<< Rêve >>

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Malya regardait, statufiée, cet être hors du commun qui, lui aussi, ne bougeait pas d'un pouce. Tous deux étaient en proie à diverses pensées qui se percutaient, s'opposaient et défilaient à vive allure dans leur tête. Ils étaient si immobiles que, si une personne était venue à ce moment exacte, elle aurait pu les prendre comme deux sculptures qui se faisaient face. Seul l'éclat de leurs yeux miroitant la lumière et l'autre, ainsi que le soulèvement lent de leurs flancs, prouvaient qu'ils vivaient.

Le jeune homme, très attentif à l'attitude de Malya et qui commençait à trouver cette situation extrêmement inconfortable, déglutit doucement et fut le premier à parler :

  • Bon... Bonjour.

Sa voix hésitante fit sursauter l'adolescente. Ses yeux s'écarquillèrent davantage en même temps que sa bouche s'ouvrit et le garçon, décidé, ferma rapidement les yeux puis baissa les oreilles pour attendre le cri.

  • Tu... parles ?

Pris de court serait un euphémisme. L'étranger ouvrit ses yeux, ne comprenant pas un tel comportement. Pourtant, le voir aurait du la faire hurler, non ? L'horrifier même. Et au contraire, il la trouvait d'un calme mémorable, autant de l'extérieur que dans sa voix qui ne trahissait aucune anxiété. Il ne sentait aucune odeur de peur provenant d'elle. Les secondes s'écoulèrent avant qu'il ne se décida à lui répondre, décidant de se montrer poli pour ne pas l'offenser, quant bien même il ne la comprenait pas.

  • Heu... oui, fut ce qu'il lui dit en choisissant un bref instant ses mots. Je peux parler, comme toi.
  • D'accord.

Il était plus que perdu. Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Aurait-elle croisé un de ses semblables ? Impossible. Et puis, quelle personne censée agirait comme ça en voyant un inconnu chez elle ? Personne. L'homme loup décida d'en avoir le cœur net.

  • Pardon... mais... tu ne cries pas ? Non que ce soit bien... mais... tu n'as pas peur ?

Ce sont ces mots qui ramenèrent Malya à ses moyens. Il la vit passer de stoïque à méfiante. Ses sourcils se froncèrent, sa mine se fit plus farouche, et elle s'éloigna lentement de lui en poussant contre les cartons, sans pour autant se lever.

  • Qu'est-ce que tu es ? Qui es-tu ?

La question confirma ce qu'il pensait : ce n'était que le choc de l'avoir vu qui ne l'avait pas tout de suite rendu hystérique. Plus maintenant. L'odeur de sa nervosité et de sa peur commençait à être affolante. Pressentant qu'il lui fallait agir vite, le jeune homme se présenta avec le ton le plus doux qu'il put faire. Au moins, elle continuait à l'interroger au lieu de crier au secours :

  • Eh bien... je m'appelle Hati. Et, comme tu vois, je suis...

Pour qu'elle puisse le nommer de ses propres mots, il agita une fois sa longue queue. Hati a été appelé par de nombreux noms : hybride, lycan, monstre... pleins d'autres plus complexes qu'il n'avait jamais retenu. Il voulait la laisser décider d'elle-même. Les yeux de Malya s'ouvrir encore plus si possible alors qu'elle s'arrêtait pour le dévisager à nouveau.

  • Un homme... et un loup, souffla-t-elle.

Il hocha la tête puis attendit avec crainte. Un nouveau silence s'installa entre eux, très pesant. Puis, contre toute attente, l'adolescente se mit à rire. Un rire si intense que Hati vit des larmes perler du coin de ses paupières fermées. Elle fut prise de cette folie passagère plusieurs minutes avant de se stopper, ses bras tenant ses côtes douleureuses et encore soumis à quelques restes de rires.

  • Quel rêve ! s'enthousiasma-t-elle en se levant brusquement, sûre d'elle. C'est évident voyons ! J'ai du m'endormir pendant le trajet ! Je suis toujours au fond du bus ! Pas vrai ?!

L'homme loup perçut le désespoir caché dans cette phrase. Elle continuait de divaguer à propos de son rêve si réaliste qu'elle y avait cru l'espace d'une seconde. En fait, elle était tellement entrée dans ce délire qu'elle s'accroupit brusquement en face de lui et le fit reculer de surprise, pleine d'excitation.

  • J'avais déjà lu un article une fois sur les rêves lucides, mais je ne savais pas qu'ils étaient si réalistes ! C'est tout de même bizarre que tu ne portes pas de vêtements, marmona-t-elle à la fin.

Hati, de son côté, ne savait pas quoi faire. Visiblement, elle pensait dur comme fer qu'elle rêvait. En dépit de sa joie, il la sentait extrêmement chamboulée. Aussi, il ne tenta rien lorsqu'elle avança ses deux mains et attrapa ses oreilles qu'elle s'amusa à manipuler et toucher.

  • Elles sont toutes douces et chaudes, constata-t-elle en les caressant.

Hati dut se mordre les lèvres pour ne pas bouger, car ses gestes le chatouillaient énormément. En revanche, sans qu'il ne la vit faire, elle délaissa ses oreilles pour attraper les comissures de sa bouche et les étirer.

  • Hein ? essaya-t-il de dire avec deux doigts dans sa bouche.
  • Houlà, que tu as de grandes dents, se moqua-t-elle en touchant brièvement l'un de ses crocs supérieur.

Cette fois, l'action déplut fortement à Hati, car elle lui rappelait beaucoup trop ce que faisait d'autres humains. Pour l'obliger à les retirer et la << réveiller >>, il lui pinça entre ses dents le doigt fouineur. Malya eut un petit cri surpris en sentant la pression et se retira, sans que Hati ne la retienne. Elle regarda sans comprendre la petite marque laissée, ainsi que le visage renfrogné du responsable.

  • S'il te plaît, ne fais plus ça, lui demanda-t-il avec léger un grognement.
  • Quoi ?

La jeune fille ne comprenait plus rien : tout ça n'était que son imagination, n'est-ce pas ? Alors... pourquoi sa morsure lui avait-elle mal, même si ce n'était pas grand-chose ? Et son souffle chaud sur ses doigts. Pour la première fois, elle commença à réellement paniquer.

  • Non, ce n'est pas vrai. Tu es dans ma tête... Rien n'est vrai... s'affola-t-elle.

Pour se le prouver, elle se pinça à s'en faire un bleu son bras tout en fermant ses yeux.

Réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi.

Elle attendit longtemps, jusqu'à ne plus sentir la chair compressée. Et quand elle se décida à risquer de regarder, le visage de Hati était toujours devant elle, sans qu'il n'eut bougé de place, bien que son agacement a été remplacé par de l'inquiétude.

  • Tout va bien ?

L'entendre de nouveau eut l'effet d'une bombe. Malya se releva, la respiration saccadée et le regard vitreux.

  • C'est pas possible.

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