16. William

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La semaine se déroula tranquillement, sans grand événement particulier. Erwin et Madden vivaient comme si l'autre n'existait pas, Alexandre et William passaient du bon temps ensemble, un coup à la cafétéria, un autre coup dans le parc derrière l'école, comme l'après-midi où ils avaient écouté Je te laisserai des mots ensemble. Le jeune homme pouvait paraître timide au premier abord, mais une fois qu'on commençait à le connaître, on se rendait compte qu'il était l'être humain le plus intéressant et le plus intelligent de l'univers entier. William aimait l'écouter parler de peinture romantique, d'architecture gothique ou de musique impressionniste. Même s'il n'avait pas toutes ces connaissances et que parfois, il se perdait un peu, il apprenait des choses en sa compagnie. Le voir parler, parler jusqu'à ne plus pouvoir s'arrêter le satisfaisait. De temps en temps, Alexandre s'arrêtait en demandant « je t'embête un peu non ? ». C'était triste qu'il pose cette question. Parce que si William affirmait que c'était tout le contraire, d'autres avaient certainement dû lui dire qu'ils en avaient rien à foutre. Et y songer le mettait en colère intérieurement.

Emma aidait Gabrielle pour les préparatifs de la fête. Ensemble, elles s'étaient rendues au supermarché pour acheter la nourriture et les boissons, puis à la Foire Fouille pour tout ce qui était décoration etc. Gabrielle avait dû jeter certaines choses lors de son déménagement, aussi, ces courses lui permirent de se recharger. Elle n'avait pas expliqué comment elle arrivait à donner autant de fêtes sans ses parents. Tous se posaient la même question : en avait-elle au moins ? Elle semblait faire tout ce qu'elle voulait. Soit ils étaient souvent en voyage, comme ceux d'Emma, mais dans ce cas-là, qui s'occupait d'elle, soit ils en avaient rien à faire de sa vie. L'un dans l'autre, la situation restait triste.

Quand William sortit de chez lui le vendredi soir, prêt pour se rendre à la fête, il aperçut une figure contre le pilier de son portail. Il se demanda si sa mère attendait quelqu'un, mais quand il reconnut individu, il comprit.

  • Qu'est-ce que tu fous là ?

Lucas se redressa, les mains dans les poches de son jean. Toujours avec la même veste en cuir, à croire qu'il dormait avec.

  • Je ne te retiendrai pas longtemps.
  • J'espère bien.

Le jeune homme ne se vexa pas du ton sec qu'il employait. William le haïssait, et il en avait parfaitement conscience. Leila était presque sa meilleure amie. Les deux avaient passé tellement de temps ensemble depuis le collège que certains avaient cru qu'ils allaient finir par sortir ensemble. Malheureusement, William n'avait ressenti rien de plus que de l'amitié, et les sentiments étaient réciproques. Après sa mort, c'était Emma qui avait pris sa place, toujours cherchant le contact dans ses bras et le taquinant dès qu'elle en avait l'occasion. Mais elle savait aussi bien que lui que rien ne remplacerait Leila.

  • Qu'est-ce que tu veux ?
  • Est-ce que tu as gardé des anciens contacts de... enfin, pour obtenir de la cocaïne ou un truc du genre ?

William tourna automatiquement les talons. Il perdait son temps.

  • Attends ! s'écria Lucas en s'élançant à sa poursuite. Je suis sérieux !
  • Va te faire foutre.
  • Je veux juste une adresse ! Ou un numéro !

En ayant assez de le sentir derrière lui, il se retourna brusquement, ses yeux lançant des éclairs.

  • Je suis pas un passeur de drogue, ok ?
  • Je te demande pas de m'en passer, je te demande juste de me donner un contact.
  • Tout se sait dans ce monde là. Ils auront vite fait de comprendre que j'y ai participé, et ils tenteront de me ramener avec eux.

La personne qu'il craignait le plus était son cousin. L'homme qui l'avait attiré dans le monde de la nuit, emprisonné dans ses griffes et qui ne l'avait laissé partir que sous l'insistance de la sœur de William, une avocate de haute influence. Chloé lui avait promit sa protection en échange d'une promesse : je plus jamais consommer de drogue.

Jusque là, il l'avait tenu, et il ne comptait pas la briser.

  • Quel intérêt t'as à te plonger là-dedans, hein ? demanda-t-il.

Certes, il n'aimait pas Lucas, mais si lui plongeait, c'était Erwin qui allait payer une partie du prix. Et son meilleur ami avait assez souffert comme ça.

  • J'ai mes propres raisons.
  • T'es en train de partir en couilles. T'as tout pour être heureux, et tu pars en couilles parce que t'en a envie.

Lucas eut un petit rire ironique.

  • C'est fou hein. Vous pensez tous que parce que mes parents sont riches, je peux avoir tout ce que je veux, alors qu'en réalité, j'ai tout perdu.
  • Des personnes ont perdu plus que toi, et ils ont réussi à tenir le coup.
  • Mais moi j'y arrive pas. Alors peut-être que je suis faible, c'est même très probable. Mais laisse-moi vivre ma vie et donne moi une foutue adresse.
  • Que dira Erwin ?
  • Je me fous bien de ce que dira Erwin. Dis-le lui si ça te chante. Ce n'est pas lui qui m'empêchera de faire mes propres choix.
  • Et Raven ? Tu vas l'entraîner comme tu as entraîné Leila ?
  • Je croyais que tu la haïssais de tout ton être.
  • C'est le cas. Mais ça me fait toujours de la peine de voir des gens se tuer de l'intérieur, même s'ils le méritent.

Sur ces mots, il lui tourna le dos et repartit, sans même lui avoir donné ce qu'il demandait. De toute manière, William avait perdu contact avec son cousin, et ils avaient certainement changé de numéro depuis. Le trafic dont ils faisaient parti était gros, et la police cherchait à y mettre la main depuis des années. Si Lucas s'y mêlait et que les affaires finissaient par être dévoilées au grand jour, ce n'était pas seulement lui qui allait prendre cher, mais aussi la carrière de ses parents. On ne jouait pas avec ce genre de choses, parce qu'on finissait toujours par perdre.

Lucas n'insista pas. William put arriver en face de la maison de Gabrielle en paix. Il retrouva Emma et Madden devant, déjà prêtes pour entrer. La blonde avait revêtu une robe moulante s'arrêtant aux genoux, rouge sombre avec des talons hauts. Madden, elle, avait opté pour un style plus détendu, avec un top noir et un pantalon fluide habillé. À l'intérieur, le boum boum incessant de la musique se faisait déjà entendre.

  • On entre ? proposa Emma en cherchant une poche pour son téléphone.

Malheureusement, avec sa robe, la jeune fille n'avait pas d'endroit où le mettre.

  • Passe-le moi si tu veux, il sera dans ma veste en jean.
  • Tu regardes pas dedans, hein, la prévint-elle avec amusement.
  • Pourquoi, t'as des trucs à cacher ?

Madden leva les yeux au ciel à l'écoute de leur conversation.

  • On dirait un couple toxique, sérieux.

Emma éclata de rire. Cela désespéra sa meilleure amie. Ce genre de chose n'étaient même pas drôle, mais bon, Emma en riait. William secoua la tête avec amusement en mettant son téléphone dans sa poche.

Erwin arriva à leur hauteur sans que personne ne l'ait vu venir. Emma fit presque un bond et écarquilla les yeux.

  • Arya Stark en mec, ça va pas de faire ça ?

Madden s'éloigna de quelques pas, comme si se trouver trop prêt allait la brûler vive. Le jeune homme l'ignora. Il était bien décidé à faire de nouvelles rencontres ce soir, quitte à la rendre jalouse. Il avait essayé d'arranger les choses entre eux, mais ne pouvait rien faire de plus. Tout dépendait d'elle à présent.

  • Em', ton frère m'a envoyé un message, déclara-t-il.
  • Oh non, c'est une blague j'espère.
  • Il veut que je te surveille sur les boissons.
  • Mais tu vas pas le faire, hein ? Tu vas me laisser vivre en paix ? Dis-moi que tu vas me laisser vivre en paix.
  • On t'a à l’œil, la menaça William en faisant le geste du « je te quitterai pas des yeux ».

Puis il s'avança dans l'allée pour rentrer. Emma resta immobile, à la limite du choquée.

  • Il rigole là non ?
  • Te mets pas à l'envers comme l'année dernière, c'est tout, lui conseilla Erwin avant de suivre son meilleur ami.
  • Alexandre et Peter ? demanda Madden en continuant de fixer la route.
  • Alex devrait arriver sous peu, et Peter doit se reposer, il a un match demain, l'informa Emma.

En effet, le roux arriva cinq minutes plus tard, jean et polo pour l'occasion. De toute manière, Alexandre était toujours bien habillé, même les dimanches. La demeure des Torella était sublime. Le plafond était haut, illuminé par les lumières mouvantes des fêtes. Les meubles étaient modernes, simples, mais divinement bien assortis à la maison. My strange addiction de Billie Eilish résonnait entre les murs, les plongeant déjà dans l'ambiance. Gabrielle les accueillit avec un grand sourire, vêtue d'une robe blanche ceinturée à la taille et maquillée tout autour des yeux avec de la peinture argentée.

  • Ça vous plaît ?
  • C'est tout simplement... parfait, lui répondit Emma, déjà excitée à l'idée de passer une soirée dans cette maison.

Les garçons s'assirent sur des canapés noirs circulaires un peu plus au fond, une table basse en son milieu, qu'ils réservèrent aussi pour les filles. Alexandre s'assit à côté de William, comme attendu. Emma ramena immédiatement des verres pour se rafraîchir, un Coca-Cola pour Erwin, Alexandre et Madden et une bière pour elle et William. Du moins, c'est ce qu'elle avait assuré. Quand elle prit la première gorgée, son visage se tordit en une grimace et elle s'empêcha de tout recracher.

  • Qu'est-ce que tu bois ? demanda le jeune homme en lui prenant le verre des mains.

Rien qu'à l'odeur, il le devina. Il jeta un regard désobligeant à son amie.

  • De la vodka ?
  • Je voulais essayer, mais c'est... bouh, hyper fort.
  • Bien sûr que c'est fort, la gronda-t-il, presque en colère.

La soirée promettait s'il se sentait obligé de la surveiller pour chaque verre qu'elle prenait. Il ne comprenait même pas comment elle avait pu s'en servir librement. Il se leva et revint avec un verre normal de bière. Madden n'avait rien dit mais désapprouvait totalement le comportement de sa meilleure amie. Elle s'en inquiétait presque ; plus le temps passait, et plus Emma aimait boire. Le problème, c'était qu'une fois commencé, elle ne s'arrêtait plus.

Alexandre buvait son Coca-Cola tranquillement, adossé contre le dos du canapé. William s'adossa lui aussi et passa un bras derrière la tête de son ami. Il n'y eu aucun contact dans ce geste, mais cela suffit pour faire rougir le roux. Gabrielle les rejoint après avoir salué les derniers invités. Il n'y avait pas à dire, elle gérait parfaitement ce genre d'événement.

Les deux heures suivantes, ils discutèrent, rirent à des blagues pourries lancés par Erwin ou Emma, celle-ci déjà un peu altérée par les verres de bière enchaînés. Néanmoins, jusqu'à ce qu'elle soit vraiment bourrée avec la bière, il en fallait beaucoup, et c'est ce qui les rassura tous.

William, cependant, était passé de la bière aux cocktails alcoolisés. La blonde y trempait de temps en temps ses lèvres, mais c'était lui qui vidait le verre entier. Alexandre le regardait boire avec inquiétude, jetant des coups d’œils discrets à Erwin ; mais ce-dernier ne semblait s'apercevoir de rien. Il fixait les filles se déhancher sur la piste de danse sans trouver l'envie de les rejoindre.

Emma en avait assez de rester assise à rien faire. Elle sauta sur ses pieds quand la musique changea, pressée de se mêler à la foule.

  • Quelqu'un m'accompagne ?

William leva la main en se relevant. De toute façon, son verre était vide, il fallait qu'il le remplisse à à nouveau. Au final, Erwin décida de les accompagner. Quand ils entrèrent sur la piste de danse, ce fut une mer de corps dansants grisés par l'alcool qui les accueillit. Le jeune homme avait l'impression d'être le seul à être totalement clean. Une jolie rousse aux vêtements bien trop révélateurs s'approcha et se colla presque à lui. Erwin se laissa faire, enivré par l'ambiance qui régnait et la honte disparue de ces gens. La fille leva la tête et l'embrassa soudainement, faisant durer leur baiser longtemps. William observa la scène depuis la cuisine, ouverte sur l'énorme salon, avec un sourire moqueur, incapable de penser à Madden un seul instant, ni à ce qu'elle pouvait ressentir en cet instant même. Il se servit un verre de vodka et le but presque en un seul trait. Le sol tanguait légèrement, mais cela ne sembla pas le perturber. Cela faisait depuis longtemps qu'il n'avait pas ressenti cette sensation de légèreté, l'impression que plus rien n'importait à part le feu qui le consumait de l'intérieur. La musique vibrante et les lumières clignotantes ne faisait que décupler les sensations. Un autre verre. Lassé, il s'empara de la bouteille entière et but directement au bouleau, ignorant les regards consternés des autres invités.

Soudain, son esprit se retourna contre lui, et des flashs l'assaillirent. Des corps allongés au sol, inanimés, nageant dans de la poudre blanche immaculée. Des cris, l'odeur du vomi s'élevant du sol. Le rire de son cousin, un rire qui continuait de lui donner les frissons, comme s'il s'agissait d'un monstre le terrorisant depuis son enfance. La bouteille s'éclata au sol quand il eut terminé de la vider. Les sirènes de la police, la porte défoncée. Un rire dément le prit. Il tituba, puis se rattrapa de justesse au mur. Il sentit des mains sur son torse. Une bouche qui se mêlait à la sienne, une odeur inconnue. Un matelas l'accueillit. Comment était-il passé du salon à la chambre si rapidement ? La fille avait-elle des pouvoirs magiques ? Il rit silencieusement à cet idée. Putain. Il avait vraiment le cerveau en l'air.

En moins de deux secondes, il se retrouva torse-nu, tandis que lui-même bataillait pour lui dégrafer le soutien-gorge. Pourquoi les filles devaient toujours mettre des trucs impossible à défaire ? Ses mains l'aidèrent dans son entreprise. Il ne savait même pas comment elle s'appelait, mais il s'en fichait. Ses baisers avaient le goût de l'alcool, un goût qu'il appréciait et dont il s'était retenu depuis trop longtemps de goûter. Son corps paraissait du velours sous ses doigts. Les gémissements emplirent la chambre, surtout quand il s'introduisit en elle. Le soulagement l'envahit, comme une libération trop longtemps attendue. Ses hanches se mouvèrent au-dessus de lui, et les sentir contre sa peau provoqua une excitation familière.

Pendant tout ce temps, Alexandre observait derrière l'ouverture de la porte, silencieux.

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