Retour à la maison

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Le bus lors d'un retour de voyage. Toujours bruyant des élèves surexcités, sans interruption, où même les professeurs qui accompagnaient leurs protégés se joignaient à une chanson joyeuse. Une bonne ambiance en soit... sauf pour Malya.

La jeune adolescente de quinze ans restait silencieusement dans son coin, sur la banquette arrière que ses camarades lui avaient laissé, en compagnie de son majordome Léonard. L'homme d'âge moyen, une soixantaine d'année à l'air sympathique, tenait son sac de voyage ( qui faisait bien plus valise ), en vérifiant toujours que son précieux contenu ne s'échappe pas ( à cause de la quantité monstre d'affaires que ses parents lui avaient obligé à emmener par précaution ). Quant à la jeune fille, elle ne faisait que regarder le paysage d'arbres qui défilait sous ses yeux à une vitesse raisonnable. Parfois, elle assistait à la course occasionnelle entre deux ou trois gouttes de pluie qui se disputaient la première place pour s'écraser plus en bas. Rien de bien palpitant.

Personne pour discuter, rien à faire non plus, sauf peut-être ôter de temps à autre de sa vue une mèche brune rebelle qui venait glisser devant ses yeux. Malya s'ennuyait ferme. Son seul soulagement était de reconnaître la forêt, signe qu'elle allait bientôt arriver à son collège. Après trois jours de marche près des côtes salées de la mer Méridienne, son chez-soi commençait à lui manquer un peu. Non pas parce que quelqu'un l'y attendait. Plutôt la hâte de quitter enfin la tension constante qu'y avait régné dans le dortoir qu'elle avait partagé avec cinq autres filles, et les regards prudents que lui lançaient toujours le groupe auquel elle avait été placé par sa professeure de géologie.

oOo

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'ils avaient une certaine peur d'elle. Enfin, une personne étrangère se serait sûrement demandé << Pourquoi ? >>. Réponses évidentes : fille du PDG d'une entreprise de construction technologique mondialement reconnue du nom de L&Co et d'une éminente scientifique avec une quantité incroyable de brevet à sa carrière. Mieux dit : enfant de milliardaires. Un sot aurait dit : << Voilà une enfant chanceuse ! >>. Malya lui aurait ri au nez, ou alors lancé un regard acéré de ses yeux bleu-vert. Car le destin n'était pas aussi lumineux pour l'enfant de parents avec un travail si important. Souvent, il devait se confronter à une ennemie bien redoutable : la solitude. Mais être mis à l'écart par d'autres personnes était bien pire. Oh il y eut quelques propositions pour Malya de devenir amie avec d'autres, dans de précédents établissements lorsque ses parents avaient du voyager. Seulement, ils s'étaient surtout approchés par la perspective de profiter de sa richesse, si ce n'est l'initiative de leurs parents pour se faire bien voir par les siens. Vite déçus en constatant qu'en dépit de sa vie, jamais elle n'emportait d'argent avec elle, ou que les demandes de rencontre n'aboutissaient pas. Du jour au lendemain, ses prétendus "amis" s'étaient éloignés, jusqu'à l'ignorer. Une leçon qu'elle aura appris à la dure. Alors, dans celui-ci où elle était entrée cette année pour sa troisième, elle gardait toujours ses distances avec les autres. Ils lui rendaient bien, mais au moins personne ne l'embêtait.

oOo

  • Mademoiselle, l'appela Léonard pour la sortir de sa contemplation rêveuse. Nous allons bientôt arriver.
  • Oui, j'ai vu, lui répondit-elle distraitement, sans pour autant détacher ses yeux des maisons qui commençaient désormais à apparaître.

Ils venaient d'entrer à l'instant dans la ville de Morhio, qui tenait son nom de la chaîne de montagnes qui l'encerclait en grande partie. Ce n'était pas ce que l'on pouvait appeler une métropole, mais elle n'était pas non plus négligeable avec ces magasins qui se fournissaient des derniers accessoires à la mode, les restaurants assez bien côtés dans le pays, et ses hôtels de ville ainsi que les imposants bureaux d'entreprises ( dont une était de son père et trois en collaboration avec lui sur les six principales ). Et puis, la forêt qui était proche offrait une grande gamme d'activités, en plus des montagnes qui, l'hiver, était parfaite pour skier.

Aujourd'hui, par le mauvais temps, Malya ne voyait pas beaucoup de piétons depuis sa vitre. Les gens se déplaçaient principalement en voitures, encombrant un peu la circulation avec les feux tricolores qui clignotaient du vert, au orange, puis au rouge relativement vite pour éviter des incidents. Cela forçait leur conducteur à ralentir. Heureusement, l'établissement n'était plus très loin.

Moins d'une vingtaine de minutes plus tard, et ils étaient devant une bâtisse blanche qui comprenait deux grands bâtiments principaux parallèles entre eux, reliés par deux couloirs en verre permettant le passage huit élèves côtes à côtes. Elle pouvait d'ailleurs en voir certains qui y circulaient dans une même direction, pressés de quitter les lieux alors que les cours s'étaient terminés. Arrivés juste à temps. Dans un freinage contrôlé, le conducteur stoppa le bus sur le grand parking devant le portail ouvert du collège où se déversait une masse d'étudiants, arrêtant par la même occasion les discussions en cours à l'intérieur du véhicule.

Les trois enseignants qui les accompagnaient se levèrent, tandis que les étudiants patientèrent très sagement à leurs places. Si une telle discipline y régnait, c'était par la faute d'un des professeurs, M. Reynald, qui leur faisait étudier les SVT. Il était redouté pour sa sévérité légendaire, bien que toujours juste, mais inoubliable quand il la manifestait. Malya se souvenait fort bien des quelques démonstrations spectaculaires qu'il avait faites contre des perturbateurs. Il les regarda tous l'un après l'autre de ses yeux gris avec ses lunettes en verre rectangulaire, arborant toujours le même air sérieux que d'ordinaire.

  • Bien, commença-t-il d'une voix relativement aigu, vous n'oublierez pas avant de partir de remercier le chauffeur de bus. Profitez de votre fin de semaine, sans oublier de remplir, je précise et insiste, individuellement les feuilles d'exercices que Mme. Simon vous donnera à la sortie. Et il est inutile de vous copier : vous avez chacun des sujets différents à traiter. Servez-vous uniquement de vos notes de groupes, et ne cherchez pas à vous aider d'autres choses. Une fois rendus, vous n'aurez vos notes que lorsque je vous rendrai vos contrôles que vous ferez la semaine prochaine, soit le vendredi qui vient.

Une technique infaillible pour savoir qui trichait : M. Reynald faisait toujours en sorte de savoir qui fraudait en comparant leurs sujets à ceux de leurs copies d'examens. Ainsi, si ces dernières se trouvaient médiocres comparées à ce qu'il leur avait donné plus tôt, comme ce devoir, alors il retirerait la note de celui-ci, même bon, pour ne laisser que celle de l'examen. Astuce redoutable qui marchait plutôt bien. Malya acquiesça comme tous les autres à ce que leur profresseur leur avis dit, en oubliant pas de le saluer, ainsi que les autres membres de l'éducation et leur conducteur. Une fois dehors, Léonard prit les feuilles d'exercices aggraphés que Mme. Simon lui tendait, en la remerciant respectueusement. Il guida ensuite l'adolescente jusqu'à une limousine noire, où deux gardes du corps, un homme chauve et une femme au chignon blond relevé aux lunettes et en smocking noirs les attendaient en regardant attentivement les environs. Le majordome ouvrit la portière de la jeune fille qui s'installa dans la moquette en velour blanche confortable, avec ses deux protecteurs qui s'assirent juste en face d'elle. Malya regarda depuis la vitre arrière Léonard qui mettait dans le coffre son sac, puis prit place à son tour à ses côtés. Lorsqu'il ferma la portière, il appuya sur un bouton beige juste à côté de lui, puis parla d'une voix distinguée dans l'interphone à l'intention du conducteur :

  • Nous pouvons partir maintenant à la maison de Mademoiselle Lumen mon garçon. Hâtez-vous avant que les routes soient trop prises.

En effet, les parents commençaient déjà à emmener leurs enfants en sortant l'un après l'autre du parking dans leur voiture. Malya plaça à nouveau sa tête sur la vitre propre, patientant d'arriver chez elle.

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