Hésitation

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Malya resta muette face à sa supplication, ses yeux toujours posés dans les siens. Mais, intérieurement, tout se bousculait, et elle ignorait quoi faire. La jeune fille ne comprenait pas pourquoi tout cela lui arrivait : elle était partie chercher une simple couverture ! Tout s'était enchaîné très vite. L'intrus qu'elle avait failli attaqué se révélait être un homme loup. Pour cette révélation, Malya était au-delà de l'ébahissement. Et avant qu'elle n'ait le temps de s'en remettre, elle apprenait que des hommes le recherchaient. Elle n'appréciait pas du tout cette nouvelle. Puis, avec désespoir, il l'avait supplié de lui permettre de rester ici pour se cacher.

Tout allait bien trop vite !

Délicatement, pour ne pas que cela paraîsse une insulte, elle dégagea ses bras de ses mains qui, elle le remarquait maintenant, portaient des ongles. C'était un soulagement, car sa prise n'avait pas été douce. Après s'être remis à une distance acceptable, Malya massa son front avec un soupir, plongée dans un abîme de plusieurs émotions, la plupart assez mauvaises.

  • Comment ça a put arriver ?! se plaignait-elle d'une vois basse. Ce que je voulais, c'était seulement trouver de quoi remplacer ma couverture ! C'était une journée normale, qui aurait du se finir de manière normale ! J'aurais fait mes devoirs, attendu que Léonard ait fini de parler avec papa et maman, dîné puis me serais préparée à aller me coucher ! Bon sang, je rentrais enfin à la maison !

Pendant que Malya se lamentait, Hati baissait peu à peu la tête, honteux de l'avoir rendu ainsi. Si ses oreilles de loup et sa queue avaient toujours été là, elles se seraient baissées. Il ne lui en voulait pas de réagir de cette manière. Après tout, il s'était enfui dans sa maison, avait cassé des trucs, avait fait beacoup de dégâts d'eau, s'était servi dans sa nourriture en plus de lui voler ce qui lui permettait de se couvrir la nuit. Elle avait le droit d'être un peu folle, aussi douloureux qu'était de l'entendre parler. Sans faire attention, Hati émit un petit gémissement, presque inaudible.

Malya l'entendit néanmoins très bien, surprise qu'il ait fait un bruit pareil alors que son apparence était beaucoup plus normal. Devant sa posture accablée et triste, elle regretta immédiatement de s'être laissée emporter. Elle était tellement désolée que sa main se leva un peu dans un réflexe pour l'apaiser. Mais elle rétracta son geste lorsque Hati, qui ne le remarqua pas par son regard baissé, se leva avant de se détourner.

  • Pardon de t'avoir demandé ça, s'excusa-t-il. Je... Je sais que j'ai déjà dépassé les limites en profitant de ton absence. Et, de toute façon, ça fait déjà assez longtemps que je me suis caché. Avec de la chance, ils ne se seront pas attardés ici.

Il n'en pense pas un mot, qu'en bien même il essaie d'être optimiste devant moi. Soit il tente de se convaincre lui même, soit il ne veut pas que je m'en veuille, se fit-elle la remarque alors que la culpabilité la serrait désagréablement de l'intérieur.

Encore assise d'indécision, Malya put apercevoir un petit sourire se dessiner sur les lèvres du jeune homme. Il se décida enfin de la regarder, avec un masque de gratitude qui lui fit encore plus mal que d'avoir vu des larmes.

  • Je sais que ça peut paraître assez déplacé, mais je te remercie tout de même, dit-il en inclinant un peu la tête. Grâce à ta maison, j'ai pu au moins avoir un abri et de quoi manger. Si...,

Il eut une brève hésitation.

  • ... Si je parviens à partir et à échapper aux hommes qui me courent après, je ferais en sorte de payer ma dette.

Il s'arrêta, prit d'une nouvelle hésitation. Puis, incertain, Hati tendit sa main, sûrement pour serrer la sienne. Malya la fixa sans bouger un moment. Les secondes s'égrenaient et, alors que Hati commençait à reculer son bras, la jeune fille la prit avec empressement. Le jeune homme écarquilla les yeux de surprise à sa poigne, mais il n'en dit rien. Le fait qu'elle avait accepté le réchauffa même un peu, et son sourire forcé devint plus vrai. Alors qu'ils secouèrent leur membre de haut en bas, Malya regarda avec attention ses poignets. Pendant qu'elle avait regardé sa main, elle avait remarqué que, sous et autour des étreintes de fer, sa peau portait des stigmatisations violacées. L'adolescente se retint de les toucher pour voir si ses blessures le faisaient souffrir.

Il doit avoir mal.

Elle vit en plus de ça quelques cicatrices, parfois très longues et fines, d'autres profondes, ou des marques de morsures, sur son bras fin. Enfin, Hati fut le premier à s'arracher au contact, puis il partit en direction de la fenêtre sans un regard en arrière, bien qu'il dit une dernière chose qui glaça son sang :

  • Quand je tomberai depuis la fenêtre, je laisserai sur le bord ta couverture. C'est juste pour éviter que tu me vois encore sans vêtements. Je crois que ça te mettait mal à l'aise.

Attendez, s'affola-t-elle alors qu'il ouvrit la fenêtre avant de poser une main sur le rebord, il ne va tout de même pas... !!!

Sans réfléchir, Malya se leva dans une panique horrible, avant de se précipiter droit sur le garçon qui avait déjà mis un pied et se penchait vers le vide. Elle attrapa brusquement ses épaules alors qu'il était prêt à quitter son support, et le tira en arrière. Son mouvement irréfléchit fit que Hati lui tomba dessus dans un cri, et elle se retrouva écrasée par son poids assez important, en dépit de sa taille presque identique à elle et son apparence svelte.

Hati ne comprit pas tout de suite ce qui s'était passé, à cause de sa tête qui avait heurté le plancher en bois. Ce fut le souffle étouffé de Malya qui le ramena vite à la réalité des faits. Il roula vite hors d'elle et se mit à genoux.

  • Hé ! Tout va bien ?! s'enquit-il, ignorant quoi faire à l'instant.

Malya, les larmes aux yeux, émit des petits glapissements en se redressant, une main sur son nez meurtri après qu'il soit entré en collision avec la nuque de Hati. Elle lui lança entre temps un regard noir et ébahi qu'il ne comprit pas et qui l'agita.

  • Heu... quoi ?
  • Mais gesqu'qui t'a bri, idiot ?! C'est bas barce-gue gai pas rébondu gue tu dois mettre fin à tes gours !

Hati cligna des yeux à cette remontrance, aussi inattendue qu'incompréhensible. Il réussit cependant à en décoder une partie.

  • Je croyais que tu ne voulais pas que je reste... lui répondit-il en baissant la voix, ne comprenant pas. J'allais seulement partir, pas me tuer.
  • Ah. Bref, gomme gai dit, gai pas dit oui ou non. Gue dois réfléchir !

Ne croyant pas ses oreilles, et avec une lueur d'espoir, Hati ouvrit la bouche, mais la voix du majordome se manifesta :

  • Mademoiselle ? Tout va bien ?

Malya massa une dernière fois son nez avant de mettre son doigt sur les lèvres de Hati et de faire de même, réclamant le silence. L'homme loup ne se le fit pas dire deux fois et resta muet pendant que Malya répondait avec encore un peu difficulté :

  • Oui, c'est juste gue je suis tombée ! Ne vous inguiétez pas !
  • Vous êtes sûre ?
  • Oui, répéta-t-il avec plus d'insistance. Je vais descendre dans une seconde !

Fidèle à sa parole, Malya se remit sur pied et se dirigea vers la trappe. Mais avant, elle alla près d'un carton pour en sortir des anciens vêtements de son père : un grand maillot blanc avec trois grosses rayures noires, ainsi qu'un pantalon bleu foncé large et une paire de chaussettes. Puis elle s'approcha de Hati qui la regardait faire avec un choc, et les tendit tout en restant à bonne distance.

  • Enfile-les au lieu de rester sans habits, lui ordonna-t-elle en les plaquant sur son torse. Sinon tu risques d'attraper froid.

Il les prit sans un mot, mais il sentit son cœur battre frénétiquement en voyant ce qui lui arrivait. Son impression se confirma quand Malya, qui était sur-le-point d'accéder à l'échelle, lui dit :

  • Tu peux rester ici. En revanche, je veux que tu sois le plus discret possible. Fait comme si tu n'étais pas là ! Je ne souhaite pas que Léonard sache que tu es dans le grenier ! Me suis-je bien fait comprendre ?
  • O... Oui ! s'enthousiasma-t-il, débordant de joie et de reconnaissance même s'il contint de justesse le volume de sa voix. Merci, merci tellement !

Sa réaction était à un tel point que sa queue, qu'il avait fait disparaître avant, se reforma en un éclair et s'agita hors de sa volonté comme celle d'un chien. La couverture, qui était toujours sur lui, bougeait elle aussi.

Devant un tel comportement, Malya ne sut comment réagir. Mais, même si elle ignorait si c'était une bonne idée d'héberger secrètement, en plus d'un inconnu, un homme loup recherché par des personnes louches, le voir ainsi la fit également sourire.

  • Bon, je fermerai la trappe. Je repasserai plus tard pour t'apporter de la nourriture.
  • Encore mille merci... heu...

Hati chercha son nom, puis se souvint qu'elle ne lui avait pas dit une seule fois. Il avait entendu en revanche l'homme lui donner un titre alors, prudent, il essaya :

  • Mademoiselle ?

Cette fois, Malya ne put retenir un pouffement, qu'elle ramena aussi vite que possible pour éviter d'avoir l'air de se moquer. Avec plus de chaleur dans les yeux, elle le corrigea :

  • Appelle-moi Malya.

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