Lettres à Jade

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Ma chère Jade, la honte le dispute à la tristesse. Oui ma chère marquise quel crève-cœur de voir mon pays ressembler de jour en jour à une dictature du tiers monde.Le nombre de milliardaires n'y fait pas. Chaque milliardaire que ce type aura créé ne rendra jamais l’œil crevé à l'adolescent ni la jambe mutilée au gilet jaune.
La France s'algérianise. La France des milliardaires et des clodos.
L'Algérie française est devenue par la grâce de notre illustre président la France algérienne.
La France n'a plus rien de ce qu'elle possédait jadis fièrement et qui faisait sa gloire. Même les larmes qu'elle pleure ne suffisent plus.
Nos ainés, tous ceux qui nous ont précédés et qui ont usé de leur force, de leur talent et de leur sueur pour bâtir ce pays ont vu leurs efforts réduits à néant par la grâce de notre illustre président. Oui ma chère Jade réduits à néant.
La France s'algérianise.
Le matin devant ma glace, en me rasant, vois-tu je n'arrête pas de me poser la question du pourquoi. Car le comment je vois tous les jours et il est bleu et il crève les yeux.
Ma chère, ma douce Jade, j'aimerais tant que le cauchemar s'arrête, que le peuple se réveille enfin et qu'il se dise que ce n'était qu'un mauvais rêve et que les choses n'étaient qu'une illusion , qu'une boutade de la Providence, cette fourbe qui nous joue parfois des tours.
Oui ma chère Jeanne, la France s'algérianise.
Bientôt l'arabe sera la langue officielle au pays de Molière et de Victor Hugo et Clichy sera la nouvelle Capitale. Les gens crèvent à l'hôpital ou ailleurs, peu importe du moment qu'ils crèvent.
Je ne pourrai plus t'écrire dans la langue de Rabelais ou alors t’inscrire dans un cours d'arabe chez Babbel oued.
En attendant, ma chère "je fais le boulot", non pas dans allégresse mais dans la ruine de l'âme.

Adrien qui t'aime et qui pense et te désire tendrement.

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OLIVIER JACOULET
Avertissement

Toute ressemblance avec des personnes, endroits ou faits existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Quoique.

« Je n’ai pas d’ennemis, seulement des indifférences » - Laurence d’A (lettre non datée).
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Défi
Corginiste



Les portes s'ouvrent toujours sur quelque chose, vers quelque chose ; la mienne, par une solitude mécanique, s'ouvrait sur mon jardin. Il y faisait déjà une tiédeur agréable qui, par connivence avec la brillance habituelle, abreuvait la pelouse nouvelle. Elle avait poussé haut ses brins ; j'avais l'oeil pour ça. Plongeant une main dans ma poche arrière afin d'y trouver mon outil, je m'approchais d'elle armé d'un minuscule bout de plastique jaune et noir gradué. De la première à la dixième, les pousses avaient crû ensemble, sans se faire de l'ombre ; grandissantes en miroir, s'élévant vers une même direction. Je devais y mettre fin. Arrêter l'ascension désagréable de cette verdure solidaire. Mes pantoufles trainaient cette envie sur la dalle bétonnée du garage. Au milieu de cet endroit propre, inchangé, parfait, ma tondeuse était là. Une einhell gcem1879 avec ses coupes bordures gcet2225, 1756 W, 1,36 cm. Une véritable merveille, mon roc, mon alliée infaillible. Je l'allumai, elle me répondit avec toute son envie de servir ; ronronnant sous la perceptive de pouvoir sentir l'odeur, le relent, de l'herbe fraîche tondue au petit matin.
Je m'affairai à la coupe ; les mains posées sur le volant, tremblant déjà d'excitation, je pouvais entendre mon écho dans le quartier ; réveille-matin, rituel quotidien. Le premier passage se fit sans embarras. L'herbe était à ma merci, jetée en patûre aux lames de ma monture qui aurait taillé pierres et limaçons en deux, sans accrocs, aux moindres de mes ordres. J'étais aux commandes. Dans mon peignoir de général, alourdi d'épaulettes de velours, agrafé de cinq étoiles, je contenai la menace. Sus à l'ennemi ! Le deuxième passage ne fut que plaisir, mes lèvres s'élargirent tout en pointant vers le haut. Bis repetita placent ou pas. Le dernier fut interrompu avant même d'avoir commencé, par un voisin qui me hélait depuis ma clôture. Je coupai le moteur.
— Bonjour voisin, me dit-il en levant sa main dans un salut.
Je lui repondis de la même façon. Que me voulait-il ?
— Belle machine que vous avez là ! C'est une Einhell ?
— Tout juste. Que puis-je faire pour vous ?
Malgré la civilité dont il avait fait preuve, je n'avais pas oublié qu'il venait d'interrompre ma tonte. J'avais hâte de reprendre, il me gênait.
— Vous connaissez le voisin du 6 bis ?
A cette seule formulation, il semblait s'irriter, comme si chacun de ses mots étaient des morceaux de verre qu'il se forçait à mâcher, écorchant sa langue toujours un peu plus ; il continua malgré tout :
— Je suis passé hier devant chez lui et je n'ai vu personne. Pareil aujourd'hui. Vous verriez l'état de son gazon ! Une honte !
Je me levai sous l'émotion :
— De quoi ? Personne ne tond chez lui ?
J'ouvris le portillon et m'approchai. Il me repondit par la négative.
— Tout est à l'abandon, me confirma-t-il avec une pointe de dégoût.
Avec l'aversion que nous avions en commun, nous nous mîmes à informer tout le quartier de l'affaire. Chaque voisin sauta de sa tondeuse à la nouvelle, compatissant avec notre colère. Au final, nous fûmes un peu plus d'une dizaine à nous présenter au portail du démissionaire ; armés de nos règles, de nos questions, harcelant la sonnette. Sans résultat, sans bruit, sans réaction. Nous étions ignorés. Pourtant, il y avait un problème : le gazon était bien trop haut. Tout le monde pouvait le voir à l'oeil nu : c'était une évidence. Cela nous énervait. Ne pas pouvoir agir, ne pas savoir pourquoi. Je lançai quelques insultes lapidaires de concert avec le cortège qui commençait à s'échauffer. Dans notre rue, où seule courait l'asphate, la sirène des forces de l'ordre résonnait par-dessus nos cris qui réclamaient une réponse.
— Nous vous demandons le calme.
Dit l'un des humanoïdes, mi-ferrailles, mi-procédures, assermentés par l'uniforme :
— Nous vous rappelons que tout rassemblement est prohibé par mesure de sécurité. Nous vous demandons de bien vouloir vous disperser.
Nous lui opposâmes nos explications sur la situation, du pourquoi de notre présence ici.
— Nous vous rappelons que tout rassemblement est prohibé par mesure de sécurité. Nous vous demandons de bien vouloir vous disperser, nous rétorqua-t-il, sans variation avant d'ajouter :
— Le contrevenant du 6 bis rue des lys va être appréhendé. Circulez.
Nous circulâmes sans discuter, rentrant chez nous non sans une certaine frustration ; enfin pour moi, car les autres affichaient une sincère satisfaction.
Passant mon portillon, je remontai sans attendre sur ma tondeuse pour reprendre là où j'avais été interrompu. Le dernier passage n'avait pas suffit à me calmer malgré la joie que je ressentai toujours après une chose bien faite, après avoir accompli une tâche. J'enfermai ma einhell dans le garage, sans un regard. Pourquoi ? Que signifiait le comportement du voisin qui habitait au 6 bis ? Je ne parvenais pas à percevoir ne serait-ce que l'ombre d'une explication logique. Planté dans cet endroit parfait, inchangé, bétonné, j'ordonnais la programmation de demain :
— Lisa, prévois une repousse de 2 centimètres pour demain.
Une voix plafonnée me repondit.
— Êtes-vous sûr ? Vous devez déjà repeindre les fleurs.
— Ah oui... C'est vrai...
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Attachiante_1
Dans ce reccueil, je compte poster résumé et prologue d'histoires qui ne verront peut-être pas le jour, mais dont les idées me plaisaient. N'hésitez pas à donner votre avis ! ^^
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