L'attente

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Hati regardait depuis un long moment maintenant les différents vêtements que lui avait offert Malya. Il les avait beaucoup manipulés, touchés, reniflés et observés sous toutes leurs coutures. En dépit de la légère odeur de grenier qu'ils portaient, les tissus étaient propres et relativement soignés.

Le jeune loup eut un moment d'hésitation avant de se risquer à les mettre. Tout d'abord, il s'assura que ses blessures étaient suffisamment sèches. Après tout, il ne voulait pas risquer de les salir sitôt mis. Même si l'adolescente les lui avait offert, ils restaient sa propriété. Et Hati ne voulait pas risquer de la contrarier.

Il tâta donc d'une main prudente les traces de fouet, ses doigts glissant chaque centimètre. Cela le chatouilla, mais ne provoqua pas la moindre douleur. Il y sentit le sang déjà sec, puis il la ramena sous ses yeux. Il ne vit rien s'attader sur ses doigts.

Tant mieux, se dit-il avant de se relever et voir comment s'habiller.

Oui, et là venait l'autre problème : ça faisait des années qu'il n'avait plus eu sur lui des vêtements. Des fragments qu'ils restaient de sa mémoire, c'était sa mère qui les lui mettait, quand il était encore tout petit. Ses geôliers ne lui avaient fait enfiler en tout et pour tout après des années qu'un simple pantalon miteux. Jamais rien de plus.

Il passa donc un sacré moment à tenter de mettre sa tête dans le maillot. La première tentative fut un lamentable échec, après l'avoir mis dans une des manches. La deuxième, il faillit paniquer et déchirer de ses griffes le tissus en n'arrivant pas à trouver la sortie. Une autre, c'était d'avoir commencé par ses bras, mais de sans cesse échouer à faire passer la tête.

Donc, plusieurs tentatives plus tard, il se résolu d'abandonner, un peu dépité et vexé d'échouer.

  • Tant pis alors. Je vais déjà faire avec ce que je sais, décida-t-il en s'emparant du pantalon.

Il y trouva à l'intérieur un caleçon gris, qu'il enfila aisément une jambe après l'autre avant de passer avec la matière plus rigide du second. Contrairement aux anciens, il n'était pas très élastique, mais suffisament large pour qu'il puisse aisément glisser dedans. Mais il l'était tant que le pantalon n'arrêtait pas de descendre, malgré le nombre de fois qu'il le remonta.

  • Pourquoi rien n'est facile, grogna-t-il en gardant une prise avec sa main droite.

Ensuite, il prit l'une des deux chaussettes et tenta de la mettre à ses pieds tant bien que mal avec son autre main. Un acharnement bien vain, puisque son pied qu'il tentait de faire entrer dedans n'y parvenait pas. Dans un nouveau grognement, il finit par s'asseoir afin d'avoir ses deux membres et n'eut cette fois aucun mal à réussir.

  • Voilà ! C'est fait, se félicita-t-il.

J'espère juste que ça ira si je n'ai pas réussi à mettre le premier, espéra-t-il en jetant un coup d'œil inquiet au vêtement maintenant froissé juste à côté de lui.

Désormais sans plus rien faire, il attendit sagement que Malya revint. Cette dernière lui avait dit qu'elle reviendrait pour lui donner à manger. Il se rappela très bien l'odeur qui s'était dégagé peu de temps après, et qui restait toujours dans les airs. La sentir avait fait jaillir son appétit. Surtout là, puisqu'il n'avait plus rien à faire. Son estomac, d'accord avec son envie de manger, gargouilla un peu.

Les minutes s'écoulèrent, mais hormis les bruits de pas réguliers parfois légers, et d'autres plus lourds qui n'étaient pas à elle, personne ne vint. Et son attente ne fit qu'agacer son ventre qui se manifestait de plus en plus. Histoire d'essayer une alternative, il porta à sa bouche l'anneau de fer qui persécutait sa main droite et le mordit férocement avec ses crocs dans un claquement de métallique. Le goût écœurant coupa bien sa faim, et il s'acharna à le mâchonner. La dureté était telle qu'après un moment, ses gensives ainsi que sa peau qui s'égratigna commencèrent à saigner. Il laissa donc tomber cette fois encore, contrarié d'avoir des étreintes qui le restraignaient ainsi.

  • Si seulement ce fer n'avait pas été fait ainsi, se lamenta-t-il, avant de secouer la tête et regarder autour de lui. Bon, passons. Je pourrais faire quoi en attendant ?

Juste histoire de détourner son attention. Le problème, s'était que Malya avait ordonné qu'il en fasse pas le moindre bruit. Et il n'allait pas aller à l'encontre de ça. Explorer un peu son nouvel habitat n'était pas une option. Durant son petit séjour encore secret, il n'avait pas eu l'envie de fouiner dans les affaires des propriétaires. Ce qui était toujours hors de question.

  • Hmmm... réfléchit-il sérieusement en fermant les yeux, une main posée sur son menton.

S'il y eut quelque chose de bien à se plonger ainsi dans ses pensées, c'était qu'il ne sentait plus ses entrailles se serrer.

  • Ce que je pourrais faire, ce que je pourrais faire..., répéta-t-il inlassablement comme une incantation qui lui ferait venir une proposition.

Après s'être creusé la tête à s'en donner une migraine, il entendit soudainement la voix de Malya qui eut l'air de souhaiter la bonne nuit.

  • Merci mademoiselle, l'entendit-il depuis les planches qui les séparait d'eux. N'hésitez pas à me réveiller si vous avez besoin.
  • Bien sûr, lui répondit-elle.

Quelques secondes plus tard, il entendit des lumières s'éteindre, les portes se claquer, puis les lits s'affaisser sous le poids de leur occupant.

Et entendre ce brève échange lui donna en un instant une idée à la fois pour y penser comme il se le devait, ainsi qu'une manière de remercier son hôte.

  • Mais..., hésita-t-il en fixant ses poignées qui lui remémoraient ses années de détention, hors de son monde et des siens, ...est-il sage de faire confiance à ce point à une humaine ?

Sa décision ne sera pas sans conséquence. Il ne la connaissait pas, et il se pourrait bien qu'en dépit de son geste, elle ne soit pas différente de ceux qui l'avait persécuté, ainsi que tant d'autres toujours sous leur emprise, leur cruauté et fuyant sans cesse.

Pourtant... elle n'avait pas hésité à se mettre en danger, même en ayant entendu parlé de ses poursuivants. Et l'avait laissé lui, un parfait inconnu différent d'elle, continué de s'abriter dans sa demeure. Il lui avait fait peur, mais elle avait accepté.

Il ôta alors de sa vue ses doutes en entendant encore une fois du mouvement dans la direction où il avait entendu Malya se coucher, puis une porte s'ouvrir lentement.

Non, elle n'était pas du tout pareille qu'eux. Il allait lui offrir dès qu'elle sera ici son cadeau.

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