Prologue

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Il pouvait encore entendre les hommes qui courraient derrière lui, tenant leurs fusils à lunette. Malgré le danger, les arbres pouvaient le couvrir de potentielles fléchettes que l'un de ses détenteurs auraient eu l'idée de lui tirer. La nuit, bonne amie de ceux de son espèce, le camouflait merveilleusement bien. Une ombre parmis d'autres.

Fort de sa vitesse et de son agilité, il tentait de les semer à travers la forêt qui parsemait les montagnes proches de la ville. Ses pattes avant, emprisonnées par des lourdes chaînes retenues par des anneaux, trahissaient sans cesse sa position. Heureusement, ses poursuivants se faisaient peu à peu distancer, et ils ne s'aidaient pas de leur ouïe, si faible qu'elle ne pourrait même pas l'entendre, et trop bruyant pour capter un autre son que celui que produisait leurs corps lourds et maladroits. Les hommes, terribles par leurs inventions, ne rivalisaient pourtant pas avec lui dans cette course.

Grâce à ses oreilles pivotantes, aiguisées à entendre le son le plus faible, il pouvait percevoir au loin les terribles imprécations qu'ils lui lançaient. Des promesses de torture s'ils venaient à le trouver. Ses babines se retroussèrent en une mimique moqueuse à chaque fois qu'il les entendaient. Il se riait d'eux et de leurs menaces. Des couteaux sans lames. Il n'en avait que faire. Car plus il s'éloignait, et plus la liberté qui lui était autrefois si inaccessible lui paraîssait à porter de main... ou de patte. L'espoir d'enfin leur échapper lui donnait des ailes. Quelque chose qu'il n'avait pas depuis longtemps ressentit. Et il était résolu à le garder. Qu'importe s'il venait à être de nouveau capturé, il se donnera volontier lui-même la mort. Tout, plutôt que de retourner dans ces cages sombres, puantes et étouffantes, qui n'étaient ouvertes que pour lui offrir un carnage dont il était forcé à participer.

Après une longue course, les cris finirent par s'estomper, et le fugitif s'accorda une pause en haletant convulsivement. Il profita de l'occasion pour examiner ses flancs zébrés de plaies par la faute des fouets terribles qu'ils avaient utilisés pour le frapper afin de le forcer à faire son travail. Les blessures lui brûlaient, mais c'était encore supportable. Il guérissait vite, comme à chaque fois qu'ils le frappaient pour obtenir de lui ce que ces tortionnaires voulaient.

Après encore quelques minutes à attendre, un vent frais souffla sur lui, hérissant son pelage brun doré encore intact pour le protéger d'un mauvais froid. Par réflexe, il leva son museau et huma les odeurs qu'il transportait. L'humus encore humide de la forêt, il distinguait aussi le parfum doux et sucré des fleurs qui poussaient ici. L'odeur de l'eau toute proche et encore propre qui devait couler non loin de là. De ce côté, celle alléchante d'un troupeau de cerfs et de biches, qui devait repaître à quelques kilomètres, plus au nord dans les montagnes. Rien que sentir cette dernière lui fit gargouiller son ventre, vide de plusieurs jours de repas manqués. Il distinguait aussi, bien que plus ténues, les feuilles de menthes épargnées par le temps, Que des bonnes odeurs ! Pour lui, cet endroit était un bon lieu à vivre. Mais une autre, qu'il craignait intensément, attira encore plus son attention : ses poursuivants. Il tourna sa grosse tête dans leur direction, toute sa joie d'être ici abandonnée. Il ne pouvait pas rester là. Il devait continuer à fuir. Rester maintenant était bien trop dangereux. Il gémit à cette perspective, que son enivrement à s'être échappé lui avait fait oublié.

Il regarda alors partout autour de lui : où se cacher ? Pas dans cette forêt, ils savaient déjà qu'il y était. Il devait voir autre part. Un endroit ils ne songeraient pas à chercher dans un premier lieu. Il s'asseya sur son arrière-train pour mieux réfléchir : quelle pourrait être la cachette idéale pour un loup gigantesque comme lui ? Comme une réponse à sa question muette, un bruit soudain lui fit dresser l'oreille, bien qu'il ne se releva pas. Il n'y avait pas de danger : ce n'était qu'une voiture qui venait de freiner brutalement. Il était vrai que la ville était assez près d'ici. La ville...

Il secoua la tête à cette idée : non, il ne pouvait pas ! C'était dangereux, suicidaire pour lui de s'y risquer ! Même s'il pourrait si cacher sous son autre apparence... juste le temps que les choses se calment un peu...

Alors qu'il débattait encore en lui-même, il entendit le bruit lointain d'un sifflet. Ils avaient retrouvé sa trace ! Il grogna à cela, puis il regarda la direction que lui indiquait son flair pour rejoindre la ville. C'était une mauvaise idée, mais qu'avait-il de plus à risquer ? Comme il s'était résolu plus tôt, il préférait la mort à ce qui l'attendait s'il se faisait attraper. Il prit alors sa décision.

oOo

Ses pattes bruissaient silencieusement aux abords de son ultime séparation de la civilisation humaine. Il avait fait le tour de l'extrêmité de la ville depuis plusieurs heures maintenant, tournant autour des habitations en cherchant la meilleure pour se cacher. Celle qu'il regardait, plus grande que les autres, était la plus proche des arbres. De mémoire, il comprit que ce devait-être la maison d'une personne riche. Les griffes des barreaux se terminant par des piques le lui prouvaient, ainsi que le portail immense qu'il pouvait voir. Il ne connaissait pas grand-chose dans la matière, mais de souvenir des hommes que ses maîtres jugeaient important, ils étaient toujours dans des allures et avec des accessoires qui les distinguaient des autres. Alors de ce qu'il pouvait voir, il devait très certainement se tenir devant la propriété d'une de ces personnes importantes. Cette maison n'était pas comme les autres qu'il avait observé. En somme, l'endroit le plus dangereux pour lui, mais là où ses poursuivants ne chercheraient pas en premier.

Prudemment, il sortit de la protection des arbres et s'avança jusqu'au portail, attentif à la moindre odeur et à n'importe quel son suspect. Les galets qui parsemaient l'allée à travers bois crissaient sous lui. Il n'y eut aucun problème jusqu'à son objectif. Une bénédiction pour lui : il y avait de nombreuses caméras, mais toutes abaissées. Peut-être un problème d'alimentation.

Enfin devant le portail, il sut quoi faire à partir d'ici : il avait reperé tantôt une fenêtre ouverte, toute proche du toit et donc très haute, mais accessible pour lui grâce à un arbre. Il hésita un peu avant de se risquer à faire ce pourquoi il était là. Avait-il seulement le choix de reculer ? Non.

Il se changea alors. La sensation, toujours aussi désagréable, de perdre ou d'ajouter des os, des muscles et d'autres parties de son anatomie, ne dura qu'un temps. Le froid se déposa plus facilement sur sa peau nue, ce qui le fit frissonner désagréablement. Il se redressa sur ses deux pieds, tanguant un peu à cause du changement d'équilibre. Il attendit d'être à l'aise avant de se risquer à bouger un peu. Une fois son équilibre interne stabilisé, il s'accroupit sur lui-même. D'un bond puissant, il attrapa le haut du portail, se souleva et passa de l'autre côté. C'était sans compter le bout de l'une de ces chaînes qui resta coincée dans le processus. Le fugitif sentit une douleur stridente sur son poignet alors qu'il fut suspendu à moins de quelques centimètres du sol, l'anneau lui faisant mal à en pleurer. Il dut se mordre les lèvres pour ne pas pousser le moindre bruit. Agacé, il aggripa de sa main libre ce qui le retenait, puis se mit à tirer de toutes ses forces. Après plusieurs minutes à se débattre ainsi, la partie qui s'accrochait s'arracha, ce qui le fit atterir assez bruyamment sur les galets.

Paniqué de s'être fait découvert, il se cacha vite derrière l'un des buissons taillés du jardin. Il attendit, mais rien ne vint. Peut-être qu'il n'y avait personne ? Après s'être assuré que personne ne venait, il courut jusqu'à l'arbre, sauta sur le tronc, arriva jusqu'à la branche qui lui permettrait d'accéder à la fenêtre ouverte. Il prit son élan, puis sauta jusqu'à la fenêtre.

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