Demande

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Malya gémit en sentant une personne s'amuser à écraser son doigt sur sa joue et la tirer à force de persistance de son sommeil. D'ailleurs, elle semblait décidée à ne pas s'arrêter. Ce mauvais traitement la mit bientôt à bout, et elle frappa la main d'une claque ennuyée.

  • Laisse-moi tranquille, bredouilla-t-elle en se retournant.

Elle entendit distinctement l'énergumène soupirer, puis son épaule fut pressée et secouée avec plus d'insistance.

  • Allez, tu vas finir par attraper froid ici. Ça fait plusieurs minutes que tu t'es évanouie maintenant. Il fait complétement sombre.

Froid ? Pourquoi ? Elle était dans son lit... non ? Elle ouvrit grand les yeux en se redressant, tous ses souvenirs retrouvés. Effectivement, Malya se trouvait toujours dans le grenier, où la fenêtre lui dévoilait la nuit maintenant tombée. Seule la lumière de la torche toujours allumée servait d'éclairage. Sa couverture blanche glissa sur elle, posée là dans le but d'empêcher au mieux qu'elle ne s'enrhume. Et, celui qui l'a fait...

Lentement, elle regarda de biais le jeune homme qui la regardait fixement. Mais, contrairement à ce qu'elle pensait avoir vu, ses oreilles étaient parfaitement normales, très humaines. Quant à sa queue, elle ne savait pas vraiment, vu qu'il était enroulé dans la vieille couverture qu'elle avait laissé tomber.

  • Qu'est-ce qui se passe ? l'interrogea-t-elle avec prudence. Tes oreilles... elles ne sont plus comme tout à l'heure... J'ai halluciné ?

C'était idiot de penser ça, mais elle avait encore l'espoir que tout ce qu'elle croyait avoir vu n'était produit qu'à l'angoisse et au choc de découvrir l'intrus. Espoir vite réduit à néant lorsque Hati secoua doucement la tête.

  • Non. J'ai juste pris une forme plus humaine pour éviter de t'effrayer une nouvelle fois.

Oui, c'était logique. Maintenant qu'elle y regardait mieux, Malya parvenait à distinguer ses iris toujours empreinte de cette couleur pareille aux flammes d'un feu. Dans un mouvement mécanique dut à son état second, elle hocha la tête en entendant son initiative.

  • Eh bien... merci pour ça.
  • Il n'y a pas de quoi. Après tout, je suis responsable de ton évanouissement. Je ne le souhaitai pas.

Elle ne répondit pas à ça. Au fond, tout ce qui se passait était complétement hors de sa compréhension actuelle. Que devait-elle faire ? Le mieux était de continuer sur cette lancée, tout en gardant le fil de ses pensées les plus cohérentes.

  • Dis moi, que fais-tu dans ma maison ? Comment es-tu entré, et puis, d'où viens-tu ?

Hati eut un léger rire un peu étouffé dans cette série de question. Mais, pouvait-il lui en vouloir ? Il était responsable de ça, alors il allait s'assurer de la soulager un peu.

  • Je vais te répondre au mieux. Pour commencer, je suis dans cette maison depuis maintenant trois jours. Ce n'était pas pour vous déranger, ni vous faire quoique ce soit, crut-il bon de préciser. Seulement, je me suis échappé il y a peu d'hommes qui me tenaient captif depuis des années dans une sorte de lieu souterrain. J'ai profité qu'ils tentent de m'emmener autre part et d'un accident qui a eu lieu durant le trajet pour m'enfuir et me cacher. La fenêtre menant ici était ouverte, lui indiqua-t-il. Ta maison était l'endroit le plus sûr auquel je pensais sur le moment...

Il s'arrêta pour voir sa réaction. Si l'on écartait le fait qu'elle était très tendue et tenait sa couverture comme une sorte de protection contre lui, la jeune fille était rongée par la curiosité. Quand elle comprit qu'il avait fini de parler, elle repensa à tout ce qu'il lui avait dit depuis le départ.

  • Alors... si je comprend bien... tu t'es évadé d'une sorte de prison où te retenait des hommes et, dans ta hâte, tu t'es glissé dans mon grenier. Jusque-là, j'ai bon ?
  • Oui, c'est ça.
  • Mais, toi, qu'est-ce que tu es ? redemanda-t-elle pour plus de précision. Une sorte de projet de laboratoire douteux ? Une expérience sur l'hybridation entre différentes espèces ?

Toutes les idées les plus farfelues jaillissaient d'elle dans un enchaînement sans fin, jusqu'au terme "extraterrestre venu d'un autre monde". Et à chacune d'elles, Malya vit Hati s'étonner de plus en plus, alors qu'un sourire amusé se dessinait sur ses lèvres, puis qu'un ricannement en sortit. Jugeant qu'elle devait paraître bien ridicule, Malya s'interrompit en se renfrognant et prit une mine boudeuse. Même après, Hati continuait à se tordre de rire, bien qu'en restant discret pour éviter de faire trop de bruit. C'était humiliant, mais face à une telle image, la crainte de la collégienne fondit doucement et elle se détendit un peu.

  • C'est bon, tu as fini de rire ?

Il hocha la tête et contint du mieux qu'il put ses pouffements, même si son sourire moqueur ne disparut pas un seul instant.

  • Excuse-moi. C'est juste...

Il émit malgré lui un autre rire. Cependant, Hati le maîtrisa vite en remarquant l'humeur de la propriétaire des lieux s'assombrir. Il se reprit donc bien vite :

  • Je suis tout ce qu'il y a de plus naturel. Enfin, de ce que les autres me disaient.

Une nouvelle révélation parvint malgré elle, et Malya ne sut si c'était une nouvelle à prendre à légère. Après tout, il insinuait peut-être par cette phrase qu'il y avait des êtres comme lui.

  • Mais... pourtant... je n'ai jamais entendu parler de personne tel que toi.

Malya vit que cette remarque atteignit Hati, ce qui se répercuta sur son sourire qui se défit un peu.

  • Ce n'est pas très surprenant, marmona-t-il, si bas que Malya faillit ne pas l'entendre. Déjà avec ce qu'ils nous faisaient...

Ses yeux se baissèrent un peu en se perdant sûrement dans des souvenirs récents, et Malya décida de ne pas le forcer. Elle profita de son moment de réflexion pour arranger ses idées au mieux. Un homme loup poursuivit par des individus suspects se cachaient actuellement sous son toit. S'il était toujours ici, c'est qu'il craignait de se faire attraper.

  • Les hommes qui te recherchent, savent-ils où tu es ? lui demanda-t-elle abruptement à cette pensée, le ramenant instantanément dans la réalité.
  • Non, je ne pense pas, dit-il en prenant une moue pensive. Depuis que je suis là, il n'y a pas eu de problèmes particuliers.

Puis il perdit toute joie pour être remplacé par un profond tourment. Il lui attrapa soudainement ses deux bras, et elle sursauta à ce contact inattendu. La premier réflexe qui lui monta fut de se dégager, mais elle fit l'erreur de plonger son regard dans le sien, et, perdue dans cet échange, elle se rendit compte que jamais elle ne vit une personne aussi terrorisée et épouvanté de toute son existence.

  • Je t'en prie, permet-moi de rester ici ! Au moins le temps qu'ils cherchent dans un endroit plus éloigné !

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