21. Erwin (2/2)

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Quand elle rentra dans la chambre, elle étouffa un cri. Erwin rentra précipitamment, s'imaginant déjà son frère gisant au sol, les veines coupées. Il en était bien capable. Heureusement, il était resté dans la même position ; c'étaient ses tremblements qui l'avait affolée. Elle s'agenouilla face à lui, comme lui-même l'avait fait quelques minutes auparavant.

  • Lucas, mon chéri, arrête, arrête de trembler comme ça, je suis là.

Elle aperçut son doigt bleuté mais décida d'y prêter attention plus tard. Lucas enfouit sa tête dans sa poitrine et étouffa un énième sanglot. On frappait son fils quand sa bêtise était grave, et encore. On le frappait quand on savait qu'il pouvait s'en remettre. Mais pas quand il s'était pris un suicide dans la gueule cinq mois avant. Pas quand il avait déjà des envies meurtrières, pas quand on venait de détruire à coup de massue son rêve et celui de sa petite-amie. Et surtout pas pour des mauvaises notes.

Sa mère passa sa main dans le dos de son frère en fermant les yeux. Il n'était pas sûr, mais il crut voir une larme couler sur sa joue. Son père n'avait pas fait semblant. Il l'avait frappé de toutes ses forces. Pas étonnant qu'il se soit mordu la main aussi profondément. Erwin avait envie de tout casser. Il le jugeait irresponsable, presque idiot. Ce n'était plus la tristesse qui l'envahissait, mais la colère. C'était lui qui devait voir un psy, pas Lucas.

Elle l'aida à remettre son tee-shirt, faisant attention avec son doigt. Elle l'aida à se relever, tandis que ses tremblements diminuaient petit à petit. Quand ils descendirent dans le salon, son père ne s'y trouvait plus. Il s'était certainement réfugié dans son atelier, à s'insulter de la pire manière qu'il soit. Il espérait sincèrement qu'il regrettait ses actes.

Dans la voiture, sa mère resta silencieuse. Ses doigts tapotaient nerveusement le volant ; la nuit était déjà tombée, ce qui l'angoissait encore plus. Elle n'aimait pas conduire la nuit. Depuis qu'elle avait eu son accident à vingt ans où elle avait failli y laisser sa vie, la nuit était pour elle un ennemi. Pourtant, il n'y avait pas d'autres solutions dans le cas présent. Lucas se tenait la main mais ne se plaignait pas. Il avait posé sa tête contre le siège de devant, pour éviter d'appuyer son dos avec le dossier. Sa posture lui fit de la peine. Qu'est-ce que ça allait être à l'école, avec toutes ces chaises aux dossiers en bois dur.

Devant les urgences, sa mère se gara à l'arrache sur le parking et sortit de la voiture vitesse grand V. Elle avait peur pour l'infection de la morsure ; plus vite ils la désinfecteraient, et mieux ça serait. Heureusement, ses parents utilisaient l'hôpital privé, ce qui leur permit d'être pris en charge rapidement.

Erwin trouva l'attente interminable. Ils avaient emmené son frère dans une salle de soin, puis leur avait annoncé qu'ils devaient faire une radiographie.

  • Maman.
  • Oui ? répondit-elle à l'appel, le regard toujours fixé sur le mur depuis plus de deux heures.
  • Tu vas leur dire pour son dos ?

Elle ne lui répondit pas tout de suite. Un soupir franchit ses lèvres, puis elle soupira, comme fatiguée.

  • Je pense que les médecins ont déjà dû le remarquer. Souvent, ils font enlever les tee-shirts pour la radio, même si c'est que la main.

Eh bien, comme ça c'était fait. La question restait : qu'est-ce que Lucas avait bien pu trouver comme excuse pour expliquer ses marques ? Le connaissant, il n'avait pas du dire la vérité. Il était bien trop fier pour avouer s'être fait fouetté.

Ses paupières se firent lourdes. Le sommeil le gagna lentement, tandis que les sirènes sonnaient comme un bruit de fond.

  • Madame Layne ?

Il ouvrit brusquement les yeux. Il s'était attendu à voir un médecin, et tout ce qu'il trouva fut Raven, un sweet rapidement enfilé et les cheveux en bataille. Son père se trouvait un peu plus loin, n'osant interférer dans son entreprise.

  • Qu'est-ce que tu fous là ?
  • J'ai appelé ta mère, pas toi à ce que je sache.

Celle-ci posa une main sur sa jambe pour l'empêcher de cracher une remarque acerbe.

  • On ne peut pas voir Lucas pour l'instant, mais merci d'être venue.
  • Je m'inquiète pour lui, c'est normal. Au fait Erwin, c'était sympa de me raccrocher au nez.

Quelle peste. Elle le disait devant sa mère juste pour lui attirer des remontrances. Il regretta d'avoir pris son premier appel. Raven s'assit en face de lui, la mine préoccupée, rapidement rejointe par son père. Deux minutes plus tard, le médecin s'avança vers lui et sa mère, un dossier entre les mains. Les deux se redressèrent, tout à coup réveillés au maximum.

  • Bonjour Madame, je suis le docteur Reslin, c'est moi qui me charge de votre fils.

Il lui tendit la main et elle la serra par pure politesse. Elle en avait absolument rien à faire de son nom, elle voulait seulement savoir si Lucas n'avait rien de grave. Il dut comprendre car il enchaîna directement sur son état de santé.

  • Double fracture à l'index droit et une blessure profonde à la main gauche. Il faudra immobiliser le doigt pendant au moins trois mois, j'espère qu'il est gaucher.
  • Droitier, l'informa Erwin avec un soupir.

La vie était comme ça, elle frappait là où il ne fallait pas.

  • Dommage. Cependant, quand je lui ai demandé comment il s'était fait ça, il m'a répondu qu'il était tombé de l'escalier et que sa douleur au doigt était tellement insupportable qu'il s'était mordu.

Du Lucas tout craché.

  • Autant vous dire que je l'ai cru difficilement, d'autant plus quand j'ai vu son dos lors de la radio. Si nous allions dans mon bureau ?

Ils s'échangèrent un coup d’œil inquiet mais suivirent le médecin le long du couloir, silencieux comme des tombes. Derrière, il aperçut Raven demander à une infirmière où elle pouvait le trouver. Le médecin leur ouvrit la porte de la salle et s'installa derrière son bureau, en les invitant à faire de même.

  • Est-ce que l'un de vous était là lorsque ça s'est passé ?
  • Non, répondit sa mère, j'étais au travail et mon fils était chez un ami pour un devoir.
  • Votre mari ?

Elle ne répondit pas. Plus ça allait, et plus Erwin trouvait cette situation absurde. Il fallait qu'ils le sachent. Peu importe l'avis de son frère, c'était son bien-être qui était en jeu. Et de toute manière, il paraissait déjà au courant. Des hématomes de cette taille sur un dos, ça ne passait pas inaperçu.

  • Mon père était à la maison, expliqua-t-il. Il est déjà tendu à cause du travail et aussi à cause de... fin bon, des choses qui se sont passés entre mon frère est lui. Sauf que Lucas s'est ramené avec des notes très basses, et ça a rendu fou mon père. Il... il l'a frappé, avec sa ceinture je crois. Puis il a voulu prendre son téléphone des mains, mais Lucas a résisté et il a fallu qu'il lui pète un doigt pour qu'il le lâche. Et je suppose qu'il s'est mordu pendant qu'il le frappait.

Sa mère détourna la tête pour empêcher ses larmes de couler. Le médecin parut mal à l'aise.

  • Je ne suis pas la police, ni les services sociaux, mais je considère ça comme une faute grave. Madame, est-ce que votre mari a déjà levé la main sur v...
  • Non ! s'exclama-t-elle brusquement. Non, jamais. Ce n'est pas un homme violent, je ne sais pas ce qui lui ai passé par la tête... s'il vous plaît, ne prévenez personne. Entre lui et mon fils, c'était tendu depuis longtemps déjà, il a... il a juste pensé le punir convenablement, mais il en a trop fait.
  • Madame, on fouettait les enfants il y a un siècle. Aujourd'hui, il y a d'autres formes plus pédagogiques pour les punir.
  • Je sais. Je sais, docteur.

Il referma le dossier, inscrivant le nom de son frère sur la première page avec un feutre noir.

  • Je garde le dossier de Lucas. Si jamais il revient avec d'autres blessures aussi graves que celles-ci, je me devrais d'appeler la police.

Sa mère hocha activement la tête, les larmes aux yeux.

Il était trois heures du matin quand ils sortirent de l'hôpital, Lucas détaillant ses bandages avec intérêt. Tant qu'il pensait à ça et pas à autre chose. Il prévint William de son absence au lycée le lendemain. Sa mère avait prévu de faire leur bagages cette nuit-même pour se réfugier quelques semaines chez sa grand-mère, à une demi-heure de la ville. Les chiens venaient avec eux.

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