Découverte étrange

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Devait-elle crier ? Trop risqué. Le temps que Léonard arrive, l'inconnu pourrait se ruer sur elle et la maîtriser. Revenir sur ces pas pour l'avertir ? Une meilleure option. Mais avec le bazar que formait les cartons, la distance à parcourir en silence, et les tremblements que Malya n'arrivait pas en dépit de ses efforts à maîtriser, elle pourrait heurter un objet et faire du bruit. De plus, elle avait failli réveiller celui qui dormait là. Rien ne disait qu'il était suffisamment replongé dans le sommeil pour qu'elle puisse prendre un tel risque. Elle ne souhaitait pas non plus alerter Léonard, ignorant s'il déciderait de voir par lui-même. Elle ne voulait pas non plus qu'il ait des ennuis avec ses parents. Il ne restait plus qu'une seule option : le neutraliser avec ses propres moyens, puis voir ensuite quoi faire !

Malya regarda la lampe torche maintenant glissante à cause de la sueur engendrée par son stress, mais toujours dans sa main, et la pressa fortement à s'en blanchir les phalanges pour se donner du courage. La matière qui la composait était extrêmement dure et pesait un peu. Elle la jugea largement suffisante pour réussir à assommer l'étranger sans problème. Malya tourna un peu le bord circulaire où se trouvait l'ampoule pour régler l'intensité lumineuse au minimum, avec juste assez pour à peu près voir ce qui se trouvait devant elle. Ensuite, la collégienne respira doucement à fond, puis commença à marcher précautionneusement jusqu'à l'endroit où elle pensait l'avoir entendu.

Un pas après l'autre, en répartissant stratégiquement son poids sur ses appuis, elle commença donc sa progression dans ce qu'elle se représentait comme un champ de mines. Autant de pièges qui pourraient lui coûter cher. La respiration presque inexistante, Malya parcourait mètre par mètre, jusqu'à ce qu'elle arrive à un passage assez étroit où deux cartons en hauteur se faisaient face. Pour ne prendre aucun risque, elle décida d'en attraper un pour le mettre de côté. Elle posa donc doucement sur le sol sa lampe, et agrippa à deux mains le premier à sa gauche. Délicatement, elle le déplaça plus en arrière, vers un espace libre. Aucun bruit à déplorer.

Bien. Maintenant l'autre.

Elle procéda exactement de la même façon, avec tout le savoir-faire pour éviter le désastre. Mais au moment où elle le souleva, elle entendit distinctement, comme une farce, plusieurs sons à l'intérieur qui ressemblait à du verre qui se percutait. Malya retint un pleur en l'entendant, et pria en fermant les yeux le ciel pour que les mouvements passent inaperçus. Au plus vite, elle se déchargea de son fardeau qui cliqueta joyeusement dans les airs, puis à destination. Nerveusement, la jeune fille regarda là où se trouvait sa cible. Elle soupira presque en ne constatant rien d'anormal.

Parfait. Surtout, continue de dormir la belle au bois dormant. C'est très bien pour moi, lui demanda-t-elle dans sa tête.

Le passage dégagé, Malya s'accroupit pour récupérer sa lampe, puis enjamba les deux cartons qui servaient de base à ceux qu'elle avait posé ailleurs. Finalement, après plusieurs obstacles qui nécessitaient sa souplesse et son habileté, elle arriva enfin à voir où se terrait l'inconnu. Qui était complétement caché dans sa couverture blanche ! Elle sentit son visage s'échauffer de rage devant ce spectacle affligeant.

Mais... C'est alors lui qui me l'a volé !

Et pas que ça : elle pouvait voir à ses côtés des morceaux de ficelles rougeâtres qui enroulaient les rôtis disparus, en plus de plusieurs céréales éparpillés juste devant elle. Alors il était celui qui les avait dévalisé. Pourtant, c'était de voir les ficelles qui la choquèrent un peu.

Ne me dite pas... qu'il a mangé la viande encore crue.

Pourtant... s'il les avait emmenés là... tout portait à le croire. Avait-il été affamé au point de la consommer sans cuisson ? Elle s'attendrit presque à cette pensée, mais Malya se ressaisit vite en secouant la tête au vue de la situation. Il restait qu'elle ignorait qui il était ! La personne pouvait être dangereuse ! En plus, elle était entrée par effraction ! Avant de juger quoique ce soit, elle devait la neutraliser. Ensuite, elle agirait selon les circonstances.

Devant cette idée plus judicieuse, elle marcha encore un pas, juste devant la couverture au forme de collines qui dessinait les traits de l'étranger. Et, au moment où elle leva la torche pour l'abattre sur lui, un mouvement soudain attira son attention. Elle se tourna, lumière en avant, mais ne vit rien à part une sorte de très long plumau soyeux brun au reflet doré en partie recouvert par la grande couverture.

Malya décida d'ignorer ce qu'elle crut avoir vu, puis s'apprêta à reprendre son action lorsqu'elle y réfléchit à deux fois :

Je n'ai pas non plus envie de lui casser irrémédiablement le nez, au risque de réellement le réveiller et mettre très en colère. Il vaut mieux que je vois là où je vise avant. Et, juste au moment où son visage apparaîtra, je frappe le crâne pour le mettre direct hors service plusieurs heures.

Ce qui voulait dire avancer sa main jusqu'à l'extrémité, puis soulever... Plus facile à dire qu'à faire. Déjà que Malya avait son dos complétement mouillé avec ce qu'elle faisait avant ! Elle s'efforça donc de respirer plusieurs fois, pour à la fois reprendre son souffle qu'elle avait plus d'une fois retenu et qui lui donnait une mauvaise migraine, et pour s'encourager.

Allez ma fille ! Un peu de bonne volonté ! Tu n'as pas non plus deux mains gauches ! Tu ne vas pas te louper ! Je vais y arriver ! Je vais y arriver !

Avec une concentration extrême, Malya approcha la main de sa couverture, tout en préparant l'autre en arrière pour frapper dès l'instant où elle la soulèverait. Être précise... ne pas hésiter... Lentement, sa main franchit la distance, jusqu'à attraper le tissu. Elle parvint même à sentir le visage de l'inconnu, ce qui lui souleva les poils de son bras.

Attention... Elle s'assura d'avoir une bonne prise.

Prête... Sa main se serra encore plus sur son arme, parée à l'impact.

Maintenant !!!

La couverture vola dans les airs, la lampe fusa à une incroyable vitesse devant elle... puis elle interrompit son geste en voyant le visage du jeune homme encore endormi.

Son visage salit de trace de jus de rôtis et de terre posé sur sa main droite, qui par ses traits la laissait envisager qu'il devait avoir environ son âge en dépit de l'air enfantin que son sommeil lui laissait prendre, était en partie mangé par ses long cheveux brun-doré. Son corps nu en position fœtale, qui présentait à ses épaules et son flanc quelques cicatrices, était assez svelte, presque maigre, mais avec tout de même des muscles bien tracés et définis. Cependant, ce n'étaient pas ces détails qui la firent tituber en arrière, en proie au plus grand choc.

Car elle parvenait à voir une de ses oreilles, longue, large et lupine. Là, elle la vit tressauter au moment où elle tomba sur un carton. En parcourant plus bas, elle pouvait voir que ce qu'elle prenait être pour un plumeau se trouvait en réalité être une queue touffue, qui bougea en l'air dans un petit arc pour se laisser tomber du côté exposé que regardait actuellement Malya et frappa paresseusement le sol avant de s'arrêter. Et surtout, elle remarqua les chaînes auparavant cachées, vieilles et lourdes, qui semblaient provenir de ses poignets.

Elle dut l'avoir réveillé par le bruit de sa chute et la perte de sa couverture, car la jeune fille le vit ramener une de ses mains surmontées de griffes épaisses pour frotter ses yeux dans un petit gémissement. En même temps, il se releva doucement dans un long baîllement propre aux canidés et aux mal-appris qui la laissa découvrir quatre très longs crocs qui pourraient aisément l'égorger. Puis un œil jaune orangé s'ouvrit avec fatigue alors que l'autre était encore frotté par son poignet enserré d'un anneau avant qu'il ne le dégagea pour les dévoiler, grands ouverts, emplis tous deux de la même émotion qui l'assaillait actuellement.

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