17. Emma

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Son déhanchement attirait tous les regards, c'était certain. Sa robe accentuait les effets, et les garçons l'observaient, murmurant entre eux. Emma avait toujours su attirer l'attention. C'était d'ailleurs ce qu'elle préférait dans les soirées de ce genre. Se sentir désirée, inaccessible, envoûtante. Elle aimait briller, se montrer sous son meilleur jour ; en cet-instant même, elle aurait tout donné pour qu'Alexis la voit danser, lui qui, depuis leur rencontre, lui envoyait un message de temps en temps pour savoir si elle allait bien. C'était inattendu de sa part, mais une attention à laquelle elle avait pris plaisir à s'habituer.

Tout à coup, alors qu'elle réalisait un tour sur elle-même, ses yeux se posèrent sur un garçon de son âge, assis sur une des chaises hautes du bar, un verre à la main. Il détourna le regard quand elle le surprit en train de la regarder. Elle esquissa un sourire. Que c'était mignon.

  • Hey, lança-t-elle en s'accoudant au bar, à côté de lui.
  • Hey, répondit-il, gêné.
  • Tu fais quoi ?
  • Heu, ben je... je sais pas.

En même temps, c'était un peu une question idiote. C'était pas comme s'il allait lui répondre « je suis en train de faire le Tour de France ».

  • Tu veux venir danser ?
  • A... avec toi ?
  • Ben oui avec moi, rit-elle.
  • Oui, avec plaisir !

Il semblait surpris et heureux à la fois. Il déposa son verre sur le bar et se leva. Emma se dirigea vers la piste de danse de dos, un regard sensuel posé sur lui.

  • Au fait, je m'appelle Pablo, se présenta-t-il en tentant de surpasser de sa voix la musique.
  • Et moi Emma.
  • J'adore ton prénom.

En guise de merci, elle lui fit un clin d’œil. Il s'approcha d'elle, hésitant entre se lâcher complètement ou se retenir le plus possible. Il avait l'air d'être le genre à pas trop aimer les fêtes, un peu comme Alexandre. Pourtant, il était là, et Emma avait bien l'intention de le faire lâcher prise. Elle ondula son corps juste sous son nez, comme une provocation. Pablo ne dit rien, mais elle vit bien à son regard qu'il profitait du spectacle. Ses yeux se posaient partout sur elle, mais contrairement aux autres garçons, il observait surtout son visage. Pourtant, ce n'était pas la partie d'elle dont Emma était la plus fière. Elle avait toujours trouvé sa face banale, ses lèvres trop charnues et ses yeux trop petits. Sur les photos, elle avait toujours une paupière plus basse que l'autre. Quand elle le faisait remarquer, tout le monde la regardait bizarrement, mais elle, elle le voyait et ça lui suffisait pour s'en faire tout un complexe.

Pablo s'approcha encore, et la distance entre leur corps se réduisit à quelques millimètres seulement. Timidement, il posa ses mains sur ses hanches, alors que son corps se mouvait au rythme de la musique. Ses gestes étaient hésitants ; on aurait dit que c'était la première fois qu'il faisait une telle chose.

Emma n'attendit pas. Dans un élan d’enivrement, elle se jeta sur ses lèvres et l'embrassa. Surpris, il mit du temps pour que l'information lui monte au cerveau, mais après quelques secondes, il lui répondit par la même passion. Emma était euphorique. C'était la meilleure fête de toute sa vie. Au final, elle remercia silencieusement William de l'avoir tenue loin des alcools forts : c'était beaucoup plus intéressant quand on pouvait profiter de chaque sensation, sans devoir se demander comment on s'appelait.

Les mains de Pablo descendirent sur ses fesses, tandis que celles d'Emma parcouraient son dos. Il mit plus de force dans leur baiser et leurs dents se cognèrent. La jeune fille répondit plus fort encore : on aurait dit qu'ils se bataillaient pour savoir lequel des deux avait le plus de force. Le souffle court, elle décida d'arrêter quand leurs ébats sortirent totalement du contexte. Elle lui prit la main et l'entraîna dans la seconde partie de la maison, celle des chambres.

  • Euh, Emma, je suis pas sûr de...

Elle ne le laissa pas finir sa phrase qu'elle ouvrit une porte au hasard et se remit à l'embrasser. La folie s'était emparée de son esprit : elle voulait plus de lui, de son corps, de son odeur, de ses gestes timides mais doux. Il embrassait divinement bien.

En face du lit se trouvait un miroir. Le reflet qu'il leur renvoya furent celui de deux adolescents en furie, envoyant valser leurs affaires à l'autre bout de la pièce. Deux adolescents qui se connaissaient à peine et qui semblaient vouloir se dévorer tout entier.

Emma allongea Pablo sur le lit, se positionnant au-dessus. La jeune fille préférait largement cette position, ayant l'impression de pouvoir tout contrôler. Bien évidemment, beaucoup de garçons n'étaient pas d'accord, mais ce n'était qu'une question d'entente. La poitrine du jeune homme se soulevait et descendait à un rythme incroyable, si bien qu'elle crut un instant le voir s'évanouir ou un truc du genre.

  • Ça va ?
  • Non en fait, avoua-t-il, livide. C'est... c'est la première fois.
  • Ah.

Elle aurait voulu pouvoir dire plus qu'un « ah », pour ne pas le faire se sentir mal. Après tout, ce n'était pas parce qu'elle avait eu sa première aventure à quatorze ans que les autres aussi. Seulement, dans l'action, rien d'autre ne lui venait en tête.

  • Je... je suis pas sûr de vouloir tu vois.

Elle s'efforça de cacher sa déception, ce qui rendit un résultat qui aurait pu être meilleur.

  • Désolé, s'excusa-t-il en se relevant du lit et en ramassant son tee-shirt.

Une minute plus tard, il était parti. Emma leva la tête, et se vit dans le miroir. C'était dur de retenir les larmes. Qu'était-elle devenue ? Une fille avide de sexe, faisant presque peur à des garçons de son âge. En soutien-gorge, encore appuyée sur le lit allongée, elle se dégoûta d'elle-même. Le simple refus de Pablo avait suffit pour réveiller en elle toutes les mauvaises pensées. Elle ne savait pas être comme les autres. Si elle avait été une fille normal, elle l'aurait invité à boire un verre, aurait discuté tranquillement avec lui puis peut-être, elle disait bien peut-être, elle l'aurait embrassé.

Mais Emma étant Emma, elle l'avait directement traîné jusqu'à une chambre sans même lui demander son avis.

Elle sécha les quelques larmes qui avaient coulé sans qu'elle ne s'en rende compte. Un goût amer dans la bouche, elle remit sa robe et ses chaussures à talons puis se recoiffa rapidement. Avec horreur, elle vit que son mascara avait coulé. Super. Tout le monde lui poserait trois-cent milles questions pour savoir ce qui s'était passé.

Elle regarda sa montre. Presque une heure du matin : il était temps de rentrer.

Quand elle s'aventura dans le couloir, elle eut la surprise d'y voir Alexandre, assis par terre, les genoux ramenés vers son torse.

  • Alex ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Son regard restait fixé sur la porte en face de lui. Elle ne s'était même pas aperçu de sa présence quand elle était passée avec Pablo. Quelle piètre amie elle faisait. Lentement, elle s'approcha, puis s'accroupit en face de lui.

  • Eh.
  • William est là-dedans.

Elle faillit répliquer un « oui, et ? » mais se retint. Quelque chose lui disait que pour Alexandre, c'était important. Emma aimait bien parler, mais elle savait aussi quand la fermer.

  • Depuis combien de temps t'es là ?
  • Je sais pas.
  • Et il est... seul ?
  • Non, bien sûr que non, lâcha-t-il avec une voix haineuse. Il a couché avec une fille dont il ne connaît même pas le prénom.

C'était peut-être parce qu'elle était bizarre, mais personnellement, elle ne voyait pas le problème. Dans les soirées comme ça, il ne fallait pas s'attendre non plus à des histoires à l'eau de rose. Elle-même avait couché avec des garçons sans chercher à savoir comment ils se nommaient.

  • Tu veux pas retourner avec Erwin et compagnie ?
  • Non.

Ce « non » catégorique la surprit. Elle fixa la porte puis son ami tour à tour, une hypothèse se formant lentement dans son esprit. Cependant, elle se garda de la formuler à voix haute. Ça ne servirait à rien de toute manière, et cela le concernait lui uniquement.

  • Il est l'heure de rentrer maintenant. William va devoir rentrer avec nous de toute manière. Viens.

Ce n'était pas une question, mais Alexandre secoua quand même la tête. Soupirant de lassitude, Emma lui prit les deux mains et le tira vers l'avant, afin de le forcer à se lever. Il finit par céder. Elle ne lui lâcha pas la main tout le long du chemin, même lorsqu'ils arrivèrent vers les canapés circulaires. Madden brillait par son absence, et Erwin portait une fille sur ses genoux qu'il n'arrêtait pas d'embrasser.

Emma claqua des doigts pour s'annoncer. La fille se retourna, l'agacement se lisant clairement sur ses yeux.

  • Qu'est-ce que tu veux ? attaqua-t-elle sans raison valable.

Elle aurait pu répondre poliment, mais vu le ton de sa question, elle n'en eu pas envie.

  • Dégage.
  • Je t'emmerde.
  • C'est bon, souffla Erwin en repoussant la demoiselle.

Cette dernière s'en montra vexée mais n'osa pas faire une scène.

  • Je t'attends au bar.
  • Oui oui.

Emma le connaissait assez pour savoir que ce « oui oui » signifiait clairement « si tu veux, j'en ai rien à faire », c'est à dire, « non ». Son sourire se fit vainqueur. Quand l'intruse fut partie, Erwin tourna la tête dans sa direction avec ennui.

  • Madden ?
  • Partie depuis deux heures déjà.

En même temps, s'il s'était ramené avec l'autre cruche, ça ne l'étonnait pas.

  • Je te rappelle que ton but, cette année, c'est te remettre en couple. C'est pas comme ça que ça va marcher.
  • C'est elle qui veut pas. J'en ai marre d'essayer de recoller les morceaux. Faut rentrer là, non ?
  • Ouais, sinon mon frère va me tuer. Faut faire émerger William de la chambre.

Alexandre les attendit là tandis qu'eux forçaient leur ami à quitter le lit. Ce-dernier s'était endormi, complètement bourré. Les draps étaient en bataille, comme Emma s'y était attendue après sa discussion avec le roux. Erwin lui balança un verre d'eau au visage, et ils réussirent à sortir de la maison après avoir dit au revoir à Gabrielle. Le brun traîna son meilleur ami à moitié dans les vapes jusqu'au taxi.

Emma rentra chez elle à deux heures du matin, prenant bien soin d'ôter ses talons en entrant. Elle était en train d'avancer sur la pointe des pieds quand la lumière du salon s'alluma. Un juron franchit ses lèvres.

Elle se tourna. La surprise fut telle qu'elle lâcha ses chaussures.

  • Papa ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Ça faisait un mois qu'elle ne l'avait pas vu. Ses parents étaient partis dans les Caraïbes pour les affaires, et n'étaient pas censés rentrer avant novembre, date à laquelle son frère partait pour la faculté. Les traits sévères de son père s'attendrirent à la vue de sa fille, mais il cacha la joie des retrouvailles pour les réprimandes.

  • J'ai obtenu quelques jours de repos, alors j'ai pris le premier avion. Ta mère se trouve toujours là-bas, elle vous fait des bisous.

Ce détail la fit sourire. Même si en cet instant même, la dernière chose à faire était sourire.

  • D'où tu viens ? demanda-t-il, encore assis sur son fauteuil.
  • D'une fête, se contenta-t-elle de répondre. Sasha m'y avait autorisé.
  • Jusqu'à deux heures du matin ?

Non, jusqu'à minuit, faillit-elle avouer, mais à la place, elle hocha la tête. Connaissant son frère, il s'arrangerait pour ne pas dénoncer son mensonge, même si derrière venaient les reproches.

  • J'espère que tu n'as pas bu.
  • Non, bien sûr que non.

Second mensonge, mais comment allait-il le vérifier ? De toute manière, le seau d'eau glacé qu'elle s'était prise avec le refus de Pablo l'avait complètement dessaoulée.

  • Que tu n'as couché avec personne.
  • Papa !

Troisième demi-mensonge. Le soulagement se lit sur ses traits. C'était à croire que ses parents se convainquaient eux-mêmes de l'innocence de leurs enfants. Emma accourut jusqu'à lui et l'enlaça. Son père la prit dans ses bras, heureux de revoir sa fille après tant de temps de séparation.

  • Je suis contente que tu sois revenu, avoua-t-elle avec sincérité. Diego et Timothée commençaient à se languir.
  • Pas toi ?
  • Bien sûr que si, mais je fais passer mes petits frères avant.

Son père l'observa fièrement, orgueilleux de la forte fraternité qui s'était crée entre ses fils et sa fille. Eux étaient malheureusement absents la plupart du temps, mais ils étaient là l'un pour l'autre, et c'était le plus important.

  • Bon, va te coucher maintenant. Demain, j'aimerais qu'on aille au lac tous ensemble.
  • Génial. Bonne nuit, dit-elle en lui déposant un baiser sur la joue.
  • Bonne nuit ma chérie. Et ne te réveille pas à midi !
  • Je pense que Diego se chargera de me réveiller, surtout si on va au lac, rit-elle, même si elle se doutait qu'elle allait le prendre avec autant de légèreté le lendemain matin.

Elle monta dans sa chambre tout en jetant un coup d’œil par la porte entrouverte de chacun de ses petits frères, par habitude plus qu'autre chose. Ses chaussures volèrent à l'autre bout de la pièce et elle s'affala sur son lit, épuisée. Son téléphone vibra dans sa main. Elle l'avait récupéré de la poche de William juste avant de descendre du taxi ; encore un peu et elle l'oubliait.

À contrecœur, et surtout pour savoir si c'était Madden qui lui envoyait enfin un signe de vie, elle l'alluma. Un nom inconnu s'afficha, quelqu'un qui lui avait envoyé un message sur Instagram. Par curiosité, elle ouvrit l'application et cliqua sur la conversation.

« Salut, c'est Pablo. Désolé pour ce soir, vraiment, mais je ne me sentais pas prêt, pas de cette manière. J'espère que tu me pardonnes. »

Elle n'aurait jamais pensé qui lui enverrait un message. Une attention qu'elle apprécia beaucoup. Il avait tout de même fait l'effort de la chercher sur le réseau, ayant comme seule information son nom et son aspect physique.

« C'est moi qui suis désolée. J'aurais du te demander ton avis avant de me jeter sur toi » envoya-t-elle avec un émoji triste.

Les trois petits points s'affichèrent. Il écrivait.

« Et si on oubliait tout ça ? »

Emma sourit.

« Avec plaisir ».

« Ça te dit une soirée pizzas demain soir, chez moi ? »

Sans même chercher à savoir si son père la laisserait y aller, elle répondit :

« Oui bien sûr, donne-moi juste ton adresse ».

Le lien de Google Map apparut quelques secondes plus tard.

« À demain alors », lui envoya-t-il.

« À demain », répondit-elle en ajoutant deux cœurs rouges juste à côté.

Comme s'il voulait rajouter aussi les cœurs, il en envoya trois. Emma aima son message et éteint son téléphone. Elle fixa le plafond, son esprit embrumé de milles pensées.

Pablo.

C'était joli comme prénom.

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