentais bien que tout n’était pas très clair, et que le message d’Arsène me semblait, lui aussi, des plus curieux, j’ai pris les mesures nécessaires. Je n’ai pas voulu laisser en plan mes engagements, en revanche j’ai ressorti mon matériel d’aventure : mes différentes baguettes et quelques potions et bandages. Ma poêle « Frappeuse de démons » n’ornait déjà plus la cheminée depuis quelques jours, prise d’une subite intuition. Une sorcière qui se balade avec une poêle magique, c’est pas courant, je sais. Je me demande si Mémé Ciredutemps approuverait de me voir me balader avec une arme, mais bon, on est à Ankh-Morpork, pas à Lancre et ses campagnes. Avant de rejoindre Arsène, j’avais d’abord quelques visites à accomplir (mes petits vieux habituels, une femme sur le point d’accoucher, des choses de ce genre) et une veillée funéraire à faire. Sauf qu’en arrivant sur place et en cherchant le piastre payé d’avance dans mes poches, j’ai soudain réalisé que c’était une pièce totalement neuve. Le genre de choses qui n’arrive jamais, surtout en provenance d’une famille du peuple, même aisée. Je crois que seul le Patricien m’a un jour mis ça dans les mains. Et encore.

C’est donc très méfiante que je suis arrivée à la chapelle où la cérémonie devait avoir lieue, et bien m’en a pris. C’était un piège grossier. Bon, d’accord, pas si grossier que cela, car on m’avait jeté une forme de sort d’illusion me faisant croire que j’agissais bien, alors qu’en fait, j’étais immobilisée. Le tout pour me faire brûler vive dans cette chapelle ! Heureusement, mon talent d’emprunt m’a permis de transférer mon esprit engourdi dans un rat, qui m’a permis de voir la réalité de la scène et non plus l’image qu’on projetait dans mon esprit.

Je me suis donc mordue. Enfin, moi en tant que rat a mordu la sorcière que je suis en vrai. Ben oui, c’est très efficace.

Je suis sortie de là plus qu’en colère, faisant exploser les portes qui avaient été clouées, pour découvrir qu’une cinquantaine de voleurs voulaient me faire la peau. Avec leur tête, une ophidienne criant vengeance. On aurait mieux fait de cramer tout le monde dans le désert, j’étais trop naïve à l’époque. J’avais cru que ce peuple ne se relèverait pas de la mort de leur reine et de leurs pertes.

La bonne chose, c’est qu’Arsène et cette très chère Belladone étaient aussi là. Trois contre cinquante : presqu’un jeu d’enfant, même si j’ai invoqué un golem de pierre pour nous prêter main forte. Cette saleté de femme serpent n’a pas survécue, et bon nombre de ces salopards sont aussi restés sur le carreau.

Dans la diligence qui nous emmenait loin de là, j’ai donc soignée une des mômes du réseau d’Arsène et appris que Gervais avait été enlevé. Tout comme le fils de Belladone, ce qui attristait grandement nos retrouvailles. Nous nous sommes posés dans un coin calme pour discuter un peu. Donc les ophidiens sont revenus se venger, avec des moyens colossaux puisqu’ils ont payé le petit morveux qui tente de semer le chaos dans les hautes sphères, le clan de nains qui ont renié leur roi, les Hautes Haches, mais aussi un drôle de personnage nommé le Collectionneur. Ce dernier est, a priori, celui qui invoque le démon qui tue les princes voleurs les uns après les autres.

Le point positif, c’est qu’Arsène sait où sont nos enfants, celui de Belladone, le mien, ainsi que les gamins qui travaillent pour lui : dans une ferme à l’extérieur de la ville, mais où il y a apparemment une petite armée ainsi que des baliste anti-dragons. Là, à trois, cela risque vraiment d’être court, surtout que c’est très clairement un piège. Sinon nos enfants seraient déjà morts, je suis lucide.

J’apprends aussi qu’il y a failli y avoir le fils de Krorin – ce bon vieux Krorin ! Sauf que normalement, il aurait encore dû être dans le ventre de sa mère. Arsène m’a alors expliqué l’horrible scène dont il a été témoin : Melinda éventrée pour en ôter son bébé, et laissée presque morte. Le dieu nain est apparemment intervenu et son étincelle de vie est toujours dans son corps. C’est ça qu’Arsène voulait que je vienne voir. Ils ont réussi à récupérer le bébé auprès des Hautes Haches, coupables de cet enlèvement, en échange de la hache légendaire de Krorin. Ha bah bravo. C’est donc en direction du Manoir que nous voulions ensuite nous rendre…

Sauf qu’il a cramé. Intégralement. Les pauvres golems pompiers n’ont rien pu faire. Nous avons trouvé le corps sans vie d’Igorina. Mais pas de traces des autres, ni d’Igor, aussi Arsène s’est-il raccroché à l’idée qu’ils se soient retranchés dans la crypte puis qu’ils aient fui par les égouts de la ville. Auquel cas, on devrait les retrouver au port.

Nous avons rameuté du monde, dont le Guet, pour partir au combat contre la fermette, entre autre grâce à quelqu’un qu’il me tarde de rencontrer vu ce qu’Arsène en a dit : une certaine Mélissandre, espionne de Vétérini. L’avantage, c’est que via elle, on touche le Patricien sans que je n’ai besoin d’aller taper du point sur son bureau. J’ai aussi alerté mon convent, et surtout anticipé que cet appât ne visait peut-être pas que nous : si on est tous là-bas, plus personne ne gardera la ville. Trop facile. Sur cinq, trois sorcières resteront donc vigilantes en ville, tandis qu’une seule m’accompagnera.

Sauf que, bien sûr, notre trio n’a pas été tout de suite rejoindre le gros des troupes. Le plan : suivre l’objet qui invoque le démon grâce à un nain de l’Université qui est maître des runes. Ce dernier, ha ha ha, est un Haute Hache qui se planque, car n’est pas d’accord avec son clan. Il trouve, en plus, qu’on ne doit pas toucher pas aux enfants. Un jour, il faudrait qu’une sorcière s’occupe du bordel chez les nains, surtout les Hautes Haches et leurs bateaux volants. Mais pas aujourd’hui.

Le but de notre maœuvre était de faire en sorte que dans la bataille, un démon surpuissant ne vienne pas faire pencher la balance du mauvais côté. Il fallait donc que nous réglions le problème avant le soir, avant que l’assaut ne soit donné. Voilà comment nous nous sommes retrouvés, nous trois plus quatre samouraïs qui suivaient Belladone, et via un portail magique, dans le coffre-fort de ce fameux Collectionneur. Nous avons donc trouvé l’objet en question, une harpe horriblement maléfique. Après avoir aussi quelque peu rempli nos poches d’objets qu’il était hors de question de laisser à ce personnage dont la légende dit de lui qu’il est immortel, nous sommes partis. Les murs étaient lisses, mais la porte à sens unique a été ouverte par une horrible bestiole que j’ai interdit d’attaquer, préférant l’endormir (autant être un peu subtils, pour une fois). Elle venait justement chercher la fameuse harpe, il était donc grand temps qu'on s'en occupe. Nous avons découvert que nous étions dans une ville côtière, très vraisemblablement chez les Hautes Haches. Sérieusement, il va falloir s’occuper de ces gens-là.

Après un mirage pour envoyer une autre horrible bestiole du Collectionneur, une sorte d’Arlequin moche et vicieux, sur d’autres traces que les nôtres, nous sommes revenus par le portail à Ankh-Morpork. Dois-je passer sous silence le savon que j’ai passé aux mages qui nous ont accueilli, imaginant le plus sérieusement du monde nous confisquer nos objets ? Et puis quoi encore ! Nous leur avons rendu la harpe, en leur rappelant que c’était à cause d’eux, de leur manque de professionnalisme et de surveillance, qu’elle avait été volée. Je pense que j’ai rarement eu autant la moutarde qui me montait au nez qu’en face de ceux de l’Université. Et rien à faire que Ridculle vienne m'en toucher deux mots ensuite, je l'attends de pied ferme. Bref.

Nous avons convenu de nous retrouver au port, après un rapide crochet, pour ma part, par chez moi. Je voulais mettre à l’abri les différents coffrets subtilisés au Collectionneur, mais aussi finir de m’équiper : mon balais, ma cape anti-feu, mon médaillon de mana. Fini de rigoler.

La bonne nouvelle, c’est que Seng, ce très cher archer que je n’avais pas revu depuis sept ans, a fait parvenir un message à Arsène nous rassurant beaucoup. Sur l’ancien bateau volant qu’il avait récupéré comme simple bateau, se trouvaient Krorin, son fils, le corps de sa femme Melinda, et Igor. Au moins, eux étaient sains et saufs.

Nous allions donc enfin pouvoir aller en découdre et récupérer nos enfants.

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