Chapitre 8

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Je me retrouve donc le lendemain matin à huit heures dans une crique isolée de tout public avec de l'eau jusqu'au ventre.

— Rappelle-moi pourquoi on est venu si tôt ? je siffle entre mes dents en serrant mes bras contre ma poitrine pour tenter de me réchauffer.

— Cet endroit a beau être peu connu et désert, il y a quand même quelques personnes qui y trainent pendant la journée alors je préfère ne pas être dérangé.

Sa remarque me pousse à me demander combien de personne savent que je suis ici, seule avec lui. Personne. Espérons que je m'en sorte bien.

— Très bien, alors, comment fait-on ?

— Est-ce que tu sais faire des mouvements de jambes pour rester sur place déjà ?

Je secoue la tête.

— Es-tu capable de faire la planche au moins ?

— Considère que tout ce que je sais faire c'est couler et tu auras à peu près mon niveau.

Il secoue la tête d'un air amusé.

— Bon c'est pas grave, on va faire autrement. Allonge-toi, je vais te maintenir.

Je lui lance un regard suspicieux mais m'exécute lentement sans pour autant le lâcher du regard. J'essaie de ne pas montrer ma panique lorsqu'il place ses mains de part et d'autre de mon ventre pour me maintenir à la surface. Je sens la chaleur de ses paumes à travers le tissu de mon maillot de bain et me demande qu'elle aurait été la sensation si j'avais mis un maillot de bain deux pièces. Une rougeur me monte aux joues lorsque je me rends compte de mes pensées.

— Très bien, alors il fait que tu battes des jambes de bas en haut.

Je m'exécute et effectue quelques battements.

— Voilà comme ça. Maintenant les bras. Tu fais comme la grenouille. Tu mets les mains en avant, les coudes à l'extérieur et tu pousses sur les épaules en ramenant tes bras vers toi.

— Je connais le mouvement en théorie, merci.

— Très bien, alors je te laisse faire si mademoiselle sait déjà tout.

Et sans préavis, il enlève ses mains de mon corps. Je remue les membres dans tous les sens pour tenter de rester à la surface.

— Hé reviens ! C'est bon, c'est bon, je t'écoute.

Il éclate de rire face à ma tête paniquée et place ses deux mains à plat sous mon ventre pour me retenir. J'arrête tout mouvement en entendant ce son envoûtant. Je tourne la tête pour l'admirer. Il est si beau lorsqu'il se lâche comme ça que je décide de tour faire pour l'entendre rire plus souvent.

— Allez, essaie d'avancer maintenant, je te maintiens.

J'essaie de synchroniser mes pieds et mes mains mais je n'arrive pas à coordonner les deux actions.

— Hé bien, je suppose que tu vas devoir me raconter toute ta vie à ce rythme-là.

Je lui lance un regard noir.

— Je compte bien y parvenir avant !

— Permets-moi d'en douter.

La situation a l'air de beaucoup l'amuser alors je redouble d'ardeur pour lui prouver qu'il a tort. Malheureusement, je m'emmêle encore plus les pinceaux et je suis obligée de me concentrer pour exécuter plus lentement les mouvements.

— Ça ne sert à rien de vouloir faire beaucoup de petits mouvements, fais de grandes brasses, pousse l'eau avec tes bras pour avancer.

Je suis encore ses conseils pendant ce qui me paraît des heures tant je suis épuisée à la fin. Au final, j'ai plutôt bien réussi à imprimer les gestes mais je n'arrive pas encore les exécuter rapidement et comme je n'avance pas assez vite, je coule encore. C'est sûr, je vais devoir raconter plus d'un secret à Eyden. Me dire qu'il fuyait au début mais qu'il va réussir à obtenir des renseignements bien plus facilement que moi me frustre mais j'aime jouer et je suis fair-play.

Lorsque nous rejoignons la plage, je découvre que nous sommes en réalité restés dans l'eau une heure et demie. Nous nous asseyons sur nos serviettes, face à la mer, pour sécher naturellement grâce aux douces caresses des rayons du soleil. Nous restons sans rien dire à contempler les vagues en restant pourtant toujours conscients de la présence de l'autre. Au bout d'un moment, je décide de me lancer sans lâcher du regard les gros rouleaux des vagues de la mer qui est en train de remonter.

— Je n'ai jamais connu mon père. Il a quitté ma mère dès qu'il a appris qu'elle était enceinte.

— C'est moche. Je ne suis peut-être pas le plus clean du monde mais un homme devrait toujours prendre ses responsabilités. Au moins vis-à-vis des femmes qui n'ont pas le choix et doivent forcément finir par faire un choix. C'est facile de se dire que la décision ne nous concerne pas car nous ne portons pas l'enfant.

Je lui jette un regard en coin, surprise par la profondeur de sa réflexion. Le voilà dans toute sa splendeur, l'homme de lettres qui réfléchit au monde qui l'entoure.

— Ce n'est malheureusement pas encore l'avis de tout le monde. Ma mère était éperdument amoureuse. Elle m'a dit qu'il était policier et qu'il s'appelait Harry. Je n'en ai jamais su plus à son sujet. Ma mère ne m'en veut pas pour l'avoir perdu mais parfois, quand je la surprends plongée dans la contemplation du vieil album photo qui contient leurs souvenirs, je m'en veux un peu. Elle n'est jamais sortie avec un autre homme depuis et a consacré toute son énergie à m'élever même si ça a parfois été très difficile. Pour nous deux.

Je repense à mon accident. Pour elle non plus ça n'est pas facile d'être vu comme la mère qui n'a pas de chance d'avoir une enfant avec un handicap. Il m'arrive souvent de regretter de lui infliger ça alors qu'elle fait tant pour moi. J'ai parfois le sentiment de la priver elle aussi d'un monde en couleurs en l'enchainant à mes sombres tracas. Je me mordille la lèvre par réflexe alors que des moments trop douloureux renoncent à la surface.

Je sens alors des doigts me relever le visage. Mon regard plonge dans celui d'Eyden qui brille d'intensité. Je vois les nuances de gris danser dans ses yeux et je n'ai jamais eu autant envie qu'à cet instant de percevoir une couleur.

— Ne t'en veux pas à cause du manque d'honneur d'un sale type. Tu te soucies de ceux qui t'entourent et tu vaux mille fois mieux, ce n'est pas à toi de te sentir mal.

Son pouce caresse ma joue pour effacer les traces de larmes dont je n'ai même pas conscience d'avoir laissé couler. Je retrouve cette même douceur que lorsqu'il m'a porté hier et je réalise à cet instant que j'ai envie que le temps se fige pour pouvoir me perdre sans cesse dans la douceur de ce moment avant qu'il n'ait une nouvelle saute d'humeur. Car je suis persuadée que c'est là, dans cette crique, que je suis avec la facette d'Eyden la plus authentique.

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